GUIDAL
Les Chouans réfugiés à Saint-Rémy-du-Plain furent signalés à Mamers avant le 8 pluviôse, car à cette date l'administration de Mamers invitait le commandant de place à prendre contre eux toutes les mesures de sûreté nécessaires.
Le 8 pluviôse, sur les sept heures du matin, les Chouans, au nombre de cinq à six cents passèrent par la commune de Neufchâtel, dont les habitants « les poursuivirent sans désemparer jusqu'à six heures du soir. Alençon envoya , sur les dix heures , deux cents carabiniers avec un général de brigade , qui les commandait ; ils les ont conjointement cherchés et sont l'evenus prendre le rafraîchissement à Neufchâtel * ».
Après avoir dispersé les Chouans au Mesle, le général Merle se dirigea sur Mamers en passant par La Fresnaye et Aillières , et en fouillant la forêt de Perseigne qu'il était obligé de traverser. Il arriva à Mamers le 9 pluviôse (29 janvier). A la nouvelle de son arrivée la municipalité décida aussitôt de déléguer vers lui trois de ses membres « pour aller au nom de l'administration voter des remerciements audit général et lui rendre compte de tout ce qui s'est passé, afin de le rendre d'autant plus en état de prendre les mesures nécessaires pour arrêter le pillage de ces sortes de brigands ».
Le général Merle rendit visite dans l'après-midi à l'administration, qui profita de cette circonstance pour lui exposer les plaintes qu'elle croyait devoir formuler contre le capitaine Bruyère, commandant de place à Mamers. « Quelque bonne envie qu'elle doit supposer dans le citoyen commandant de place, elle a cru apercevoir qu'il s'était trop légèrement porté du côté contraire au vrai patriotisme , que cette facilité occasionnée plutôt par son âge que par sa mauvaise volonté, pourrait devenir absolument dangereuse ». Elle demandait
(1) Archives de la Sarthc. L, 27C. 17 messidor an VIII (6 juillet 1800).
donc au général Merle d'engager le capitaine Bruyère à entrer en relations plus directes avec elle, à l'écouter davantage et surtout à suivre les conseils qu'elle donnerait « pour assurer à la commune la tranquillité qu'elle désire ».
Le général Merle accueillit favorablement les représentations de l'administration et recommanda au commandant de place de s'entendre dorénavant avec la municipalité, pour toutes les questions qui se rapportaient à la défense du pajs. Pour faire reconnaître cette complaisance, le général demanda à son tour à la municipalité de lui fournir cent paires de souliers pour ses soldats ; la fourniture fut faite le jour même et le général donna en échange une réquisition de cinq cents francs « à prendre sur quatre des plus aisés individus de la commune de Marolles ' ».
Quelques jours après le départ du général Merle, le capitaine Bruyère quitta Mamers avec son détachement, rappelé par le général De la Rue. L'administration crut devoir protester contre cette mesure et jugea nécessaire de donner quelques explications par une lettre qu'elle adressa le 15 pluviôse - :
Mamers, 15 pluviôse an VIII.
Au citoyen général Delarue commandant le département de la Sarthe en état de siège et hors de la Constitution.
Citoyen général,
Il vous a plu de rappeler le détachement que vous aviez placé dans notre commune, qui n'est pas encore parfaitement purgée des brigands, ou du moins ses alentours, puisque continuellement il se forme encore des rassemblements considérables dans les campagnes nos voisines. En conséquence, citoyen général, nous vous invitons .de vouloir bien nous renvoyer un autre détachement pour nous aider à achever de dissiper le reste des brigands qui reste dans nos cantons.
Non seulement notre administration porte sa sollicitude sur ses administrés, mais encore sur les cantons qui formaient l'ancien district.
Vous savez mieu.x que nous, citoyen général, que la mise de notre commune en état de siège nous lie si fortement les mains que nous n'avons plus aucun
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M 2, n» 21. 9 pluviôse an VIII janvier 1800).
(2) Archives lic la Mairie de Mamers. Registre R 3, n» tlOC. 15 pluviôse an VIII février 1800).
pouvoir concernant le militaire, puisqu'elle doit être régie militairement, que n'ayant plus de fournisseur pour le compte du gouvernement, il ne nous sera plus possible de pourvoir aux objets les plus nécessaires à la vie pour la nourriture tant en viande que pain, de notre colonne mobile qui est composée de cent quinze hommes, de manière qu'elle se trouvera obligée de se dissoudre pour aller vivre chez leur père et mère ou gagner leur vie en travaillant, ce qui diminuerait les forces de notre commune si considérablement qu'elle ne pourrait plus se défendre de l'invasion des brigands.
Vous avez promis, citoyen général, protection et force à notre commune, fondée sur le sentiment de patriotisme honnête qu'elle a toujours eu et que vous avez bientôt reconnu vous-même. Ainsi donc, citoyen général, ne l'abandonnez pas à ses propres forces et procurez lui le secours qu'elle implore de votre justice.
Salut et fraternité.
Le nouveau commandant de place à Mamers fut Ignard La Gombaudière qui, dès les premières heures, se montra plus actif dans la poursuite des Chouans. Le 18 pluviôse il informa l'adminislralion « cpie les brigands ne discontinuaient point de vaguer dans les campagnes et d'y faire des rassemblements inquiétants, que même ils menaçaient de fusiller ceux qui se rendaient ». Il était donc urgent de prendre des mesures contre eux pour les disperser, mais qu'il ne voulait rien faire sans le consentement de l'administration. Celle-ci jugea que « vu le délai qui est encore accordé aux brigands pour se rendre », il était prudent d'écrire au général De la Rue pour l'informer de la situation de la ville et des environs, et attendre de lui des ordres pour dissiper ces rassemblements.
Le général Chabot, parti à la poursuite des bandes de Bourmont, avait prévu ces nouvelles manifestations royalistes, car il écrivait au premier Consul, le 26 janvier 1800, de son quartier général de
Laval : « Je dois vous observer que je laisse à découvert les
départements de la Mayenne, de la Sarthe et de Mayenne-et-Loire
mais je ne vous dissimule pas que j'ai encore sur celte partie beaucoup d'inquiétudes. Cette soumission est bien fraîche ; pouvons- nous compter sur sa sincérité ? Il reste encore plusieurs sous-chefs armés, qui sont brigands par essence, et que l'habitude du crime éloigne du pardon qui leur est offert. Ceux-ci ne se rendront point et je crains beaucoup qu'ils ne profitent de l'absence des troupes, pour assouvir leur vengeance envers les communes patriotes, que nous sommes
LES INSURGES ROYALISTES. LA GHOUANNElilE 245
obligés d'abandonner à leurs propres forces ' ». Les faits vinrent
malheureusement confirmer ces présomj)tions.
Le général De la Rue envoya toutefois le 21 pluviôse une proclamation du général Brune qui accordait « encore cinq jours en faveur des Cliouans, pour leur donner d'autant plus le temps de se rendre et de les faire revenir de leur erreur ». Cette proclamation fut immédiatement lue dans tous les cari'efours de la ville, afin que personne n'en puisse prétendre cause d'ignorance.
Le général De la Uuc, en agissant ainsi, continuait de se conformer aux ordres qu'il avait reçus précédemment du général Hédouville, dans cette lettre - :
Angers, le 4 pluviôse aa VIII de la République française, une et Indivisible.
Le général de division lieutenant du général en chef.
Au général Delarue, commandant la subdivision de la Sarthe, au Mans.
Je m'empresse, citoyen général, de vous prévenir que Monsieur de Bourmont et sa division, viennent de se réunir au.K divisions de MM. Chalillon et d'Autictiamp, qui ont accepté avec reconnaissance, la pai-K. M. de Bourmont va sans perdre de temps procéder au licenciement de tous les rassemblements de Chouans <pii existent dans sa division. Veuillez bien eu conséquence faire cesser toutes attaques jusqu'à ce que le temps strictement nécessaire pour effectuer ce licenciement soit écoulé. Prenez de votre côté toutes les mesures nécessaires pour en assurer l'exécution en y mettant la plus grande circonspection, parce que plusieurs des chefs chouans ne l'ont obtenu dans cette partie qu'en courant do grands risques. L'essentiel est que tous les chouans armés rentrent dans leurs communes, où on laissera des fusils aux propriétaires et fermiers, qui ne pourront s'en servir que dans leurs maisons et pour leur défense, contre les voleurs. Le licenciement effectué, tout individu qui sera trouvé hors de sa commune, armé d'un fusil, sera désarmé et mis en prison. C'est actuellement par une suite de mesures justes qu'il faudra exécuter avec autant de prudence que de fermeté, qu'on parviendra à consolider la tranquillité intérieure dans ces départements.
Salut et fraternité.