PÉROU
Le commissaire près l'administration centrale consentit à ne pas exiger des battues immédiates, lont en conseillant cependant une surveillance très active, et il écrivit au commissaire Pérou, le 24 floréal 1 :
Je désire que le rapport qui m'a été fait sur la situation de votre canton et de ceux environnants soit exagéré, cependant je ne puis trop vous recommander d'exercer la plus exacte surveillance sur nos ennemis, et de prendre les mesures nécessaires pour prévenir de leur part tout mouvement attentatoire à la sûreté publique.
Puisque vous croyez que les battues extraordinaires que j'avais ordonnées ne pourraient qu'être dangereuses et même inutiles dans ce moment actuel, vous ferez bien d'en suspendre provisoirement l'exécution ; je m'en réfère à cet égard à votre dévouement et h vos connaissances locales.
Vous pourrez obtenir un certain nombre de fusils de chasse et de munitions, mais je dois vous prévenir d'une mesure préliminaire à remplir. Faites faire par les officiers de la colonne mobile une pétition tendant à demander des armes et aussitôt qu'elle sera approuvée par vous et votre administration adressez-la moi, on prendra de suite une décision sur son objet, et je vous informerai du résultat.
Salut et fraternité.
Les événements qui se succédèrent bientôt, donnèrent malheureusement raison aux prévisions du commissaire central.
Le 28 floréal, Mallard, commissaire de MaroUes, écrit à son collègue de Mamers que « à minuit, le citoyen Marin Morin, de Disse, a été enlevé de son domicile, à l'instar du citoyen Trouvé, de Joué ; on l'a conduit à peu de distance de chez lui, et il a été relâché ». II
(1) Archives de la Sarthe. L, 177. Lettre du 24 floréal an VII (13 mai 1799).
ignore le nombre d'hommes qui ont commis cet attentat. « Le tocsin d'alarme bat dans tout le canton ; la colonne mobile et la garde nationale sont en mouvement » ».
Le commissaire de Courgains, Gouet, donne des renseignements plus précis sur cette tentative de meurtre contre Morin ; il rapporte que les brigands « lui ont bandé les yeux et l'ont conduit de chez lui aux environs d'un quart de lieue, en le menaçant de lui ôter la vie, faute par lui de ne pas leur remettre une somme de 14,000 francs qu'ils lui demandaient. Cet attentat a fait du bruit, le tocsin s'est fait entendre ilans différentes communes, le monde s'est levé en masse, et heureusement il a été relâché sans avoir de mal » -. Cette nouvelle parvenue à Mamers avait décidé le capitaine de la colonne mobile à faire des battues dans plusieurs communes du canton, tant de jour que de nuit, en attendant que celle du canton rural soit armée.
Dans la nuit du 8 prairial, vers une heure après minuit, cinq ou six brigands se sont transportés au domicile du citoyen Royer, père, cultivateur en la commune des Mées, canton de Courgains ; « ils l'ont forcé, en tirant plusieurs coups de fusil, de faire l'ouverture de sa maison ; un de ses fils a été blessé ; il a été obligé de contribuer de l'argent » ».
En présence de ces faits, le commissaire central avait, dès le l'r prairial, envoyé de nouveaux ordres aux commissaires des cantons de (.ourgains, Marolles, Mamers extra-muros, Tuffé, Nogent-le-Bernard et Saint-Cosme. Il leur indiquait ainsi les mesures nécessaires qu'il fallait prendre immédiatement * :
Il parait résulter de faits récents que les chouans veulent changer le théâtre de leur brigaÉdage et le porter dans les cantons qui jusqu'à ce moment ont été tranquilles. Il faut par une surveillance active et des mesures vigoureuses, déconcerter les projets de ces scélérats.
A cet effet, au reçu de la présente, vous vous réunirez à trois ou quatre citoyens de votre arrondissement, patriotes, intelligents et qui ont le plus de connaissances locales. Vous rechercherez et examinerez quels sont les hommes
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 28 lloréal an VII (17 mai 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 225. 29 noréal an VII (18 mai 1799).
(3) Archives de la Sartlic. L, 22.'). 9 prairial an VII (28 mai 1799).
(4) Archives de la Sarthe. L, 177. Lettre du 1« prairial an VII (20 mai 1799).
du canton que vous croirez le plus disposés à prendre une part active au brigandage ou à le favoriser, (ils s'y trouveront 4 ou 5 principaux tout au plus, les autres en sous-ordre ne feront rien seuls). Vous ferez dresser des embuscades, la nuit, autour des maisons de ces individus, on s'assurera s'ils y entrent et en sortent d'une manière suspecte, vous les ferez épier pendant le jour, savoir qui ils voient, et s'ils reçoivent des étrangers, comme ils peuvent également en recevoir pendant la nuit. Après toutes ces précautions si vous les soupçonnez véhémentement d'être des artisans de troubles, vous m'en informerez en me proposant les mesures que vous jugerez convenables. Mais que la plus sévère impartialité soit la règle de votre conduite. Rappelez-vous que la liberté est un bien très précieu.v dont on ne doit pas priver un citoyen, lorsque par d'autres moyens on peut le mettre dans l'impuissance de nuire ; mais aussi ne balancez pas un instant, si vous êtes moralement convaincu qu'un individu abusera de cette liberté pour exciter des troubles. Le bien public doit toujours l'emporter sur l'intérêt particulier. Que tout étranger soit scrupuleusement surveillé et qu'il soit arrêté s'il paraît suspect.
Veuillez m'accuser réception de la présente et m'instruira des mesures que vous aurez prises pour son exécution.
Salut et fraternité.
Le commissaire de Mamers ne proteste plus et il reconnaît que la situation devient réellement inquiétante ; dans sa réponse du 15 prairial, il demande des secours ' :
Citoyen collègue, il n'y a plus h douter qu'il n'y ait un foyer de troubles dans notre pays, les événements fâcheux qui se l'enouveilent chaque jour dans plusieurs cantons circonvoisins, prouvent que les chouans veulent sérieusement recommencer le cours de leurs brigandages et de leurs assassinats. L'a nuit dernière, ils ont fait une incursion dans la commune de Montrenault, sise en ce
canton Il parait qu'ils avaient l'intention de s'introduire chez l'agent
municipal de cette même commune, patriote prononcé, acquéreur de domaines nationaux. Ce n'est peut-être qu'à la bonne contenance qu'il a faite, qu'il doit son salut.
Aurions-nous le malheur de voir renaître dans nos contrées les horreurs et les excès qui les ont désolées jadis'? le mal fait des progrès rapides, mais l'habitant des campagnes n'a pas la force ni le courage de s'y opposer !
La siireté et la tranquillité intérieures sont compromises et menacées par une poignée de scélérats, et chacun témoigne la plus grande insouciance à rechercher et poursuivre les perturbateurs ; de jour en jour l'esprit public
(1) Archives de la Sarthe. L, 177. Lettre du 15 prairial an VII (3 juin 1799).
s'abâtardit. Chacun s'isole et semble craindre de se réunir aux bons citoyens pour veiller à la défense commune.
Par quelle fatalité malheureuse, citoyen collègue, les campagnes sont-elles abandonnées à leurs simples forces ? Comment se fait-il qu'on les laisse sans secours ? les cantonnements militaires en ont été retirés ; à la vérité on leur a substitué les colonnes mobiles, mais partout le service en est négligé, les citoyens qui les composent allèguent qu'ils ne peuvent seuls, sans armes et munitions, dissiper les attroupements et réprimer le brigandage. Je ne connais qu'un moyen d'utiliser les compagnies d'élite. Ce serait de les assimiler aux compagnies franches et territoriales qui avaient été organisées dans l'an III, et en l'an IV, dans chaque chef-lieu de district ; on en retirerait les pères de famille pour les former de conscrits et de réquisitionnaires. Si on en composait un corps qui serait soldé et armé aux frais de la République, qu'on le soumit au régime militaire pour le disséminer ensuite sur la surface de ce département, alors les colonnes mobiles pourraient rendre les plus grands services, on les obligerait à un service habituel de vigilance ; tous ceux de mes collègues qui partagent avec moi l'amour du bien public et de la liberté, partageront aussi mon avis
L'administration centrale du département envoya des ordres le 21 prairial, pour que les municipalités préviennent « par tous les moyens possibles les troul)les qu'on pourrait vouloir organiser dans larrondissement ; que tous les répul)licains reprennent courage ; qu'ils se réunissent » '.
Maintenant, malgré les patrouilles incessantes, de jour et de nuit, les attaques à main armée vont se succéder rapidement. Le 15 prairial, l'agent municipal de la commune de Monlrenault vient rapporter au commissaire de Mamers extra-muros, que la veille vers les onze heures du soir (< il aurait été éveillé en sursaut par le son d'un corne ou cornet, qu'aussitôt il se serait levé et aurait entendu frapper un violent coup dans la porte d'entrée de sa cour, close de murs, que le bruit du corne ayant continué de se faire entendre, il aurait tiré successivement cinq coups de fusil à balle, dans l'intention d'éloigner les malveilhms qui rôdaient autour de ses iKitimcns, dans le dessein sans doute de s'y introduire. Qu'un moment après il les aurait entendus s'éloigner et diriger leurs pas vers la commune de Sainl-Calais, canton de C.ourgains où le tocsin a sonné ensuite pendant longtemps, qu'il présume que cet attroupement était composé d'un petit nombre de scélérats » -.
(1) Archives de la Sarthe. L, 177. Lettre du 21 prairial an VIT (9 juin 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 230. 15 prairial an VII (3 juin 1799).
Le canton rnral de Mamers n'avait pas encore pu organiser de colonnes mol)iles, il ne possédait ni armes, ni munitions, et il en demandait en vain au département depuis longtemps ; pour se défendre contre ces attaques il s'adressa à la municipalité de la ville de Mamers qui « jirenant en haute considération la lettre de son commissaire, toujours jaloux de maintenir le bon ordre, de protéger les personnes et les propriétés » promit de seconder de tous ses moyens l'administration cantonale ; dans ce but elle décida que la colonne mobile ferait de nombreuses patrouilles dans les communes de Commerveil, Pizieux, Montrenault, Panon, Vezot, Saint-Longis, Marollette, Saint- Aubin et Contillj' K
L'administration cantonale reçut enfin, le 27 prairial, pour armer sa colonne mobile, soixante fusils de chasse que lui faisait délivrer le général Simon ; mais tous ces fusils étaient en mauvais état et, suivant le rapport des armuriers nommés pour les visiter, « la moitié de ces fusils à peu près est à rebuter, et il en coûtera 250 1. pour réparer l'autre moitié » ^. Ce n'était pas avec de pareils moyens de défense que les Chouans pouvaient être facilement arrêtés ; aussi, le 14 messidor, pouvait-on voir inpunément « rôder autour de la ville, et faisant des démonstrations, des inconnus vêtus de carmagnoles bleues et jaunes » •^. De plus les colonnes mobiles se recrutaient difficilement, les jeunes gens, qui devaient les composer, <( pour se soustraire aux détachements que l'on envoie dans les endroits les plus insurgés, prennent le parti de quitter la commune pour se réfugier dans les cantons de campagne, où ils croient être en sûreté et ne point faire partie de ces détachements, parce qu'on en exige pas dans ces cantons » *. Aussi l'administration municipale de Mamers crut-elle devoir réclamer, dans son intérêt, auprès de l'administration centrale de la Sarthe, et du général Simon, commandant le département, pour que le détachement de la colonne mobile de Mamers, envoyé à Sablé, ne soit pas conservé en station plus d'un mois, conformément à l'arrêté du département.
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n" 856. 16 prairial an VIT (4 juin 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 230. 27 prairial an VII (15 juin 1799).
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n» 281, 14 messidor an VII (2 juillet 1799).
(4) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 865. 18 messidor an VII (6 juillet 1799).
L'administration de Mamers appuyait sa déclaration sur les tristes événements qui se passaient aux environs de la ville, et faisait aussi allusion au mécontentement qui pourrait se manifester chez les habitants de Mamers, si leurs compatriotes étaient retenus en service plus longtemps qu'ils ne devaient. Elle observait que « ses citoyens aiment à faire leur devoir, sont attachés à la chose publique et ne se lasseront jamais en rien pour la conserver. Mais une fois trompés, il n'est pas facile une autre fois de les surprendre. Ainsi nous vous invitons de vouloir bien faire relever notre détachement en nous autorisant d'en renvoyer un autre s'il est nécessaire. Vous obligerez infiniment l'administration qui se trouverait en butte à tous ses concitoyens, qui croiraient que ce serait elle qui les aurait trompés, s'il en était autrement ».
Elle adressa une même réclamation au général Simon, basée sur les mêmes motifs, lui annonçant également que s'il gardait le détachement de Mamers plus d'un mois, « elle serait dans l'impossibilité de pouvoir lui en fournir un second à l'avenir, parce que ses citoyens jaloux de remplir leurs devoirs, et amateurs de la chose publique, se portent plutôt à la soutenir par bonne volonté que par contrainte ; mais aussitôt qu'ils se trouvent trompés, il n'est pas possible de les faire continuer » '.
La circulation des étrangers s'augmentait dans le pays, et, le 19 messidor, l'administration municipale de Mamers crut devoir informer les municipalités voisines de Courgains, Marollcs, S'-Cosme, La Eresnaye et La Perrière que « différents particuliers inconnus circulent dans les environs pour prendre des renseignements qui puissent les aider dans leurs projets. On prétend même que des émigrés font partie de ces particuliers » -. Ces craintes d'une attaque des (chouans étaient bien fondées, car des coups de main sont constatés dans différentes communes.
Devenus plus nombreux, et par conséquent plus audacieux, les Chouans })assent fréquemment sur la commune de MaroUes, d'abord pendant la nuit ; ils investissent une ferme, s'emparent des bâtiments, s'y enferment avec le fermier, sa famille et ses gens de travail, ne laissant sortir personne et y séjournant jusqu'à ce que toutes les
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre R 2. 23 messidor an VII (11 juillet 1799).
(2) Arcliives de la Mairie de Mamers. 19 messidor an VIT (7 juillet 1799).
provisions de la ferme fussent épuisées, soit environ deux jours, car ils étaient en général par groupe de quatre-vingts à cent '. A Ancinnes, le 21 messidor, vers huit heures du soir, treize brigands envahissent le domicile de Jean Marchand, cultivateur à la métairie du Pressoir ; ils étaient armés de fusils à deux coups et de pistolets à la ceinture, habillés en carmagnole d'étoffe de couleur bleue. Ils demandèrent une somme de trois mille francs, sinon ils allaient l'emmener avec eux jusqu'à ce qu'elle leur ait été foui'nie. Marchand avait chez lui 500 francs qu'il leur remit dans l'espoir de conserver sa liberté, mais inutilement ^ ; il est enlevé, sa femme maltraitée n'est laissée en liberté qu'à la condition qu'elle versera trois mille livres pour racheter son mari, sinon il sera fusillé. A Saint-Calais, Brissard est mis à contribution et ses bâtiments des Pâtis sont incendiés ; ses pertes sont évaluées à dix mille francs.
La nouvelle de l'incendie des Pâtis fut apportée à Mamers le 23 messidor, à huit heures et demie du soir, par des habitants des communes voisines, qui venaient demander des secours pour se mettre à la poursuite des brigands. Ceux-ci étaient arrivés à la métairie vers six heures et demie du soir, au domicile de Brissard, qui « s'était renfermé dans sa maison ; ils lui demandèrent de l'argent comme acquéreur de domaines nationaux ; il leur en a jeté par une fenêtre, ce qui ne les a pas contentés ; ils ont tiré plusieurs coups de fusil dans la fenêtre et ont mis le feu aux étables et aux écuries, les ont réduites en cendi-e ; ensuite ont voulu mettre le feu à la maison, et pour cet effet ils ont posé des fagots contre la porte et ont forcé un des domestiques, qui était dans la cour, à mettre lui-même le feu aux fagots, ensuite se sont retirés peu de temps après. On a retiré les fagots enflammés de manière que le feu n'a pas pi-is à la maison.
» Les brigands, dans leur l'etraite ont pris le chemin de Beaumoncel, Monhoudou, et on ne sait ce qu'ils sont devenus ; un d'eux se nomme Maquaire, est de la commune de Saint-Calais. Il avait déjà été en prison pour Chouannerie, il y a quelques années ; les autres sont inconnus. Dans la cour des Pâtis, on a trouvé une proclamation manuscrite signée Charles, contenant des menaces contre les acquéreurs
(1) Archives de la Sarlhc. L, 275. Rapport du 13 messidor an VIII (2 juillet 1800).
(2) Archives de la Sarthe. L, 225. 22 messidor an Vil (10 juillet 1799).
de domaines nationaux, et une invitation à reconnaître et à servir Louis XVIII, comme roi » '.
La municipalité de Mamers, pour porter secours à Saint-Calais, fit battre la générale et sonner le tocsin afin de réunir des volontaires ; cet appel, par exception, fut entendu et les volontaires furent si nomljreux qu'on ne put les armer tous. D'un autre côté, l'administration désirait garder auprès délie des défenseurs, jugeant « qu'il n'était pas bon, ni sage, d'abandonner totalement ses foyers pour aller à la défense dautrui » ; elle insista donc pour faire désister un grand noml)re de ceux ([ui voulaient partir pour Saint-Calais et les engagea « à rester dans leur commune pour défendre leurs femmes, leurs enfants et tout ce qu'ils ^îcuvent avoir de plus précieux avec eux, dans le cas où ces brigands se porteraient sur la dite commune, n'ignorant pas qu'il n'y aurait plus que des femmes et des vieillards » -.
Quand les troupes de Mamers arrivèrent aux Pâtis les brigands étaient disparus ; elles firent cependant des perquisitions dans les environs, et des détacliements rentrèrent le lendemain matin avec six individus qu'ils avaient mis en état d'arrestation : .lulien Cbarles, grcflier du juge de paix de Courgains, Etienne Maquaire, Fi-ançois (Iravé, Louis Cbarles, Cbarles Fouasnon et Jacques Le Cœur.
La garde nationale de Mamers, d'après le commissaire de
(Courgains, « s'est montrée digne d'exemple dans cette affaire
Les communes environnant celle de Saint-Calais, et particulièrement cette dernière, à l'exception de celle de Courgains, se sont très mal montrées dans cette malbeureuse affaire » •'.
Ces brigands s'étaient dirigés ensuite vers la forêt de Bonnétable, car, le 27 me<i>idor, la municipalité de la ville de Bonnétable fut informée ce jour « que la femme Le Marcband, d'Ancinnes, portait la rançon pour son mari dans cette forêt, dans la partie nommée la Haute-Tasse ». Elle y envoya aussitôt sa garde territoriale qui rencontra cette femme et son conducteur, et les ramena en ville. La femme Le Marchand « ne voulut point dire au juste l'endroit où elle devait déposer son argent, craignant pour les jours de son mari ». De
(1) .\rcliivcs (le la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 874. LcUrc au citoyen Lehault. 25 messidor an VII (13 juillet 1799).
(2) .archives de la Mairie de Mamers. 23 messidor an VII (11 juillet 1799).
(3) Archives de la Sartlie. L, 225. 24 messidor an VII (12 juillet 1799).
nouvelles recherches dans la forêt amenèrent larrestation d'un nommé Poussin, scieur de long, très mauvais sujet. Pressé de questions, il ne put expliquer pour quel motif il se trouvait à cette heure, trois heures du matin, dans la forêt ; il fut donc incarcéré. Des perquisitions furent faites en même temps chez un garde particulier, François Cochain, demeurant à la Haute-Tasse ; on y découvrit une fdle et un conscrit, et leur interrogatoire prouva qu'ils y avaient été conduits par Poussin. De plus on reconnut que « Cochain leur donnait asile dès le 26 au soir, même que sa femme était venue à Bonnétable leur chercher des provisions et du plomb en masse, dont ils firent des balles ». D'autres individus qui avaient vécu avec eux étaient disparus ; la colonne mobile de Bonnétable partit immédiatement à leur poursuite, et vers les onze heures du soir, sur la loute de Saint-Célerin, elle reçut une décharge de coups de fusil, qui lui tua deux hommes et en blessa deux autres ; elle riposta, tua aussi deux hommes, dont un nommé Champroux, de Marolles ; les brigands se dispersèrent aussitôt. Précédemment ces mêmes individus s'étaient dirigés sur Saint-Denisdes-Coudrais, où ils avaient rencontré la colonne mobile de La Ferté- Bernard, l'avaient surprise et lui avaient tué trois hommes *.
S'appuyant sur ces alertes successives, la municipalité de Mamers réclama de nouveau, à l'administration centrale et au général Simon, la restitution de ses canons, et le renvoi dans leurs foyers des hommes qui composaient le détachement envoyé à Sablé. « Vous vous convaincrez, écrivait-elle au général Simon, combien il est intéressant qu'on ne diminue pas nos forces, vu les dangers imminents dont notre commune et celles qui nous environnent sont menacées. En conséquence, nous avons tout lieu d'espérer de votre justice, que vous voudrez bien, de concert avec le département, renvoyer et notre premier détachement, et le second que nous n'avons fait passer dans votre commune que par obéissance » -.
La municipalité de Mamers avait, en effet, non seulement à s'occuper de la défense de son territoire, mais aussi des communes voisines, qui venaient souvent implorer son secours, et auxquelles du reste elle répondait bien volontiers. Après l'affaire de Saint-Calais,
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. i'"' messidor an VII (19 juin 1799). Lettre de l'administration de Bonnétable.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 872. 24 messidor an VII (12 juillet 1799). Archives de la Sarthc. L, 269.
Blondean-Duclos, commissaire du directoire exécutif de l'administration du canton de Courgains, vint ainsi le 25 messidor, demander des secours pour se défendre contre les menaces qui étaient adressées à plusieurs individus. « Il avait représenté une lettre signée Charles, commandant par intérim du Haut-Maine, qui contenait des menaces effrayantes pour ladite administration. Il avait également reçu la déclaration du citoyen Lécureuil, demeurant à la métairie de Pressaussons, commune dudit Courgains, par laquelle il paraît que les mêmes brigands, qui se sont portés sur la commune de Saint-Calais, chez le nommé Brissard, se proposaient de se rendre chez lui Lécureuil, et de rechef chez ledit Hrissard, pour le faire repentir dans le cas où il eut fait quelques dénonciations contre eux » K
Brissard avait trouvé prudent de se réfugier à Mamers avec le mobilier cjui lui restait ; alors la municipalité de Mamers mit à la disposition de celle de Courgains le détachement qu'elle avait envoyé aux Pâtis pour protéger Brissard, et elle envoya à Courgains dix grenadiers, dix chasseurs et dix hommes de la colonne mobile.
L'administration cantonale de Mamers, comme celle de la ville, réclamait de prompts secours ; elle sentait que « le brigandage fait dans les campagnes des progrès rapides et effrayants Les événements prouvent évidemment qu'une horde de brigands destructeui-s circule dans ces contrées, dans le dessein d'en faire un foj'er de l'ebellion et de meurtres. Ces scélérats ne dissimulent plus leurs projets, c'est aux patriotes, c'est aux acquéreurs de domaines nationaux qu'ils déclarent, au nom de la Religion et de Louis XVIII, une guerre d'exterminatio*. Ils menacent dans leur fureur de porter le fer et la
flamme partout où ils trouveront de l'ojjposition » De là la
nécessité de réorganiser tous les services militaires. « Nous manquons de poudre, écrit le commis-saire Pérou, et de munitions de guerre ; l'administration municipale est trop courte de finances pour s'en ])rocurer à ses frais. De ce dénuement a])solu, il résulte que le service est souvent négligé dans ce canton. La colonne mobile est insuffisante pour veiller habituellement à la sûreté des dix communes qui la composent ; les citoyens qui en font partie se plaignent d'un service trop pénil)le et j)our lequel ils ne reçoivent aucune indemnité ». Pour parer à cette situation, il demande le rétablissement dans le pays des
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n» 289. 25 messidor an VII (13 juillet 1799),
cantonnemenls militaires qui en ont été retirés, de même que l'orgaiiisalion et larmeineut des compagnies franches dont la formation vient d'être ordonnée dans l'Ouest par la loi du 10 messidor. Il ajoute que, comme mesure de précaution « il ne serait pas moins essentiel de faire retirer dans l'intérieur des places favorisées d'un cantonnement, les citoyens ([ui habitent les ci-devant châteaux, ou maisons de plaisance isolées dans les campagnes ; on peut dans les circonstances actuelles prendre ombrage de la résidence qu'ils y font » '.
La municipalité de la ville de Mamers réclamait, comme celle du canton, l'envoi d'armes et de munitions, « pour prêter secours à des communes sans défenses, où le patriotisme n'est pas commun et qui par conséquent se trouverait assailli par les habitants mêmes des lieux et très souvent leurs voisins ». Quant à la ville de Mamers elle « saura toujours se défendre de l'invasion des brigands, lorsqu'elle sera armée de ses canons, de fusils, ainsi que de munitions » "-.
Pour obtenir les munitions dont elle avait si grand besoin et qu'elle demandait toujours en vain, elle choisit deux commissaires parmi les habitants de la ville, qu'elle chargea de se rendre au Mans, auprès de l'administration centrale, afin de lui faire connaître la situation et de lui dire : « Nous nous trouvons dans ce moment exposés à des dangers, rapport à la ('chouannerie qui va en s'accroissant dans nos cantons, et rapport à plusieurs complices de Chouans qui sont renfermés dans nos prisons ; que nous soyons attaqués, comment opposer une vigoui-euse défense, nous sommes pour ainsi dire sans armes, sans munitions ; ainsi jugez combien il serait facile de faire l'enlèvement des détenus. Une autre difficulté se présente ; lorsqu'il s'agira de transférer les prisonniers dans la commune du ]\Ians, le détachement de la garde nationale commandé, refusera le service s'il n'est pas fourni des moyens de défense nécessaires. L'affaire qui vient d'arriver dans les environs de Saint-Marceau est un exemple frappant des dangers à courir en pareille escorte » ■'.
A Marolles, le commissaire Mallard cherchait aussi à se prémunir contre des attaques possibles ; le 25 messidor il avait demandé au
(1) Archives de la Siirllie. L, 230. Lettre du 27 messidor an VII (15 juillet 1799).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre l\ 2, n» 879. 6 thermidor an VII (24 juillet 1799).
(;!) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n" 883. 15 thermidor an VII (2 août 1799).
département l'envoi, dans sa commune, d'un cantonnement de vingtcinq à trente hommes de troupes de ligne, et il motivait sa réquisition sur ce que « dans quelques cantons voisins, les brigands marchent maintenant en plein jour ; ils enlèvent les citoyens, incendient les maisons, enfin ils commettent les plus grandes cruautés ». Il ajoutait : « Nous craignons en peu de jours pour un pareil sort ; nous craignons pour les archives de l'administration ; nous craignons pour notre
existence Ce n'est pas que les brigands paraissent encore en
grand nombre, mais les menaces et les exploits qu'ils font, intimident tous les citoN'ens et l'activité de service des gardes nationales devient ])aralysée » '.
Mallard n'obtint pas satisfaction ; on lui répondit qu'il était impossil)le d'envoyer un détachement à Marolles, mais on l'autorisa à se servir, en cas de besoin, de celui placé à Courgains. Il protesta, exposant que « malgré les menaces et les punitions dirigées contre différents particuliers, qui n'exécutent pas leur service de garde nationale, plusieurs désobéissent également, et un plus grand nombre fait son service tout en répugnant, et tout cela n'en serait point ainsi s'ils étaient maintenus ou aidés d'une force étrangère. Je crois être assuré que ceux qui manquent ou qui exécutent leur service eu répugnant, seraient d'un nul secours en cas de danger, c'est ce qui
inquiète beaucoup tous les patriotes du canton On dit que le
2.Ô d'août, jour de la ci-devant Saint-Louis, il y aura un mouvement général en France. Les royalistes ou mécontents, iront télé levée,
in(piiéteront et as.sassiueront les patriotes » -. Mallard avait le
pressentiment aIu sort qui l'attendait quinze jours plus tard.
De nouveaux bruits inquiétants parvinrent à Mamers le 27 thermidor ; la municipalité eut des craintes pour la sûreté des prisonniers qui étaient enfermés, en assez grand nombre, dans les prisons de Mamers, elle en prévint de suite l'administration centrale pour ([ue celle-ci les fit enlever immédiatement ; on craignait un coup de main des Chouans pour les délivrer ; un étui en fer-blanc renfermant des limes venait d'être trouvé dans un tas de bois placé dans la chapelle de la prison ; ces limes étaient évidemment destinées à favoriser l'évasion des prisonnière.
Dans la nuit du 29 thermidor les brigands se présentent « à deux
(1) Archives de la Sartlie. L, 2.31. 2.") messidor an VU (13 juillet 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 231. 28 Uiennidor an VII (15 août 1799).
portées de fusil de Mamers ; les bons citoyens les poursuivent, mais sans autre succès que leur disparition. 11 est hors de doute que leur but est de forcer la prison pour délivrer ceux qu'elle renferme ; c'est un essai manqué qui réussira la première fois qu'il sei'a tenté, vu la faiblesse physique de la prison, et celle morale de ses gardiens. Enfin le projet des conspirateurs est de délivrer les coupables, soit ici, soit en chemin ». Ces prisonniers que le commissaire du directoire de Mamers veut défendre étaient les chouans arrêtés dans les battues exécutées les semaines précédentes, et notamment Cochain, de Bonnétable, et ses complices K
L'administration municipale de Mamers venait de recevoir à son adresse, une proclamation de Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, aux Français, avec avertissement « que les brigands doivent se porter en grand nombre sur la commune pour expolier tous les prisonniers qui sont dans les prisons ; ils se proposent également d'immoler à leur fureur, différents particuliers de la commune, pour les rendre victimes de leur patriotisme ». En transmettant cette nouvelle aux représentants du peuple Lehault et Hardouin, la municipalité ajoutait : « Vous connaissez, citoyens, aussi bien que nous, l'esprit public de notre commune ; le peu de patriotes qui s'y trouvent, est vraiment disposé à vendre bien cher leurs vies s'ils avaient des armes et des m-unitions. Ainsi, citoyens représentants, nous vous invitons à vouloir hâter l'autorisation du ministre, pour la délivrance de nos canons qui sont au département de la Sarthe. Il n'y a point de moment à perdre, si comme nous en sommes convaincus, vous voulez bien faire vos efforts pour délivrer votre patrie de l'invasion de ces brigands » -.
Les administrations municipales des cantons de Mamers, Courgains, MaroUes, Saint-Cosme, La Fresnaye et La Perrière furent immédiatement instruites que la sûreté pul)lique étant menacée dans ces contrées, elles aient à redoubler de surveillance, surtout pendant la nuit, à rester toujours maîtresses des cloches de leur commune pour faire sonner le tocsin en cas d'alarme, et à donner avis à Mamers de tout ce qu'elles pourraient découvrir tendant à troubler la paix. Dans
(1) Archives de la Sarthe. L, 170. Lettre de Nibclle au commissaire du département. 29 thermidor an VII (16 août 1799).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 894. 27 thermidor an VII (14 août 1799).
la ville, la garde de nuit fut portée à cent hommes, avec postes supplémentaires à Saint-Jean et à la Cliauvinière, et patrouilles à pied et à cheval '.
Le général Vincent « actuellement chef de la troisième division de la gendarmerie, et précédemment commandant militaire dans l'arrondissement des cy-devant districts de Mamers, Bellesmc, La Fierté-Bernard et Nogent-le-Rotrou » se rendit à Mamers pour organiser la défense. Dans une séance secrète qu'il tint le 2 fructidor, il exposa ainsi la situation à la municipalité de Mamers : « La trancpiillité puhliquc est trouhlée par des bandes de brigands qui circulent sur tous les points, pour corrompre l'esprit pul)lic et notamment les habitants des campagnes qui nous environnent, pour les provoquer à la révolte et organiser une guerre civile complète. La ramification s'étend au loin et a pour objet premier de massacrer les patriotes purs, les acquéreurs de biens nationaux qui ont donné acte de leur confiance à la Hépul)lique, les fonctionnaires publics, les magistrats du peuple amis de l'ordre, de la paix et de la prospérité pulilique ; enfin que leurs projets infernaux sont de bouleverser l'ordre des
choses en provocjuant à la Royauté » 11 décida ensuite de faire
une battue générale avec l'aide de la garde nationale -.
Le jour même la colonne mobile partit dans la direction de Bellesme pour fouiller la foret ; en revenant par le château des Chaises à Vaunoise, elle aperçut une douzaine de chouans qu'elle poursuivit, mais qui lui échappèrent à cause de la nuit qui survint. Deux cents gardes nationaux furent envoyés cette même nuit i)ar le général Vinceiv'- dans diverses directions.
Ces démonstrations ne suffirent pas à écarter les Chouans de la région de Mamers.
Dans la journée du cinq fructidor « les brigands au nombre de soixante-dix à quatre-vingts, composés d'une partie de gens de pays, ont volé huit cents francs et deux chevaux au citoyen Royer, de Congé en Monhoudou, avec ordre de fournir une plus forte somme ». De là ils se rendirent « chez le citoyen Richer comme patriote résidant depuis peu dans la commune de Saint-(^alais ». Ils y séjournèrent le reste de la journée, y passèrent la nuit. « Les provisions de bouche
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n" 313.
(2) Archives Xle la Mairie de Mamers. Registre M, n» 31G. 2 fructidor an VII (19 août 1799).
de toutes espèces appartenant au citojen Richer, ont été la proie des brigands ; ceux-ci toujours bien servis par nos honnêtes gens de Mamers, se sont procurés un hal)it pour leur général, du ploml) brut et de la poudre. Ils ont employé la nuit à fondre des balles et faire des cartouches, sans que personne ait pu sortir du domicile de Richer pour venir nous en avertir » '.
Parmi ces chouans on avait reconnu Charles Latouche, émigré, officier ; Recalde fils, d'Alençon, officier ; un prêtre, déjà vu chez Rccalde ; et plusieurs habitants de Saint-Calais, de Courgains et de Pizieux, enti'e autres les Matière, de Saint-Calais, et François Charles, de Courgains. « Il s'en trouve beaucoup de la commune de Saint- Calais, écrit le commissaire de Courgains. Il paraît que de celte seule commune il y en avait au moins trente » -.
Le six fructidor une bande de Chouans envahit le moulin de Tessé, à Saint-Longis, se saisit du meunier Lunel et ne le rend à la liberté qu'api'ès lui avoir fait verser une forte somme d'argent. De là les Chouans, au noml)re de quatre-vingts environ, se rendent au domicile du sieur Dagron, garde-marteau de la forêt de Perseigne, enfoncent la porte à coups de hache, s'emparent des armes et des munitions, ainsi f[uc d'une somme de douze cent quarante-se])t francs, puis ils se dirigent sur Aillières.
Aussitôt que cette nouvelle parvint à la municipalité de Mamers, la force armée se transporta immédiatement sur la grande route de Mamers à la forêt de Perseigne par Aillières.
Les Chouans occupaient le château d'Aillières et les Buttes de la Nue, sur lesquelles flottait le drapeau blanc ; de là ils observaient les mouvements des troupes répul)licaines sorties de Mamers sur deux colonnes, l'une marchant sur le moulin à vent, et l'autre vers le chemin d'Aillières à Yillaines pour couper la retraite aux Chouans. Ceux-ci s'avancèrent dans la vallée au-dessous d'Aillières et attaquèrent l'avant-garde commandée par le brigadier de gendarmerie Robin et par Maisonnier, commandant de la colonne mobile. Une vive fusillade eut lieu de part et d'autre ; il y eut des blessés des deux côtés ; puis les deux corps ennemis battirent en i-etraite, les Chouans vers Neufchàtel, en longeant la forêt de Perseigne, puis vers Ancinnes,
(1) Arcliivcs de la Mairie de Mamers. Registre ïi 2, nu912. Lettre du 12 fructidor an ril (29 août 1799) adressée aux représentants du peuple Hardouin et I^ehault.
(2) Archives de la Sarthe. L, 225. 7 fructidor an VII (24 août 1799).
et les troupes républicaines vers Mamers où elles ramenèrent deux soldats blessés, appartenant à la colonne mobile, Jaccpies Fleur fds, et Beszard le jeune.
Pendant ciue durait cet engagement, la municipalité de Mamers dépéchait plusieurs courriers vers les communes d'Alençon, Bellesme, Le Mesle-sur-Sartlie, La Perrière et La Fresnaye, afin de les prévenir du mouvement des Chouans et de les mettre en garde contre eux.
La colonne de Mamers avait fait un i)risonnier cpi'ellc ramena avec elle, i\ se nommait Allix, était serviteur à gages chez la veuve Houel de la commune de Yillaines ; il avait été pris les armes à la main après avoir fait feu sur les républicains. Il portait un chapeau « auquel se trouve un bouton blanc autour duquel on lit les mots, Lrçjion d' Artois, et au milieu se trouve une fleur de lys ».
Pour prévenir une nouvelle attaque des Chouans, la municipalité j)rit les dispositions suivantes : « Il est fait un appel aux bons citoyens amis de la République et de la (Constitution de l'an III, tous sont requis de prendre les armes et de marcher à la poursuite des assassins
royaux Le général Vincent chef de la gendarmerie est invité de
venir au secours de la commune avec les forces qui sont à sa disposition. Des corps de garde sont établis dans les rues Jean, Marollette, du Mans, Rosette, et au centre de la ville. Des patrouilles ambulantes marcheront à la découverte. Pendant la nuit les maisons des citoyens seront illuminées et il sera fait remarque de ceux qui ne rempliront pas ces devoirs afin d'être cités à la police » \
Le général Vincent arriva à Mamers le même jour, à quatre heures et demie du aoifr, avec un détachement de carabiniers ; il prit de suite le commandement de la place et la direction de la force armée.
A six heures du soir une colonne de la garde nationale rentra avec quatre ])risonniers « jjrévenus de faire partie des brigands, et chez l'un desquels, nommé Lalande, cullivaleur à Villaines, il a été trouvé une caisse fleurdelysée et cinq carmagnoles s>.
Malgré les illuminations des maisons, l'administration constata le lendemain matin « qu'un jjlacard incendiaire provoquant la dissolution de la Répul)lique et le rétablissement de la Royauté, avait été affiché au coin du mur de la maison du citoyen Laubière, rue Queue- <le-Renard ». Il n'y eut pas d'autres incidents.
(1) Archives de hi Mairie de Mamers. Registre M, ii" 319, 6 fructidor an VII (23 août 1799).
Les deux commissaires de Mamers ont fait des rapports de cette journée ; l'un, Guittier, commissaire provisoire près la ville de Mamers, raconte « que sur les environs de dix heures du matin il s'est trouvé environné de Chouans, sur la grande ligne de la forêt de Perseigne qui conduit à La Fresnaye, qu'il doit son existence à la vigueur du cheval sur lequel il était monté ; ayant ahandonné cette ligne et s'étant jeté au travers la forêt il aurait dirigé sa marche vers le château de Fréljourg pour prendre dans le chemin de Contilly vers les huttes de la Nue, mais qu'étant arrivé à une distance de quatre cents pas ou environ de cette montagne, il aurait aperçu une vingtaine de brigands qui y étaient postés, et l'un d'eux ayant un drapeau blanc ; qu'alors rétrogradant par Louzcs sur la commune de La Fresnaye, il a dirigé sa marche par l'autre partie de la forêt de Perseigne, du côté de Neufchàtel » pour se l'endre auprès de l'administration et l'instruire de ce qui se passait K Ce rapport fantaisiste nous fait croire que le brave commissaire avait été fortement impressionné par la vue des brigands et qu'il n'avait guère su s'orienter pour regagner Mamers par le chemin le plus court. Du reste il rentra en ville quatre heures après la colonne qui avait pris part à l'action. De plus l'itinéraire qu'il était soi-disant avoir suivi pour éviter les Chouans, l'aurait amené au contraire au milieu d'eux pendant leur retraite.
Le commissaire du canton rural de Mamers, Pérou, adressa au département un rapport plus sérieux. Malgré son emphase et sa recherche des effets, il offre de l'intérêt ; son récit du reste s'accorde avec les documents que nous avons pu rassembler sur cette attaque, aussi ci'oyons-nous utile de le publier ici in-extenso - :
Mamers, 6 fructidor an 7.
Le Commissaire du pouvoir exécutif près le canton de Mamers extra-muros au Commissaire près l'administration centrale de la Sarthe.
Ce matin à cinq heures le président de l'administration municipale de ce canton et le capitaine de la colonne mobile sont venus m'apprendra que les brigands au nombre de quarante venaient d'enlever le citoyen François Lunel,
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n» 319. 6 fructidor an VII (23 août 1799).
(2) Archives de la Sarlhc. L, 230. 6 fructidor an VII (23 août 1799).
Ce récit a dû être imprimé et répandu dans le public, car encore aujourd'hui quelques personnes peuvent, de mémoire, en réciter des passages. — Nous savons
adjoint municipal de Saint-Longis, commune de ce canton, sise à un quart de lieue de Mamers.
Dans l'absence des autres administrateurs j'ai donné avec le président un réquisitoire au capitaine de la colonne mobile pour taire une battue générale dans plusieurs communes de cet arrondissement. Nous nous sommes en même temps concertés avec l'administration municipale de Mamers qui a réuni à notre colonne un détachement de 50 hommes ou environ, nous avons requis la gendarmerie qui a parti aussitôt. Dans ce moment et d'après l'invitation que nous en avons transmise aux agents municipaux, le tocsin sonne dans les communes de ce canton que nous croyons les plus exposées à l'invasion des brigands. Nous désespérons de pouvoir les atteindre ; ils fuyent, dit-on, du côté de la forêt de Perseigne, sur le territoire du canton de La Fresnaye, où l'on présume qu'ils ont des retraites assurées.
Le canton rural de Mamers, tranquille jusqu'à ce jour, va se trouver livré aux horreurs du brigandage et de l'assassinat et nous n'avons aucuns moyens pour repousser les scélérats qui viendront nous égorger. Dénués d'armes et de munitions, nos sollicitations réitérées pour obtenir des secours de l'administration centrale seront-elles infructueuses '? Veuillez, citoyen collègue, les appuyer de toutes vos forces et l'inviter à /rendre dans la plus prompte considération la demande que lui a faite la munic/palité de ce canton par sa lettre du 24 thermidor dernier.
Salut et fraternité.