‹ La ville et le district de Mamers durant la Révolution, 1789-1804Chapitre 12 sur 21 · PÉROU · texte numérisé non relu

PÉROU

P. S. — J'apprends que les Chouans ont relâché François Lunel et qu'ils sont dans ce moment dans la commune d'Ailliôres, canton de La Fresnaye, à piller la maison du citoyen Dagron, garde-marteau de la forêt de Perseigne. è

Mamers, 6 fructidor an 7, huit heures du matin.

Ici la générale bat, le tocsin sonne ! je sors de mon bureau et j'apprends que la colonne républicaine, sortie depuis une heure, en est aux prises avec les brigands qui l'ont attaquée et repoussée sur le territoire de la commune d'Ailliôres, où suivant le rapport de quelques citoyens qui se replient en désordre, les contrerévolutionnaires sont en force.

Arrive une charrette chargée de deux de nos blessés ; l'un d'eux perd tout son sang ! les Chouans sont aux portes de Mamers ! des femmes éplorées se répandent dans les rues de cette commune ! l'alarme est générale. De toutes parts l'on crie aux armes ! Tous les citoyens de Mamers se lèvent en masse et

d'ailleurs que la nninlcipalité de Mamers avait cherché à attirer l'attention du public sur cette affaire, car dans une lettre aux représentants Hardouin et Lehault, elle écrivait : « Nous vous invitons de faire insérer dans les journaux et notamment dans celui de Bazin, les articles les plus intéressants de cette lettre ». 12 fructidor an VII.

partent sur différents points pour combattre et repousser les rebelles. Le président de l'administration municipale, le juge de paix du canton rural, l'agent municipal de S'-Longis et moi le commissaire, nous prenons rang dans les colonnes pour marcher à leur tête.

A mon retour, citoyen, je vous rendrai compte du résultat de notre sortie.

Mamers, le 6 fructidor an 7, neuf heures du soir.

A l'instant je rentre h Mamers avec la force armée après avoir battu plusieurs communes de ce canton, celle d'Aillières, canton de La Fresnaye, c'est dans le ci-devant château de cette dernière commune qu'était le quartier général des Chouans, et les bords de la forêt de Perseigne où l'on présume qu'ils sont retirés.

Nous avons appris dans la commune de Villaines que plusieurs réquisitionnaires et conscrits de cette même commune et autres circonvoisines, avaient disparu depuis peu de jours et qu'on les présumait parmi les rebelles. De concert avec les administrateurs et le juge de paix présents, j'ai envoyé des patrouilles chez tous ceux qui m'avaient été désignés, on ne les a pas trouvés à leur demeure.

En nous en retournant à Mamers, nous avons entré, accompagnés d'une colonne, chez Jean Lalande, cultivateur à la métairie du Fay, commune de Villaines. Nous l'avons requis de nous déclarer où étaient ses trois fils, ce qu'il n'a pu faire. Il nous a répondu vaguement qu'ils étaient absens depuis un mois, et ne pas connaître le lieu de leur résidence. Après avoir fait cerner sa maison et ses autres bâtimens, nous y avons fait une fouille exacte et scrupuleuse.

Nous avons trouvé dans ses greniers deux couches en paille fraîche, propres à gîter plusieurs individus, ensuite nous avons requis ledit Lalande de nous faire l'ouverture de ses coffres et armoires (toujours en présence du juge de paix). Nous y avons trouvé plusieurs vêtements neufs dits CarmagnoUes, à l'usage des Chouans, quelques manuscrits et livres royalistes et fanatiques, une liste nominative de plusieurs jeunes gens des environs; sur le ciel de lit on a'découvert une caisse ou tambour orné d'armoiries, le tout a été remis et confié à la garde nationale pour le représenter toutes fois et quantes.

Après cette perquisition nous avons sommé led. Lalande de nous suivre à Mamers, pour y être interrogé et répondre sur les différents faits dont il est prévenu.

J'oubliais de vous dire, citoyen collègue, que dans les poches des vêtements saisis chez Jean Lalande, on a trouvé quelques grains de poudre à canon, un morceau de pain frais ; on a, dit-on, reconnu sur ces mêmes vêtements l'empreinte du fusil.

Dans la commune de Saint-Longis, nous avons fait une visite domiciliaire chez le nommé Fresnel, meunier, ex-agent destitué, nous n'avons rien trouvé de suspect à l'exception de deux particuliers qui en ont sorti à notre approche. L'un s'est dit de la commune de Nouans, l'autre est domicilié à Mamers. Les ayant

trouvés sans passeports, nous les avons fait ai'rêter et conduire de suite à M a mers.

Le citoyen Vincent, chef de brigade de la gendarmerie, vient d'arriver dans cette commune avec 23 carabiniers de la G'"° 1/2 brigade, et quelques détachements des gardes nationales de Bellesme et de Saint-Côme.

Le bruit se répand que les Chouans se portent sur la commune de Neufchâtel, canton de La Fresnaye.

Je suis excédé de fatigue, j'ai besoin de prendre un peu de repos, et je remets à demain la continuation de mon rapport.

Mamers, 7 fructidor an 7. 7 heures du matin.

Des détachements des gardes nationales des villes et des cantons voisins, arrivent à Mamers îi chaque instant.

Les carabiniers de la G™" 1/2 brigade sont à la découverte des brigands ; des colonnes partent sur difTérents points pour les cerner.

Le malheureu.x Fleur, jeune homme, membre de la colonne mobile de Mamers, blessé d'un coup de feu danf, la journée d'hyer, est mort des suites de sa blessure, les officiers de santé /rétendent, dit-on, que la balle dont il était frappé avait été mâchée '. /

J'apprends que plusieurs jeuries gens des campagnes qui s'étaient joints aux rebelles, ont rentré chez leurs parents et qu'ils prétextent leur disparition et leur révolte de la crainte et de la violence que les brigands, disent-ils, ont employées pour les faire partir et marcher avec eux. Je vous transmets ci-joint la copie d'une déclaration à ce sujet qui m'a été remise par l'agent municipal de la commune de Vezot.

Le directeur du iury est en permanence, il interroge les Chouans, dont deux pris les armes à la main, ainsi que tous les individus suspects qui ont été arrêtés hyer et aujourd'hui par les colonnes républicaines.

Vous devez voir par ces détails, citoyen collègue, que le royalisme était sur le point de relever l'étendard de la révolte dans nos contrées ; le complot a été déjoué, les rebelles ont été dispersés. Mais si l'administration centrale ne prend les mesures les plus vigoureuses, si l'on tarde à nous envoyer des forces suffisantes pour écarter les dangers qui nous menacent, il est à craindre que les brigands contre-révolutionnaires ne reviennent fondre sur nous, après avoir rallié leurs forces.

Quelques républicains de ce canton, notamment le président de l'administra-

(1) L'officier de santé Legoux, dc Mamers, dans son rapport du 6 fructidor (2.3 août 1799) explique en ces termes la mort de Fleur : « La balle avait ouvert l'artère poplitce et déterminé une hémorragie qui amena la mort dans l'après midi,

I faute de soin.s donnes à temps. » Archives de la Sarthe. L. 253. Aillières.

tion municipale et le juge de paix ont abandonné leur demeure pour se réfugier à Mamers.

Dans ce moment l'agent municipal de Saint-Longis et le juge de paix de ce canton sont à constater le délit qui a été commis par les brigands chez François Lunel.

Suivant le prescrit de l'article 23 de la loi du 24 messidor dernier sur la répression du brigandage, j'enverrai leurs procès-verbaux à l'administration centrale de la Sarthe.

Les carabiniers viennent de rentrer à Mamers et les autres colonnes ; leurs recherches ont été infructueuses.

Il est neuf heures du soir, une colonne rentre et amène à Mamers, devant le directeur du jury, Jean Gervais fils, cultivateur, demeurant commutie de Vezot ; il dit avoir été enlevé de force par les Chouans, c'est le même qui a fait sa déclaration à l'agent municipal de Vezot, dont je vous envoie copie avec la présente.

Je vous prie, citoyen collègue, de vouloir bien communiquer le tout à l'administration centrale de la Sarthe, comme d'appeler sa sollicitude sur les événemens qui en sont l'objet.

Salut et fraternité.

PÉnou.

Le commissaire près radministration centrale lui répondit, le 13 fructidor, par cette lettre de félicitations * pour lui et pour le canton :

J'ai communiqué à l'administration centrale, citoyen collègue, votre rapport des 6 et 7 courant sur les mouvements royalistes qui ont eu lieu dans votre canton et autres environnants. Votre conduite, celle des autres fonctionnaires publics et des républicains, méritent les plus grands éloges, et nous y applaudissons avec bien de la satisfaction. Les patriotes de cette partie de la Sarthe l'ont encore une fois sauvée par leur courage et leur énergie et je suis persuadé que les rebelles instruits de ce qu'ils doivent en attendre , n'oseront pas y établir le théâtre de leurs crimes et de leurs brigandages. Rassurez donc ces braves citoyens ; engagez-les de continuer de servir la chose publique avec le même dévouement et le même succès ; nous les seconderons activement et nous ne les abandonnerons point à leurs propres forces. Le général s'occupe de l'emploi des renforts de troupes qui nous sont arrivées ; peut-être par suite du plan qu'il croit devoir adopter ne disséminera-t-on pas les forces en différents cantonnements, parce qu'elles deviennent presque inutiles au but que nous nous proposons, la poursuite continuelle et l'extermination des bandes royales, mais on va établir de fortes colonnes toujours en mouvement, parcourant continuellement

(1) Archives de la Sarthe. L, 230. 13 fructidor an VIT (30 août 1799).

les cantons de ce département les plus menacés. On a déjà lieu de s'applaudir de cette mesure ; un détachement de la commune du Mans composé et de m'«» et de c»* a trouvé les brigands en celle de Roisé (?), en a tué 7 au nombre desquels se trouve le chef. Tout porte à croire que nous parviendrons par là à purger la Sarthe de tous les scélérats qui la désolent depuis trop longtemps. Faites en sorte que les individus reconnus pour avoir fait partie des rebelles soient arrêtés ; ils seront traduits, ainsi que ceux qui les ont recelés et qui ont déjà été saisis, devant une commission m'" qui, j'espère, fera justice des plus coupables et des plus dangereux. Tenez moi exactement au courant de tout ce qui aura rapport à votre situation et aux poursuites qui seront dirigées contre les auteurs de tous ces brigandages qu'on a voulu organiser dans vos environs. On m'a annoncé que plusieurs rebelles avaient péri dans l'affaire qui a eu lieu et où un républicain a été tué. Vous ne m'en avez point parlé, ce qui me fait douter du rapport qu'on m'a transmis. Je vous prie de me donner à cet égard quelques détails certains.

Ces attaques des Chouans qui semblaient menacer la ville de Mamers, y avaient produit une surexcitation qui inquiétait la municipalité, aussi celle-ci crut-elle devoir prévenir le directeur du jury près le tribunal de police correctionnelle de Mamers, d'activer les interrogatoires et les jugements des brigands arrêtés précédemment. Elle terminait ainsi sa requête : « L'administration ne doit pas vous laisser ignorer que les maux qu'ont soufferts ses administrés dans la journée d'hier les frappent d'une juste indignation, et cette indignation s'augmente par le j)eu d'attention qu'on apporte à examiner ceux qui sont violemment soupçonnés d'être coupables. Hier soir, sans la prudence et la fermeté du général Vincent , l'effervescence du peuple était poussée, pressée et jjrovoquêe par l'indignation que leur inspirait la perte du citoyen Fleur. Nous avions la douleur d'entendre dire : « Pourquoi ne fusillerions-nous pas les brigands qui assassinent nos camarades ? Voudrait-on encore les élargir comme on a fait de Lallier ? » Nous vous laissons à réfléchir sur les suites dangereuses qui pourraient résulter du découragement des citoyens que vous voyez debout pour le maintien de la République et de la Constitution de l'an III. ...»«.

Pour honorer la mémoire « du citoyen Pierre Fleur fils, mort ^ en combattant les brigands royaux dans la journée d'Aillières » une

1(1» Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, f" 82. 7 fructidor an VII (24 août 1799).

fête funèbre sera organisée le 20 fructidor, après que les Chouans auront été chassés une seconde fois des environs de Mamers. Un mausolée sera élevé dans le temple décadaire avec cette inscription : « Il est mort pour la Patrie ». Toutes les autorités défderont devant ce mausolée et y déposeront des feuilles de chêne, tandis que se feront entendre des chants de « Mourir pour la Patrie ». NiJjelle, commissaire du directoire exécutif près le tribunal de police correctionnelle de l'arrondissement, prononcera ensuite une oraison funèbre qui lui méritera un tribut d'éloges et que l'administration se fera un devoir de transci'ire sur ses registres '.

La résistance que les Chouans avaient rencontrée près de Mamers n'avait pas suffi pour les écarter des environs ; la municipalité dut s'occuper sans cesse d'organiser la défense de la ville ; le 8 fructidor elle invitait le général Vincent à se rendre à ses séances pour prendre communication des renseignements qu'elle venait de recevoir sur la marche des brigands. Le même jour elle écrivait au citoyen Rocquemont à Mamei-s : « Nous vous invitons de vouloir bien nous procurer l'avant-train de votre carrosse pour monter la petite pièce de canon que nous avons, attendu que celui qui y est fait n'est pas en état de servir en ce moment. Sitôt que le temps sera possible, l'affût sera raccommodé et votre avant-train vous sera rendu » -.

Le lendemain l'administration de Mamers adressait à celle du département les renseignements qu'elle avait reçus tardivement sur les projets que les Chouans avaient voulu mettre à exécution le 6 et le 7 fructidor. Ils avaient résolu « de couper toutes les communications de cette commune et de se grossir par un grand nombre de gens de campagne ([ui devaient se rendre le huit à la foire de Mamers. L'ennemi n'aurait entré à Mamers que sur les neuf à dix heures, au moment de la force du marché ; des hommes sans armes devaient entourer le corps de garde et se précipiter au-dedans à une heure qui était convenue ; ils se seraient emparés des armes, et d'autres distribués sur les autres places publiques auraient, à l'aide des prétendus mécontents de Mamers, protégé l'entrée de leurs sicaires et finalement notre cité

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, ii" 330. 20 fructidor an VII (6 septembre 1799)

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, ii" OOL 8 fructidor an VII (25 août 1799).

était mise au pillage. Voilà le sort qui était préparé à celte commune qui n'avait jamais été attaquée.

» Quoique depuis l'affaire nous n'avons pas reçu de nouvelles certaines sur la marche de l'ennemi, qui a paru d'abord se porter sur Ancinnes, Béthon , Moulins-le-Carbonnel, pour passer au Guéliand et gagner la forêt de Villepail, où leur quartier général est établi, nous ne jouissons pas de la tranquillité.

» Hier, à cinq heures, le brave Vincent, chef de la troisième division de votre gendarmerie a fait de concert avec nous une proclamation aux citoyens de Mamers ; on a pris les armes sous prétexte de faire la conduite à nos frères de Bonnétable qui étaient venus à notre secours, et sitôt que la force armée a été en marche sur la route de Bonnétable , il la fait diviser en quatre colonnes qui ont parcouru les cantons de Courgains, Marolles et Saint-Cosme. Cette sage mesure n'a produit que l'effet d'en insjjirer aux brigands qui n'ont osé se montrer. » Des rapports vagues nous sont faits à chaque minute, cependant il en est qui ont quelques lueurs de vérité ; le départ précipité du général Vincent, pour se rendre à La Ferté, nous prouve que cette commune est menacée, et si on en croit plusieurs personnes, déjà la fusillade s'est fait entendre du côté de Nogent-le-Bernard et autres communes circonvoisines.

» Vous voyez, citoyens administrateurs, que le système des royalistes est de s'emparer, ou plutôt d'anéantir les villes ; ensuite ils se disent, nous n'au/ûns plus à combattre que quelques républicains dans les campagnes et bientôt la contre-révolution serait faite. . . » '. Le 10 fructidor, le commissaire de Courgains écrivait : « Notre pays est menacé sur tous les points ; les brigands font des recrues autant qu'ils peuvent s'en procurer ; ainsi il faut pour les dissoudre des hommes et des munitions ; ils ont fortement le projet d'entrer à Mamers afin d'y exercer leur brigandage. A l'instant je reçois un procès-verbal de l'agent d'Ancinnes, d'après lequel quatre-vingts brigands armés de fusils, dont deux à cheval, se sont introduits le six fructidor sur les huit heures du soir, chez le citoyen Bichard, demeurant à Ancinnes où ils ont pris un fusil » -,

(1) Archives de la Mairie de Mamers. R 2, n» 905. Lettre du 9 fructidor an VII (26 août 1799).

(2) Arcliivcs de la Sartlie. L, 223. 10 fructidor an VII (27 août 1799).

iG2 MÂMERS DTIRANT LA REVOLUTION

De son côté le commissaire de Mamers écrivait à l'administration centrale de la Sartlie : « Nous sommes toujours le point de mire des brigands qui ne désemparent pas de nos alentours ; il en vient la nuit jusque dans nos murs où leurs partisans ne manquent pas, et nous avons la certitude que la tentative à force ouverte du six, et dans laquelle (il faut l'avouer) nous avons été repoussés faute de munitions et d'armes, n'est ajournée que pour quelques jours ; ils recrutent, se réorganisent dans les campagnes qui sont indignes, et d'un instant à l'autre nous sommes sur le qui vive.

» Nous avons une volonté bien déterminée de les repousser

mais il faudrait être en mesure de les poursuivre à la piste, de ne pas lâcher leurs traces qu'ils n'aient été atteints et combattus avec un avantage marqué, et pour y réussir, nous aurions besoin de cent hommes d'armes de troupes de ligne. . . . » i.

Sans satisfaire complètement à cette demande de secours, le département fît cependant parvenir à Mamers quelques munitions, et le général Simon délivra des cartouches aux officiers de la colonne mobile, mais le tout en quantités bien insuffisantes ; aussi la municipalité de Mamers demandait-elle encore au département de lui accorder lui quintal de poudre qu'elle offrait même de paj'er. La pénurie des munitions à Mamers était connue de tout le monde , car le 8 fructidor l'administration centrale du département de l'Orne offrait à Mamers vingt-cinq livres de poudre, qui furent acceptées avec reconnaissance.

Tous les jours le département recevait des lettres de Mamers où l'inquiétude des habitants se manifestait ; on y demandait toujours des munitions et des hommes ; ces demandes n'étaient cependant pas exagérées, car, par exemple dans une lettre du 12 fructidor, on ne demandait que cinquante hommes ; « au nom de la tranquillité publique, de la sûreté de nos concitoyens et de l'existence de la sûreté de Mamers, nous vous conjurons, disait-on, de nous accorder ce faible contingent sans lequel nous ne pourrions résister à l'ennemi. »

Cette inquiétude venait de ce que les Chouans s'organisaient par des enrôlements, plus ou moins volontaires, qu'ils faisaient dans les campagnes. La municipalité de Mamers en informait en ces termes le département de l'Orne : a Depuis deux jours la tranquillité règne ici , cependant nous ne sommes i)as sans inquiétude , car les brigands s'organisent en secret dans les campagnes, et nous ne pouvons

(1) Archives de la Sartlie. L. 170. 12 fructidor an VII (29 août 1799).

pas trouver des citoyens qui aient le courage de nous les désigner. Il paraît, et nous sommes sûrs, que les brigands n'ont qu'ajourné la perte de notre commune, afin de s'établir dans la forêt de Perseigne. Mais heureusement que nos mesures sont prises pour prévenir les malheurs qui nous menacent. Nous votons une reconnaissance éternelle à vos administrés qui sont venus à notre secours, soyez nos interprètes auprès d'eux » '.

Une lettre adressée par la municipalité aux représentants du peuple Hardouin et Lehault leur expose sous le même jour, la situation de Mamers et des campagnes environnantes : « Depuis l'époque du six, sans cesse nous avons été sur le qui-vive, et la tranquillité publique est encore menacée au moment où nous vous écrivons, car les brigands ont des émissaires qui enrôlent, sans que nous puissions les découvrir.

» Tout annonce qu'après la récolte finie, une explosion terrible va s'opérer sur toutes les parties de la République.

» Citoyens représentants, jamais la République ne fut plus menacée et plus près de sa ruine, faites-y attention; il vous est encore possible dy apporter remède et nous espérons que le corps législatif ne tardera pas plus longtemps à l'administrer, sans quoi s'en est fait de la Liberté ! »

Dans cette même lettre, la municipalité rappelle tous les efforts qu'elle avait prodigués pour sa défense, et revenant particulièrement sur l'échaufTourée d'Aillières elle fait un nouveau récit de l'expédition , mettant en valeur les actes principaux, et signalant ses concitoyens qui se sont particulièrement conduits avec bravoure. Nous en extrayons les passages les plus saillants et qui apportent quelques détails nouveaux ou complémentaires au récit que nous avons déjà fait de cette affaire.

c( L'ennemi s'est porté au château d'Aillières qui leur a été ouvert; ils s'y sont fait apporter à boire et à manger par les hal)itants du bourg ; tout a été respecté de leur part dans le château , quoiqu'il y eut beaucoup de vin en tonneau et en bouteilles. C'est pendant le temps que ces brigands royaux s'amusaient dans cette maison que les Mamertins ont été prévenus, et (ju'ils ont pris les armes pour aller les combattre ; mais malheureusement le défaut de munitions, le peu

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 914. 13 fructidor an VII (.30 août 1799).

iM MAMERS DURANT LA RÉVOLUTION

d'ordre dans la marche, le clabaudage des mauvais sujels, la terreur qui s'était emparée d'un grand nombre de citoyens, l'alarme jetée dans la ville, tout a empêché l'exécution du projet conçu (celui de cerner les brigands). L'action fut entamée dans les environs du Moulin-à-Vent , la fusillade a été soutenue de part et d'autre ; nous avons à regretter la perte du citoyen Fleur fds, des Grouas, mort glorieusement dans cette affaire ; il était brave et excellent républicain. Le fds Beszard a été blessé légèrement, ce coup de feu n'a fait qu'augmenter son courage. Il paraît que quatre brigands ont mordu la poussière, mais nous n'avons pu constater leur identité, car leurs cadavres ont été enlevés ; un cinquième est mort le lendemain chez sa mère à Villaines, et le sixième a été ce jourd'huy trouvé mort dans la forêt de Perseigne.

» Nous avons à faire des éloges de la gendarmerie et de plusieurs gens de Mamers ; nous nous plaisons à désigner les noms du citoyen Hayot, lieutenant de première classe, prisonnier rentré sur parole, lequel secondé par la gendarmerie a soutenu avec une intrépidité incroyable le feu des brigands ; ils ont couru les plus grands dangers tandis que les citoyens Guesnot l'aîné, Rivière, son gendre, et Frété aubergiste rue Marollette, se sont précipités sur les brigands et se sont emparés de l'un d'eux, nommé AUix, de la commune de

Villaines Ce monstre a lâché plusieurs coups de fusil sur nos

concitoyens , il est maintenant dans nos prisons.

» Le citoyen Pillard, caporal de la colonne mobile, et Jullien dit Dubois, cavalier de la garde nationale, se précipitèrent au milieu des brigands, parvinrent à enlever le corps du malheureux Fleur, et le chargèrent sur un cheval au milieu d'une grêle de balles.

» L'ennemi avait intercepté toutes les communications de Mamers à la forêt de Perseigne, où il était dans l'intention de s'établir. Son projet était d'entrer à Mamers, le huit, jour de la foire, afin de profiter de la présence des gens de campagne, qui étaient chargés de protéger leur entrée et de s'emparer du corps de garde. Nos honnêtes gens devaient se réunir à eux pour égorger tous les républicains, piller et incendier la ville ; rien n'aurait été épargné, nous en avons la certitude par la déclaration qu'un des brigands, initiés dans les grands secrets, est venu faire au citoyen Guittier, dans la matinée du dix, à condition que jamais le nom de ce brigand ne serait révélé de sa part.

» Ce projet terrible est généralisé pour toutes les grandes communes, soyez-en convaincus et prévenez-en le gouvernement.

» Le brave général Vincent est encore venu une seconde

fois secourir le pays quil a déjà sauvé ; il est à la poursuite des brigands et depuis trois jours nous n'avons pas entendu parler de lui, nous en sommes inquiets » K

Aussi Tadmini-stration municipale s'empressa-t-elle de lui écrire le même jour pour lui faire connaître la situation de Mamers et pour être renseignée sur les opérations du général, dans la région qu'il surveillait. Entre autres nouvelles on lui dit : « Depuis votre départ nous avons toujours été sur le qui-vive : sans cesse des rapports mensongers nous sont faits ; tantôt on nous dit : « Les Chouans sont là ». On y court et on ne trouve rien. Le 11 on nous avait assuré qu'ils s'étaient rassemblés dans les communes de Moncé et de Saint-Vincent; sur le champ toutes les compagnies de Mamers, à notre satisfaction, se sont levées en masse et se sont portées sur le champ aux lieux indiqués ; même résultat qu'à Méfossés. Mais, citoyen général, quoique cette démarche ait été infructueuse, elle n'a pas été inutile pour la chose publique, car au son de la générale, les habitants de Mamers, se pressaient dans les rangs et se disputaient l'honneur de marcher. Le cortège était imposant. Les espions brigands en pâlissaient )). L'administration ajoutait à ces détails, des renseignements sur l'organisation militaire en ville, qui la préoccupait tout particulièrement pour sa défense ; c'est avec plaisir qu'elle écrit au général Vincent : « Aujourd'hui nous casernons notre compagnie territoriale n« 15. Nos jeunes gens aguerris sous vos armes, sont la terreur des royalistes. On nous assure que nous allons obtenir un contingent dans les troupes de ligne arrivées au Mans; nous le sollicitons aujourd'Jiuy , mais si nous ne l'obtenons pas, nous allons au moins demander le complément de notre compagnie territoriale soldée » -.

Il était urgent que les municipalités organisassent les défenses de leurs villes ; les Chouans devenaient de plus en plus nombreux et de plus en plus actifs ; Pérou , le commissaire du canton rural de

(1) Arctiives de la Mairie de Mamers. Registre R 2. ii" 912. Lettre du 12 fructidor an VII (29 août 1799).

(2) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre R 2. n» 910. Lettre du 13 fructidor an VII (30 août 1799).

Mamers, l'exposait très clairement dans sa lettre du 18 fructidor, à l'administration centrale du département : « La déi'oute des Chouans dans la journée du 6 de ce mois, dont je vous ai rendu compte, ne les a point découragés. Je suis informé de bonne part qu'ils n'ont point quitté le pays et qu'ils circulent avec assurance dans nos campagnes, où chaque jour ils travaillent à grossir leurs bandes par la séduction et les menaces. Les jours derniers, ils ont fait plusieurs recrues dans les cantons environnants, notamment dans ceux de Courgains et de Marolles. L'on présume qu'ils ont intention de tenter, au premier jour, une attaque sur différents points.

» Suivant les renseignements particuliers qui m'ont été fournis, ils ont des relations dans beaucoup de communes ; ils n'épargnent rien pour s'y ménager des partisans. Jamais notre situation n'a été aussi alarmante. L'esprit public est anéanti dans les campagnes. On y murmure hautement contre les contributions et les mesures de sûreté que les lois autorisent en cas de danger imminent ; en un mot le danger paraît tellement général que la formation des compagnies franches peut occasionner dans nos contrées un soulèvement qui peut avoir les suites les plus graves. »

Cette situation n'était pas particulière à Mamers ; le département tout entier partageait la même perplexité. L'administration de la Sai'the écrivait en effet au ministre de la police : « Les Chouans paraissent sur tous les points à la fois, les plus fortes communes, même les villes de La Flèche, Sablé, Beaumont, Mamers et La Ferté ont été attaquées en même temps par leurs rassemblements. Ils marchent sous des chefs qui paraissent instruits ; des émigrés du pays sont reconnus à leur tête. Ils sont précédés du drapeau blanc. Bientôt leurs forces seront l'éunies en armée ».

Les pressentiments du commissaire du canton rural de Mamers n'étaient que trop fondés, car sa lettre se terminait en annonçant l'apparition des Chouans : « J'apprends à l'instant que les Chouans sont en force à René et à Marolles, où ils enlèvent les républicains et les fonctionnaires publics. La générale bat à Mamers, je n'ai i^as le temps de vous en dire davantage » K

Dans la nuit du 11 au 12 fructidor (28-29 août 1799) vers uneheure du matin, un grand nombre d'hommes armés força l'entrée

(1) Archives de la Sarlhc. L. 230. 16 fruclidor an VU (2 septembre 1799).

de la ferme de la Moinerie entre Marolles et Courgains, et le lendemain le fermier Jean Léger venait faire la déposition suivante, qui contient des détails intéressants sur la manière d'agir et de vivre des Chouans, dans cette région du Maine. On y voit également dans quelle situation se trouvaient placés les habitants des campagnes, et quelles précautions prenaient les Chouans pour se mettre en garde contre des dénonciations et des surprises.

« Après s'être introduits, dit-il, ils se sont dits Les Mécontents; ils étaient au nombre de cent environ , tous armés de fusil de calibre de guerre, excepté les officiers qui avaient des fusils à deux coups; plusieurs avaient des pistolets de ceinture, leur gilierne était une ceinture remplie de trente à quarante cartouches. Leur chef passait pour avoir fait la guerre des rebelles de la Vendée, quoique on ne pense pas qu'il en soit originaire. Les principaux soldats parlaient de leurs campagnes militaires avant la révolution ; tous paraissaient déterminés ; il n'y en avait que quelques-uns qui portaient une espèce d'uniforme ; ils avaient deux chevaux chargés, ils se sont emparés de ma grange ; le plus grand nombre s'y est couché sur du foin ; une petite partie est restée dans ma maison et des sentinelles ont été placées aux portes, dans la cour et dans le chemin public; ils se sont fait donner du pain, du beurre, du cidre et du lard ; quand le jour a paru ils ont empêché que moi , ni mes gens, puissions sortir, ni travailler à la récolte, et nous sommes restés enfermés jusqu'à onze heures de la nuit, du 12 au 13. Pendant le jour ils ont arrêté et retenu tous ceux ([ui ont pa.ssc dans le chemin pul)lic, et comme ceux-ci se plaignaient de la perte de leur temps et surtout les glaneurs pauvres, ils leur ont payé la valeur de leur journée. Ils ont reçu des dépêches et ont fait des réponses écrites. Cinq à six recrues sont venues les trouver et se sont enrôlées ; ces dernières paraissaient être des Normands et des Percherons. Ils attendaient des nouvelles d'outre-Sarlbe , mais elles ne sont point arrivées. J'ai entendu dire qu'ils n'iraient plus de nuit , et qu'ils étaient assez foi-ts pour paraître pendant le jour. A onze heures de la dite nuit du 12 au 13, ils ont rechargé leurs deux chevaux, se sont mis en marciie. Dans le chemin l)ublic une autre colonne d'environ cent hommes, qui avait passé la nuit dans le canton de Courgains les a rejoints. Tous ensemble ont défilé dans le chemin de Courgains, du côté de René. De tous ceux qui ont paru dans ma maison, je n'en ai reconnu aucun, quant à

ceux qui étaient dans la grange, je n'ai pas eu le loisir de les visiter assez pour en reconnaître » *.

Le 16 fructidor, arrivait à Mamers à huit heures du matin, le citoyen Deshaies, marchand faïencier à René qui annonçait à l'administration que « les brigands , au nombre d'environ cent cinquante, ont bloqué le bourg de la commune de René ; ce jour à cinq heures du matin , ils ont investi les portes des maisons des patriotes les plus remarquables ; ils ont consigne en général tous les habitants de l'endroit avec menace de les fusiller et d'incendier leurs maisons ; ils se sont introduits au domicile de tous les fonctionnaires, acquéreurs de biens nationaux et républicains. La règle de la conduite des brigands a été le pillage , l'enlèvement des armes et des munitions, et de quatre républicains qui sont les citoyens Géré, commandant de bataillon ; Hcrmcnault , acquéreur du ci-devant prieuré de René ; Beaufils, fusilier dans la colonne moliile, et Gauthier, homme de confiance du citoyen Lanos, propriétaire du ci-devant château du

Bourg-Chemin Dans le noml^re des brigands commandés par

un nommé Charles, émigré, on remarque plusieurs prêtres, savoir l'abbé Chaumont, ex-vicaire de Chérancé ; l'abbé Riousse, ex-vicaire de Saint-Cosme et né dans la dite commune, et un nommé Huttereau ex-abbé, marié à Beaumont » -.

Le même jour, 16 fructidor, arrivait à Marolles un commissionnaire de la commune de Courgains, apportant la nouvelle que les mécontents étaient à René ; la municii)alité fit aussitôt sonner le tocsin et l'adjoint écrivit aux agents municipaux de Dangeul, de Disse et de Ponthouin, pour qu'ils aient à réunir leurs gardes nationaux en armes à Dangeul, afin de marcher sur René avec les gardes de ^larolles. Mais dans le même temps la maison commune de Marolles fut cernée par les Chouans, et les administrateurs du canton n'eurent que le temps de s'enfuir 3.

Aussitôt que ces nouvelles furent connues à Mamers, le général "Vincent décida de porter secours à la commune de René et par un grand développement de forces militaires, de cerner les Chouans qui se trouvaient dans la région. Des exprès furent immédiatement expé-

(1) Archives de la Sarthe. L, 275. 13 fructidor an VII (30 août 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n" 327. 16 fructidor an VII (2 septembre 1799).

(3) Archives de la Sarthe. L, 275. 16 fructidor an VII (2 septembre 1799).

(liés aux communes d'Alençon, de Fresnay, de Beaumont, de Bonnélable et de Saiiit-Cosme, leur transmettant des ordres de marche pour les troupes dont elles pouvaient disposer. Alençon devait marcher sur deux colonnes dans la direction de Bourg-la-Loi , puis dans celles de Saint-Uigomer et d'Ancinnes. Les habitants de ces deux dernières communes, réunis à ceux de Neufchàtel, formeraient un cordon longeant la foret de Perseigne.

P'resnay avait aussi à marcher en deux colonnes, sur Chérancé et sur Colombiers, pour opérer sa jonction avec les troupes de Bourgla-Loi et de Rouessé-Fontainc ; Beaumont marcherait sur Doucelles et sur le château de Sérillac. Ballon enverrait deux divisions l'une sur Nouans, l'autre sur Congé et Dangeul. Bonnétable avec Courcemont formeraient trois colonnes : la première sur Mézières par Ponthouin, pour s'emparer du pont de la Dive, la seconde sur le vieux moulin de Ponthouin, la troisième sur Saint-Aignan et de là sur Marolles. Saint-Cosme avec les communes environnantes devait aussi constituer trois colonnes qui se dirigeraient sur Avesnes, Moncé et Monhoudou.

Mamers, sous les ordres du général Vincent, se diviserait en deux colonnes, dont l'une marcherait en droite ligne sur René par Montrenaull, Saint-Calais, Courgains et ïhoigné ; l'autre dirigerait sa marche vers les communes de Vczol, Saint-Rémy-du-Plain et Louvignj^ tandis que les hal>!tants de Yillaines et autres communes circonvoisines formeraient un cordon longeant la foi'êt de Perseigne jusqu'à Xeufchàtel.

Pour empêcher toute indiscrétion pouvant dénoncer ce plan, « il est défendu à toute personne de l'un et de l'autre sexe de sortir des murs de la commune de Mamers ; des sentinelles placées à toutes les

issues, sont chargées de s'y opposer Toutes les femmes sont

consignées dans leurs maisons ; tout groupe qui essaiera de se former dans les rues sera immédiatement dissipé » K

Tout ce i)lan savamment combiné ne put malheureusement aljoutir. Les exprès envoyés par la ville de Mamers vers les communes d'Alençon , de Fresnay et autres , arrivèrent trop tard ; ces villes avaient été prévenues quelques heures plus tôt par René et par Beaumont. Elles avaient dirigé aussitôt leurs troupes de secours vers René. Du reste les Chouans étaient restés quelques heures seulement

(1» Archives (le la Mairie de Mamers. l^cgistre M, n" 327. 16 fructidor an VII (2 septembre 1799).

à René, qu'ils avaient quitté pour surprendre MaroUes, alors que l'attaque de René était fixée à quatre heures du soir par le général Vincent, dans les lettres qu'il avait adressées aux municipalités i.

Du reste le général Vincent fut amené lui-même à modifier son plan, d'après les nouvelles qu'il reçut successivement. A onze heures, quatre habitants de Marolles arrivaient à Mamers l'informer que « les brigands après avoir pillé les citoyens de la commune de René, se sont i-endus au bourg de Marolles, sur les environs de neuf heures du matin ; ils se sont emparés du local des séances de l'administration municipale du canton ; ils y ont volé les fonds de la caisse confiée au secrétaire, ont détruit les emblèmes de la liberté et foulé aux pieds les drapeaux tricolores. Ils ont pillé les maisons du président Villaine, du citoyen Mallard, commissaire du directoire exécutif, des citoyens Moutin , aubergiste , et Meret, maréchal ; ils ont enlevé une vingtaine de bons fusils, des pistolets, une grande quantité de munitions et emmené avec eux comme otages le commissaire du directoire, l'homme à gage du président de l'administration, et le citoyen Dugast, agent municipal de la commune de Peray. Ils ont dirigé leur marche

vers la commune de Roupcrroux Les brigands n'étaient au

nombre que d'environ quatre-vingts et quelques, et il y avait des prêtres à leur tête »

L'adjoint municipal de Courgains vint confirmer ces renseignements. Le général Vincent décida dès lors de changer la direction de la force armée réunie sur la place des Grouas. Après l'envoi d'éclaireurs dans diverses directions, la colonne mobile de Mamers, la compagnie des grenadiers, celle des chasseurs partent à onze heures et demie dans la direction de Marolles par Commerveil. Le général Vincent, avec ses carabiniers, et la garde nationale se dirigent sur Saint-Cosme et Rouperroux pour couper la retraite aux Chouans.

Ils avaient à peine quitté Mamers qu'une ordonnance arrivait apportant la nouvelle que « les brigands au sortir de Marolles ont dirigé leur marche vers la commune de Peray, celle de Courcival, pour se rendre à Rouperroux, où ils ont pris pour otage et emmené avec eux la personne du citoyen Carré, acquéreur du cy-devant presbytère du lieu. L'ennemi prend la route de Nogent-le-Bernard , et devance d'une heure de marche celle des citoyens composant les

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 918. 16 fructidor an VII (2 septembre 1799).

colonnes mol)ilcs de Beaiimont et de Ballon ; ceux de la commune de Courgains les approchent de près, et la compagnie territoriale de Mamers est à la piste. »

L'administration municipale du canton de Saint-Cosme donne avis que les brigands se sont jetés dans la forêt de Goyette et que les habitants de La Fcrté viennent à leur rencontre. Rentrèrent aussi successivement les exprès envoyés à Alençon, Fresnay, Beaumont et Ballon, qui donnent avis que « les citoyens de ces différentes communes, notamment les trois dernières, avaient devancé le zèle qui anime les habitants de Mamers, et qu'avant leur arrivée, tous étaient en marche ».

Le soir les diverses colonnes en marche avaient opéré leur jonction dans la commune de Saint-Germain-de-la-Coudre.

A Mamers on resta sans nouvelles jusqu'au lendemain deux heures de l'après-midi. Pour éviter une surprise, l'administration resta en permanence toute la nuit, surveilla les différents postes établis en ville et ordonna à tous les citoyens d'illuminer leurs maisons pendant toute la nuit.

Enfin le lendemain on apprend que « le général Vincent a fait une fusillade vigoureuse sur les brigands qui s'étaient rendus dans les bois de la Clii?înne, commune et canton du Theil , département de l'Orne, que plusieurs d'entre eux mordent la poussière ». On avait fait un prisonnier ; vingt-cinq fusils et cent cinquante livres de munitions, ont été enlevés à l'ennemi, qui est harcelé et en pleine déroute. L'action s'était engagée à huit heures du matin, les brigands n'avaient tiré que trois coups de fusil pour riposter aux républicains qui ne furent pas atteints. Pendant cette attaque les otages purent s'évader pour la plupart ; Hermenault, Géré, Beaufds, Carré et le garçon du président de Marolles recouvrèrent leur liberté ; mais Maliard, commissaire du directoire de Marolles, et l'agent de la commune de Peray restèrent entre les mains des Chouans. Cette nouvelle fut chaleureusement accueillie à Mamers : on apprenait en même temps que le général Vincent regagnerait le soir Bélesme avec une partie de ses troupes, que l'autre partie poursuivait les fuyards, et que toutes les troupes seraient rentrées à Mamers pour le marché du 18 fructidor. L'administration décida immédiatement de faire une ovation aux troupes victorieuses et de se porter au-devant d'elles le jour de leur retoin- à Mamers, « considérant que pour imposer aux

malveillants, inspirer aux citoyens l'amour de la patrie et témoigner à ceux qui l'ont servie, la reconnaissance publique, il est de son devoir de le faire avec toute la dignité convenable * ». Les vainqueurs devaient être reçus aux limites de la commune de Mamers, et le commissaire du directoire était chargé de porter la parole et de donner aux cliefs commandant les colonnes, l'accolade fraternelle en signe de reconnaissance. De plus l'administratio:! déclara « que les braves citoyens de Mamers ont bien mérité la reconnaissance publique ».

Une lettre fut adressée au général Vincent pour l'informer de la réception qui lui était préparée, et pour lui témoigner la reconnaissance générale, avec des protestations de dévouement^ :

L'administration municipale de Mamers, Au Citoyen Vincent, chef de la 3" division de la Gendarmerie Nationale.

Citoyen, notre ami,

Nous apprenons votre retour, nous l'attendons pour vous donner le témoignage de reconnaissance que vous méritez, ainsi qu'à vos collaborateurs.

Dites nous à quelle heure vous arriverez demain.

Nous voulons profiter du marché qui se tiendra ici afin de vous recevoir avec tout l'appareil que votre conduite exige. Il ne s'agit pas de flatterie, nous voulons prouver aux habitants des campagnes, combien le général Vincent, a mérité la reconnaissance publique, et combien les mamertins qu'il commande sont dévoués à la chose publique. Oui, les mamertins que vous commandez, citoyen général, sont les amis de la République ; ceux que vous avez laissés auprès de nous, ne le sont pas moins, ils nous chargent de vous exprimer leurs vœux, celui de vous serrer dans leurs bras.

Salut et fraternité.

La réponse attendue ne venant pas assez vite, la municipalité imi^atiente adressa cette nouvelle missive au généi'al Vincent :

L'administration municipale de Mamers, Au général Vincent.

Il est plus d'onze heures et nous n'avons- pas encore eu la satisfaction de

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n" 327. 16 fructidor an VII (2 septembre 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 923. 17 fructidor an VII (3 septembre 1799).

recevoir une [réponse] d'après l'ordonnance que nous vou^ avons envoyée et chargée de nous faire savoir l'heure de votre arrivée, nous vous invitons en second lieu de nous donner de vos nouvelles.

Salut et fraternité.

Après s'être abandonnés ainsi à tous leurs élans de reconnaissance les administrateurs de Mamers songèrent à s'informer exactement de ce qui s'était passé dans les communes de René et de Marolles, afin de se rendre compte des mouvements que les Chouans avaient opérés, et de ceux qui étaient encore à craindre et à prévenir.

Dès le 17 fructidor, l'administration municipale de Mamers invitait l'agent municipal de René à lui « rendre un compte exact et détaillé de tout ce (pii s'est passé dans la commune. Ces renseignements sont d'une absolue nécessité pour rendre un compte général au ministre de la police ».

Le jour même l'adjoint municipal de la commune de René répondit par le rapport suivant ' :

A René, le 17 fructidor, 1" année de la République française.

L'adjoint municipal de la commune de René, Aux citoyens administrateurs municipaux du canton de Mamers intra muros.

Citoyens,

Hier matin sur les ciaq heures les brigands s'introduisirent dans le bourg de la commune de René, au moment où la garde s'était retirée et où la majeure partie des habitants était encore livrée au sommeil. Ils étaient au nombre de quatre-vingts à cent. Ils commencèrent par investir la maison du citoyen Ermenault, celle du citoyen Joulard agent municipal, et la tour de l'église afin d'empêcher que l'on ne sonnât le tocsin. La femme du citoyen Ermenault se figura que s'étaient des républicains et dans cette persuasion elle leur ouvrit sa porte. Introduits chez elle ils s'assurèrent de son mary ; son gendre le citoyen Géré ayant reconu l'erreur se cacha et se mit quelque temps à l'abry de leurs recherches, mais il n'y fut pas soustrait longtemps. L'agent eut l'adresse de se sauver et de leur échapper ; ils envoyèrent un détachement me prendre au lit et me sommèrent de leur faire ouvrir la porte du citoyen Deshayes, fayencier, qu'ils gardaient à vue. Sur leur parole de ne pas lui faire de mal le citoyen Deshayes

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 17 fructidor an VII (3 septembre 1799).

frémissait de rage de ne pouvoir se mesurer avec eux, et sans les instances de sa femme peut-être aurait-il hazardé quelques coups de fusil et serait devenu leur victime. Sur son refus de se rendre, ils prirent le parti de défoncer sa porte, je combattis leur résolution et leur fis entendre que c'était en pure perte lui causer du dommage, ils voulurent tirer par la fenêtre quelques coups de fusil, je parvins à les retenir, sur l'assurance qu'il allait paraître. Pendant ce tems, il fut assez adroit pour disparaître.

Ils jurèrent qu'eux partis, si l'agent ou moy, nous osions faire sonner le tocsin, nous et celui qui le sonnerait allaient être fusillés. Ils arrêtèrent ensuite le citoyen Beaufils, fils de la sage-femme, ancien militaire, qui arrivait au petit marché pour acheter des provisions. Ils firent venir au milieu du bourg des rafraîchissements qu'ils mangèrent avec précipitation, après avoir pris les armes qu'ils trouvèrent au corps de garde, dont ils cassèrent celles qui ne leur convenaient pas. Ils finirent par s'assurer d'un homme de confiance qui était au Bourgchemin au service du citoyen La Nos, qu'ils emmenèrent avec les trois autres. Pendant ce temps un domestique du citoyen Huet, président de l'administration municipale du canton de Vivoin, qui demeure à la campagne de notre commune, fut adressé secrètement à l'administration municipale de Beaumont, un autre se porta à Courgains, le citoyen Deshayes probablement fut à Mamers, et moi j'adressay le citoyen Le Tessier, officier de santé, h l'administration municipale de Vivoin. A l'instant chaque administration municipale s'empressa d'envoyer à notre secours. Nous fimes épier la route que tenaient les brigands, et dirigeâmes toutes nos forces et celles de nos voisins de ce côté là. J'ai renvoyé ce matin dix hommes armés tant bien que mal pour prendre des renseignements sur les événemens ; ils viennent d'arriver, et tout nous annonce que les brigands sont investis. On nous dit que vingt d'entre eux sont en notre pouvoir et que le surplus va infailliblement être exterminé. L'agent de notre commune est à la tête de nos braves ; il m'annonce que le détachement de Chérancé s'en revient et que les répubhcains sont en force d'exterminer tous les brigands. Nous sommes on ne peut plus reconnaissants des soins que vous vous êtes donnés et que vous vous donnez pour notre défense : puissions nous réunir toutes nos forces et exterminer le dernier de ces scélérats.

Salut et fraternité.

Lamare.

P.-S. — J'ai lu à la citoyenne femme Géré l'article de votre lettre qui concerne son mary, cette nouvelle lui a donné bien de la satisfaction ; mais elle, sa famille et nous tous sommes encore bien inquiets des autres captifs.

Le brave agent de la commune de René, Joubard, avait au moment de l'attaque des Chouans passé de mauvais instants, qu'il

raconte ainsi à la municipalité de Mamers dans une lettre qu'il lui adressa le lendemain à quatre heures du soir ^ : « Citoyens républicains, nos amis, je suis réchappé des mains des brigands, qui ont enfoncé ma porte, casse trois croisées; mais j'ai profité des portes de derrière pour ma retraite, tout nu sans vêtement, tète nue, jambes nues, sans veste, ni gilet ; ma retraite a été les bois au citoyen Lanos, dans la rosée pendant deux heures, pour savoir la marche que René prendrait. N'ayant aucun secours, je n'ai eu d'appui que le citoyen Bigot, de Louis commune de Thoigné, pour me donner des vêtements. Étant habillé j'ai rentré en ma commune et marché à la tête du détachement à leur poursuite ».

Sa marche se dirigea sur Bonnétable où à son arrivée, il trouva, dit-il « un contre ordre du général Vincent pour nous rendre en nos foyers, de crainte qu'une autre colonne de brigands ne tombe sur nos foj'ers ».

De leur côté Chardon, agent municipal de Marolles, et Grignon, adjoint municipal, avaient envoyé dès le IG fructidor, des renseignements sur ce qui s'était passé dans leur commune ; voici le récit qu'ils adressèrent à la municipalité de Mamers - :

A sept heures du matin, l'adjoint municipal de la commune étant à la maison commune du chef-lieu avec le président et le commissaire exécutif, en attendant l'ouverture de la séance administrative qui devait avoir lieu, un commissionnaire de la municipalité de Courgains est venu apporter la nouvelle que les mécontents étaient à René. A l'instant on a fait sonner le tocsin, l'adjoint a été chargé d'écrire aux agents municipaux de Dangeul, Disse, Ponthouin, avec indication de se réunir en armes, avec Marolles, au bourg de Uangeul, qui est la route de René. Deux autres lettres pour Saint-Aignan et Mézières, afin qu'ils se tiennent prêts pour repousser les brigands s'ils se portaient sur le canton ; deux lettres étaient confiées au maréchal de Disse pour sa commune et celle de Ponthouin ; une 3"" pour Dangeul au courrier de la municipalité. Les deux autres étaient sur le bureau lorsque le secrétaire est venu dire que les brigands avaient cerné la maison commune. Les administrateurs pensant que c'était à eux qu'on en voulait et qu'ils étaient sans aucun moyen de défense, et que d'ailleurs il n'y avait pas dix minutes que le tocsin sonnait, chacun s'est évadé et s'est rendu dans le

(i) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 17 fructidor an VII (3 septembre 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 16 fructidor an VII (2 septembre 1799).

bourg, ainsi qu'un capitaine de colonne mobile qui prenait une réquisition. Les brigands se sont portés sur la maison commune, ils y ont pris les écharpes, deux oriflammes, le drapeau de l'administration municipale, celui du bataillon de la garde nationale, deux fusils de chasse, soixante pi erres à fusil et un bâton à épée, mis en dépôt par la police administrative, plus environ deux cents francs en numéraire, destinés aux dépenses municipales. Ils ont enfoncé quatre portes, de là ils se sont portés chez le commissaire oii ils ont pris quelques armes, qu'il avait pour se défendre et quelques effets dont le détail n'est pas encore connu. Ensuite ils sont allés au domicile du président, ont fait des recherches, pris son fusil et contraint son garçon de labour de les suivre, ayant rencontré le commissaire ils l'ont pris. Un détachement de mécontents ayant intercepté les lettres envoyées aux agents de Disse et de Ponthouin, le chef ayant vu la signature de l'ad' mp' il s'est porté à son domicile où api'ès avoir fait des menaces à son garçon il a ordonné qu'on recherchât led. adjoint pour s'expliquer, disait-il, sur le mot Brigands, inséré dans les lettres. Ils ont encore été chez quelques citoyens faisant défense aux hommes de sortir et les menaçant individuellement.

Quarante à quarante-cinq minutes environ après leur arrivée les brigands ont fait faire un rappel , et sont partis emmenant avec eux quatre citoyens de la commune de René, le commissaire près l'administration de Marolles et le laboureur du président. Ils avaient quelques autres individus qu'ils ont relâchés et ils ont pris la route qui conduit à Peray. Ils étaient environ un cent armés.

Aussitôt la colonne mobile de Marolles est allée à la poursuite, celles de René, Beaumont et autres ont suivi de près, celle de Mamers est arrivée et s'est mise en marche.

Dans une lettre du 13 fructidor, Griniault, de Marolles, constatait que « ces mêmes brigands n'ont cependant pas touché aux archives, sinon qu'ils se sont emijarés de plusieurs tableaux, états, etc., en blanc, dans l'intention sûrement d'en faire des cartouches » ^

Deux des otages emmenés par les Chouans, purent leur échapper, puis se réfugier à Mamers, el donner de suite de nouveaux détails sur les surprises de René et de Marolles. L'administration municipale de Mamers s'empressa dès leur arrivée de les interroger sur l'enlèvement de leurs personnes, sur les circonstances qui l'ont accompagné, et sur les individus qu'ils avaient pu reconnaître parmi les Chouans et qu'il leur était possible de signaler. Lun d'eux Julien

(1) Archives de la Sarthc. L, 231. 23 fructidor an VII (9 septembre 1799).

Hernicnault, propriétaire, demeurant commune de René, fit cette longue déposition ' :

A déclaré que le 16 du présent mois de fructidor, sur les cinq heures du matin, et étant encore au lit, des individus frappèrent fortement â sa porte, en disant qu'ils étaient de la troupe et qu'on eût à ouvrir, ce qu'ayant fait la femme du déclarant, des individus à lui inconnus, au nombre d'environ trente entrèrent brusquement chez lui, furent à son lit, s'emparèrent de sa personne et l'emmenèrent forcément dans le bourg de René, oii était un plus grand nombre d'individus, formant la troupe de Chouans, que là en sa présence ils cassèrent une quantité de fusils devant le corps de garde et ensuite partirent pour la commune de Marolles, que luidit déclarant était à l'arrière garde de la colonne des Chouans, qu'il ne vit point ce qui se passait à la maison commune de Marolles, mais qu'il vit des brigands qui déchirèrent les oriflammes et le drapeau républicain et s'emparèrent d'une écharpe, comme aussi qu'ils emportèrent avec eux des papiers paraissant pris à la municipalité de Marolles.

De Marolles les brigands se transportèrent avec lui déclarant en plusieurs communes, dont il ne peut dire le nom, mais a connaissance que dans une commune, ils enlevèrent une cavalle, qu'ils ont aussi enlevé un meunier, vers les dix heures du matin et dont il ignore le nom.

Qu'après avoir par^çouru beaucoup de chemin, le soir les Chouans et le déclarant, toujours retenu, ont couché dans une ferme dont il ignore le nom.

Le lendemain au matin, tous allèrent déjeuner dans une ferme dont le colon était caché et duquel le déclarant ignore le nom.

Qu'ensuite lesdits brigands, toujours retenant le déclarant, forcèrent de marcher à travers des bois à lui inconnus, et qu'au bord d'un bois, ayant été attaqués par la colonne républicaine de Mamers, ainsi que par le citoyen Vincent, chef de gendarmerie, accompagné de carabiniers, qu'il se fit alors une fusillade de la part des Républicains, que lui déclarant étant à la tête des Chouans, se jeta ventre à terre, que les Chouans prirent la fuite de toutes parts, et que lui déclarant, par ce moyen se trouva délivré d'eux vers les huit heures du matin.

Déclare encore ledit Hermenaut, que pendant le temps qu'il a été retenu par lesdits brigands, il y a reconnu le nommé Ciiaumon, prêtre natif de Bourgla-Loi, qu'il n'était armé que d'un gros bâton; le nommé Huttereau de la commune de Beaumont, marié d'une nommée Vincent, lequel était armé d'un fusil ; le nommé Maigné, fils du fermier de la Métairie de Harriers, située" commune de Marolles, armé aussi d'un fusil.

A remarqué aussi que celui qui commandait la troupe de Chouans, est un

(1) Archives de la Mairie de Mamers. 19 fructidor an VII (5 septembre 1799).

homme d'environ cinq piedri cinq pouces, maigre, le teint bazané, portant des moustaches qui de sous le nez vont se joindre sous le menton, qu'il est habillé d'une petite veste, retroussée, parements rouges et revers rouges, qu'il était armé d'un fusil h. deux coups et de deux pistolets, et que dans sa troupe on le reconnaît Monsieur Charles.

Déclare encore qu'en sa présence à Marolles, les brigands ont enlevé le citoyen Mallard, commissaire du Pouvoir exécutif de la commune de Marolles, qu'il prirent chez lui cinq fusils et des munitions.

A connaissance également qu'ils ont enlevé en sa présence le citoyen Garé m"* de bœufs à Rouperroux et le citoyen Dugas, agent de la commune de Pré, le nommé Gautier, homme de confiance du citoyen Lanos ; qu'enfin jusqu'au moment où led. déclarant a recouvré sa liberté, étaient encore retenus avec lui les citoyens Mallard, Dugas, Garé et le domestique du citoyen Villaine et qu'il ignore ce que sont devenus lesd. Mallard, Dugas, ainsi que le domestique.

Cette déclaration fut confirmée par le récit de Louis Géré, aussi propriétaire demeurant à René, et qui avait partagé les infortunes d'IIermenault. Nous extrayons de sa réponse à la municipalité, les principaux passages ' :

A déclaré que le seize du présent mois de fructidor, à cinq heures du matin, étant couché chez le citoyen Hermenaut, son beau-père, entrait dans la dite maison un groupe de gens à lui inconnus, que lors, lui déclarant, s'était caché dans son grenier, mais les dits inconnus l'ayant découvert, commencent à le désarmer, s'emparent forcément de sa personne et le conduisirent dans le bourg de René, où se trouvait un rassemblement qu'il estime pouvoir monter au total à quatre-vingts individus, y compris le nombre de ceux qui s'étaient emparés de sa personne. Que les mêmes individus qui étaient venus chercher lui déclarant, avant de l'emmener, firent une perquisition chez lui et lui enlevèrent environ trois centscartouches, lui prirent un fusil à deux coups, un sabre et une poire à poudre remplie de poudre à canon.

Le dit exposant, étant dans le bourg de René, commença à faire plus d'attention à ceux qui l'entouraient, et alors il reconnut parmi cette horde de chouans, trois frères Maquaire des communes de Gourgains, Saint-Calais et Gongé, et observa que le gros Maquaire de Saint-Galais n'était point avec ses frères, il reconnut encore le nommé Huttereau, natif de René et maintenant demeurant commune de Deaumont-sur-Sarthe, où il a épousé la fille de Vincent, tanneur, plus le nommé Fouanon fils, tisserand, demeurant commune de Saint-Galais, ainsi que le nommé Choppin, frère de Choppin, jardinier à Mamers, et le nommé Chaumont, natif de Bourg-la-loi et prêtre depuis la Révolution.

(1) Archives de la Mairie de Mamers. 19 fructidor an VII (5 septembre 1799).

Les brigands ont parti de René sur les six heures du matin, en emmenant le dit déclarant, et avant leur départ cassèrent plusieurs fusils qui étaient au corps de garde de la commune de René.

Les brigands toujours retenant le dit déclarant se transportèrent dans la commune de MaroUes et avaient laissé le dit déclarant à l'arrière garde, de manière qu'il ne vit pas ce qui s'y passa, seulement il y a aperçu plusieurs des brigands, qui y tenaient des lambeaux d'écharpes et d'oriflammes et y proféraient des jurements contre les signes de la République.

De Marolles où ils firent des enlèvements de plusieurs citoyens, ils se transportèrent dans la commune de Pré où ils prirent en présence du dit déclarant, les citoyens Dugas et le Vacher et alors renvoyèrent le dit déclarant dans ses foyers, et aussitôt il les quitta après avcir été environ cinq heures avec eux. Qu'environ une lieue de Pré, il rencontra une colonne des républicains de Mamers, Courgains et Saint-Aignan, qu'alors ayant .reçu un fusil d'eux, il les accompagna dans la poursuite des Chouans.

Les troupes du général Vincent poursuivirent pendant cinq jours les Cliouans qui se dispersaient petit à petit, mais emmenaient toujours avec eux leurs deux derniers otages, le commissaire de Marolles et l'agent municipal de Peray. La nouvelle de leur délivrance avait bien été répandue dès le W fructidor, mais elle n'était pas plus fondée que celle de la blessure et de la capture du chef des Chouans par les colonnes de La Fer té-Bernard, de Xogenl-le-Rotrou et de Chartres. Le 22 fructidor le commissaire Pérou informait en effet l'administration centrale que « le malheureux Mallard, commissaire du canton de Marolles est encore avec l'agent municipal de Peray, au pouvoir des brigands ; le bruit qui s'était répandu de son évasion étant faux » ^ Toutefois le 29 fructidor, sa délivrance était certaine et l'administration municipale de Mamers l'annonçait à la « députation de la Sarthe », ainsi que l'échec des Chouans : « Les brigands, écrivait-elle, qui devaient mettre la commune de Mamers au pillage, ont pour partie mordu la poussière, itne autre a abandonné ses armes pour mieux courir, et bref nous en sommes débarrassés, après les avoir poursuivis jusques dans les environs de Blois ; c'est dans la forêt de ce nom que les brigands ont été forcés de rendre à la liberté le commissaire du canton de Marolles et l'agent de Peray, seuls otages qui restaient en leur pouvoir » -.

(1) Archives de la Sarthe. L, 230. 18 et 22 fructidor an VII (4 et 8 septembre 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n" 949. 29 fructidor an VII (15 septembre 1799).

Le commissaire de Boimétable, dans une lettre du 22 fructidor, avait ainsi annoncé la délivrance de son collègue de Marolles : « On m'apprend à l'instant que notre collègue, le citoyen Mallard vient

d'être rendu à sa famille S'il a payé quelque chose, comme je

le crains, l'adniinistration centrale devrait bien prendre en otage son frère et le citoyen Grignon, notaire à Marolles. » Il confirma le fait par une autre lettre du 30 fructidor adressée au\ administrateurs du département : « Sans doute vous avez appris la reddition de notre collègue près l'administration du canton de Marolles , le citoyen Mallard, lequel les brigands ont renvoyé avec l'agent de Peray, le

citoyen Dugast Les brigands avaient remis aux citoyens Mallard

et Dugast, deux chevaux qu'ils avaient volés chez deux cultivateurs, à l'effet de les i-emettre aux dits cultivateurs » '.

Le commissaire de Bonnétaljle annonçait en même temps que « depuis le 18 courant le canton jouit d'une tranquillité momentanée, dit-il, car je crains bien que les brigands qui ont souillé notre territoire, et qui paraissent l'avoir abandonné dans ce moment, n'aient fait qu'ajourner le projet qu'ils avaient formé d'en faire le théâtre des horreurs et des scélératesses qu'ils se permettent dans d'autres cantons de ce département, aussi sommes-nous toujours sous nos gardes ».

A Mamers la situation et l'opinion étaient identiques, car Pérou constaté que « depuis le 20 nous avons été assez tranquilles, cependant tout annonce que les brigands cherchent à se rallier pour nous attaquer de nouveau, mais heureusement que les hommes qui les ont combattus (excepté Fleur), existent encore et sont bien décidés à se mesurer de nouveau ».

L'administration centrale, heureusement pour le pays, ne se reposait pas sur ces seules fanfaronnades ; dès la dispersion des Chouans elle avait pris des mesures pour en empêcher le nouveau rassemblement. Elle avait particulièrement chargé les commissaires des cantons de rechercher dans leurs communes tous les individus qui avaient suivi ou appuyé les rebelles, et elle voulait en opérer l'arrestation. Cette dernière mesure parut dangereuse au commissaire Pérou, du canton de Mamers, et celui-ci en exposa les motifs dans sa réponse du 17 fructidor: « Je m'occupe, dit-il, de concert avec l'administration municipale, du travail que vous me recommandez, et j'espère vous

(1) Arcliivcs de la Sarthc. L, 222. 8 et 16 septembre 1799.

adresser, sous peu de jours, la liste nomiiialive des individus de ce canton qui ont abandonné leurs travaux, leurs familles, pour aller grossir les hordes rebelles, et s'associer à leurs brigandages. Si l'on en croit le rapport de plusieurs d'entre eux, qui les ont quittés pour rentrer dans leurs foyers , il y a peu de coupables ; tous s'accordent à dire qu'ils ont été forcés de se réunir aux brigands ; j'ai cru néanmoins devoir provisoirement les dénoncer, eux et leurs fauteurs, tant au juge de paix qu'au directeur du jury, qui, dans ce moment, informent l'un et l'autre contre les prévenus.

» Quant à l'injonction que vous me faites de les faire arrêter pour être traduits devant une commission militaire, je regarde cette mesure comme dangereuse et prématurée. Sans forces disponibles, environnés de Chouans, son exécution peut, dans les circonstances difficiles où nous nous rencontrons, entraîner les plus grands malheui"s, et porter ces mêmes individus à abandonner de nouveau leurs demeures pour passer avec les rebelles * ».

Le commissaire du département approuva cette ])rudente réserve car il répondit au commissaire du canton rural de Mamers : « Par ma dernière, j'ai seulement voulu appeler votre attention sur les individus les plus coupables qui pourraient être découverts pour avoir fait partie des rebelles, afin qu'ils soient poursuivis, et non faire comprendre dans la même mesure tous ceux qui avaient été entraînés, même de force, par ces scélérats. Je laisse à cet égard l'autorité locale agir, parce que je suis persuadé que vous ferez tout ce qui sera nécessaire pour que le vœu de la loi soit rempli et que vous vous entendrez avec le pouvoir judiciaire et lui fournirez les renseignements indispensables pour l'instruction qui sera faite - ».

L'autorité locale avait en effet procétié à plusieurs arrestations en dehors des Chouans pris les armes à la main dans lairaire d'Aillières ; les individus prévenus de faire partie des brigands avaient été incarcérés dans les prisons de Mamers, et soumis aux interiogatoires de Lunel, juge de paix de la deuxième section de Mamers. Parmi eux se trouvaient notamment Jean Gervais, et Jean Gervais fils, de la commune de Vezot ; Etienne Monthulé, Jean Lalande, et Gervais PouUain, de la commune de Villaines ; René Bourgeteau, de la commune de Mamers ; Michel Lormeau, de la commune d'Aillières,

(1) Archives de la Sarthc. L, 2.30. 17 friiclidor an VII (3 septembre 1799).

(2) Archives de la Sarthe. L, 230. 21 fructidor an Vil (7 septembre 1799).

etc. Tous devaient être iaterrogés immédiatement et suivant les renseignements obtenus, être mis en liberté ou traduits devant le directeur de la police correctionnelle de Mamers K

Les cbarges qui pesaient sur quelques-uns d'entre eux étaient assez lourdes ; ainsi chez Jean Lalande , cultivateur à la terre du Fay en Yillaines, on avait trouvé : « Cinq carmagnoles dont deux de serge blanche, deux de serge grise, une de drap bleu avec des petits boutons étoiles, et un gilet dont les devants sont d'étoffe écarlate mouchetée, plus une caisse ileurdelysée avec deux baguettes. » On y avait aussi saisi comme pièce à conviction un Calendrier à Viisage des catholiques du diocèse du Mans pour l'année 1799 et un Supplément du Catéchisme à iusage du diocèse de ***^.

Michel Lormeau avait eu son chapeau troué ])ar des chevrotines, et le gendarme Viardier prétendait que c'était lui qui avait tiré ce coup de fusil et il présentait les munitions qu'il avait employées contre les brigands, afin de servir de pièces de comparaison.

Jean Thiljaull, de la commune de Villaines-la-Carelle, déclare « avoir été enlevé de force par les brigands et avoir resté avec eux pendant trois jours ». Plusieurs autres ont fait comme lui et sont rentrés dans leurs foyers où ils se tiennent cachés pour ne pas être arrêtés. Cependant « neuf d'ehtre eux se sont présentés à l'administration municipale pour lui déclarer qu'ils avaient été enlevés de force par les brigands, et qu'ils n'avaient pris aucune part à leur révolte criminelle. Ils affirment tous avoir rentré librement aussitôt qu'ils ont trouvé l'occasion de se soustraire à la surveillance des rebelles ; ils demandent en conséquence « ne pouvoir être inquiétés ou recherchés par la suite, pour raison de leur absence, et à être rayés définitivement de la liste dressée en exécution de la loi du 24 messidor ».

Cette loi du 24 messidor an VII, sur la répression du brigandage et des assassinats dans l'intérieur, accordait aux individus ayant fait partie de rassemblements, mais « justifiant être de la classe d'artisans manouvriers ou cultivateurs » de rentrer dans leurs foyers dans un délai de quinze jours , en en faisant la déclaration à leur administra-

(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n" 904. 9 fructidor an VII (26 août 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, f" 81, v. 7 fructidor an VII (24 août 1799).

tioii et en déposant un l)on fusil simple de calibre ou un bon fusil à deux coups'. Cette dernière clause arrêtait beaucoup de déclarations, car la plupart des jeunes gens ne possédaient plus de fusils. « Tous s'accordent à dire qu'ils rentrent librement et qu'ils ont jeté leurs armes dans les bois lors de la dernière déroute des rebelles. Ce dernier fait est i)rouvé et reconnu » -. Aussi le commissaire du canton de Maniers demandait-il, à plusieurs reprises, la suppression de cette clause qui empêchait hi soumission de plusieurs individus ; elle lui fut accordée pour tous ceux ([ui n'avaient marché que malgré eux. Pour les autres aucune concession ne fut faite. ^

Ainsi le 25 fructidor la compagnie territoriale arrêtait Huttereau qui avait fait partie de la bande des Chouans de René et de Marolles. 11 s'était présenté devant l'administration de Marolles où il avait fait sa déclaration avec son passeport, une carte de sûreté et une patente de tisserand et il invoquait pour sa libération l'article 37 de la loi du 24 messidor. Mais l'administration de Mamers ne voulut pas le laisser bénéficier de cet article, elle le dénonça au juiy et s'empressa de réunir des témoins à charge contre lui, qu'elle demanda à Joubard, l'agent municipal de la'" commune de René, auquel elle écrivit : « Nous vous prévenons que le citoyen Huttereau, né dans votre commune, marié et résidant à Beaumont, faisant partie de la bande de scélérats qui ont ravagé votre commune, a été arrêté hier dans le bourg de Marolles par la compagnie territoriale. Il est ici et il prétend avoir été emmené de force par les brigands, et il veut se mettre en parallèle avec le commissaire du directoire de l'administration de Marolles. Mais comme la voix publique accuse cet individu d'avoir librement marché avec cette horde de scélérats et d'être un des chefs, il s'agit de prendre des renseignements les plus prompts. C'est pour les obtenir que nous vous invitons d'engager et même requérir les citoyens

Hermenault, Géré, Heaufils, Gautier et tous autres gens qui

pourraient avoir connaissance que ledit Huttereau a figuré avec les royalistes, tant dans l'ancienne Chouannerie que dans la nouvelle, de se rendre à Mamers, près le directeur du jury, pour y donner des renseignements » ^. L'administration choisissait ainsi comme

(1) Cf. Duvergicr. Im$ et décrets, t. XI, p. 300.

(2) Archives de la Sartlie. L, 230. 24 fructidor an VIT (10 septembre 1799).

(3) Arctiives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 912. 26 fructidor an VII (12 septembre 1799).

témoins les otages que les Chouans avaient enlevés à René le 16 fructidor ; elle voulait agir rapidement, car elle sentait que le pays était loin d'être pacifié.

Le commissaire du canton de Mamers avait les mêmes appréhensions et il en informait le commissaire près l'administration centrale dans sa lettre du 27 fructidor : « Depuis dix jours, époque de la déroute des rebelles, la tranquillité publique n'a point été troublée dans nos contrées. Le calme apparent dont nous jouissons dans ce moment, ne peut cependant nous rassurer sur les dangers de notre situation. Ces jours derniers on a signalé plusieurs brigands dans un canton voisin, celui de la Perrière, département de l'Orne. Là ils ont enlevé, pendant la nuit du 26 au 27 de ce mois, une malheureuse femme qu'ils ont relâchée, après l'avoir fait contribuer de 400 livres. Dans ce même canton les conscrits sont en pleine révolte et refusent de se rendre aux armées. Ces circonstances réunies font craindre que la tranquillité de notre canton ne soit de nouveau troublée, et nécessitent l'envoi prompt d'une force armée pour comprimer les efforts des séditieux qui pourraient venir le désoler. Aujourdhuy le juge de paix de ce canton a décerné un mandat d'arrêt contre Marguerite Guillain, femme de François Fresnais, meunier, demeurant à Saint- Longis ; elle est prévenue d'embauchage » K

La présence des Chouans dans le canton de La Perrière produisit une panique à Bellesme et à Mamers, par suite d'un incident dont on attendait un tout autre effet. Le 4"«' jour complémentaire (20 septembre), le capitaine de la compagnie tenntoriale de Mamers , ayant appris qu'il y avait des brigands cachés dans différentes communes du canton de La Perrière, n'écoutant que son zèle, partit sans prévenir l'administration ; il conçut le projet de diviser sa compagnie en deux colonnes, l'une décorée de la cocarde nationale et l'autre de la cocarde blanche ; cette dernière « était chargée de sa part de jouer le rôle de Chouans royalistes afin de connaître ceux qui pourraient l'accueillir favorablement , et par ce moyen découvrir les brigands cachés ». Mais ce plan ne réussit pas et jeta l'alai'me dans tout le pays. L'administration de Mamers, dès qu'elle en eut connaissance, envoya sur le champ des ordonnances enjoindre à cette colonne de rentrer immédiatement. « Les chefs furent appelés pour rendre compte de leur conduite et l'administration les improuva, avec ordre de ne

(1) Archives de la Sarthc. L, 230. 27 fructidor an VIT (13 septembre 1799).

pas récidiver ». La municipalité ne sévit pas cependant contre eux parce qu'elle estimait que « dans les circonstances actuelles il n'eut pas été politique de faire punir ces chefs en ce que : l" Ils sont connus pour républicains purs et courageux militaires ayant servi la république avec une l)ravoure rare ; 2'^ l'administration craignait au surplus de décourager une compagnie de cinquante hommes, tous bien aguerris et dévoués à la cause commune ». L'administration de Bellesme, qui avait porté i)lainle à Mamers contre cette troupe, fut informée de cette mesure « en espérant qu'elle entrerait dans ces vues, surtout lorsqu'on lui donnait l'assurance que pareille scène ne sera pas renouvelée ' ».

Cette garde territoriale composée d'un lieutenant, d'un sous-lieutenant, de deux sergents, de quatre caporaux et de quarante-deux fusiliers, avait été créée par un arrêté du département en date du 29 thermidor précédent : elle avait été mise en état de réquisition pour un mois seulement à partir du l»"" fructidor ; elle se trouva remplacée par des colonnes mobiles soldées, organisées à la suite d'un an'êté du !"• jour complémentaire. Celte création de colonnes mobiles était devenue indispensable parce que les Chouans faisaient une nouvelle apparition dans le pa/j et que « les chefs des brigands qui ont ravagé et pillé un grand nombre des citoyens des environs de Mamers sont revenus dans ces contrées, où ils cherchent à rallier et organiser de nouveau leur horde .scélérate, et qu'ils ont de nouveau conçu le projet de faire une invasion sur le territoire de la commune de Mamers, afin d'égorger les citoyens, de piller et incendier leurs propriétés et de délivrer les prisonniers ». On avait remarqué également que les prisonniers étaient en relations fréquentes et non autorisées « avec les parents des détenus et même des citoyens de Mamers dont le civisme n'est pas connu ».

Les administrateurs du département de la Sarthe avaient été informés par une lettre du commis.sairo de Bonnétable, en date du 4 vendémiaire que « dejjuis deux jours on avait appris qu'il se formait un noyau très considérable de brigands à Marolles, sous le commandement d'un de leurs chefs, nommé Charles, qui depuis longtemps ne cesse de fréquenter les environs - ».

Le .") vendémiaire la municipalité du canton de Courgains « était

(1> Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n« 953. 6i"« jour coiiipléiiientaire an VII (22 septembre 1799).

(2) Archives de la Sarthe. L, 222. 4 vendémiaire an VIII (26 septembre 1799).

effrayée par les différents rapports que lui font ses membres et autres, sur l'existence dans son arrondissement, l'approche certaine, et les menaces violentes des brigands qui rôdent autour du lieu de ses séances * ». Les brigands au nombre de douze à quinze « ont été vus

derrière la Butte du lay distante de Courgains d'environ 640 toises

que là sans doute ces brigands formaient, comme ils l'ont déjà fait, un rassemblement pour fondre dans le jour sur Courgains »

Le 6 vendémiaire an VIII (28 septembre 1799) le commissaire Guittier trouvait, à neuf heures du soir sur la porte de son domicile, une proclamation intitulée : L'année royale aux colonnes mobiles et aux soldats républicains. Plusieurs placards de cet « écrit incendiaire » avaient été répandus en ville et affichés notamment sur l'un des poteaux des halles, à l'église Notre-Dame, et même sur le portail de la cour de l'administration -.

Cette agitation sourde devait bientôt se faire voir au grand jour. J^'administration municipale de Mamers informait en effet le 20 vendémiaire, l'administration centrale du département « que la Chouannerie s'agite dans ce moment dans nos cantons Cette nuit ils sont

en force dans le bourg de Marolles ; nous ne savons point encore le ravage et le pillage qu'ils peuvent y avoir fait. Nous venons de faire partir notre colonne mobile soldée pour aller à la chasse des Chouans, mais ce qui nous embarrasse dans ce moment et nous empêche de déployer toute la force dont nous serions susceptibles , c'est le défaut de cartouches, nous venons de remettre à notre colonne le peu qui nous restait » ^.

Cette attaque des Chouans était plus triste encore qu'on ne le supposait. Au nombre de cinquante à soixante ils parcouraient les cantons de Courgains et de Marolles, et le 19 vendémiaire dans la commune de Monhoudou « ils ont assassiné et tué à coups de bayonnettes, entre les bras de son épouse, un malheureux cultivateur, père de huit enfants en bas âge ».

Ce cultivateur du nom de Mathurin Fouasnon , avait été entouré dans sa maison par une vingtaine de brigands qui lui demandaient de

(1) Archives de la Sarthe. L, 261. Courgains. 5 vendémiaire an VIII (27 septembre 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n» ,361.

(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n« 989. 20 vendémiaire an VIII (12 octobre 1799).

l'argent ; n'ayant pu leur en donner il fut emmené par eux dans l'enclos situé devant sa maison. Là, Fouasnon se mit à genoux et implora sa grâce ; « au même instant les brigands lui ont porté neuf à dix coups de bayonnetlc dans le corps, et après cette cruauté ils s'ea sont allés par !e haut du clos gagner les l)ruyères * ». A Disse et à Marolles les Chouans enlèvent des otages, notamment l'épouse du citoyen Mallard, commissaire du pouvoir exécutif près l'administration municipale de ce canton ^.

Ce dernier, se souvenant du voyage qu'il venait de faire avec les Chouans, jusque dans la forêt de Blois, avait cru prudent de disparaître avant l'arrivée des nouveaux brigands ; il aurait ceiiainement partagé le sort de Villaine, président de l'administration cantonale de Marolles, qui fut emmené avec Moutin et plusieurs autres.

Etant réfugié à Mamcrs, Mallard écrivit au commissaire Jouennault : « Les brigands ont enlevé mon épouse ; ils ont tout pillé chez moi et j'ai failli y perdre la vie, mais heureusement qu'ils n'ont pu me trouver. Je n'ai pas besoin, citoyen collègue, de stimuler votre zèle pour mettre

en otage les individus indiqués par la lettre du citoyen Guittier

Dans mon malheureux pays, je n'ai pu me livrer à ces détails, car je vous déclare que je ne sais pas trop ce que je fais et que je suis dans

ce moment-ci incapable de rien entreprendre Vengeance prompte

et surtout au nom de ce qu'il y a de plus sacré, des otages afin que cela eifraye tous les monstres qui nous entourent et que les lois ne soient plus un songe Autorisez-moi à faire désarmer les communes de Marolles, Disse, Ponthouin, Peray et Dangeul, qui possèdent des armes et notamment les fusils que vous nous avez délivrés ; il vaut mieux en armer les républicains de Mamers, que de les laisser à la merci des Chouans^; prenez les mêmes mesures pour le canton de Courgains, sans exception » 3.

Aussitôt que cette attaque fut connue à Mamers, l'administration s'empressa d'envoyer des troupes à Marolles, et d'informer les communes de Bonnétable, de Courgains, de Dangeul et même d'Alençon de ces attaques des Chouans, afin qu'elles aient à prendre les mesures les plus promptes et les plus sûres pour arrêter « cette horde de scélérats ».

(1) Archives de la Sarthc. L, 276. 20 vendémiaire an VIII (12 octobre 1799).

(2) Archives de la Sarlhc. L, 230. 22 vendémiaire an VIII (14 octobre 1799).

(3) Arcliives de la Sarthc. L, 231. 22 vendémiaire an VIII (14 octobre 1799).

Les troii])es arrêtèrent d'abord les femmes Matière et Tison de Pré-Grillard, dont les maris étaient soupçonnés d'avoir eommis l'assassinat de Fouasnon, à Monhoudou, et de donner asile aux l)rigands royaux. Deux autres jeunes gens surpris chez eux avaient également été amenés comme prisonniers à Mamers ; leur captui'e fut immédiatement signalée au général Simon, pour qu'il décidât du sort de ces prisonniers ^

L'administration écrivait à la même date au général Simon, commandant le département de la Sarthe, et à l'administration centrale, pour lui demander des munitions ; à cette dernière elle exposait ainsi sa perplexité : « Ce qui nous embarrasse dans ce moment et nous empêche de déployer toute la force dont nous serions susceptibles est le défaut de cartouches. Nous venons de remettre à notre colonne le ])eu qui nous restait. D'après cela nous sommes persuadés que vous allez vous employer, ainsi que nous vous y engageons, à nous procurer un nombre de cartouches suffisant pour parer notre défense et notamment pour en fournir la colonne mobile soldée d'après les dispositions de votre arrêté pour sa formation. Les moments sont urgents, et nous ne pouvons prévoir les événements fâcheux qui pourraient arriver si nous étions sans munitions » -.

On n'avait pas oublié non plus d'implorer l'appui du général Vincent, le libérateur de Mamers, et le même jour on lui écrivait à Alençon : « Nous avons encore recours à votre bravoure, ainsi qu'à votre prudence. Les Chouans recommencent leurs brigandages dans

nos cantons Si vous avez des troupes à votre disposition, nous

vous invitons instamment à prendre, de concert avec votre administration municipale les mesures convenables pour arrêter ces brigands. Déjà notre colonne mobile est à leur suite ; celle de Bonnétable est également avertie, et nous espérons que votre administration, à qui nous écrivons également, voudra bien faire avertir celle de Fresnay, afin que nos forces ainsi que les vôtres puissent les envelopper de manière à pouvoir les détruire, parce que l'on croit qu'ils se sont portés sur la route de Fresnay » ^.

(1) Archives de la Mairie de Mamcrs. Registre R 3, ii" 1000. 23 vendémiaire an VIII (15 octobre 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n» 989. 20 vendémiaire an VIII (12 octobre 1799).

(3) Archives de la Mairie de Mamcrs. Registre R 3, ni' 994.

Malgré toutes ces précautions, les Chouans leur glissèrent encore entre les mains. Dans tous leurs mouvements ils agissaient par surprises, ne faisaient pour ainsi dire que paraître et dispai'aitre dans les communes, d'où ils s'enfuyaient rapidement, même avant que les autres communes aient pu être prévenues. C'est ce qui se produisit encore dans cette alTaire de Marollcs, comme le rapporte Pérou, le commissaire du canton rural de Mamers : « La colonne mobile soldée de l'arrondissement de Mamers, avertie trop tard, les a poursuivis pendant deux jours sans pouvoir les atteindre, elle a appris à Ballon que ces brigands après avoir traversé la Sarthe, s'étaient réfugiés dans la forêt de Lavardin. On rapporte que le même jour 20, et la veille, on a vu quelques particuliers inconnus rôder dans nos environs, et se retirer dans les bois aussitôt qu'ils étaient aperçus. La municipalité de Mamei-s en ayant été instruite a fait aussitôt partir les grenadiers et chasseurs pour faire une battue, on n'a rien découvert » i.

Les autres administrations cantonales n'avaient pas pu non plus arriver à temps pour surprendre les Chouans. Lallouet, l'agent municipal de Dangcul, entre autres, répondait à celui de Mamers; « En réponse à votre ordonnance je vous dirai que les Chouans se sont portés sur MaroUes, vers minuit, lesquels ont enlevé avec eux Moutin, les femmes Mallard et Mohain et le président dudit canton. De là ils ont pris la route par Disse, Ponthouin ; on les a vus sur les quatre heures sur les terrains de Congé à aller par Lucé, je n'ai d'autres renseignements à vous donner que ceci en ce moment ; j'ai fait partir la colonne mobile de ma commune ; Disse et autres communes sont parties - ».

Lcclerc, commissaire du directoire à Bonnétable, de son côté

fournissait les renseignements suivants : « Nous avons appris

que les brigands étaient dans les environs de Marolles par l'agent de la commune de Sables, ([ui est arrivé ici à quatre heures et demie du matin, et qui nous dit que l'on sonnait le tocsin à Saint-Aignan et autres communes environnantes. De suite nous avons fait monter à cheval notre gendarmerie pour aller s'informer du motif qui avait nécessité les habitants de Saint-Aignan à sonner le tocsin. Ils nous ont rapporté une lettre du juge de paix, le citoyen Le Biais, par

(1) Arcliives de la Sartlic. L, 230. 22 vendémiaire an VIII (14 octobre 1799).

(2) Arcliives de la Mairie de Mamers. Lettre du 20 vendémiaire an VIII (12 octobre 1799).

laquelle il nous informe que les brigands sont entrés à MaroUes à une heure du matin de ce jour, qu'ils ont enlevé le citoyen Villaines, président du canton de Marolles, la femme du citoyen Mallard, commissaire dudit canton, et le citoyen Moutin assesseur du juge de paix, que les brigands avaient paru se diriger sur Congé et de là du côté de La Bazoche, à ce que l'on présume, sans en avoir aucune certitude ' ».

Ces derniers renseignements indiquaient un mouvement des Chouans dans la direction du Mans, et non dans celle de Fresnay, comme l'administration de Mamers l'avait d'abord supposé, puis fait connaître à Alencon. Du reste le 23 vendémiaire l'administration de Bonnétable informait celle de Mamers de la prise du Mans par les Chouans : « Nous avons l'affligeante nouvelle à vous apprendre que les Chouans sont entrés ce matin au Mans ; nous ignorons encoi'e les malheurs qui en sont résultés, nous n'avons que le temps de vous

inviter à nous envoyer de la force Informez de cet événement

l'administration centrale de l'Orne - ». Le même jour, à onze heures du soir, une autre lettre de Bonnétable parvenait à Mamers, annonçant « que la troupe du Mans se rallie à Ballon, d'où elle se propose de marcher demain sur Le Mans, afin de délivrer les patriotes de l'oppression des "brigands. Ballon nous engage de les seconder en marchant de notre côté sur Le Mans. Nous leur marquons que nous vous attendons et que nous marcherons avec vous. Vojez si vous aimez mieux aller rejoindre à Ballon, ou venir ici 3 ».

Cette nouvelle jeta l'effroi dans la ville de Mamers, qui pensa de suite à se défendre contre les attaques des Chouans. Dans sa. réponse à la ville de Bonnétable elle exposa d'abord que sa colonne mobile était sortie à la poursuite des Chouans qui venaient d'attaquer Marolles, qu'une partie seulement venait de rentrer, que l'autre, composée d'environ cinquante hommes , ayant eu probablement connaissance de la prise du Mans, avait dû se rallier aux troupes de

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 20 vendémiaire an VIII (12 octobre 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 23 vendémiaire an VIII (15 octobre 1799).

(3) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 23 vendémiaire an VIII (15 octobre 1799). — Voir R. Triger. La Prise du Mans par les Chouans, le 15 octobre 1799, — Chassin. Les Pacifications de rOuest, t. III, p. 383 et suiv.

Ballon. Elle expliquait aussi qu'elle ne pouvait fournir aucun renfort aux troupes de Bonnétable. « Dans la circonstance actuelle, disaitelle, nous devons franchement vous prévenir que les prisons de Maniers renferment cinquante-deux brigands, à la sûreté desquels il faut aviser, afin d'empêcher leur spoliation ; que le général Vincent par sa lettre du 21 nous apprend que les brigands se sont réunis en grand nombre au château de Courtomer, environné de bois à trois lieues et demie de distance de Mamers, et que même une portion s'était réfugiée dans la forêt du Mesnil-Broult , qui n'est partagée de la commune de La Fresnaye que par la Sarthe ; que l'enlèvement de nos concitoyens de Marolles, l'assassinat du malheureux Fouasnon, l'inquiétude et la fermentation qui agitent tous les esprits, nous déterminent à ne i)as nous dépouiller de toutes nos forces. Comme nous, citoyens collègues, vous devez sentir qu'il serait impolitique de le faire dans ce moment-ci, de faire partir une partie de nos forces, tandis qu'à l'instant nous apprenons par une ordonnance que la route de Bellesme est obstruée de brigands. Nous voilà donc bloqués pour ainsi dire de toutes parts sans avoir pu nous assurer du départ de nos prisonniers ' ».

La ville se mit immédiatement en état de défense. « La garde nationale sédentaire et les colonnes mobiles furent concentrées dans les murs de Mamers ; on établit des postes à l'intérieur , sur toutes les avenues de cette commune, on expédia des ordonnances et des courriers dans les villes voisines, tant aux administrations locales qu'aux chefs militaires. Les détenus, prévenus de crimes et de chouannerie, qui obstruaient les prisons de Mamers furent menés à Chartres, sous bonne escorte. Des visites domiciliaires, des perquisitions exactes et scrupuleuses furent faites dans toutes les maisons notoirement suspectes de receler des brigands ou autres ennemis publics. Les magistrats du peuple restèrent en permanence et dépêchèrent l'un d'entre eux à Paris vers la représentation nationale et le directoire exécutif pour ajjjjeler l'attention du gouvernement sur les dangers dont le département de la Sarthe est menacé ^ ».

Une lettre fut adressée « au citoyen Ministre de la police générale »

(1) Archives de la Mairie de Mamcr.s. Registre R 3, n» 1004. 23 vendémiaire an VIII (15 octobre 1799).

(2) Archives de la Sarthe. L, 230. Compte-rendu du commissaire Pérou pour le mois de vendémiaire an VIII.

dans laquelle on lui rappela que « depuis longtemps les républicains du déparlement de la Sartlie, ont élevé la voix pour faire connaître au gouvernement les dangers qui les menaçaient. Eh bien ils sont tels ces dangers, que la commune du Mans, chef-lieu du département de la Sarthe, est tombée ce matin au pouvoir des brigands ; c'est avec

douleur que nous vous transmettons cette nouvelle officielle

Hâtez-vous, citoyen ministre, de venir à notre secours, nous vous en conjurons au nom de l'humanité. L'orage nous environne de toutes parts, et déjà grand nombre de citoyens sont morts sous le fer assassin des brigands royaux. Laissei'ez-vous ceux de la commune de Mamers subir le même sort ? Non sans doute , et nous sommes fondés de croire que vous allez venir à leur secours ! * »

Des secours furent également demandés à Mortagne, à Alençon, à Bellesme. Mortagne répondit : «. Nous aurions désiré pouvoir répondre à votre appel, mais le détachement de notre commune, de présent à Alençon, est nanti de toutes nos armes * ; cette ville ne pouvait donc être d'aucun secours ; elle envoyait toutefois une bonne nouvelle qui pouvait apporter un peu de tranquillité sur un point ; elle annonçait « que les Chouans qui infestèrent les cantons de Moulins, Saint-Lomer, et Sainte-Scolasse , ont été battus complètement par nos colonnes réunies * » .

La municipalité d'Alençon s'excust\ également de ne pouvoir venir au secours de Mamers : « Il nous est absolument impossible, écrit-elle, d'exécuter le projet que vous nous soumettez ; il dérangerait totalement ceux conçus, tant pour notre défense particulière, que pour celles des cités voisines, et peut-être du Mans ». Tout ce qu'elle pouvait faire était d'envoyer de suite à Neufchâtel un détachement qui pourrait y prendi'e les cinquante-deux prisonniers que Mamers aurait à y faire conduire. Mais cette offre ne fut pas acceptée , et les prisonniers furent dirigés sur Chartres avec toutes les archives des administrations, enfermées dans des tonneaux.

Le 24 vendémiaire, la municipalité de Bonnétable envoyait des détails officiels sur la prise du Mans ; elle écrivait : « Nous savons par la voie du président de la commune de Savigné que les Chouans,

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 3, n» 1003, 23 vendémiaire an VIII (15 octobre 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 24 vendémiaire an VIII (16 octobre 1799).

après s'être emparés des canons, caissons, fusils, munitions, étoffes, bas, chemises, souliers et enfin tout ce qui leur a fait plaisir, se sont retirés sur les routes d'Angers et Laval ; ils vont et viennent dans le Mans, enlèvent les jeunes gens pour les faire marcher avec eux. Ils ont envoyé chercher et mis en réquisition quantité de voitures qu'ils ont fait charger de leur butin. On présume qu'ils peuvent être attaqués aujourdhuy, ce qui les fait tenir sur leurs gardes D'après

les nouvelles que nous recevons à l'instant il paraît que les brigands ne font que sortir et entrer en ville * ». Le lendemain elle écrivait encore : « A l'instant nous arrive ime ordonnance venant de Savigné et porteur d'une lettre du président de l'administration de ce canton, la([uelle nous apprend que les brigands sont sortis hier sur les six heures du soir et y sont rentrés ce malin sur les huit heures. Ils cherchent à prendre les jeunes citoyens. Rien autre chose, sinon qu'ils ont sommé la musique du Mans de se trouver sur la place, ce à (juoi ils ont été obligés d'accéder ; ils les ont dépouillés de leurs habits et insti'uments - ».

La municipalité de Mamers, non contente d'avoir établi des correspondances avec toutes les villes voisines, avait envoyé un commissaire spécial auprès des troupes républicaines pour la renseigner sur les agissements des (Chouans. Ce commissaire, Petithomme Foucquet, avait rejoint à Beaumont les colonnes qui se formaient pour marcher sur Le Mans.

La municipalité d'Alençon avait, le 26 vendémiaire, informé Mamers que le général Digonet était parti la veille d'Alençon avec un fort détachement et deux nièces de canon ; il devait être actuellement à Heaumont-sur-Sarthe , où les commissaires pourraient facilement se concerter avec lui. De forts détachements étaient arrivés à Alençon, on en attendait encore tous les jours, notamment le général Rey, qui venait de Caen.

Le général Vincent confirmait ces nouvelles le même jour, par la lettre qu'il envoyait aussi d'Alençon à la municipalité de Mamers, avec ordre de la communiquer aux administrations de Saint -Cosme, Bonnétable et La Feité-liernard. Voici celte lettre : « Citoyens admi-

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 24 vendémiaire an VIII (16 octobre 1799).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 25 vendémiaire an VIII (17 octobre 1799).

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