II
nistrateurs, je vous préviens que le général Digonet s'est porté hier sur Beaumont avec une colonne d'environ cinq cents hommes tant d'infanterie que de cavalerie et deux pièces de canon, à l'intention de secourir Le Mans. Le général Rey, commandant la 14'' division militaire est attendu aujourd'huy avec des forces considérahles qu'il amène avec lui pour soutenir l'avant-garde commandée par le général Digonet. C'est avec ce dernier qui, comme je vous l'ai dit, se trouve à Beaumont, que vous pourrez communiquer les mouvements que vous vous proposez de faire ' ».
De son côté le général Digonet, écrivant de son quartier général de Beaumont, envoyait à Mamers les renseignements suivants : « Je suis arrivé hier soir avec le peu de forces que j'avais à ma disposition à Alençon, au secours de nos frères du Mans. Je n'entrerai avec vous dans aucun détail sur la situation de cette ville. Votre commissaire vous la fera connaître plus particulièrement. Je me borne seulement à vous dire que les brigands sont en force et au nombre de sept à huit mille, tant en infanterie que cavalerie, et que n'ayant pu réunir jusqu'à ce moment qu'à peu près cinq cents hommes, je n'ai pas cru prudent de les attaquer dans l'incertitude du succès. Je vous invite donc à m'envoyer le plus giand nombre de braves républicains que vous pourrez et les envoyer à la commune de Ballon, sous les ordres du chef de brigade Auvray, que j'ai chargé du commandement de cette colonne. J'attends l'arrivée des renforts qu'amène de Caen le général Rey ; avec lui et sitôt leur arrivée vous apprendrez avec plaisir la manière réjjublicaine avec laquelle nous traiterons cette horde de scélérats - ».
Digonet partit cependant le même jour pour Le Mans, car le 26 vendémiaire il écrivait à l'administration municipale du canton de Beaumont : « Je suis arrivé au Mans à cinq heures du soir, où j'ai trouvé le général Vimeux avec sa colonne ; les brigands se sont repliés hier soir sur la commune de Chemiré. Je vais dans deux heures avec le général Gilly marcher contre eux et les attaquer. J'ose vous prédire qu'ils seront battus s'ils osent nous attendre » ^.
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Lettre du 26 vendémiaire an VIII (18 octobre 1799).
(2) Arcliives de la Mairie de Mamers. Lettre du 26 vendémiaire an VIII (18 octobre 1799).
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 26 vendémiaire an VIII (18 octobre 1799).
De son côté le délégué de Maniers, Petithomme, avait adressé le 26 vendémiaire, à onze heures du matin, une lettre « à l'administration municipale de Mamers en séance secrète et très secrète, » dans laquelle il rapportait que : « Le général prend toutes les mesures nécessaires pour attaquer les brigands qui sont encore au Mans, au nombre de six à sept mille ; il paraît qu'ils se sont tous réunis dans cette capitale. La troupe est bien disposée de leur faire sentir son courage ; on attend ce soir le général Rey qui doit arriver avec une forte colonne. Le général voudrait bien savoir si réellement il descend des troupes de Chartres, et dans quel endroit est maintenant cette force, parce qu'il prendrait des mesures en conséquence. II m'a remis une lettre que je vous fais passer. Les brigands exercent le pillage chez tous les individus indistinctement; rien n'est épargné, républicains, aristocrates et mécontents du Mans. Tels sont les rapports qu'on a l'ecueillis jusqu'à ce jour. L'attaque pourra se faire demain si le général Rey arrive » '.
Ce même jour, à quatre heures et demie du matin, on recevait à Mamers d'autres renseignements contenus dans une lettre de l'agent de Bonnétable.
Bonnétable, le 25 vendémiaire an 8, onze heures du soir.
L'administration municipale du canton de Bonnétable
Aux citoyens administrateurs municipau.x de la commune de Mamers.
Citoyens, comme nous recevons à l'instant des nouvelles du Mans qui sont certaines, nous croyons vous faire plaisir de vous en faire part ; deux jeunes citoyens de notre commune ont eu la bravoure d'aller au Mans, aux entrées y ont laissé leurs chevaux, se sont introduits sur la place des Halles, ont entré chez Bougard, y ont demandé une bouteille de vin. Il y avait alors sur la place environ 500 de ces messieurs qui défilaient pour s'en aller coucher à S' Georges oii est leur quartier général, car ils n'osent coucher en ville. Comme leur bouteille finissait ils ont appris qu'il arrivait des troupes par la Mission. Ils se sont tenus sur leur garde et comme elle arrivait presque sur la place, ils ont cru sage de passer par les derrières, craignant que si ce fut des nôtres ils fussent pris pour des brigands, de manière qu'ils ne savent pas si ce sont des gens honnêtes ou des honnêtes gens. En leur en revenant ils ont entré au café de Foix afin de voir ce
(1) Archives de la Mairie de Mamer.s. Lettre du 26 vendémiaire an VIII (18 octobre 1799).
qu'il y avait, y ont pris un petit veiTe d'eau-de-vie, il n'y avait plus rien. Ils ont appris au Mans qu'il y avait 1200 hommes à Écommoy de républicains, mais que n'ayant point de canons, ils attendaient à ce qu'il se porte de la troupe sur d'autres points. Il paraît certain qu'il y en a aussi sur la route d'Alençon. Ce qui donne lieu de croire qu'ils seront attaqués demain. Il est bien dommage si cela est, que nous n'ayons point de force sur la nôtre, car il serait agréable de participer à chasser ces brigands de dessus notre sol où ils ont mis la désolation. Ils ont la jactance de dire qu'ils tiendront au Mans, jusqu'à ce qu'ils aient perdu au moins la moitié de leur monde, comme aussi ils disent qu'ils vont attaquer Sablé. Si les fonctionnaires publics civils et militaires du Mans n'avaient pas la bonhommie de croire ce qu'ils disaient il ne leur serait pas arrivé d'aussy grands malheurs et ils n'en occasionneraient pas autant à leurs voisins. Dans la minute arrivent deux citoyens du Mans qui en ont parti à 5 heures et demie du soir lesquels nous confirment qu'ils ne sont vraiment plus au Mans, mais qu'ils ont cejourd'huy emmené la musique pour aller chercher leur quartier général et l'amener cette nuit au Mans. Dieu veuille que nous leur donnions de la musique à la républicaine.
Salut et amitié
BoiviN fils Agent.
Les bonnes nouvelles vont maintenant se succéder et arriver pour ainsi dire d'heure en heure, faisant disparaître toutes les craintes du danger d'invasion que redoutait la municipalité de Mamers. Une lettre, partie de Montfort le 26 vendémiaire à quatre heures du matin, annonce : « Vincent * vient d'arriver à Ecommoy avec deux mille volontaires des gardes nationales de Château-du-Loir , Econlmo}^ Mayet. Nous marchons, faites de même ; nouvelle certaine ».
Bonnétahle transmet la lettre que Le Mans vient de lui adresser : « C'est avec enthousiasme, mes chers collègues, que nous vous assurons que les brigands ont quitté notre commune, qu'ils ont dirigé leur marche sur Sablé et La Flèche, nous possédons le général Vimeux avec une force imposante bien décidée à les poursuivre - ».
Mortagne « annonce une colonne de dix mille hommes dirigée sur Le Mans par Chartres, avec une autre colonne dirigée sur Alençon, les forces proviennent des. demandes concertées entre les députations
(1) Il faut probablement lire Vimeux, car ce jour-là Vincent était à Alençon.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 26 vendémiaire an VIII (18 octobre 17S9).
de l'Orne et de la Sarthe. Encore quelques instants et nos contrées seront préservées du fléau qui vient de dévaster la commune du Mans 1 ».
Enfin parvint à Mamers la lettre du commissaire Petithomme, laquelle commencée à Beaumont le 26 vendémiaire, fut continuée au Mans le 28, et nous fournit des détails sur les divers incidents qu'il a pu connaître - :
Beaumont-sur-Sarlhe, 26 vendémiaire an 8. Petithomme Fouquet à l'administration municipale du canton de Mamers.
Le citoyen Pulhot porteur de ma première dépêche est parti ce jour à une heure du malin, je présume qu'il n'était pas à Beaumont quand la générale a battu, viron six cents hommes ont parti avec le général Digonet pour attaquer les brigands royaux. La nouvelle nous est venue que les 3,000 hommes de Chartres avaient entré dans Le Mans. Lorsque par votre lettre , de laquelle j'étais porteur, le général Digonet en a eu connaissance, j'ai vu sur sa figure l'air de satisfaction qu'il a eu à cette heureuse nouvelle, mais pressé par lui de l'assurance du fait, je n'ai pu lui répondre que nous ne le savions que par la voye de l'administration municipale de Mortagne ; la nouvelle s'est confirmée, aussi toute la troupe envenimée contre les brigands a-t-clle parti à la hâte et d'un dévouement incroyable.
A midy deux cents hommes de la 40° sont arrivés, ils n'ont eu que le rafreschissement ; un détachement des communes de Sillé, Fresnay et Brûlon les suivaient ; à deux heures, ils sont partis de Beaumont pour rejoindre Digonet. L'on attend Rey avec une division de 15 à 18 cents hommes, mais l'on croit qu'il aura reçu contre ordre pour se porter sur la route de Laval, cependant on fait des préparatifs pour son armée ; les habitans de Beaumont sont sous les armes et veillent à la conservation de leurs propriétés. Aussitôt que j'aurai des renseignements positifs sur l'attaque et la réussite de nos troupes je vous en feray part.
Il est trois heures, j'arrive au Mans, j'ai dîné avec le citoyen Barré administrateur du département. Los brigands ont tout confondu dans les archives, les effets militaires ont été par eux enlevés, plusieurs d'eux se sont portés à des excès. Les archives de l'administration municipale ont également été la proye des insurgens, heureusement pour la société qu'on s'est apperçu à temps que
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 27 vendémiaire an VIII (19 octobre 1799).
(2) Archives de la Mairie de Manicrs. Lettre du 26 vendémiaire an VIII (18 octobre 1799).
les registres de naissance et autres constatant l'état civil en faisaient partie on en a échappé la presque totalité, sept pièces de canon et deux obusiers font la force maintenant de l'ennemi. Jouannault et autres administrateurs se sont évadés par dessus les toits, tout a été dévasté dans leur logement. Les chefs de brigade et de bataillon de la 40" doivent leur existence aux aristocrates. Un prêtre insermenté a sauvé le chef de bataillon, c'est de lui que je le tiens. Les musiciens du Mans ont été obligés de faire aux caprices des brigands et de jouer les airs Oh Richard oh mon Roi. Vous n'ignorez pas que les caisses publiques ont été pillées. Je n'ai point encore vu Le Guicheux qui a été, à ce qu'on assure, pris par les brigands. J'ai appris que le pauvre Thibault avait reçu un coup de feu, que la balle qu'il a reçue lui passe dans l'aine droite et lui sort par la fesse gauche, sa playe est mortelle. Celui qui me l'a appris sortait de le voir, il ne parlait plus. Les forces qui poursuivent les brigands sont au nombre de 5 à 6 mille hommes de troupe.
Il est sept heures, des on-dit font présumer que nous avons repris deux pièces de canon.
Les jeunes gens du Mans, c'est-à-dire une partie, ont été enlevés de force.
28 au matin, j'écris au général Vimeux. Ci-joint est copie de ma lettre.
Je sors de chez le général qui m'a Lien recommandé de vous prévenir de vous tenir sous vos gardes, l'on craint que l'ennemi ne se dissémine et ne se répande dans les cantons, leur corps n'est composé que de vifon 5 à 6 cents déserteurs ; le reste sont des pastours et des paysans dont une majeure partie ont été enlevés de force.
L'on estime à vue d'œil la perte du Mans à 15 cent mille francs. La ville du Mans est en état de siège depuis hier. Toutes les administrations civiles ont cessé leurs fonctions.
J'apprends et il est certain que Jaubert est mis dedans, c'est avec peine que je vous apprendrai qu'il a manifesté ouvertement son opinion royaliste. La chanson de Richard oh mon Roi est la cause de son arrestation.
Je ne partirai que d'après que vous m'aurez donné l'ordre de me rendre dans votre sein, le général m'a invité d'aller de temps à autre auprès de lui ; il m'a chargé de vous témoigner toute sa reconnaissance. Je lui ai fait part des mesures que vous aviez prises envers les prisonniers. Sa réponse a devancé mon discours en me témoignant sa satisfaction. Mais je n'ai pu le satisfaire sur l'évacuation de la caisse publique attendu que je n'avais aucunes notions certaines. Soyez persuadés, citoyens, que je vais remplir avec exactitude la mission que vous m'avez chargé.
Salut et fraternité,
Petithomme Fouquet.
Quand radministralion municipale de Maniers fut ainsi bien documentée sur la fuite des Chouans, et qu'elle fut assurée qu'elle ne courait plus aucun danger, elle s'empressa de faire valoir son courage, et sa ferme attitude devant l'ennemi ; elle ne se souvient plus du ton lamentable quelle avait pris dans sa lettre du 23 vendémiaire au ministre de la police générale ; elle se complaît dans le récit de ses prouesses, et quatre jours d'intervalle séparent seulement ces deux lettres. Voici la lettre qu'elle adressa le 27 vendémiaire aux représentants du peuple Lehault et Hardouin ' :
Citoyens représentants.
Par l'intérêt que vous prenez, et qui vous est commun avec notre situation dans cette commune, nous vous rendons un compte sommaire de notre vigilance et des mesures de sûreté publique qui ont assuré notre tranquillité publique et réduit nos Chouans locaux au plus profond silence. Nous nous sommes entourés d'un Conseil composé des plus purs patriotes de notre commune, et d'après les délibérations prises à la majorité, sans exception de personnes ni de fonctions, nous avons piis les mesures suivantes :
l» Au premier avis de l'invasion des brigands au Mans, il a été établi à toutes les issues de cette commune des postes écartés qui ont produit l'efTet de connaître les individus suspects ou mal intentionnés qui auraient eu les mêmes vues (juo ceux qui les ont exécutées au Mans, et cette précaution nous a produit l'effet que nul de ces sortes de gens ne s'est présenté dans le cours des événemens qui viennent de se passer.
2" Nous avons établi une correspondance avec les communes communicatives à Mamers par Le Mans, telles que Beaumont, Ballon, Bonnétable, Alençon, Mortagne et Bellême, etc. ; de cette précaution il en est résulté que nous ne pouvions jamais être surpris, telle puissante qu'eut été la force des brigands.
3" Nous nous sommes assurés de l'existence morale de tous les individus qui sont entrés et sortis de Mamers, par un arrêté qui les a consignés à la charge d'un permis de sortir et qui n'était délivré qu'en connaissance de cause.
4" Nous avons plié bagage et le cas était prévu de manière à ce que les brigands n'auraient pas eu une liste de jurés à leur disposition.
5» Notre correspondance alternant entre la crainte et l'espérance, nous sommes restés fermes et inébranlables, et nous avons la satisfaction, non do vous apprendre, mais de vous confirmer que notre persévérance est couronnée des plus heureux succès et que la fierté de notre attitude a non seulement
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre 1\ 3, n» 1017. 27 vendémiaire an VIII (19 octobre 1799).
contenu dans le respect h la loy ceux des habitants de cette commune qui la détestent, mais encore toutes les communes qui nous environnent et qui n'ont pas peu contribué à grossir les dangers que nous avons courus.
6° Enfin Le Mans est au pouvoir des républicains, nous recevons de toutes parts la certitude que les forces républicaines s'y accumulent et qu'il nous sera permis de respirer et d'exalter avec tous les bons français les succès et la prospérité de la République. Au demeurant, citoyens représentants, ceci n'est qu'un sommaire de notre conduite patriotique. 11 va être dressé un procès verbal de tous les événements qui se sont succédés, des dépenses qu'ils ont provoquées et de celles nécessaires au maintien du bon ordre et une invitation pour les seconder par tous les moyens qui sont en notre pouvoir.
Salut, etc.
Dans la réalité la municipalité de Mamers n'était pas aussi rassurée qu'elle voulait le paraître, car le même jour elle donnait des ordres au citoyen Ignard Gom])audière , capitaine de la colonne mobile pour qu'il ait à prendre les inesures nécessaires afin d'assurer la tranquillité dans le marché qui devait se tenir le lendemain. Sa compagnie devait être de service et faire continuellement des patrouilles. Durant la nuit vingt fusilliers auraient à faire des patrouilles fréquentes « au contour des murs de la commune ». Du reste le général Yimeux avait prévenu la municipalité de bien se tenir sur ses gardes, parce qu'il craignait que les brigands ne se répandissent çà et là dans les cantons. Il ne pouvait envoyer de troupes pour le moment, cependant il promettait de fournir des secours en cas de danger. Telle était la promesse que Petithomme Fouquet avait pu obtenir après l'adresse qu'il avait fait parvenir au général Vimeux, lors de son séjour au Mans, le 28 vendémiaire < :
L'administration municipale et tous les citoyens de Mamers désirant se mettre en garde contre les brigands l'oyaux ont nommé des commissaires civils pour se transporter dans diflérenles communes auprès des administrations et chefs de la force armée.
La mission que nous avons h remplir est d'instruire nos citoyens de la marche de l'ennemi et de leur transmettre les ordres des généraux, nous avons pour celte correspondance active des cavaliers nationaux à notre disposition. Avant que d'arriver dans ses murs, j'étais auprès du général Digonet qui réunissait des forces dans la commune de Beaumont ; maintenant je suis auprès de
(1) Archives de la Mairie de Mamers. 28 vendémiaire an VIII (20 octobre 1799).
vous citoyen général pour y recevoir les ordres que vous pourrez transmettre aux habitants de Mamers.
Il est bon de vous instruire que depuis le 23 thermidor dernier les brigands royaux n'ont cessé de commettre des horreurs aux alentours de Mamers, incendie, assassinat et pillage ont été par eux mis en usage, la garde nationale a toujours fait sur eux des sorties vigoureuses et les a éloignés de son canton. Le 6 fructidor dernier, Charles, l'un de leurs chefs, essaya à la tête de deux cents hommes d'envahir notre territoire, nous fûmes assez heureux de lui livrer un combat dans lequel nous avons perdu un homme et un autre qui fut légèrement blessé ; mais suivant tous les rapports les brigands en perdirent huit et eurent plusieurs blessés. Nous fîmes sur eux une sortie en masse et nous les chassâmes toute la journée à trois lieues de la ville, nous fîmes un prisonnier. Le 16 du même mois les mêmes tombèrent encore sur notre malheureuse contrée ; n'ayant pu obtenir du département de la Sarthe des troupes nous fûmes obligés d'avoir recours à celui de l'Orne qui nous envoya 25 carabiniers et le brave Vincent chef de brigade de la gendarmerie nationale. Les gardes nationales des communes de Mamers, Beaumont, Bonnétable et Belesme, prirent les armes sous les ordres de notre ami Vincent. Mamers attaqua l'ennemi et le mit en pleine déroute, le iorça de se retirer jusqu'à Blois, c'est-à-dire près de 30 lieues, mais il en resta plusieurs à mordre la poussière, toutes les armes et munitions, ainsi que plusieurs prisonniers restèrent en notre pouvoir; vous devez juger combien que nous avons été inquiets sur la prise du Mans, livrés à nos propres forces et n'ayant môme plus de munitions ; les habitants de Mamers chargèrent plusieurs de leurs concitoyens de veiller sur la marche des brigands pour n'être pas surpris par ces derniers.
L'esprit public de nos campagnes est très mauvais, les prêtres et les émigrés y ont fait des prosélites, mais votre présence, celle des braves qui sont sous vos ordres, va ranimer le courage de tous les bons citoyens, qui sans en douter vous aideront de tout leur pouvoir dans vos opérations.
Les habitants de Mamers vous invitent, citoyen général, à ne pas les mettre en oubli, leur correspondance avec les communes d'Alençon, Fresnay, Beaumont, Bonnétable, Bellesmes et Mortagne, les secours mutuels que ces communes se sont portés les unes aux autres ont fait triompher plusieurs fois les armes de la République.
Si ma présence auprès de vous, vous est de quelque utilité, vous pouvez en disposer, si au contraire elle est inutile je vais retourner dans mes foyers.
Recevez, citoyen général, au nom des habitants de Mamers, les assurances de la plus haute estime et de confiance qu'ils ont en vous.
Salut, amitié et fraternité.
Dans son compte-rendu pour le mois de vendémiaire, le commissaire du canton rural de Mamers résume ainsi les effets produits dans les environs de Mamers par l'occupation du Mans : « La situation politique du canton de Mamers est aussi critique que jamais. L'entrée des brigands royaux dans la commune du Mans, les horreurs et les exactions qu'ils y ont commises, ont consterné les républicains de nos contrées et ranimé les folles espérances des ennemis de la patrie. Pendant plusieurs jours la désolation a été à son comble ; les cultivateurs épouvantés abandonnaient de toutes parts leurs demeures pour se réfugier dans les villes dont les habitants, inquiets et sans appui, ne pouvaient leur promettre sûreté et protection. Chacun croyait déjà voir l'ennemi à ses portes, diriger ses poignards sur le
sein des patriotes et des fonctionnaires fidèles Depuis l'arrivée
des colonnes républicaines dans la commune du Mans, les patriotes reprennent courage » i.
A Mamers, l'administration municipale décida de réorganiser normalement ses services le 29 vendémiaire ; en ce jour elle prit un arrêté pour faire déballer les archives et faire reprendre les fonctions aux divers receveurs de la ville « d'après les connaissances sûres qu'elle a acquises que les brigands se sont éloignés de la commune du Mans, et qu'il ne reste plus d'inquiétudes pour la commune » -. Ces nouvelles de la défaite et de la poursuite des Chouans arrivaient cependant à Mamers assez tardivement et sans précision dans les détails, comme le prouve, entre autres exemples, cette lettre du 30 vendémiaire, adressée par la municipalité de Bonnétable à celles de Mamers intra et extra-muros : « Votre citoyen Quelquejeu nous engage à vous dire ce que nous pouvons savoir sur la marche des brigands royaux qui ont souillé la commune du Mans, ainsi que sur la marche des troupes républicaines qui sont à leur poursuite. Nous n'avons rien d'officiel, mais beaucovip des on-dit, auxquels on ne peut guère ajouter foi. Un de ces on-dit, et qui paraît certain, c'est qu'on a arrêté quatre chefs de brigands qui ont été amenés au Mans le 28 courant au soir. Les autres on-dit, qui méritent confirmation, c'est que huit cents brigands ont mis bas les armes, et promis de révéler là où étaient les trésors cachés par leurs chefs, qu'ils ont été surpris près Sillé en
(1) Archives de la Sartlie. L, 230.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 3, n» 1021. 29 vendémiaire an VIII (21 octobre 1799.)
mangeant la soupe et qu'on en a fait une horrible boucherie, enfin qu'on a repris nos canons sur eux ; tout ceci n'est que des on-dit, voilà tout ce que nous savons sur eux » i.
Une lettre de l'administration de Mortagne , datée du 1" brumaire donnait des renseignements plus précis d'après une communication du 29 vendémiaire, envoyée par le département de l'Orne, « informé par le général divisionnaire Rey que les colonnes républicaines, parties du Mans sous les ordres du général Digonet et Gilly, ont rencontré les brigands et les ont battus complètement. On leur a pris une pièce de canon, une charrette chargée d'armes, plusieurs chevaux, entre autres celui d'un chef qui a été tué. Nous n'avons perdu personne, les brigands ont perdu beaucoup de monde ; les uns ont été tués et les autres pour se soustraire au courage de nos troupes se sont noyés ^ ». La même administration écrivait encore le 3 Ijrumaire : « Nous venons d'apprendre par la voie du citoyen Bourgneuf , directeur du jury de notre arrondissement, que les brigands avaient été battus complètement à Laval et que leur perte était de quinze cents hommes, qu'ils auraient éprouvé un second échec, dont on n'avait pas encore les détails 3 ».
Le général Vimeux, dans sa lettre du 28 vendémiaire, avait recommandé prudemment à la municipalité de Mamers de se tenir sur ses gardes, parce qu'il craignait que les Chouans, chassés du Mans, ne se dispersent dans le pays et ne se replient dans les régions de Mamers. Deux jours plus tard les faits lui donnaient raison ; le 27 vendémiaire à trois heures et demie de l'après-midi, Jean Marié, demeurant au moulin de la Fraude, en Saint-Pierre-des-Ormes, rencontrait « sept particuliers dont quatre étaient munis de fusils à deux coups et les trois autres sans armes ; deux d'entre eux ayant un chapeau garni de toile cirée et tous vêtus en bourgeois ». Ils lui demandèrent s'ils étaient loin du Mans, puis à quelle distance ils se trouvaient de Marolles *. Trois autres individus furent i-encontrés le même jour sur
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du commissaire Leclerc. 30 vendémiaire an VIII (22 octobre 1799).
(2) .\rchives de la Mairie de Mamers. Lettre du l«r brumaire an VIII (23 octobre 1799).
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 3 brumaire an VIII (25 octobre 1799.)
(4) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 28 vendémiaire an VIII (20 octobre 1799).
la route d'AIençon, un peu avant la butte de Chaumiton. Cinq individus, se faisant passer pour Chouans, commirent quatre vols dans la commune de Saint-Fulgent durant la nuit du 30 vendémiaire. Le 4 brumaire entre onze heures et minuit, huit brigands armés se présentèrent à la porte du citoyen François La Porte, sabotier, demeurant commune de Villaines-la-Carelle et en requirent l'ouverture au nom de la loi, se disant membres de la colonne mobile, chargée de faire chez lui des perquisitions. Trois d'entre eux entrèrent chez ce patriote épouvanté, le désarmèrent en le traitant de Chouan et de susi^ect *.
De son côté l'administration de Mortagne informait celle de Mamers « qu'un représentant du peuple de la députation de l'Orne les invite à surveiller les passeports des individus qui en sont porteurs. Il observe qu'une lettre de Hambourg du 2 octobre a instruit les conseils que depuis plusieurs mois. Frotté a fait trois à quatre voyages à Mittau, qu'il est retourné dans les départements de l'Ouest pour y organiser une insurrection de Chouans, ce qui répond à ce qui se passe dans la Mayenne et ailleurs. Qu'un nommé Durand, homme de cinquante à soixante ans, à cheveux gris, ayant une balafre au front, s'est rendu dans la Sarthe pour y organiser un soulèvement - ».
La commune de Bonnétable signalait aussi des « rassemblements de brigands qui s'augmentent d'une manière inquiétante dans les cantons de Marolles, Courgains et autres ». Elle propose en conséquence à la commune de Mamers de nommer un commissaire « pour, conjointement avec un de Ballon et un de Bonnétable, se transporter auprès du général Vimeux, à l'eiTet de solliciter pour chacun un cantonnement respectable, et l'engager en outre à faire faire une battue dans les cantons de Marolles et de Courgains à l'etTet de diviser le noyau des royalistes qui s'y rassemblent ». La municipalité de Mamers accepta cette proposition et nomma Guittier pour la représenter auprès de l'autorité militaire. Elle en fit part de suite à Bonnétable ^, en renseignant de plus les administrateurs de cette ville sur les mesures qu'elle a crû devoir prendre déjà contre les Chuoans qui
(1) Archives de la Sarthe, L, 230.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 2 brumaire an VIII (24 octobre 1799).
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 5 brumaire an VIII (27 octobre 1799).
la menaçaient. « Instruits tout comme vous, leur écrit-elle, du projet infâme du scélérat Charles, qui continuellement fait recrues dans les communes de MaroUes et de Courgains, nous avons cru qu'il était de notre prudence de prendre des mesures de sûreté en faisant parcourir les communes, qui composent ces cantons, par notre colonne mobile, afin de leur ôter tous moyens de rassemblement * ». Le commissaire du canton rural de Mamers constatait le même envahissement. « Les Chouans, écrit-il à l'administration centrale du département, infestent plus (jue jamais nos environs, depuis leur retraite du Mans, ils se dispersent dans les campagnes où ils exercent comme auparavant le vol et le brigandage 2 ».
La nomination de Guittier pour commissaire, afin de se rendre au Mans, était longuement motivée dans les pouvoirs qui lui étaient donnés pour se rendre auprès du général Vimeu.x. L'administration y reconnaissait que depuis l'évacuation du Mans par les brigands royaux, ceux-ci se sont disséminés dans plusieurs cantons du département de la Sarthe, où ils savent être ouvertement protégés, pour y opérer un nouveau recrutement et forcer les habitants des campagnes à se lever en masse afin de ravager les grandes communes et notamment celle de Mamers « contre laquelle ils ont juré une haine éternelle ». Elle constatait aussi « que le nommé Charles, se qualifiant de commandant dans le Haut-Maine, a établi son quartier-général dans les cantons de Marolles et de Courgains, où il fait une recrue considérable , qui annonce une invasion prochaine pour la commune
de Mamers Ce même chef de brigands s'est flatté d'exercer sa
vengeance sur les habitants de Mamers qui avaient eu le courage de le combattre dans les journées des 6, 16 et 17 fructidor dernier,
lors de l'attaque d'Ailliéres et celle de Marolles Ce même brigand,
dont la férocité n'offre pas d'exemple, a su terroriser les citoyens des cantons précités, jusqu'au point qu'il les met à contribution, et qu'il y exerce son autorité sans rencontrer d'obstacles, qu'il dispose à son gré des hommes, de leur fortune et de leurs armes ». S'appuyant sur l'exemple de la ville du Mans surprise dernièrement sans moyens de défense , l'administration de Mamers craint pour elle que ces mêmes brigands tentent de l'envahir « sous la persuasion qu'ils y
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 3, n" 1028. 5 brumaire an VIII (27 octobre 1799).
(2) Archives de la Sarthe, L, 230. 5 brumaire an VIII.
seraient accueillis, ou plutôt qu'étant en force ils ne manqueraient pas de réussir dans leur infâme projet ».
Pour diminuer les ressources des brigands qui disposent maintenant à leur gré des cantons de Marolles et de Courgains, il est donc nécessaire de procéder à un désarmement général de ces cantons, en exceptant toutefois les communes de Saint-Aignan et de Mézières « qui jusqu'ici n'ont cessé de se mettre en mesure contre les égorgeurs ». Ce désarmement est d'autant plus nécessaire que les fusils disséminés entre les mains d'un grand nombre de personnes appartiennent pour la majeure partie à la République, « qu'ils sont nuls entre leurs mains et qu'on pourrait s'en servir utilement, tandis qu'ils sont à la disposition des brigands royaux » , alors que dans la commune de Mamers « animée d'un patriotisme pur, dont les habitants sont bien décidés, comme ils l'ont déjà fait, à se mesui'er avec les monstres qui veulent renverser la République, il est constant que plus de cinq cents citoyens sont sans armes, que ceux qui en peuvent avoir sont sans munitions, n'en ayant point à leur offrir ». Pour tous ces motifs Guittier était chargé de demander des secours et de réclamer les deux pièces de canon en fonte qui appartiennent aux habitants de Mamers, « qui les ont payés de leurs propres deniers, et qui ont été déposés dans l'arsenal du Mans lors de la première chouannerie < ».
La démarche de Guittier n'obtint pas tout le résultat que l'on espérait. Il ne trouva que le commandant de place de la commune du Mans, qui remplaçait le général. Le commandant répondit à sa requête « qu'il était au désespoir de ne pouvoir satisfaire pour le moment à ses réquisitions, qu'il avait à peine des troupes suffisantes pour garantir la dite commune du Mans de la rentrée des brigands, qui ne s'éloignaient pas de cette commune ; qu'il ne pouvait pas davantage lui procurer de munitions, puisque les mêmes brigands les avaient totalement enlevées du magasin militaire ; qu'il ne pouvait pas plus disposer des canons, le citoyen général étant absent ; que d'ailleurs ces mêmes canons étaient démontés et ne pouvaient plus être pour le moment présent d'aucune utilité ». Guittier obtint cependant de l'administration centrale l'autorisation de faire une battue générale, pour dissiper les brigands, pour les arrêter avec ceux qui
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n« 368. 5 brumaire an VIII (27 obtobre 1799).
leur donnent asile et protection, ainsi que tous les suspects. Tous les habitants des campagnes avaient été désarmés « afin d'ôter aux dits brigands la liberté de les désarmer eux-mêmes, ce qui ne ferait que leur donner d'autant plus de force ' ».
Les trois délégués des municipalités des cantons de Bonnétable, de Ballon et de Mamers, ne se contentèrent pas de leur démarche auprès du général Vimeux, ils s'adressèrent également à l'administration centrale du département de la Sarthe, pour en obtenir des secours. Dans sa séance du 7 brumaire (29 octobre), l'administration centrale prit en considération la demande collective que lui avaient adressée ces trois municipalités, afin d'obtenir l'autorisation nécessaire pour exécuter des battues générales dans leurs arrondissements, « à l'effet d'en expulser les brigands, de faire des fouilles dans les maisons soupçonnées de leur servir de retraite, mettre en arrestation les personnes notoirement connues pour favoriser leurs complots et leur donner azile , enfin enlever les armes chez les particuliers qui pourraient en faire mauvais usage, ou qui seraient disposés à les laisser enlever par les ennemis ».
Elle prit un arrêté, avec des considérants flatteurs pour les hal)itants de ces communes - :
Considérant que les cantons de Mamers, Bonnétable et Ballon sont particulièrement menacés par une horde de brigands organisée dans les cantons de Marolles et Courgains et dont tous les projets semblent annoncer l'invasion prochaine des chefs-lieux de ces diiïérents arrondissements.
Considérant que le petit nombre de troupes stationnées dans ce département met cette administration centrale dans l'impossibilité de faire usage des moyens qui seraient nécessaires pour opérer efficacement la répression du brigandage et le rétablissement de l'ordre.
Considérant qu'à défaut des secours prompts et réels qui ne sont pas à sa disposition, il est de son devoir de ne négliger aucune des mesures qui peuvent être en son pouvoir, pour sauver ses concitoyens des horreurs de la guerre civile.
Considérant que les habitants desd. cantons de Mamers, Bonnétable et Ballon ont maintes fois fait preuve de leurs bonnes dispositions, de leur zèle pour le maintien de la tranquillité, et de leur courage pour repousser les ennemis de l'intérieur.
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M. 8 brumaire an VIII (30 oc- ^—^ tobrc 1799).
^B (2) Archives de la Sarthe. L, 83, folio 162. 7 brumaire an VIII (29 octobre 1799).
Arrête :
Art. i"''. — Les administrations municipales des cantons de Mamers, Bonnétable et Ballon sont autorisées à se concerter entre elles à l'elTet de réunir et tenir en état d'activité permanente, une portion de leurs gardes nationales et colonnes mobiles respectives destinées à faire des battues générales dans leurs arrondissements et dans ceux de Marolles, Courgains et autres limitrophes également menacées par les rebelles.
2. — Les détachements desd. gardes nationales feront dans le cours de leurs opérations toutes visites et fouilles nécessaires tendantes à découvrir et mettre en état d'arrestation tous les individus notoirement connus pour faire partie des bandes de brigands, pour avoir des liaisons criminelles avec eu.x, ou leur donner asile et séquestrer les armes et munitions dans les maisons où elles seraient inutiles où dangereuses, et les déposer au greffe de l'administration municipale dont le chef-lieu offre à cet égard de plus grands motifs de sécurité.
3. — Lesdites administrations municipales de Mamers, Bonnétable et Ballon, nommeront de concert les chefs de cette force armée, ainsi qu'un ou plusieurs commissaires civils auprès d'elle, lesquels seront chargés d'entretenir une correspondance active avec les autorités constituées , de leur rendre compte des résultats successifs
5. — Les individus arrêtés en vertu de l'art. 2, ci-dessus, seront sur le champ transféré en bonne et sûre escorte dans la maison d'arrêt de l'évêché au Mans, il en sera de suite donné connaissance à l'administration centrale pour que celle-ci prenne telles mesures que de raison
En terminant cet arrêté l'administration centrale de la Sarthe décidait que ces dispositions étaient applicables aux communes de La Flèche, Sablé, Le Lude, Saint-Calais , Château-du-Loir , La Ferlé- Bernard, Fresnay, Sillé, Lucé et autres qui « se sentiraient assez d'énergie pour se suffire à elles-mêmes en attendant des secours étrangers ».
Munie de ces pouvoirs, l'administration municipale de Mamers se décida à agir immédiatement. Elle se déclara « permanente jour et nuit, considérant que les dangers augmentent de jour en jour », et elle s'adjoignit un conseil composé de douze membres et d'un président, pour couvrir sa responsabilité « considérant que les autorités publiques ont plus à craindre des brigands que qui que ce soit ».
Dans une séance secrète tenue le 9 brumaire, elle résolut de faire une battue, mais auparavant elle chercha à obtenir le concours du département de l'Orne, parce que la ville de Mamers se trouve encla-
LES INSURGÉS ROYALISTES. LA CtlOUANNERIE 209
vée dans ce département, entre Alençon et Bellesmc ; à cet effet elle nomma un commissaire. Léger, qui devait se transporter à Alençon, dès le lendemain matin, pour « engager l'administration centrale de l'Orne à aider, de tous les moj'ens qui sont en son pouvoir, les républicains de Mamers, dans les mesures qui vont être prises pour, dans une battue générale, détruire les brigands qui infestent ces contrées.... Il sollicitera également des secours en hommes et en munitions dont la ville de Mamers a le plus grand besoin , tels que de cartouches, poudres et pierres à fusil de calibre ».
Le même jour elle désignait des commissaires pour accompagner les troupes dans cette battue générale, tinrent ainsi nommés Guittier, administrateur de la commune de Mamers et Hayot, pour les cantons de Mamers extra-muros, Marolles et Courgains ; Triger, administrateur de la commune de Mamers, et Pérou, commissaire du directoire exécutif prés ladministration rurale de Mamers, pour les communes de Vezot, Saint-Rémy-du-Plain , Les Mées, Saosnes, Courgains et Thoigné ; Hlondeau-Duclos, commissaire du directoire exécutif près l'administration de Courgains, et Rocher, capitaine des grenadiers, pour Saint-Uémy-des-Monts, Saint-Vincent-des-Prés, Moncé, Avesnes et Marolles ; Lair, médecin , et Robin , brigadier de gendarmerie , pour Montrenault, Pizieux, Saint-Calais, Monhoudou et Courgains*.
La battue générale fut fixée au 12 brumaire, et des exprés furent envoyés le 11 au soir à Bonnétable, Saint-Cosme, Courgains, Marolles, Ballon, Bcaumont, Fresnay, La F'resnaye, La Perrière et Bellesme, avec un pa([uet adressé à chaque administration de ces communes « pour les engager à satisfaire tant audit arrêté qu'aux renseignements ». Le 10 brumaire une lettre avait été adressée aux commissaires des cantons de Saint-Cosme et de Nogent-le-Bernard, pour leur demander le concours de leurs administrations. Nogent-le-Bernard devait envoyer sa colonne à Rouperroux, Saint-Cosme dirigeait la sienne sur Moncé, à cinq heures tlu matin, pour couper le passage aux brigands et j)révenir leur retraite sur les forêts de Bonnétable et de Goyette.
Les administrations étaient chargées non seulement de rechercher les brigands et de désarmer les habitants des communes, mais aussi d'opérer « des visites domiciliaires chez les particuliers dont la réputation scandaleuse envers la République, annonce de leur part le
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M, n» 372. 9 brumaire an VIII (31 octobre 1799).
sentiment de son anéantissement en faveur de la Royauté, et le concert qui existe entre eux et les brigands de toutes les couleurs » K
La marche de la colonne de Saint-Cosme ne put avoir lieu. La garde nationale avait été requise, pour le 12 à trois heures du matin, pour répondre à la convocation de Mamcrs transmise par le commissaire du canton de Saint-Cosme. Lorsque RouUier, le commandant de la garde nationale de Saint-Cosme, se présenta à l'heure fixée, il ne trouva que vingt-cinq à trente hommes arrivés, et ceux-ci refusèrent de marcher, parce qu'ils ne se trouvaient pas assez nombreux. Ils devaient se rendre à Moncé et aux bois d'Avesnes pour coopérer, avec les colonnes mobiles de Mamers, de Bonnétable et de Nogent, à l'expulsion des brigands. Le commandant attendit longtemps la venue des autres gardes nationaux, mais en vain ; il fit alors battre la générale à neuf heures du matin, ce nouvel appel ne fut pas davantage écouté. Cependant vers dix heures survinrent quatre-vingts jeunes gens de la campagne qui avaient été précédemment appelés pour fournir le contingent de la colonne mobile soldée. Ils avaient parmi eux « Tascher fils comme conscriptionnaire et le citoyen Tascher père comme spectateur sans doute. Les jeunes gens demandent fort audacieusement à nommer au scrutin les membres à fournir à la compagnie de la colonne mobile soldée ». L'adjoint s'oppose au tirage, ce refus détermine un tumulte indescriptible. On sonne la cloche, on bat la générale ; la garde nationale se rassemble, les jeunes gens se précipitent au-devant d'elle et veulent la désarmer, quand survient la colonne mobile de Bellesme qui, répondant à l'appel qu'elle avait reçu de Mamei's, passait par Saint-Cosme pour prendre part à la battue générale. Ayant entendu battre la générale elle arrive au pas de charge et met en fuite les jeunes révoltés *.
Toutes les colonnes des autres communes répondirent exactement à l'appel ; celle de Saint-Cosme seule avait fait défaut. Les commissaires civils nommés par l'administration de Mamers purent fonctionner régulièrement le 12 brumaire, comme le constatent leurs procèsverbaux .
La colonne de Nogent garda constamment les défilés de Rou-
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 3, n» 1033. 10 brumaire an VIII (lor novembre 1799).
(2) Archives de la Mairie de Saint-Cosme. Registre des délibérations, 12 brumaire an VIII (3 novembre 1799).
perroux qui aboutissent aux forêts de Bonnétable et de Goyette. La colonne de Bellesnie parcourut Saint-Fulgcnt , Moncé, Saint-Pierredes-Ormcs, les bois d'Avesnes, puis se rendit à Saint-Cosme où elle fut chargée « de ramasser Tascher père et fils ». N'ayant pas voulu rétrograder sur Mainers, elle les emmena prisonniers à Bellesme.
Les commissaires Mathurin Guittier et Jean Hayot se transpoi*tèrent d'abord à Commerveil. L'agent national Régnier leur ayant assuré « qu'il n'existe aucuns brigands dans la commune de Commerveil » leurs perquisitions chez les particuliers n'eurent pour but que la recherche des armes ; dix fusils de chasse et un fusil de munition furent saisis et enlevés. Au village de Biars en Courgains, ils ne découvrirent qu'un seul fusil simple « appartenant au citoyen Dallier, demeurant dans le ci-devant château ».
Après s'être transportés dans la commune de Monhoudou ils furent instruits « que tous les jours précédents et la nuit dernière les brigands au nombre de trente à quarante avaient parcouru cette commune et mis quelques citoyens à contribution, qu'ils avaient monté la garde au-devant de la cour du domicile de l'agent national, qu'ils avaient plusieurs fois menacé de le fusiller, que lesdits bingands étaient ariués de fusils, sabres et pistolets, ayant des cocardes blanches et plusieurs d'entre eux des plumets blancs ; qu'à l'ordinaire ces monstres se réfugièrent chez les différents fermiers de l'ex-noble Boycr, ci-devant seigneur de ladite commune de Monhoudou, et plus particulièrement chez les nommés Grouas frères, leurs fermiers à la terre du Pigeonnier et à celle de la Vieille-Cour. »
D'après ces renseignements il fut décidé que la force armée cernerait les bâtiments de ces deux terres pour y faire des perquisitions ; « mais aussitôt que les républicains ont paru dans les cours, les Chouans sont sortis en foule des maisons et granges desdits lieux du Pigeonnier et de la Vieille-Cour, occupés par lesdits Grouas frères, étant armés, et l'un d'eux a paru être le chef; il avait un plumet blanc à son chapeau. A l'instant du cri Qui Vive ! lesdits brigands ont pris la fuite sans vouloir répondre et se sont ralliés dans une pièce de teri-e au-dessous de la cour dudit lieu de la Vieille-Cour. Mais lorsqu'ils ont vu que notre force armée cherchait à les cerner, ils se sont dispersés et ont pris la fuite au ti-avers des champs. Les réoublicains, animés du désir de les atteindre , les ont vivement
tiivis au bruit de la mousqueterie et cinq de ces républicains,
qui sont les citoyens Marin Prou, Jullien Grosse, Jacques Berlliaux, André Besnard et Lécureuil , sont parvenus à arrêter celui qu'on avait remarqué avoir un plumet blanc avec un autre brigand, qu'ils ont amené devant l'agent municipal de la commune de Monboudou.
» Tandis que les républicains poursuivaient les brigands, d'autres d'après nos ordres ont fait des rechercbes dans les maisons et bâtiments des lieux du Pigeonnier et de la Vieille-Cour, desquelles, il résulte que le nommé Louis Roullée, de la commune de Courgains, a été trouvé au-devant de la porte dudit Grouas fermier de la Vieille- Cour, paraissant très ému et inquiet. Nous observons que ledit Grouas a chercbé tous les moyens de fuir par les derrières de ses bâtiments, mais ayant été aperçu, la force armée s'en est emparée ainsi que de Louis Roullée. »
Les recherches continuées dans les bâtiments de la ferme du Pigeonnier amenèrent la découverte « d'un particulier qui a dit se nommer Jean Laridon et demeurer depuis quelques mois chez ledit Grouas. Ce particulier était ceint d'une ceinture propre à conserver des cartouches ». Il fut arrêté ainsi que Grouas fermier du Pigeonnier.
Les troupes se rallièrent ensuite au bourg de Monboudou, et les deux brigands arrêtés à la Vieille-Cour furent amenés au domicile de l'agent municipal et interrogés. L'un d'eux déclara se nommer « François Esterne et être garçon cultivateur ». Il avait un gilet l'ouge et avait été vu décoré d'un plumet blanc, sortant de la maison de Grouas avec plusieurs autres brigands. « Ce scélérat en était le chef, il était armé, mais ayant beaucoup d'espace de terrain, il avait trouvé le moyen de cacher ses armes et son plumet. L'ayant fouillé ils n'avaient trouvé aucun passeport ni papier, seulement une somme de
neuf francs et trois petits liards Ce brigand était accompagné
d'un autre brigand nommé Joseph Moulin, garçon, demeurant chez son frère au lieu de la Ruellière, commune de Marolles. Tous deux ont nié se connaître ; l'un et l'autre interrogés sur le fait de savoir s'ils faisaient partie des brigands, ont méconnu, et ledit Esterne a déclaré venir du Petit-Nogent et ne pas savoir les noms de ceux chez qui il a demeuré et chez qui il demeure maintenant. »
A deux heures de l'après-midi, après s'être assurées des six prisonniers, les troupes continuèrent leurs opérations et se transportèrent successivement au lieu du Teil en Courgains, à la terre de la Marmerde, au village de la Ruellière et à Pré-Robert : ces diverses
LES INSURGES ROYALISTES. LA CHOUANNERIE i213
recherches ne produisirent que la découverte d'un seul fusil qui fut enlevé. Mais en arrivant à Pré-Robert elles aperçurent sur la hauteur « une colonne à laquelle elles firent des signaux, sans recevoir de réponse, ce qui leur a fait présumer que c'étaient les brigands qui avaient opéré leur ralliement. En conséquence en voyant leurs mouvements qui avaient pour but d'aller les attaquer et de les cerner, les brigands ont pris la fuite et se sont dispersés du côté de Dangeul et de Thoigné ».
Le fermier de la Brosse en Courgains, nommé Morel et « beaufrère du brigand Charles, l'un des assassins de Fouasnon », soupçonné d'avoir donné asile à ces brigands, fut arrêté quoiqu'on n'eut pas trouvé d'armes à son domicile, à l'exception d'un sabre sans fourreau qui fut saisi.
Vers quatre heures la troupe arriva exténuée de fatigues , au bourg de Marolles, point fixé pour la concentration des diverses colonnes. Les commissaires après avoir exhibé leurs pouvoirs à l'administration de Marolles l'invitèrent « de pourvoir aux besoins de la troupe et à ceux des prisonniers, tant en vivres que logement, ce qui a été exécuté, mais avec beaucoup de répugnance de la part de l'agent municipal de Marolles ».
Quand la troupe voulut se retirer, vers cinq heures, pour regagner Mamers, il se produisit un incident tout à fait imprévu ; le concierge de la maison d'arrêt du canton de Marolles refusa de rendre les six prisonniers que la colonne de Mamers lui avait remis ; l'agent municipal Chardon lui en avait fait défense parce que les prisonniers ari'étés sur le canton de Marolles devaient être interrogés par le juge de paix du même canton. Mais Guittier ne céda pas et reprit ses prisonniei-s « considérant que ces prisonniers sont arrêtés comme brigands ou comme receleurs de brigands, en conformité de Tyrrêté du département et ({u'ils doivent être transférés dans les prisons de l'évêché du Mans ».
La troupe rentra à Mamers, avec ses prisonniers et ses commissaires, à dix heures et demie du soir '.
Une autre colonne était partie le même jour de Mamers, à six heures du matin ; dirigée par les commissaires Triger et Pérou, elle se composait de la première division de la colonne mobile soldée et de
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Rapport des commissaires Guittier et Hayot. 12 brumaire an VIII (3 novembre 1799).
la compagnie de canonniers, auxquelles se réunirent le capitaine et vingt-cinq hommes de la colonne mobile du canton rural de Mamers. Ils se rendirent directement à Vezot où, après avoir cerné le Ijourg, ils « fouillèrent de concert avec l'agent municipal, auquel ils ont exhibé leurs pouvoirs, toutes les maisons qui leur avaient été désignées comme dangei'euses ou comme recelant des armes et munitions ».
Ils arrêtèrent un ferreur de chanvre, Gaigneau , natif de Lassay (Mayenne) domicilié à Vezot ; cet individu avait été désigné « par la voix publique comme agent et fauteur des brigands, ce qui était d'autant plus présumable, qu'il s'absentait fréquemment et qu'il habitait la maison de Julien Poussier, aussi ferreur de chanvre, notoirement connu pour faire partie des bandes des rebelles. »
Deux cultivateurs, François Bcaufrère et Nicolas Louvel, furent désarmés de leui's fusils de chasse.
De Vezot les commissaires se rendirent à Saint-Rémy-du-Plain qu'ils firent également cerner par leur troupe , requirent l'agent municipal de leur désigner les maisons à désarmer. Mais personne ne fut arrêté dans cette commune, sur la déclaration de l'agent « qu'il n'y connaissait aucuns brigands ni autres ennemis pu])lics ». Le désarmement de la commune de Saint-Hémy produisit vingt-six fusils et trois sabres. Il se fit sans aucune difficulté et les commissaires civils « se plaisent à reconnaître les bonnes dispositions des habitants de Saint- Rémy-du-Plain, qui sont presque tous venus librement déposer leurs armes, en déclarant qu'ils préféraient les confier aux républicains, que de les laisser enlever par les Chouans ».
Après avoir fait donner « le rafraîchissement » à la troupe, les commissaires se portèrent sur la métairie du Bas-Ballon , située commune des Mées, cernèrent les bâtiments et désarmèrent le cultivateur Tjson, qui l'habitait ; ils lui enlevèrent un fusil avec sa baïonnette, et un sabre briquet avec son fourreau et son baudrier ; malgré une visite scrupuleuse ils ne purent trouver d'autres armes ni d'autres munitions.
Ils visitèrent ensuite le moulin de Guéchaussée, situé commune de Sonnes ; le meunier Nicolas Auhert leur remit volontairement deux fusils doubles « qu'il avait cachés dans l'espoir de les soustraire aux brigands ». Au bourg de Sonnes, l'agent Champroux remit trois fusils simples que la municipalité de Courgains lui avait procurés pour armer la gai'de nationale. Les recherches dans les maisons de Sonnes ne donnèrent qu'un seul fusil chez Cabaret.
A six heures du soir la colonne partit pour Courgains ; en arrivant près du bourg « lavant-garde entendit crier sur elle : Qui Vive ? elle a avancé et elle a vu quatre hommes s'enfuir dans la campagne, qui ne pouvaient être que des brigands postés dans cet endroit. Les mauvais chemins et l'obscurité empêchèrent de les poursuivre ».
Les commissaires Triger et Pérou en arrivant à Courgains y trouvèrent une autre colonne républicaine sous la direction des commissaires Lair et Roliin, qui avaient établi deux postes aux entrées du bourg. Après avoir fait distribuer des vivres à leurs troupes les commissaires les tirent rentrer dans leurs logements en leur recommandant « de ne pas se déshabiller, mais de se tenir prêts à marcher au premier coup de tambour ».
Le lendemain, 13 brumaire, les quatre commissaires divisèrent les troupes en deux colonnes, quittèrent Courgains et se dirigèrent, par deux directions différentes, sur Thoigné où les Chouans avaient paru les jours précédents et désarmé plusieurs particuliers. Après avoir cerné le bourg et fouillé infructueusement plusieurs maisons, ils se rendirent à la Rivallerie où Pierre (Miamproux leur remit librement un fusil simple de chasse, puis ils arrêtèrent René Romet, cultivateur à la Tourillerie, et Jean Maine, cultivateur à Planche « tous deux prévenus de favoriser les complots des brigands et de leur donner asile ».
Après avoir fait rafraîchir la troupe, les deux colonnes rentrèrent dans le bourg de Courgains, fouillèrent toutes les maisons pour découvrir et arrêter les individus signalés comme dangereux ; mais elles ne purent en découvrir aucun; « tous étaient cachés ou absents, les monstres » ! Le désarmement de Courgains produisit treize fusils simples et deux sabres en mauvais état.
Les deux colonnes rentrèrent le soir à Mamers avec cinquantesix fusils saisis et huit sabres : elles ramenaient aussi avec elles cinq prisonniers, Romet et Maisne, de Thoigné, auxquels on avait réuni Jacques Legendre et François Poisson, de Saint-Calais, et Louis Charles, de Courgains. Ces derniers avaient été arrêtés par les commissaires Lair et Rol)in, parce que « leurs maisons passent pour le repaire des hordes brigandes, ([ui portent le trouble et la désolation sur le territoire. Louis Charles n'a été conduit avec eux que par la conformité de nom (du scélérat Charles) secrétaire de la justice de paix du canton de Courgains, et qu'aussi il est son frère ».
yi6 MAMERS DURANT LA RÉVOLUTION
Charles, greffier du juge de paix de Courgains, avait été arrêté à Mamers le 8 brumaire, jour de marché, par la garde nationale, mais il avait réussi à s'évader, ainsi qu'il s'empressa de le raconter aux administrateurs municipaux du canton de Courgains, par une lettre qu'il leur adressa de Saint-Calais le 11 brumaire. Après avoir dépeint son arrestation, il ajoutait : « On m'a d'abord consigné au poste de la Visitation, où j'ai resté une demi-heure, et ensuite on m'a conduit dans une des caves de cette maison, sans m'avoir ni écroué, ni notifié aucun mandat d'arrêt ou oidonnance qui autorise mon incarcération.... Ainsi arrêté et détenu aussi illégalement, quoique fort de ma conscience et de mes principes républicains, comme je craignais que ma réclusion fut prolongée, et que le séjour d'une cave est contraire à ma santé et à mon état de faiblesse, j'ai trouvé moj'en de sortir et me suis rendu
dans mes foyers où je suis maintenant * » C'est là en effet que
la colonne de Mamers venait de l'arrêter.
« Les commissaires civils avaient appris dans leurs routes que chaque jour les brigands circulent librement dans les cantons de Courgains, Marolles et autres limitrophes, que partout ils se présentent avec audace et que les habitants des campagnes n'ont ni le courage , ni la force de s'opposer à leurs invasions.
» Le onze de ce mois quatre Chouans seulement ont désarmé dans la commune des Mées, en plein midi, l'agent municipal et le capitaine de la garde nationale. De ce nombre étaient Perronis ou Berruris, Matiaire le jeune, tous deux de Saint-Calais, et Jousselin, domestique chez Maisne, cultivateur à Planche, commune de Thoigné.
» Pendant le séjour de la force armée dans le canton de Courgains les brigands se portaient sur les hauteurs pour examiner les mouvements et donner à l'approche de la troupe le signal de la fuite ^ ».
Les commissaires Blondeau-Duclos et Rocher, accompagnés d'un détachement de gardes nationales, parcoururent les communes de Saint-Rémy-des-Monts , de Saint-Vincent, de Moncé et d'Avesnes , puis se rendirent à MaroUes-les-Braux. Dans les quatre premières communes ils saisirent dix-sept fusils ; à Marolles ils n'en trouvèrent aucun. Mais ils arrêtèrent « par mesure de sûreté le nommé Mallard,
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 11 brumaire an VIII (2 novembre 1799).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Rapport des 12 et 13 brumaire an VIII (3 et 4 novembre 1799).
lequel a été conduit dans le jour es prisons de Mamers par ordre de l'administration municipale de cette commune < ».
La commune de Neufchàtel, répondant à l'invitation que lui avait faite l'administration de Mamers, avait aussi envoyé une colonne mobile, avec des commissaires et des gendarmes d'Alençon, pour appuyer les colonnes de Mamers dans leurs recherches des Chouans. Ces commissaires se rendirent d'abord dans la commune du Val où ils ne trouvèrent rien de particulier ; de là ils marchèrent sur le château de Louvigny qu'ils cernèrent. « Ils virent alors s'échapper un jeune homme armé d'un fusil double, nommé Antoine Rousseau, qui avait un passeport mais sans port d'armes, et son frère Ambroise Rousseau, aussi résidant au château ; ils se sont dits les neveux du citoyen Renard et les cousins du citoyen Yalbray, le premier étant arrivé la veille et le second depuis trois ou quatre jours avant ». Ils les arrêtèrent ; les perquisitions dans le château ne produisirent rien autre de particulier.
En se dirigeant sur Ancinnes ils traversèrent le hameau d'Ancinnettes où ils avaient ordre d'arrêter une veuve Louatron et de fouiller chez elle ; après avoir rempli leur mandat ils cernèrent la ferme de Cartonfière. A leur vue « un domestique s'est retiré en l'écurie, le fils de la maison en une étable et une /emme inconnue dans le jardin oîi faisant plusieurs tours elle déposa deux registres au l)icd d'un prunier sous des pois ». Ces registres furent saisis ainsi qu'un corporal et deux purificatoires. Les fouilles qui furent continuées amenèrent la découverte dans l'écurie, d'une « poche contenant une chasul)le, une étole, un manipule, un voile, une bourse, une grande boîte de fer blanc en laquelle il y avait des hosties ; dans létable on a trouvé sous un lit et en la paille un livre intitulé Le Missionnaire catholique, enfin une autre boîte de fer blanc contenant les saintes huiles ». Cette découverte décida l'arrestation de cette femme et de la veuve Hupier -.
Ainsi se termina cette grande battue organisée avec tant de soin ])ar la municipalité de Mamers, et qui ne produisit pas les résultats que l'on en espérait. Le commissaire Pérou dans son rapport a
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Rapport des 12 et 13 brumaire an VIII (3 et 4 novembre 1799).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Rapport des commissaires de Neufchàtel du 12 brumaire an VIII (3 novembre 1799).
développé les véritables causes de cet insuccès ; après avoir relaté que les Chouans, placés sur les hauteurs surveillaient tous les mouvements des colonnes en marche pour les surprendre, il ajoute : « Dans un très grand nombre de communes les rebelles ont des émissaires chargés d'y souffler le feu de la révolte , de séduire et de recruter les
réquisitionnaires, les conscrits et les anciens chouans L'esprit
de liberté est totalement anéanti dans les campagnes .... Les citoyens y affichent l'indifférence la plus coupable pour les dangers de leur pays. »
Le même commissaire toutefois s'empresse de reconnaître la bonne conduite des citoyens armés de Mamers. « Les mauvais chemins, la imit la plus obscure, la pluie, tout conspirait contre eux. Rien n'a pu rallentir leur marche, lis ont bravé la faim, la fatigue et le temps le plus affreux. Partout ils ont disputé de zèle , de dévouement et de courage. Les chefs militaii'es et les gendarmes ont mis la plus grande activité à exécuter les ordres qui leur étaient transmis * )j.
L'administration centrale de la Sarthe félicite cependant la municipalité de Mamers « des visites et perquisitions effectuées sur sa réquisition par sa force armée, à l'effet de découvrir les brigands et assassins qui désolent la contrée. Elle applaudit bien sincèrement au zèle qui a dicté cette mesure ». Elle remarque surtout la capture des deux femmes, qu'elle réclame de suite pour les enfermer dans les prisons du Mans.
Mais ce dernier ordre ne put être exécuté de suite. La battue n'avait point débarrassé le pays des incursions des Chouans ; ils y paraissaient au contraire de jour en jour plus nombreux. ,
Pendant que les gardes nationales faisaient des battues, le 12 brumaire, des Chouans se présentaient à Livet au domicile du citoyen Marchand « où ils l'ont battu et abîmé, et fait contribuer de soixantedouze francs "^ ».
La municipalité de Mamers qui ne recevait point de renforts de troupes s'alarmait de plus en plus ; elle craignait de voir arriver à chaque instant une bande de Chouans, pour délivrer leurs compagnons qui étaient enfermés dans les prisons de Mamers.
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Rapport du commissaire Pérou. 12 brumaire an VIII (3 novembre 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 267. 10 messidor an VIII (29 juin 1800).
Le 15 brumaire elle se décida à envoyer au Mans les « individus qui avaient été arrêtés comme notoirement connus faisant partie des hordes de brigands, et d'autres comme les protégeant et leur donnant asile » et elle informa l'administration départementale qu'elle voulait les faire partir le 20 l)rumaire ; à cet eiîet elle lui demandait une escorte de secours : « Comme nous avons été instruits, écrivait-elle, qu'un grand nombre de ces brigands se proposent de spolier nos prisonniers, nous vous faisons part de leur départ afin que vous vouliez bien nous envoyer pour le 19 une forte escorte pour renforcer celle que nous donnerons, afin d'éviter toute expoliation. Mamers étant toujours en crainte nous ne pouvons les faire escorter que jusqu'à Bonnétable, de manière que notre escorte se rende le même jour à Mamers < ». Mais ce projet n'eut pas de suite.
Le 16 brumaire la municipalité de Saint-Cosme la faisait prévenir que son commissaire venant du Mans « avait la certitude que les Chouans devaient se porter sur Mamers pour délivrer les prisonniers ». Elle avait déjà été informée « que sur plusieurs points les brigands royaux se rallient des forces pour se porter sur la commune de Mamers afin d'y exercer leur l)rigandage et ouvrir les prisons à leuis
criminels, que depuis deux ou trois jours ces scélérats, qui ont
été informés que les prisonniers devaient être conduits dans l'évêché du Mans, ont établi des postes sur la route de Bonnétable au Mans, tendant à s'emparer des prisonniers et les soustraire au glaive de la loi, .... que Icsdits brigands ont réellement médité le projet de se rendre dans la commune de Mamers, d'y exercer toute espèce de
pillage et d'y égorger les républicains » Tous ces bruits étaient
fondés, la route du Mans à Bonnétable était occupée par les Chouans qui interceptaient toute circulation; leur présence avait été démontrée par l'as-sassinat de plusieurs hal)itants de la région et notamment par celui de Plady fils, aul)ergiste à Saint-Cosme. De plus « un nombre infini de gens des communes circonvoisines se proposaient de se rendre sur le passage des détenus pour les expolier - ».
Pour mettre ses prisonniers à l'abri d'un coup de main , et ne pouvant les conduire à l'évêché du Mans, l'administration de Mamers
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre 3, n'j 1036. 15 brumaire an VIII (6 novembre 1799).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M. 17 brumaire an VIII (8 novembre 1799).
décida de les diriger sur Alençon ; le 16 brumaire à onze heures du soir, elle écrivit à leur sujet à l'administration municipale d'Alençon : « Toujours mémoratifs des services multiples que vous avez rendus à la commune de Mamers, et desquels elle ne cessera d'être reconnaissante, nous avons cru, citoyens collègues, qu'il était de l'intérêt de la Société de faire fder sur votre commune les dix-huit brigands qui sont ici. Nous en avisons votre administration centrale que nous invitons de vouloir bien envoyer des forces militaires au-devant de nous jusqu'au Neufchâtel, demain matin à cinq heures précises ». Quelques autres détenus furent ajoutés aux dix-huit qui avaient été arrêtés dans la battue, car le détachement de soixante hommes qui partit le lendemain de Mamers avec un commissaire, Jacques Chesnais, escorta vingt-trois pi'isonniers ; ceux-ci, arrivés à Alençon le 17, furent dirigés dès le lendemain sur Le Mans par le général Guidai ; ils furent escortés jusqu'à Beaumont par la garde nationale de Neufchâtel et cinquante hommes de troupes de ligne. L'administration centrale de la Sarthe avait fait le nécessaire pour l'escorte de Beaumont au Mans. Cet envoi de prisonniers se trouva encore probablement grossi à Alençon , car le commissaire Chesnais rapporta à Mamers un récépissé en décharge ainsi conçu : « Reçu du citoyen Chesnais, commissaire civil, le nombre de vingt-neuf prisonniers, dont trois femmes , desquels six ne sont point sur la liste qu'il m'a remise , et ledit citoyen Chesnais demeure déchargé desdits prisonniers par le présent. Beaumont ce 18 brumaire an VIII de la République française. P. Gougeon ' ».
Voici les noms des prisonniers qui étaient portés sur la liste : * Jean Laridon, arrêté à Monhoudou, prévenu d'être chouan, Jacques Grouas, François-Alexandre Grouas, François Poisson, tous trois de la commune de Monhoudou , prévenus d'être protecteurs de chouans ; René Romet et Jean Maine, de Thoigné, piévenus d'être protecteurs de brigands, Jean Mallard, de MaroUes, protecteur de brigands ; Pierre Gaigneau , ferreur de chanvre , arrêté à Vezot , prévenu d'être brigand; Fi-ançois Esterne, arrêté à Monhoudou, déserteur de la 28ni« demi-lnigade, chef de brigands ; Joseph Moulin, de Marolles, et Louis Roullée, de Courgains, prévenus d'être brigands ; de Tascher père et fils , arrêtés comme chefs d'émeute à Saint-Cosme ; Jean-
(1) Archives de la Mairie de Mamers. 8 et 9 novembre 1799.
François Chesncl, de Saint-Longis, et Jacques Legendre, de Saint- Calais, arrêtés comme protecteurs de brigands; Michel Dutertre, de Sillé-le-Philippe, Pierre Royer, de Marolles, Louis Clievallier et Pierre Guigné, de Courgains ; Joseph Baron, arrêtés comme brigands. Les trois femmes étaient : les veuves Hupier et Louastron, Marguerite Lizot, toutes trois d'Ancinnes, accusées d'eml)auchage de brigands.
Après s'être débarrassée de ses prisonniers, la ville de Mamers songea aux moyens de se protéger contre une attaque des Chouans ; il fut décidé que des barrières seraient établies sur les routes pour résister aux incureions des hordes des chouans, et que les bois nécessaires à ces travaux seraient pris dans la forêt de Perseigne. En agissant ainsi, Mamers suivait les exemples du Mans, d'Alençon, de Bonnétable, de Beaumont, etc. Du reste ce travail de l)arrières avait déjà été commencé à Mamers pour la perception des droits de passage, « mais les ouvriers n'ayant point voulu travailler sans argent, l'arrêté du département n'avait pu être exécuté, mais aujourd'hui les ouvriers, s'y trouvant intéressés comme le pul)lic, sont tous prêts à procéder à celte clôture, ce qui fera un double bien, celui de protéger de la fureur des brigands et celui d'améliorer la perception du droit de passe • ».
Le commissaire du canton rural de Mamers, Pérou, était désespéré de la situation ; dans son rapport à l'administration centrale , après avoir fait son récit de la battue qui venait d'ôtre exécutée aux environs de Mamers, il ajoutait : « Dans le cours de mes opérations, j'ai acquis l'affligeante certitude que l'esprit de liberté était totalement anéanti dans les campagnes; j'ai vu les citoyens y affecter l'indifférence la plus coupable pour les dangers de leur pays. J'ai appris que les Chouans y circulent librement, que partout ils pillaient et désarmaient avec audace, et que les malheureux colons n'avaient pas le courage, ni la force de s'opposer à leurs brigandages. Partout ils ont des émissaires chargés de souffler le feu de la révolte, de séduire et de recruter les réquisitionnaires , les conscrits et les anciens Chouans. Déjà plusieurs ont été grossir leurs bandes et se rendre les auxiliaires et les dociles instruments de leur vengeance et de leurs fureurs.
» A Mamers nous sommes dans de continuelles alarmes, depuis
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lellrc aux représentants du peuple Lehault et Hardouin. Registre R 3, m 1038. 15 brumaire an VIII (6 novembre 1799).
longtemps les brigands menacent de fondi'e sm' cette commune. Chaque nuit nous y avons des alertes ; les fonctionnaires publics, les républicains y sont toujours entre eux, et craignent à chaque instant d'y voir leurs familles égorgées et leurs propriétés livrées aux flammes. Depuis deux nuits, j'abandonne ma maison et me réfugie avec quelques autres patriotes dans la caserne de la colonne mobile soldée de cet arrondissement pour m'y réunir en cas d'attaque.
» Voilà notre situation ; si nous restons plus longtemiîs abandonnés à nous-mêmes, si l'administration centrale est sourde aux cris des républicains et n'a point d'égard aux remontrances des autorités locales, si les chefs militaires diffèi'ent à nous envoyer des forces imposantes, les rebelles établiront impunément dans nos contrées le théâtre de leurs ci'imes et de leurs l)rigandages.
» Le temps ivresse, les citoyens se lassent de veiller continuellement Hâtez-vous, nous vous en conjurons, de venir à notre
secours, un plus long retard amènerait les plus grands malheurs K.. ».
A cet appel pressant et découragé le commissaire près l'administration centrale répondit six jours plus tard : « J'ai communiqué au général de brigade De la Rue votre dernière du 17, en l'invitant à diriger sur cette partie de la Sarthe quelques colonnes militaires ; il m'a annoncé que telle était son intention ; d'ailleurs tout le département va être déclaré en état de siège, et alors on est fondé à croire que l'autorité militaire ayant les forces à sa disposition, elle parviendra à comprimer la malveillance et à maintenir la sûreté des républicains. Il paraît que le gouvernement est enfin décidé à détruire la Chouannerie; des moyens de douceur vont éti'e employés, mais s'ils sont inutiles, on recourra aux grandes mesures de salut qu'exige notre situation ; ainsi sous ce rapport espérons une prochaine amélioration 2 ».
Cette situation inquiétante était la même dans toute la région environnante, car on lit dans le rapport décadaire du commissaire du canton de Tuffé, pour la première décade de brumaire : « La tranquillité n'existe plus dans ce canton. Les Chouans commandés par Charles, menacent notre pays ; il paraît qu'ils établissent leur quartiergénéral à Marolles, Courgains, etc. La position des républicains est
(1) Arcliives de la Sartlie. L, 230. 17 brumaire an VIII (8 novembre 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 230, 23 brumaire an VIII (14 novembre 1799).
terrilile ; abandonnés à eux-mêmes que peuvent-ils faire ? Leur nombre d'ailleurs diminue chaque jour. Un esprit infernal souffle le poison de la discorde et semble vouloir allumer de nouveau les torches encore sanglantes du fanatisme. N'importe, les républicains périront à leur poste ; ils l'ont juré. ...'».
L'administration centrale, laissant de côté toute l'emphase habituelle, répondait le 13 brumaire au commissaire de Tuffé ce que dans d'autres termes, elle avait déjà répondu à Mamers : « Je sais que dans les circonstances actuelles votre situation est très critique. J'ai communiqué au général La Rue votre dernier rapport afin d'appeler toute sa sollicitude sur cette partie de la Sarthe. Il attend des forces aujourd'hui ou demain, et aussitôt qu'elles seront arrivées, il dirigera des colonnes à la poursuite des rebelles, et il paraît décidé de se mettre lui-même à la tête des mouvements militaires qui seront exécutés. Espérons donc que votre position malheureuse s'améliorera par les différentes mesures extraordinaires qui seront prises. Cependant ne vous sacrifiez pas inutilement si le danger est menaçant. Il vaut mieux que pendant quelques jours, vous vous réfugiez avec les républicains prononcés dans un arrondissement plus sûr, que de vous exposer avec quelques braves, à devenir les victimes des hordes rebelles. Choisissez à cet égard le parti le plus prudent, et soyez persuadé qu'on viendra à votre secours le plus tôt po.ssible - ».
Malgré les belles promesses de renforts qu'avait reçues la municipalité de Mamers, la ville était restée dans l'angoisse, car l'administration avait été informée le 18 brumaire, « que les brigands royaux se proposaient d'entrer dans la commune de Mamers ce même jour, pour y troubler la foire, espérant y trouver une force considérable dans les gens de campagne qui s'y rendent et qui sont leurs protecteurs ». Pour s'opposer à leur entrée la compagnie des grenadiers, celles des chasseurs et des canonniers, ainsi que vingt homnaes de chaque compagnie du centre avaient été réunis sur la place des Grouas ; des postes avaient été établis sur les routes , avec des patrouilles circulant dans les rues et sur les places 3. Les administrait) .\rchives de la Sarthe. L, 233. Rapport de brumaire an VIII (novembre 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 233. Lettre du 13 brumaire an VIII (4 novembre 1799).
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M. 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).
tions des cantons de Marolles, de Courgains et du canton rural de Mamers, étaient toutes réfugiées dans la ville. L'attaque des Chouans n'eut pas lieu ; ce n'était qu'une fausse alerte.
Ne recevant pas de réponse de l'administration centrale, la municipalité de Mamers s'adressa alors directement au général De la Rue, et lui exposa la situation du pays par la lettre suivante * :
Au citoyen général Commandant dans le département de la Sarthe. Citoyen général,
Il est de notre devoir autant que de notre intérêt de vous prévenir que les Chouans viennent de réussir complètement dans leur recrutement. Ils sont parvenus à enrôler la totalité des garçons des cantons de Marolles et Courgains ; nous n'y connaissons plus que des hommes vendus à la horde des brigands royaux ; tous sont réunis sous les drapeaux de la révolte et tout présage que la commune de Mamers va devenir le point de mire de cette bande d'égorgeurs et que nous allons devenir leur proie ; citoyen général, nous avons du courage et quelques bras, mais malheureusement tous ne sont pas armés, il s'en faut beaucoup et nous n'avons pas de munitions. Dans cette circonstance critique que nous vous peignons telle qu'elle est, nous n'avons plus d'espoir d'échapper au fer assassin des brigands, si vous ne vous hâtez de nous envoyer un détachement d'au moins cent hommes. Avec ce petit contingent vous aurez la gloire de conserver à la République une des principales communes du département,' qui n'a cessé de lui être dévouée et vous acquérerez notre reconnaissance et celle de nos administrés.
Notre arrêté de ce jour dont expédition est cy-jointe, vous prouvera notre bonne volonté pour nous garantir de l'invasion des Chouans. Mais sans votre secours que ferons-nous ? que deviendrons-nous ?
Salut et fraternité.
Les travaux de défense en ville se continuaient avec activité. « Considérant que les brigands royaux ne cessent point d'envii'onner la commune de Mamers, en séjournant et jiarcourant les campagnes
voisines, que leur dessein est de se porter sur la dite commune,
au moment où elle s'y attendra le moins et de s'emparer de la maison commune pour y lacérer et brûler toutes les archives », il fut arrêté « que les portes de la dite maison ainsi que toutes les issues qui
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 3, n» 1050. 20 brumaire an VIII (11 novembre 1799).
y communiquent seront fermées de manfère à ne pouvoir y aborder, qu'il ne sera laissé qu'une seule petite porte d'entrée pour servir d'exploitation à la dite maison, qu'un corps de garde sera placé à la dite porte dans une chambre qui l'avoisine et qui en fait partie, duquel corps de garde, il y aura toujours une sentinelle à la porte, de jour comme de nuit ».
Un poste d'observation est établi dans la tour de Saint-Nicolas, pour sonner le tocsin en cas d'invasion, « car il serait impossible de battre la générale, et les habitants de Mamers seraient surpris comme l'ont été ceux du Mans ».
Toutes les rues sont fermées par des barrières en pieux de neuf à seize pieds avec doubles fossés à palissades de six pieds. Toutes les portes des jardins ou maisons donnant sur les champs, sont murées pour ne point laisser d'entrée aux brigands, enfin les murs sont crénelés '.
Le 30 brumaire (21 novembre) l'administration reçut communication de la proclamation du général De la Hue, commandant du département de la Sarthe, en date du 21 brumaire, qui mettait le département en état de siège. Enfin le 2 frimaire (23 novembre ) arrivait à Mamers un détachement de troupes sous le commandement du capitaine Bruyère, nommé commandant de place. Ces troupes furent installées dans la maison commune.
Très heureuse de ce renfort, la municipalité s'empressa d'adresser ses remerciements au général De la Rue. « Nous sommes très reconnaissants, lui écrit-elle le 4 frimaire, que vous ayez bien voulu satisfaire à notre réquisition en nous faisant passer un détachement d'honnêtes et braves militaires, veuillez en recevoir nos remerciements » Mais en même t&mps elle était obligée vl'avouer qu'elle
ne pouvait nourrir ces hommes, n'ayant plus ni ressources, ni crédit ; les fournisseurs, n'ayant pas été payés depuis longtemps, refusent toutes nouvelles fournitures ; si l'administration centrale ne se charge pas de la nourriture des troupes, la ville de Mamers ne pourra donc pas les garder. D'où nouvelle inquiétude. Mais le gouvernement consentit de prendre à sa charge la nourriture des troupes de Mamers. Heureusement parvint le même jour à Mamers la nouvelle que
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M. 27 brumaire an VIII (18 novembre 1799).