BARBE DE BOULOGNE
historien Parkman dont les ouvrages sur l'histoire du
régime français au Canada se lisent avec tant d'intérêt et
— de charme, sort de son impartialité ordinaire dès qu'il rencontre des personnages un peu versés dans la piété. Probablement incroyant, Parkman n'apprécie que les actions inspirées par des motifs humains.
Du gouverneur d'Ailleboust et de sa pieuse épouse, Barbe de Boulogne, Parkman dit: " He was so insanely pious, that he lived with his wife like monk and nun."
Barbe de Boulogne était la fille de Florentin de Boulogne et d'honorable femme Eustache Quéan ou Quen, du village de Ravières, en Champagne.
A l'âge de vingt ans, en janvier 1672, elle devint la femme de Louis d'Ailleboust, fils d'Antoine d'Ailleboust et de Suzanne Hotman.
Leur contrat de mariage publié par M. Aegidius Fauteux débute ainsi: " Furent présents en leurs personnes honorable femme Eustache Quéan, veuve de feu Florentin de Boulogne, vivant habitant du lieu de Ravières, au comté de Tonnerre, demeurant au dit Ravières, tant en son nom que comme stipulante en cette partie pour Barbe de Boulogne, fille du dit défunt et d'elle, à ce présente de son vouloir et consentement étant de présent en cette ville de Paris, logée aux Deux- Anges, place Maubert, paroisse Saint-Étienne du Mont, d'une part, et Louis d'Ailleboust, fils de défunt Antoine d'Ailleboust et Suzanne de Hotman, ses père et mère, natif d'Ancy-le-Franc, âgé de vingt-six, demeurant à Paris, rue de Bièvre, paroisse susdite, pour lui et en son nom d'autre part."
La Mère Juchereau de Saint-Ignace, qui avait connu intimement Barbe de Boulogne, dit au sujet du mariage de cette femme d'élite:
" Barbe de Boulogne était une âme prévenue de la grâce dès le berceau; elle ne se maria que par le conseil de son confesseur, et
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à condition que M. d'Ailleboust, qu'elle épousa, lui laisserait garder inviolablement le vœu de virginité qu'elle avait fait dès son enfance. Ce confesseur était un Jésuite, grand serviteur de Dieu, qui apparemment n'agissait pas en cela sans l'avoir consulté. Il dit à M. d'Ailleboust en lui montrant sa future épouse: " Voici une vierge que Dieu vous confie pour en être le gardien; si vous oubliez la promesse que vous lui faites, et que vous ayez la hardiesse de donner quelque atteinte à sa pureté, Dieu vous châtiera terriblement." Ces paroles menaçantes confirmèrent M. d'Ailleboust dans la résolution où il était de vivre en continence.
" Cependant après quelques années, il fit de grandes peines à son épouse, au sujet de son vœu qu'il voulait rompre; mais sa patience, son courage la firent triompher. Son époux rentra dans les sentiments de fidélité dont il voulait s'écarter; de sorte que, après cette attaque, qui fut longue, il la laissa paisible, et mourut fort chrétiennement en Canada, où il avait été gouverneur."
Madame d'Ailleboust avait vécu à Montréal de 1643 à 1648 puis de 1658 à 1660. Elle revint ensuite à Québec pour y finir ses jours. Elle joignait la beauté à la distinction de l'esprit et à la vertu la plus éprouvée. L'intendant Talon puis le gouverneur de Courcelles demandèrent madame d'Ailleboust en mariage, mais elle refusa ces offres, voulant se consacrer à Dieu. A deux reprises, elle entra comme novice au monastère des Ursulines de Québec, mais Dieu ne lui avait pas donné la vocation religieuse.
Madame d'Ailleboust donna tous ses biens, qui étaient considérables, à l' Hôtel-Dieu de Québec. Elle passa les dernières années de sa vie dans une maison dépendante de l'Hôtel-Dieu, édifiant les religieuses et toute la ville de Québec par ses aimables vertus. Elle décéda le 7 juin 1685, à l'âge de soixante-dix ans, et fut inhumée à l'Hôtel-Dieu même, à côté des bonnes religieuses qu'elle aimait tant.
Sources: Aegidius Fauteux, La Famille d'Ailleboust; N.-E. Dionne, Serviteurs et servantes de Dieu en Canada; Histoire du monastère des Ursulines de Québec; l'abbé H.-R. Casgrain, Histoire de V Hôtel-Dieu de Québec.
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Signature de Barbe de Boulogne