II
« les chefs Chouans les plus marquants s'étaient rendus au général en chef Hédouville sous la seule condition du pardon ; on assurait même qu'il existait dans ce moment une suspension d'armes et que tout se préparait pour une jjacification ^ ». Cette bonne nouvelle fut confirmée le 7 frimaire par le général De la Rue, qui fit connaître une lettre du général en chef des départements de l'Ouest, annonçant la pacification des Chouans de ces départements. Il fut décidé que cette lettre serait lue immédiatement dans tous les carrefours, parce que « cette nouvelle ne peut que tranquilliser les citoyens de cette commune qui, depuis longtemps, appréhendent l'entrée des Chouans ».
Le général De la Rue avait également adressé, le 4 frimaire, à tous les commandants des cantonnements, une lettre qui, tout en leur annonçant la pacification, leur faisait connaître les intentions du gouvernement et leur traçait la ligne de conduite qu'ils devaient suivre d'après les événements qui se produiraient. Celte lettre, dans tous ses détails, prouve la bonne volonté des administrations et des chefs royalistes pour arriver à une pacification sérieuse ; elle montre également les difficultés que rencontraient les chefs royalistes, auprès de leuis hommes, pour arrêter les hostilités.
Voici le texte complet de cette lettre - :
Le Mans, 4 frimaire an VIIL Delarue, général de brigade, commandant militairement le département de la Sartlie Aux Commandants des cantonnements du même département.
Le général en chef vient de m'envoyer un courrier extraordinaire pour m'annoncer qu'il était convenu avec messieurs Chatillon, Bourmont et Dautichamp, principaux chefs des royalistes, d'une suspension d'hostilités dans les déparlements de l'Ouest, et m'ordonne de faire cesser de suite toutes marches hostiles et toutes voies hostiles dans l'étendue de mon commandement. En conséquence je vous ordonne, citoyen, de ne faire aucune sortie, ni commettre d'hostilités contre les royalistes jusqu'à nouvel ordre. Surveillez cependant continuellement.
Si malgré notre surveillance, il continuait à se commettre des attentats à la sûreté publique, entendez-vous à cet égard avec les chefs royalistes, qui agiront d'accord avec vous pour en poursuivre et taire arrêter les auteurs , surtout surveillez les grandes routes, mais par des petites patrouilles pour ne point donner d'inquiétude aux insurgés.
(1) Archives de la Sarthe. L, 230. 4 frimaire an VIII (25 novembre 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 198. 25 novembre 1799.
Dans cet état de choses, les chefs royalistes pourront sans être inquiétés communiquer entre eux, et faire connaître leurs intentions à leurs divisions ou compagnies pour assurer l'effet de la suspension d'hostilités.
Dans le cas où la reprise d'armes aurait lieu, vous en seriez prévenu huit jours à l'avance, assurez toutes les correspondances, soit avec vous, soit avec moi, qui tendront au rétablissement de la paix. Accueillez les habitants des campagnes et des villes, qui auraient marché et qui remettront leurs armes, en leur garantissant sûreté pour leurs personnes et leurs propriétés et le libre exercice des cultes suivant les lois.
Rendez-moi compte au moins tous les cinq jours de votre position et donnezmoi tous les renseignements qui peuvent contribuer à m'éclairer sur l'esprit public de votre arrondissement.
Profitez de ce repos non seulement pour empêcher les esprits de s'aigrir, mais encore pour les rapprocher ; il ne doit pas être difficile de persuader à tous, combien le rétablissement de la tranquillité dans cette belle portion de la France est nécessaire pour l'intérêt de ses habitants de quelque opinion qu'ils soient.
Vous devez faire connaître que les consuls de la République ne sont attachés à aucune faction, et ont en vue le bonheur et la gloire du peuple français ; qu'il est de l'intérêt des pays insurgés de profiter de l'heureux changement qui vient de s'opérer dans le gouvernement, pour manifester une confiance entière en des hommes qui sont dépositaires de celle de toute la Nation et que l'Europe respecte.
Je vous rends personnellement responsable, citoyen, de toute infraction qui pourrait être faite à la suspension des hostilités par votre imprévoyance. Je compte, citoyen, sur votre zèle et l'activité que vous déploierez dans cette circonstance. La paix intérieure en dépend, tous ceux qui y auront contribué mériteront bien de l'humanité et de la République.
Je vous ordonne de ne faire aucune proclamation pendant la suspension, et exécutez ponctuellement ce que je vous prescris.
Salut et fraternité.
Delarue.
P. S. — Faites connaître cette suspension à toutes les administrations des cantons qui sont dans voire commandement.
Celle pacification ne produisit pas dans le pays le calme immédiat qne l'on avait le droit d'espérer ; les scènes de pillage continuèrent. Les administrations observaient respectueusement les conditions du traité, ne voulaient pas faire sortir leurs troupes; les pillards avaient alors toute lihcrlé d'agir à leur guise et en toute sécurité, aussi les attaques contre les personnes et les propriétés augmentèrent-elles avec une rapidité si effrayante que la municipalité de Mamers jugea indis-
22S mamb:rs durant la révolution
pensal)le de réagir contre celte invasion ; elle ne voulut pas le faire toutefois sans l'autorisation de l'administration militaire. Elle écrivit donc le 14 frimaire au général De la Rue, au Mans, pour lui dépeindre la triste situation du pays, lui faire connaître les nombreux méfaits qui s'y accomplissaient presque quotidiennement, et enfin lui demander des secours pour les arrêter K
Au général de la Rue.
Citoyen,
Par la pacification faite avec les Chouans par le général en chef des départements de l'Ouest, nous avions tout lieu d'espérer de la tranquillité et la sûreté dans nos foyers, mais les recommandations de ne point donner atteinte à aucune hostihté contre eux les rend encore plus hardis et entreprenants que jamais. Notre conimandant de place quelque bonne envie qu'il ait de les repousser, n'ose enfreindre la trêve, qui a été faite avec eux, mais eux de leur côté ravagent et pillent toutes les campagnes plus que jamais, sentant bien qu'il ne sera pas dans leur pouvoir de le faire longtemps. Cependant le mal s'accroît et les habitants de nos contrées en sont les tristes victimes, notamment Lavigne de la commune de Moncé à qui ils ont brûlé le lit au pied du raay de la liberté ; Durand percepteur de la même commune à qui ils ont volé la somme de 600 francs, dont sans doute il sera obligé de répondre. Plady \ d'Avesnes, à qui ils ont cassé une armoire et ont volé 26 chemises, deux fusils, et poursuivi ses enfants pour en faire un mauvais parti. Ceci s'est passé dans la journée du "13 présent mois. Enfin journellement ils sont dans les communes de Sonnes, Les Mées, et Monthoudoux, que dans ces trois communes, ils y ont volé quantité d'individus, que l'agent des Mées a été obligé [de se réfugier] dans cette commune de Mamers, ces mêmes brigands voulant absolument le fusiller.
Est-ce qu'il serait possible qu'une pacification plutôt conduite par l'humanité que par la justice que méritent ces sortes de gens, devint préjudiciable à la tranquillité, propriété et sûreté publique, et ne serait-il pas possible sans être en contravention ni en contradiction avec l'arrêté de cette pacification d'arrêter le pillage et les brigandages ainsi que la cruauté de ces brigands par une force imposante.
L'administration après en avoir conféré avec le commandant de place, ne
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 3, n" 1005. 14 frimaire an VIII. (5 décembre 1799). I^e même jour une lettre identique était adressée à l'administration du département. Archives de la Sarthe. L. 269.
(2) Jean-Baptiste-Louis Pladj-, notaire public, demeurant à Avesnes, président de l'administration municipale du canton de Courgains. Archives de la Sarthe. L,
voulant rien prendre sur son compte ainsi que lui, quelque bonne volonté qu'il puisse avoir, pour arrêter tous ces désordres, prend le parti de vous en écrire afin qu'avec votre prudence ordinaire et l'autorité qui vous a été transmise par le gouvernement, vous preniez les mesures suffisantes pour mettre fin à leurs desseins pernicieux et ramener dans nos contrées la tranquillité qu'elles désirent depuis longtemps.
Salut et fraternité.
Celte lettre resta sans réponse, et l'administration municipale de Mamers continua de constater que « les royalistes, bien loin de profiter de la pacification que les républicains amateurs de la paix et de la tranquillité leur ont accordée, ne cessent de désoler les campagnes en pillant et volant les particuliers et en forçant les jeunes gens de les suivre ».
Cependant le commandant de place, Bruyère, pour se conformer aux ordres du général De la Hue, avait eu à plusieurs reprises des conférences avec « le nommé Cliarles La (>happelle se disant chef des royalistes dans les cantons qui nous environnent* ». Mais Charles la Chapelle, malgré les promesses qu'il avait faites de ne plus ravager les campagnes, « continuait à la tête de ses satellites à les mettre sous
l'oppression et la crainte Un prêtre qui accompagne sa troupe,
se fait un devoir de fanatiser toutes les campagnes, de manière qu'après leur avoir dit des messes et des vêpres, il les exhorte à un soulèvement général ». En présence de cette attitude des chefs de la Chouannerie, la municipalité de Mamers se décida à protester de nouveau contre ces vols et ces brigandages, par la lettre suivante - :
Mamers, 21 frimaire an VIII.
L'administration municipale de Mamers conjointement avec le commandant
de place,
Au citoyen général De la Rue, commandant dans le département de lu Sartlie.
Citoyen,
Nous avions lieu d'espérer que les royalistes profiteraient des actes d'indulgence du gouvernement qui leur ont été proposés par le général en chef de
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M. 21 frimaire an VIII (12 décembre 1799).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 3, n" 10C7. 21 frimaire an VIII (12 décembre 1799).
l'armée d'Angleterre, mais malheureusement nous avons la triste certitude que loin de rentrer au giron de la République ils ne cessent au contraire d'en violer les lois et il est constant que depuis la suspension d'hostilité, ils ont eu une plus grande audace et commis plus de vols qu'auparavant sûrs qu'ils sont de notre obéissance à vos ordres.
Déjà l'administration par sa lettre du 14 courant, vous a rendu compte des crimes commis par Charles, se disant leur commandant et aujourd'hui elle vous rend compte de ce qui s'est passé depuis.
Le 15, ils se sont portés dans la commune de Thoigné, canton de Courgains, où ils ont volé l'argent de ladite commune, et pillé un acquéreur de biens nationaux.
Le même jour ils ont mis à contribution dans la commune de Livet deux particuliers.
Le 16 ils se sont portés dans la commune de Saosnes pour désarmer et mettre à contribution trois citoyens qui sont maintenant réfugiés à Mamers avec leurs familles.
Le 17 ils sont allés chez l'agent municipal de la commune des Mées pour le forcer à couper l'arbre de la liberté, sous peine d'être fusillé, ils ont frappé son oncle, son père et les ont désarmés.
Le même jour ils ont volé la caisse des contributions de la commune de Ferai, canton de Mamers, on vous observe que ce dernier vol a été commis depuis l'entrevue que le commandant de cette place a eue avec Charles dans la commune de Moncé.
Le 18, Charles accompagné de deux des siens s'est rendu dans la commune de Mamers pour avoir une seconde entrevue qui a eu lieu avec le commandant de place. Ils portent des plumets et des cocardes blanches. La sentinelle cria sur eux: Qui Vive? — Charles répondit : Officier royaliste.
Nous ne devons pas vous laisser ignorer, citoyen général, que cette réponse qui fut répétée deux fois, fit autant de sensation dans l'esprit de nos administrés que la présence de l'auteur.
Tandis que Charles conférait avec le commandant de cette place, ses soldats pillaient dans la commune de Courgains et ont voulu fusiller le citoyen Petitpain après avoir brisé la croisée de sa maison.
Le même jour un soldat de la colonne mobile de Mamers, qui était allé avec permission voir ses parents dans la commune de Saint-Aignan, a été poursuivi par trois chouans qui l'ont tenu en joue.
Le 19, Charles et sa troupe contre les conditions arrêtées avec le commandant de cette place, s'est transporté dans la commune de Saint-Aignan, où il l'a répartie autour du bourg au nombre de sept à huit chez chaque citoyen avec ordre de se faire nourrir à discrétion.
Le 20, les Chouans sont allés au bourg de Marolles où ils ont tiré trois coups
LES INSURGf'S ROYALISTES. LA CHOUANNERIE '234
de fusils dans la porte de la maison du citoyen Laumailler, dans l'intention de lui enlever ses deux fils.
Et le môme jour ils ont contraint le fils du président de l'administration municipale de Gourgains de marcher avec eux encore bien que Charles eut donné une sauve-garde pour ses fils et sa maison.
Voilà, citoyen général, des faits dont nous pouvons vous garantir l'authenticité, nous vous assurons également que d'après des rapports très certains, Charles, sa troupe, et plusieurs prêtres réfractaires parcourent les différentes communes, font bénitrer les églises, y disent des messes qui se terminent par des exhortations à tous les citoyens de se lever en masse et de se réunir à eux.
Nous avons la douleur de vous apprendre que cette messe a produit en leur faveur tout le succès qu'ils devaient en attendre, de manière que nous ne devons plus compter sur les malheureux habitans de ces contrées.
Hâtez-vous, citoyen Général, nous, vous en prions au nom du bien public et de l'humanité, de prendre les mesures qui sont en votre pouvoir, pour arrêter le cours désastreux de leurs incursions, ce sera le moyen de faire cesser nos inquiétudes et celles de nos administrés.
Salut et fraternité.
P. S. — Charles en conversant a dit, qu'il se foutait de mourir soit en Mandrin soit en Cartouche.
Des lettres seml)lables avaient été adressées à radmiuistration centrale de la Sarthe ; celle-ei répondit : « Nous sommes indignés comme vous des atteintes multipliées, portées par les brigands royaux à l'armistice qui leur a été accordé ; mais sans moyens directs pour y apporter remède, nous ne pouvons que les dénoncer à l'autorité militaire, à laquelle est confié le rétablissement de la tranquillité publique. Chaque courrier nous adressons des détails aussi affligeants au général en chel ; votre position lui est coirnue par notre correspondance et nous espérons que le général De la Rue à qui vous vous êtes adressés, contribuera de son côté par les mesures qu'il saura prendre à préserver votre pays des progrès ultérieurs du brigandage. Nous vous invitons à conserver le zèle et le courage dont vous avez jusqu'à ce jour donné l'exemple à vos concitoyens, ainsi que l'espoir de voir bientôt le génie de la République sortir triomphant de cette lutte scandaleuse ' ».
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Ix-tlre du 24 frimaire an VIII (15 décembre
Le commissaire de Bonnétablc avait relaté les mêmes faits, dans sa lettre du 20 frimaire adressée à l'administration du département , et il se plaignait aussi de l'inaction dans laquelle on le laissait, alors que les Chouans avaient toute liberté d'agir :
Je viens vous parler de la cruelle position où nous nous trouvons et de l'inquiétude que nous avons d'être envahis par les brigands royaux qui nous entourent et de très près, puisqu'ils sont venus se cantonner le 18 de ce mois dans la commune de Saint-Aignan éloignée de notre chef-lieu d'une lieue et demie. On dit que le nommé Cliarles chef des insurgés s'est abouché le 17 du courant avec le commandant de la place de Mamers, dans la commune de Moncé et que c'est du consentement du commandant de Mamers que ledit Charles a cantonné sa troupe dans la commune de Saint-Aignan, pour quelques jours seulement, à charge par les rebelles de ne commettre aucune liostilité. Si nous n'avions craint de nous compromettre en raison de la suspension d'armes nous aurions été au secours de la commune de Saint-Aignan pour en débusquer les Chouans qui ce soir ont envahi les conununes de Courcemont, Mézières et Sables. Nous plaignons beaucoup le sort de ces communes d'être obligées de loger et d'alimenter ainsi leurs ennemis ainsi que les nôtres. Dites-moi donc je vous prie à quoi tend cette suspension d'armes dont nous sommes très stricts observateurs, tandis que Messieurs les soy disant royaux, ne cessent de l'enfreindre journellement, soit en faisant contribuer les acquéreurs de biens nationaux ou autres républicains, les désarment et enrôlent journellement. Depuis deux jours qu'ils sont à Saint-Aignan ils ont enrôlé au moins quarante jeunes gens. Enfin depuis la suspension d'armes la division de Charles qui n'était tout au plus que de 70 à 80 hommes est maintenant de plus de 500 hommes par les recrues qu'il a faites depuis cette époque
Aucune mesure de sûreté ne fut décidée, et le commissaire du canton rural de Mamers constate encore de nouvelles attaques dans son rapport du 5 nivôse. « Les brigands, dit-il, commettent chaque jour de nombreuses exactions, dans plusieurs communes de ce canton, sous le nom de Mécontents et de lioijalistes. Ils parcourent et désolent les campagnes ; forts de la faiblesse des malheureux colons , ils l'cdoublent d'audace depuis la suspension d'armes, et pillent, volent et désarment avec plus d'activité que jamais.
» Dans la nuit du 30 frimaire dernier au pi'emier de ce mois, ils ont volé et maltraité cruellement plusieurs cultivateurs de la commune de Villaines-la-Carelle sise en ce canton. Ils ont commis des excès, la même nuit, chez Bernard Colin et Julien Plesse de cette commune.
J'en ai rendu compte au capitaine commandant militaire dans cet arrondissement, il m'a promis de se rendre de suite au Mans pour en informer le général De la Rue.
» J'apprends à l'instant que dix à douze brigands armés ont fait une incursion dans la commune de Panon, la nuit du 2 au 3 de ce mois et qu'ils y ont mis à contribution l'agent municipal et quelques autres habitants ' ».
Le 1«'' nivôse, vers une heure du matin, « quelques particuliers avaient frappé à coups redoublés à la porte de Bernard Colin, cultivateur au lieu de la Perdcrie , à Villaines-la-Carelle , l'avaient sommé de l'ouvrir en menaçant de mettre le feu à ses bâtiments en cas de refus » ; au même instant ils brisaient et enfonçaient une fenêtre de bois. La domestique (>athcrine Aubry, effrayée par les menaces des brigands, ouvrit la porte d'entrée, aussitôt quatre des brigands se précipitèrent dans la maison, ils étaient armés de fusils à baïonnettes.
Colin est saisi, sous prétexte qu'il a fait partie de la colonne mobile, puis frappé de coups de crosse de fusil ; on lui bande les yeux et on l'emménc dans la cour pour le fusiller ; on le laisse à genoux durant quelque temps, pendant que l'on interroge sa vieille mère infirme, couchée dans un des lits de la maison. On lui fait grâce cependant, mais on fouille la maison et l'on emporte le peu d'argent que l'on trouve dans les meubles et dans les vêlements , plus soixante-douze francs d'argent qui appartenaient à la domestique et qui étaient « enfermés dans un sac de toile neuve, en enjoignant à Colin de rendre cet argent à sa domestique ». Tous ces brigands étaient inconnus. Colin resta longtemps au lit à la suite des coups qu'il avait reçus -.
Dans le canton de La Fresnaye la sécurité n'était pas plus grande; le commissaire, dans sa lettre du 7 nivôse an VIH, expose ainsi la situation : « Depuis quelque temps des scélérats, que je crois voisins de notre canton, accompagnés comme je le présume de quelques autres brigands de notre canton , se transportent très fréquemment et de nuit dans quelques communes de notre arrondissement, notamment dans celle de Neufchâtel pour y faire contribuer les citoyens des lieux isolés. Non contents de ces brigandages, ces malveillants, que je ne crois pas chouans organisés, font mettre à genoux les
(1) Archives de la Sarthe. L 230. 5 nivôse an VIII (26 décembre 1799).
(2) Archives de la Sarthe. L, 230. 13 nivôse an VIII (3 janvier 1800).
citoyens chez lesquels ils se transportent, feignant de les fusiller, en leur disant que s'ils ne leur paient point telle ou telle somme leur vie serait nulle ' ».
Enfin le 7 nivôse an YIII (28 décembre 1799) parut l'arrêté qui précisait les effets de la pacification annoncée. Dans la décade suivant la publication de la proclamation des consuls dans les communes composant l'arrondissement de l'armée d'Angleterre, tous les attroujDcments des insurgés devaient se dissoudre et chaque habitant rentrer dans sa commune. Les armes devaient être déposées dans des lieux désignés par le général Hédouville. Amnistie entière et absolue est accordée aux habitants des départements de l'Ouest pour tous les événements passés, sans que ceux qui ont pris part aux troubles puissent en aucun cas être recherchés, ni poursuivis à raison de ce fait ; mais les communes qui resteraient en rébellion seront déclarées par le général Hédouville , hors de la Constitution , et traitées comme ennemis du peuple français -.
Dès le 8 nivôse le général De la Rue envoyait la note suivante aux commandants des arrondissements ^, qui parvenait à Mamers le 10 nivôse.
Vous préviendrez, citoyens commandants, les chefs des Royalistes qui se trouvent dans vos arrondissements respectifs, que si pour le 15 du courant, la pacification n'est pas définitivement conclue, les hostilités recommenceront.
Je vous recommande encore, citoyens commandants, de vous fortifier dans vos places respectives. Ne laissez que deux passages pour aboutir aux grandes routes ; faites barricader les autres. Employez les habitants à ces travaux qui doivent être finis promptement.
Le général commandant militairement le département de la Sarlhe
en état de siège.
Delarue.
La municipalité de Mamers avait maintenu les habitants dans le respect de l'armistice, pour se conformer à la lettre que lui avait adressée le général De la Rue, le 19 frimaire précédent (10 décembre
(1) Archives de la Sarthe. L. 227. 7 nivôse au VIII (28 décembre 1799).
(2) Duvcrgier, Lois et Décrets, t. XII, p. 56.
(3) Archives de la Mairie de Mamers. 8 nivôse an VIII (29 décembre 1799).
1799) dans laquelle il leur recommandait « d'avoir patience encore quelques jours »; mais à la réception de cette circulaire du 8 nivôse elle se dispose à agir. Elle reçoit chaque jour des « plaintes d'un grand nombre de réfugiés dans sa commune, sur la continuation des brigandages quexercent les royalistes dans les communes voisines, tant par vols de bœufs, grains de toute espèce et argent ». Elle décide de repousser la force par la force et de regarder comme agression de la part des Chouans leurs vexations envers les acquéreurs de biens nationaux, « les pillages et les dévastations quelconques, enfin tout ce qui peut atteindre la sûreté publique et particulière ».
Le capitaine Bruyère se montre dans les mêmes dispositions, décidé à prendre contre les Chouans les mesures les plus énergiques, dans le cas où ils continueraient le pillage et ne voudraient pas quitter les cantons voisins, qui ne sont point ceux qui leur ont été désignés. On barricade toutes les entrées de la ville '.
De son côté l'administration centrale, tout en demandant encore un peu de patience, appuyait ces mesures et faisait espérer une prompte solution, qui donnerait satisfaction aux populations républicaines du pays. « On espère, écrit-elle à l'administration de Mamers, que cet état de choses va avoir un terme. Le général Hédouville que j'informe exactement de votre situation m'a annoncé depuis quelques jours, qu'il serait sous peu décidé si ces hostilités reprendront ou non, et que, si on est forcé de combattre, il nous enverra les forces qui sont réclamées par la sûreté du département. Attendons donc encore pour savoir le parti qu'on prendra
» Par mon dernier bulletin que j'ai adressé au ministre de la police , je lui ai fait part de tout ce qui se passe sur notre territoire , et de la nécessité de recourir aux grands moyens de salut, pour arrêter l'affreuse guerre civile qui ruine et désole le territoire de la République. Tout porte à croire que le nouveau gouvernement va agir avec vigueur, et que si les rebelles refusent le pardon qui leur est offert, on saura bien les soumelli'e par la force des armes.
» Les vols qu'ils commettent chaque jour sont une infraction de l'armistice ; il faut donc que les autorités et les républicains se réunissent et s'entendent pour poursuivre les coupables. Les chefs royalistes eux-mêmes déclarent qu'on doit ne leur donner aucune
(1) Archives delà Mairie de Mamers. Registre M. 10 nivôse an VIII (31 décembre 1799).
"236 MAMERS DURANT LA RÉVOLUTIOiN
relâche. Que nos concitoyens ne se laissent donc pas piller impunément et que l'action de la police, arrête et livre à la vengeance des lois les scélérats qui attentent à la sûreté des personnes et au respect des propriétés ' ».
L'administration municipale de Bonnétable appuyait toujours, auprès de l'administration du département, les nouvelles et les plaintes de Mamers, c'est ainsi qu'elle écrivait le 9 nivôse : « Un nombre de mécontents d'environ deux à trois cents, commandés par le nommé Charles, ne cessent d'enfreindre le traité de la pacitication. Ces jours derniers ils ont désarmé les braves hal)itants de la commune de Mézières ; aujourd'hui ils sont à Saint-Aignan ; les habitants de cette dernière commune se sont réfugiés chez nous avec leurs armes. Ils font marcher les jeunes gens avec eux ; ils enlèvent des bestiaux, enfin ils enfreignent de toute manière la pacification - ».
L'amnistie accordée aux Royalistes devait prendre fin le 24 nivôse (14 janvier 1800) ; mais la pacification ne paraissait pas encore assurée : les soumissions ne se faisaient pas dans le pays, aussi le capitaine Bruyère pressait-il l'administi-ation de Mamers de terminer la confection des barrières qu'elle élevait aux portes de la ville. Ces travaux se faisaient lentement pai'ce que l'on manquait d'argent. Pour remédier à cette pénurie de fonds. Bruyère « invita les bons citoyens de la commune à faire un sacrifice de chacun la somme de douze francs 3 ».
Les craintes du capitaine Bruyère se trouvèrent confirmées par l'arrivée de Massard, commissaire de l'administration cantonale de La Fresnaye, qui se réfugiait à Mamers avec toutes les archives de son administration. Le 14 nivôse, un grand nombre de brigands s'était présenté dans sa commune sur les dix à onze heures du soir : « 11 avait été obligé de s'évader, ainsi que les administrateurs du canton, jîour éviter les suites funestes qui en seraient résultées si, par leur présence et leurs ordres, ils avaient voulu résister au nombre important de ces brigands. Leur silence et leur absence ont opéré de la part des susdits brigands une contenance paisible à l'égard des titres, papiers et registres de ladite administration ; mais comme il est à
(1) Arctiives de la Sartlie. L 230. Lettre du 12 nivôse an VIII (2 janvier 1800).
(2) Arctiives de la Sarthe. L, 222. 30 décembre 1799.
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M 2. 18 nivôse an VIII (8 janvier 1800).
craindre, d'après une pareille expérience, que ces mêmes brigands reviennent à la charge pour non seulement assouvir leur fureur contre ladite administration, mais encore en brûlant et déchirant tous les titres, papiers et registres qui concernent le public, il avait cru qu'il
était de son devoir de se rendre à Mamers et d'y faire apporter
tous les papiers et registres ».
Deux cellules de l'ancienne Visitation furent mises à la disposition de l'administration municipale de La Fi-esnaje « tant pour y tenir ses séances que pour y déposer ses archives, sous les offres faites par elle de payer le prix qui sera convenu, n'étant pas en état de les lui donner gratuitcnicnt ' ». Il fallait faire argent de tout.
Si les environs de Mamers étaient toujours agités, la pacification cependant s'opérait dans les autres départements, car le 22 nivôse (12 janvier) le capitaine Bruyère faisait lire dans tous les carrefours de la ville « une proclamation au nom du peuple français, du quinze de ce mois, par laquelle il paraît constant que la masse des bons habitants a posé les armes et qu'il ne reste plus à exterminer que des brigands, des émigrés et des stipendiés de l'Angleterre - ».
La veille un arrêté avait été pris par le gouvernement pour la destruction des i-ebelles dans les départements de l'Ouest. Toute correspondance entre les généraux et les chefs rebelles était désormais interdite. Les gardes nationales étaient requises pour chasser les brigands de leur territoire. Les communes dont la population excédait cinq mille habitants devaient fournir des colonnes mobiles pour secourir les autres communes ; enfin toute commune qui donnerait asile on protection aux brigands serait traitée comme rebelle et les habitants pris les armes à la main passés au fil de l'épée ^.
Des plaintes continuèrent cependant à être portées à l'administration de Mamers par un grand nombre des habitants des communes voisines, qui rapportaient que « malgré et contre la teneur de la pacification contractée entre les bons citoyens et les brigands royalistes,
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M 2. 19 nivôse an VIII (9 janvier 1800). Voir aussi : Archives de la Sarthc. L, 205. 19 nivôse an VIII (9 janvier 1800). Lettre de l'administration municipale du canton de La Fresnaye à l'administration centrale de la Sarthe.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M 2. 19 nivôse an VIII (9 janvier 1800).
(3) Duvergier. Lois et Décrets, t. XII, p. 64. 21 nivôse an VIII (11 janvier 1800).
ces mêmes l)iigands continuaient leurs pillages et leurs exactions envers les habitants des campagnes, en volant leurs grains, leurs bestiaux et leur argent, en les accablant de coups et d'injures ». L'administration se décida alors le 24 nivôse à faire apporter un terme à ces mauvais traitements , elle prit en pitié ces pauvres habitants des campagnes; mais comme, vu l'état de siège, elle n'avait plus le commandement des forces militaires, elle les adressa au commandant de place de Mamers « afin qu'il cherche dans sa sagesse les moyens de remédier à leurs maux journaliers ». Mais le capitaine Bruyère les renvoya en leur disant « qu'il n'était pas possible pour le moment de les soulager par la force armée dans leurs malheurs, qu'il ne pouvait le faire avant le vingt-cinq, jour fixé pour la levée de l'amnistie ou suspension d'armes ».
La municipalité pi'otesta contre cette manière d'agir et insista dii'ectement auprès du commandant de place qui répliqua « que jusqu'à ce jour il avait suivi les ordres de ses supérieurs et que s'il n'a pas été plus fortement, c'est qu'il a craint d'être réprimandé ». Elle voulut marcher quand même, elle assuma toutes les responsabilités, et « vu les besoins urgents de repousser la force par la force, ainsi que l'a autorisé le général Hédouville par sa proclamation , elle invita le citoyen commandant de place à prendre les mesures les plus urgentes et les plus convenables pour détruire cette horde de brigands qui infectent les environs de cette commune, lui promettant à cet égard toute explication envers son général, dans le cas où il aurait outrepassé les ordres particuliers qu'il pouri'ait avoir , l'administration prenant tout sur son compte, vu le cas extraordinaircment j^ressant et les dangers qui menacent de jour en jour î .
Une copie de cette délibération fut remise au capitaine Bruyère pour le couvrir, et une autre fut adressée au général De la Rue, commandant le département de la Sarthe « pour qu'il ait à agréer et à ratifier l'invitation faite au commandant de place ; le danger étant trop imminent pour que le retard ne fut préjudiciable, tant pour la commune de Mamers que pour celles qui l'environnent * ».
Ce même jour, Bazin, le directeur de la poste aux lettres, informait l'administration que le courrier qu'il aurait dû recevoir la veille
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M 2, n» 14. 29 nivôse an VIII (19 janvier 1800).
n'était pas encore arrivé, et qu'il ne pouvait pas expliquer la cause de ce retard.
Les Chouans occupaient les environs de Bellesme et ils marchaient sur cette ville depuis qu'ils savaient que le détachement des troupes qui l'occupait, en avait été retiré. Les troupes étaient en nombre insuffisant dans le département de l'Orne comme dans celui de la Sarlhc. Les Bellesmois réduits à leurs simples forces s'attendirent à chaque instant à l'arrivée des Chouans, mais, bien résolus à se défendre, ils établirent des postes sur différents points et se partagèrent les armes qu'ils possédaient.
Le 28 nivôse (18 janvier) ils arrêtèrent une lettre, signée de Charles, dans laquelle celui-ci parlait d'un rendez-vous qu'il devait avoir avec Chandellicr aux environs de Bellavilliers *. La municipalité de Hellesme à celte nouvelle envoya immédiatement des exprès à Mamers, Mortagne, Alençon et Nogent pour demander des secours.
Les Chouans arrivèrent à Bellesme le lendemain, vers neuf heures du matin, au nombre de cinq à six cents ; l'avant-garde était commandée par Charles ; les gardes nationaux sortirent au-devant d'eux , mais furent obligés de se replier. Quelques-uns se renfermèrent avec les administrateurs dans la maison commune, où ils furent bientôt assiégés; ils s'y défendirent courageusement, tuèrent et blessèrent plusieurs Chouans. Après plusieurs sommations ces derniers, qui ne pouvaient se rendre maîtres de la maison commune par la force, usèrent d'un stratagème, ils s'emparèrent d'un certain nombre de femmes et d'enfants qu'ils firent marcher devant eux ; puis chargés de paille et de fagots ils s'approchèrent de la maison commune pour y mettre le feu. * Les gardes nationaux, ainsi menacés, durent se rendre.
(1) Les Chouan.s occupaient toute la région à cette époque comme le prouve cette lettre, adressée le 4 tlicrniittor an X (23 juillet 1802) au préfet de la Sarthe, Auvray, par François-Jean Cottin, propriétaire à La Perrière (Orne) : « Citoyen Préfet, au mois de nivôse an VIII un nommé Chaumont, prêtre, exerçant en ce moment à Marolles en votre département, est venu en celte commune de La Perrière, à la tête de 600 Chouans, où après avoir fait contribuer et piller d'honnêtes citoyens, il m'a pris un calice avec la patenne que j'avais acheté pour faire dire la
messe ». Le 27 nivôse an VIII (17 janvier 1800), les Chouans au nombre de
quatre cents se portaient sur les communes d'Aillières et de Beauvoir, et la commune de Neufchàtcl craignant d'être également envahie, envoya ce jour une demande de secours au commandant de place de Mamers qui lui envoya cent hommes, lesquels résidèrent dans la commune durant deux jours. Archives de la Sarthe. L, 27C. 17 messidor an VIII (6 juillet 1800).
Les Chouans s'emparèrent des armes et des munitions, puis quittèrent la ville à quatre heures du soir. Mais ils y revinrent le surlendemain et pillèrent de nomhreuses maisons. Les hahitants désarmés ne pouvaient plus se défendre. Toutefois dans l'après-midi les secours, qu'ils avaient demandés précédemment, commencèrent à arriver, entre auti'es une centaine de gardes nationaux venant de Mamers.
Aussitôt parvenus près de l'église ils chargèrent les Chouans, mais ceux-ci beaucoup plus nombreux les repoussèrent et même les poursuivirent très loin sur la route de Mamers , où ils durent se replier le soir après avoir subi des pertes assez sérieuses. Cet échec causa une certaine alarme dans le pays, sans toutefois y apporter le découi'agement. Ainsi le 2 pluviôse, le commissaire près l'administration municijjale du canton de Bonnélable écrivait aux administrateurs du canton de Mamers inira muros : « Au nom de l'administi'ation de ce canton, je vous prie de me faire part de ce que vous pouvez savoir sur l'affaire qui s'est passée hier à Bélesme, ainsi que sur la marche des brigands. Quatre cents hommes de la 6^ demi-brigade doivent coucher ce soir chez vous ' ».
Dès le lendemain les gardes nationaux de Mamers repartirent en plus grand nombre et marchèrent à nouveau sur Bellesme ; mais les Chouans avaient quitté la ville dès le matin. Guidai qui commandait à Alençon arriva le même jour à Bellesme avec douze cents hommes.
L'administration centrale de la Sartlie avait été prévenue de cette attaque de Bellesme par une lettre du commissaire de Saint-Cosme, résidant provisoirement à Mamers, et qui lui écrivait le 2 pluviôse: « ....Vous voudrez bien me dispenser d'entrer dans un plus long détail, surtout dans ce moment de troubles et de calamités, où le gouvernement militaire nous occupe beaucoup et où la commune de Mamers entière est sous les armes comme elle y a été dès hier, premier du coiuant, pendant qu'une partie d'elle était allée à Bellesme pour repousser les Chouans qui s'en étaient emparés. Cent hommes de Mamers s'}^ transportèrent et malheureusement sans fruit, étant trop faibles, ne s'étant pas trouvé avec eux d'autres troupes républicaines, pour les soutenir, comme ils s'y attendaient. Aujourd'hui on y a retourné en plus grand nombre et je compte sur la victoire, si MM. les Royaux y tiennent,
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 2 pluviôse an VIII (22 janvier 1800).
parce qu'on m'assure que cinq cents l)raves militaires venant du Mans, nous arrivent en renfort par Saint-Cosme * ».
En effet le général Merle, qui commandait en Eure-et-Loir, était à la poursuite des Chouans depuis plusieui's jours : ceux-ci fuyaient devant lui ; après avoir quitté Bellesme ils avaient gagné Longny, Tourouvre, puis Mortagne qu'ils sommèrent de se rendre le 27 nivôse. Mais le général Merle les rencontra ce même jour et se mit à les poursuivre avec l'aide de la garde nationale et de la gendarmerie de Mortagne. Les Chouans se replièrent alors sur Le Mesle et sur la forêt du Mesnil-Broult où ils furent sérieusement attaqués.
Le général Merle les dispersa après en avoir tué une trentaine, blessé un grand nombre et fait plusieurs prisonniers qui furent fusillés. Ce fut une déroute complète parmi les Chouans, les uns se retirèrent vers Alençon, d'autres se repliant vers Essai et la forêt d'Écouves, furent rejoints par le général Guidai qui les écrasa ; d'autres enfin s'enfuirent par la forêt de Perseigne après avoir passé la Sarthe à Monligni et gagnèrent Saint-Rémy-du-Plain, Saint-Christophe-du- Jambet et Ségrie. Ceux qui s'étaient réfugiés à Saint-Christophc-du- Jambet furent encore surpris par le général Guidai, qui avait envoyé contre eux un détachement des troupes d'Alençon ; ce détachement en passant au château de Saint-Aubin fit prisonnier l'abbé Chaumont, qui accompagnait toujours les hordes des Chouans, mais qui réussit à s'évader quelques heures plus tard -.
Le général Guidai fit de suite connaître au général De la Rue, commandant la subdivision de la Sarthe, la victoire qu'il avait remportée sur les Chouans et particulièrement sur Charles ^ :
Alençon, le 11 pluviôse an VIII de la République.
Le général Guidai commandant la subdivision de l'Orne.
J'ai reçu hier, mon camarade, votre lettre ; elle m'a fait plaisir, tant mieux. Vous êtes heureu.x de jouir de la paix, je ne puis eu dire autant pour cette
(1) Arcliivcs de la Sarthe. L, 22-i. 2 pluviôse an VIII (22 janvier 1800). La commune de Ncufcliàtcl entre autres avait fourni un contingent de cent lioninies. Archives de la Sarthe. L, 276. 17 messidor an VIII (6 juillet 1800). I^^L (2) Voir de La Sicotière. Louis de Frotte et Les Insurrections Normandes, t. II, ^^^B. 420-443. — Chassin, Les Pacifications de l'Ouest, t. III, p. 381 et suivantes. ^^R (3) Archives de la Sarthe. L, 198. 31 janvier 1800.
contrée, il paraît que Frotté perisiste et veut se battre Je vous prie de donner
vos ordres pour faire parvenir promptement la dépêche au général HédouvUle. Quant a la retraite de Charles, elle n'a pu être accompagnée qu'avec les honneurs de la guerre. Charles s'est présenté aux portes de Mortagne d'une manière à ne pouvoir lui accorder protection ; sa bande est bien dissoute, je vous l'assure.... il n'aura pas grand peine à la licencier. J'ai donné une rossée dans la forêt d'Écouen-le-Varloir, les Chouans ont eu complète déroute.