II
pouvoirs « pour acheter des grains au meilleur prix possible » ; enfin, par arrêtés du Comité de Salut public en date du 9 germinal, et de Dubois-Dubais, représentant du peuple, en date du 13 germinal (2 avril), la commune de Maniers fut encore autorisée à toucher au Havre, sur les arrivages qui s'y faisaient, deux mille quintaux de grains et quarante quintaux de riz ; mais il y avait souvent loin entre les promesses et les livraisons ; ainsi des messagers envoyés à Honfleur pour ramener cent cinquante quintaux de grains, n'en rapportèrent, le 18 floréal, que quatre-vingt-quatre, quantité à laquelle furent réduits les grains accordés à la ville de Mamers, sur ceux qui étaient débarqués au Havre '. La municipalité en conclut de suite « qu'il n'y avait pas de ressources à espérer sur les grains qui pourraient débarquer au Havre ». Du côté du département d'Eure-et-Loir, tout espoir de secours en grains était également perdu, car les représentants du peuple « avaient distribué une force armée de Paris pour empêcher que les grains ne soient transportés dans d'autres déparlements que celui de Paris. En supposant même qu'il y aurait eu de la certitude de trouver des grains pour la commune, soit dans le département d'Eure-et-Loir, soit au Havre, il y aurait à craindre que les grains qui y seraient achetés ne fussent interceptés dans leur transport par les communes qui manquent également de subsistances ». Pour ces motifs, la commune de Mamers se décida à demander au district l'autorisation de faire elle-même des réquisitions dans les communes du district, convaincue « qu'il peut encore s'y trouver quelques grains, qu'il sera plus facile de se les procurer et qu'ils arriveront plus sûrement que d'endroits éloignés » ^.
L'administration du district, reconnaissant les besoins extrêmes de Mamers, et que d'autre part les réquisitions, faites par le district pour l'approvisionnement des marchés, demeuraient en partie sans effet, elle autorisa la municipalité de Mamers à requérir et à faire partir « une force armée en quantité suffisante pour parcourir les ditîérentes communes du district et protéger l'arrivage des subsistances ». La municipalité de Mamers était ainsi autorisée à demander aux communes l'exécution de l'arrêté du 15 brumaire précédent, qui iixait le contingent des grains qu'elles devaient fournir ^ par chaque
(1) Archives de la Mairie de Maniers. Registre N. 18 floréal an III (7 mai 1795).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 16 floréal an III (5 mai 1795).
(3) Voir ci-dessus p. 44.
jour de marché, mais avec l'ecommandation « que l'emploi de ces mesures ne jette pas l'alarme et l'inquiétude ; qu'il faut au conti-aire faire en sorte que les habitants des campagnes ne voient dans les gardes nationaux de Mamers que des frères qui viennent implorer
leur humanité qu'il convient de donner aux cultivateurs et
propriétaires de grains les moyens de se montrer humains et bienfaisants »
Tous les frais de ces déplacements de la troupe restaient à la charge de la commune de Mamers, le district déclarant d'avance « n'avoir aucuns fonds disponibles pour frayer aux frais de ces sortes de déplacements ». La municipalité de Mamers avait à « chercher dans sa sagesse et dans ses ressources le moyen d'indemniser les gardes nationaux requis de marcher, s'ils exigent paiement ».
La Convention, par décret du 30 germinal, obligeait les communes à se pourvoir elles-mêmes des sommes dont elles avaient liesoin pour l'achat des subsistances ; la municipalité de Mamers dut donc se préoccuper immédiatement des sommes qui lui étaient nécessaires pour le paiement des grains qu'elle recherchait dans les communes du district afin de les transporter à Mamers. Elle ne voulut pas contracter un emprunt parce que « dans ce moment la commune perdrait considéraJ)lement par la nécessité où elle se trouverait de changer les assignats avec du numéraire métallique, sans lequel il ne serait pas possible de se procurer des grains » ; mais elle profita de ce prétexte pour faire rentrer les diverses sommes qui lui étaient dues. Le district de Mamers lui devait trente-sept mille livres avancées pour l'achat des grains du grenier ; le comité des approvisionnements de Paris lui était redevable de vingt-six mille livres jjour le prix de grains achetés par la commune de Mamers et cependant envoyés à Paris ; de plus le district de Mamers « qui a donné tant de preuves de ses soins et de son attention pour j)rocurer des subsistances à la commune, était disposé à lui confier encore pour l'achat des grains nécessaires, une partie de la somme de cinquante mille livres, qui était destinée pour les communes des campagnes, qui n'ont point accepté l'offre qui leur en avait été faite » '. Mais les rentrées furent difficiles à effectuer. Le district de Mamers envoya, le 20 floréal, un commissaire vers le représentant Du])ois-Dubais pour en obtenir un prêt de cinquante mille livres, et la municipalité écrivit le lendemain, au représentant
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 16 floréal an III (5 mai 1795).
du peuple Fleury, pour réclamer le paiement des grains enlevés pour Paris < :
Mamcrs, 21 floréal an 10.
Les maire et officiers municipaux de la commune de Mamers, district du même nom, département de la Sarthe,
Au citoyen Fleury, représentant du peuple, en mission dans le département d'Eure-et-Loir.
Citoyen représentant,
La commune de Mamers avait envoyé, d'après un arrêté de son conseil, le citoyen Barville en qualité de commissaire h Chartres pour y acheter des grains dont cette commune avait un pressant besoin. Le commissaire avait déjà rempli en panie par des achats l'objet de. sa mission, et il en avait payé le prix ; mais les grains qu'il s'était procurés furent arrêtés et envoyés à Paris pour contribuer à son approvisionnement. Cette opération fut faite le 17 ventôse dernier et jours suivants. Cent soixante-deux septiers de bled et onze septiers et minot d'orge achetés et payés pour la commune de Mamers furent enlevés pour Paris. Il était juste que le prix en fut rendu au commissaire Barville, aussi sur sa pétition vous voulûtes bien, citoyen' représentant, lui promettre qu'aussitôt qu'il serait de retour à Mamers, vous ordonneriez que la somme de vingt-six mille neuf cent vingt livres, à laquelle s'élevait les cent soixante-treize septiers et mine de grains, qui avaient appartenu à la commune, lui serait rendue.
Le déci-et de la Convention nationale qui charge les communes de s'approvisionner elles-mêmes, nous commande l'emploi de toutes nos ressources ; elles consistent en partie dans la somme de 26920 ' que vous avez promis de nous faire rendre ; nos besoins pressants en sollicitent le payement. Votre justice, votre bienfaisance nous l'assurent.
Salut et fraternité.
En déclarant que les besoins de Mamers étaient pressants, la municipalité ne pouvait pas être taxée d'exagération, car au 4 prairial il ne restait plus en magasin que deux cents quintaux de grains, non compris la réserve de trente quintaux, nécessaire pour l'hôpital, les prisonniers, le détachement en station à Mamers, et les troupes qui pourraient y passer. La distribution des grains est dès lors réduite
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4, n» 57. 21 floréal an III (10 mai 1795).
à huit livres par personne, et le prix du grain fixé à huit sols la livre. Le pain était vendu cinq sols la livre jusqu'à ce jour *. Cette triste situation ne pouvait que s'accentuer avec le temps et le 9 prairial un commissaire est envoyé au Mans « pour intercéder auprès du représentant du peuple Duhois-Duhais, considérant que la commune de Mamers se trouve dans la disette la plus aiTreuse et qu'elle a épuisé toutes ses ressources pour se procurer des subsistances ». Le conseil de la commune avait distribué par très petites quantités aux habitants de Mamers le peu de grains qui restait et qui « suffisait à peine pour alimenter ou plutôt pour empêcher de mourir de faim pendant dix jours ».
Mais le représentant Dubois-Dubais était sollicité de toutes parts, et il venait même d'accorder à la ville du Mans une réquisition de grains sur la commune de Marolles, ce qui produisit un confiit entre les commissaires du Mans et les délégués du district de Mamers.
Le décret du 2 prairial, concernant la subsistance des communes et des armées, chargeait les administrations de district de faire sur le champ un recensement dans chaque commune, tant des farines que des grains battus ou en gerbes, qui se trouveraient chez les habitants. Il devait être prélevé sur la quantité recensée la subsistance de la commune jusqu'à la récolte ; le surplus était alTecté à l'approvisionnement des armées et de la commune de Paris -.
Lorsque les administrateurs du district de Mamers, Guittier et Chevallier, se pi-ésentèrent à Marolles pour faire le recensement des grains, ils y trouvèrent un commissaire civil envoyé par l'administration du district du Mans « pour faire les recherches des subsistances et en même temps l'enlèvement en faveur de cette commune ». Les commissaires de Mamers protestèrent contre cette mesure, en s'appuyant sur le décret du 2 prairial qui était postérieur aux pouvoirs du commissaire du Mans, datés du 29 floréal. Le commi.ssaire du Mans en référa à son district qui, par un nouvel arrêté en date du 17 prairial, décida « que les grains i-equis par le citoyen Hubert dans la commune de Marolles seront enlevés et conduits au Mans nonobstant toute opposition ». Le représentant I)ul)ois-Dubais approuvait cet arrêté.
Le commissaire de Mamers ne se soumit pas à cette nouvelle injonction, il exposa « les angoisses de la faim qui tourmentaient les
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 4 prairial an III (23 mai 1795).
(2) Duvcrgier. Lois cl Décrets, t. VIII. p. 147.
citoyens du district de Mamers depuis plusieurs mois », tout en reconnaissant « que les besoins des frères du INIans étaient aussi pressants. Mais, ajoutait-il, lorsqu'ils deviennent égaux doit-il exister une rivalité entre des hommes dignes de la liberté ? Les réquisitions dont les citoyens de Marolles ont été frappés par le commissaire Hubert, ne portent-elles point atteinte à de pressants besoins ? Le citoyen commissaire du Mans ne pouvant désavouer qu'il n'a point calculé le strict nécessaire du cultivateur, il est donc incontestable que ses réquisitions sont arbitraires, et que si elles étaient exécutées il en résulterait pour les citoyens du district de Mamers des maux
dont on ne peut prévoir la suite » Guittier voulut dès lors faire
le recensement des grains de la commune de Marolles, pour prouver au commissaire du Mans « que l'enlèvement des grains dont il s'agit serait un acte aussi arbitraire qu'inhumain, s'il était exécuté dans toute sa rigueur ». En faisant cet inventaire il déclarait « qu'il voulait protéger de son pouvoir l'exécution des lois qui émanent de la Convention nationale, ainsi que des arrêtés des représentants du peuple qu'elle a envoyés en mission dans les départements, sans entendre porter atteinte à celui du représentant du peuple Dubois- Dubais qui ordonne l'enlèvement des grains de la commune de Marolles ».
Le commissaire du Mans, Hubert, persista dans sa réclamation, « présumant trop bien des sentiments d'humanité et de fraternité des citoyens du district de Mamers, pour croire qu'ils ne partageront pas une partie de leur strict nécessaire en faveur de la malheureuse commune du Mans, qui est aux prises avec les horreurs de la famine ». Il se retira cependant avec la force armée qui l'accompagnait, laissant la place libre au commissaire Guittier et au détachement de troupes qui était venu de Mamers. Le conseil général de la commune de
Marolles, « frappé du sentiment de sensibilité déclara qu'il ferait
tout ce qui serait en son pouvoir pour engager les citoyens de Marolles à aller au secours de ceux du Mans, aussitôt le recensement fini, et qu'il distraira même une portion du strict nécessaire » i.
A cette époque la rareté des grains était telle à Mamers, que les boulangers cessèrent de cuire pour la vente du pain au public ; un seul. Sergent, continua de cuire, mais seulement pour le service des
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Extrait des délibérations de la commune de Marolles. 15-19 prairial an III (3-7 juin 1795).
prisonniers. D'après sa déclaration à la municipalité, voici quels étaient ses prix d'achat des grains et de vente du pain : « En floréal il achetait le grain sur le pied de vingt-six livres le quintal et faisait payer le pain cinq sols la livre ; en prairial, il achetait le quintal de grain quarante francs et vendait le pain treize sols la livre ; en messidor le grain lui coûtait cent livres le quintal, et le pain lui était paj^é à vingt-trois sols la livre ; en thermidor et fructidor le prix du quintal de grains s'élevait à quatre cents francs, ce qui portait le pain à quatre francs la livre ; en vendémiaire le hoisseau de grains était de soixante-dix francs et le pain à vingt-cinq sols la livre » K
Le recensement continué dans les autres communes du district ne donna aucun résultat suffisant ; les commissaires ne trouvaient rien, et les communes promettaient peu, encore oubliaient-elles souvent de tenir leurs promesses. Ainsi, le 30 prairial, le directoire du district de Mamers « considérant que les établissements publics de Mamers, tels que l'hospice d'humanité et le service public, tel que le fournisseur des étapes militaires, sont dépourvus de grains », se rappela que Dangeul avait promis dix boisseaux de grains, et Thoigné six. Un commissaire partit pour se livrer de ces grains promis, mais il ne rapporta que cinq boisseaux de Dangeul, et n'obtint rien à Thoigné ; et son déjeuner lui avait coûté quarante-cinq livres.
La municipalité fit de suite connaître au district le résultat de cette réquisition, par la lettre suivante - :
Mamers, 7 messidor an III.
Les officiers municipaux de la commune de Mamers aux citoyens administrateurs du district de Mamers.
Citoyens,
Nous nous empressons de vous donner connaissance que la réclamation des grains qu'on a faite dans les communes de Dangeul et de Tlioigné, n'a point eu le
(1) Arcliivcs de la Mairie de Mamers. Registre J. 9 l)rumaire an IV (31 octobre 1795). — Dans l'appréciation de ces prix il faut évidemment tenir compte de la dépréciation des assignats qui, en floréal, ne représentaient plus que sept pour cent de leur valeur nominale, et en fructidor deux pour cent. Voir plus loin page 65.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4, n» 61. 7 messidor an III (25 juin 1795;.
succès qu'on devait attendre d'après votre arrêté. La commune de Dangeul n'a fourni que cinq boisseaux de grain dont trois et demi en orge, et un et demi en mouture ; la commune de Thoigné a refusé de faire la moindre fourniture.
Cependant le peu que nous avons reçu va être bientôt dissipé. Nous nous reposons sur vos soins et votre sollicitude pour procurer aux infirmes de l'hôpital de cette commune, aux prisonniers, aux défenseurs de la patrie qui sont dans nos murs, et à ceux qui y passent journellement, le pain qui leur est nécessaire, et qu'incessamment nous serons dans l'impossibilité de fournir, n'ayant plus en magasin que six boisseaux de grains qui vont se trouver consommés dans peu de jours.
Le district ne pouvait rien obtenir non plus de son côté, et n'accordait aucun secours à la commune de Mamers, dont la situation s'aggravait de jour en jour. Le 9 messidor la municipalité devenait encore plus pressante et écrivait à nouveau au district pour lui expliquer sa position critique ^ :
Citoyens,
La municipalité sensiblement affectée des persécutions qu'elle éprouve par la quantité des demandes qu'on lui fait pour la partie trop intéressante des subsistances, réitère ses doléances et observations à l'administration du district et la prévient que les communes de Dangeul et de Thoigné qu'on nous avait annoncé devoir fournir 16 boisseaux n'en ont voulu fournir tout au plus que cinq.
D'après cette diminution la municipalité voulant toujours parer aux besoins les plus pressants a pris le parti de faire un relevé de ceux qui dans la commune avaient déclaré avoir plus que pour leur consommation, jusqu'à la récolte. La municipalité leur a fait demander partie du surplus pour allonger un peu ses besoins et ses ressources ; mais elle a eu le désagrément et la douleur de se voir refuser par tous, à l'exception des citoyens Girard, arpenteur, et Blondeau l'aîné, qui à eux deux ont fourni quatre-vingts livres.
Le bureau de subsistance est absolument épuisé.
Nous avons journellement deux cent cinquante octogénaires qui par leur âge, leurs infirmités et leur peu de moyens sont dans l'impuissance d'aller courir les campagnes pour y aller chercher de quoi se subsister. Nous avons l'hôpital à qui il faut régulièrement quatre quintaux de grain par semaine.
Les volontaires, les détenus, et la troupe de ligne, qui passe journellement, consomment à peu près six quintaux par semaine.
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4, no 62. 9 messidor an III (27 juin 1795).
Ainsi, citoyens administrateurs, nous vous faisons le tableau exact de notre position et de notre détresse. Veuillez y remédier et tâcher s'il vous est possible de parer aux maux qui pourraient en être la suite.
Les habitants de Mamers furent bientôt réduits en grand nombre à aller eux-mêmes dans les campagnes « cherclier le pain qu'ils ne purent se procurer qu'en sollicitant la pitié des cultivateurs ».
Ces réquisitions particulières dans les campagnes se pratiquaient déjà depuis quelque temps, ainsi que le constatait le procureur syndic du district de Mamers dans une lettre à son collègue près le département : « La disette des subsistances que nous éprouvons d'une manière cruelle, écrivait-il le 15 floréal, ouvre encore la porte à un genre d'abus qui concouit au désordre qui afflige nos contrées. La faim arme les citoyens indigents contre les cultivateurs dont on enlève les grains par violence. De là des plaintes, des dénonciations, des batteries ; dernièrement nous avons été instruits d'un événement fâcheux dont la disette est la seule cause. Des hommes au nombre de sept se sont portés chez un cultivateur ; soit que ce dernier ait été le provocateur, soit qu'il n'ait fait que repousser la force, par la force, des coups de fusil ont été tirés, le sang a été versé et l'un des sept est dangereusement blessé ' ».
Le Comité de Salut public tenta de modifier cette manière de vivre par son arrêté du premier fructidor, qui chargea les autorités constituées de déterminer les quantités de grains qui devront être portées chaque jour de marché et de foire, par les cultivateurs, propriétaires et fermiers, en raison de leur exploitation et des quantités de grains qu'ils ont à vendre, de manière que les marchés soient également approvisionnés pendant tout le cours de l'année. Le directoire du district de Mamers décida l'application immédiate de cet arrêté. La municipalité nomma des commissaires pour surveiller les halles et tenir des registres où seraient inscrits les noms des cultivateurs qui amèneraient des grains au marché ; mais dès le 17 fructidor les officiers municipaux étaient « frustrés dans leur attente. Nous i)ensions, écrivent-ils au directoire du district, que les cultivateurs se feraient un devoir d'amener ce jour des grains à la halle de cette commune, d'après l'arrêté du Comité de Salut public dont vous leur avez donné connaissance. Nous sommes persuadés que votre sagesse
(1) Arcliives de la Sarthe. L, 500. 15 floréal an III (4 mai 1795).
va s'empresser de parer aux inconvénients qui résulteraient de l'insouciance des cultivateurs à remplir l'exécution dudit arrêté du Comité de Salut public ^ ».
Quelques jours après, la municipalité écrivait encore : « Les halles qui devaient être approvisionnées en grains, ne sont fréquentées que par le peuple qui attend inutilement sa subsistance, et dont l'œil inquiet cherche en vain le cultivateur qui l'alimentait ; si l'espoir seul d'un meilleur avenir pouvait le maintenir dans ses privations, mais où en verra-t-il le fondement si ce n'est dans les mesures que la bienfaisance de l'administration de district a prises et renouvellera pour forcer les cultivateui's à amener à la halle de Mamers, une quantité suffisante de grains pour la consommation journalière - ».
Les approvisionnements des halles continuèrent à être insuffisants, ce qui produisit une certaine effervescence. Le 18 brumaire, la municipalité fut informée « qu'un certain nombre de citoyens égarés et agités par la malveillance se disposaient, sur le prétexte de se procurer des sul)sistances, de se porter le lendemain en force dans les campagnes pour forcer les cultivateurs à leur fournir du grain ». Mais elle s'opposa à cette manoeuvre et prit toutes les mesures « pour maintenir l'ordre et la tranquillité publique et veiller à la sûreté des personnes et des propriétés ». Elle organisa un service de patrouilles sur les routes, pour protéger les cultivateurs qui amenaient des grains au marché, afin qu'ils ne soient pas pillés avant leur arrivée ; malgré ces mesures elle parvenait avec peine à empêcher le pillage sur les marchés, tant les grains étaient rares.
Le 17 frimaire la municipalité, pour apporter un terme à ce pillage des marchés, décida la création d'un magasin de subsistances où les grains, achetés de gré à gré, seraient déposés en exécution des réquisitions faites par les autorités constituées. Elle fit faire un recensement général dans les cinq cantons du district de Mamers, dans le but de connaître les quantités de grains qui y existaient et les noms de leurs possesseurs. Les commissaires avaient reçu une escorte suffisante pour assurer leur mission. Ils devaient noter « le nom du cultivateur, la quantité approximative et cumulative de tous les arpents de grains qui se peuvent trouver chez lui, la population de la maison, y compris
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4. 17 fructidor an III (3 septembre 1795).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 24 fructidor an III (10 septembre 1795).
les domestiques attachés à la demeure, le bailleur de fonds ou le propriétaire, le prix de la ferme qu'il soit stipulé en argent ou en nature, si la contribution foncière est payée par le fermier ou par le propriétaire ».
Après avoir acquis ces connaissances la municipalité divisa par cantons le contingent de grains nécessaires à la consommation des habitants de Mamers, d'un marché à l'autre ; cette répartition frappait le cultivateur comme le propriétaire de grains, sous la déduction faite de la consommation de la maison. La municipalité prévoyant de l'opposition, décida de suite que, dans le cas où les cultivateurs tenteraient de se refuser à ces réquisitions, on leur appliquerait les peines édictées par la loi, et la force armée serait envoyée chez eux pour y séjourner à leurs frais jusqu'à ce qu'ils y aient satisfait.
Une commission était nommée par l'administration municipale de Mamers pour recevoir les grains, traiter leur achat de gré à gré avec les cultivateurs, et en payer le prix d'acquisition.
Pour réunir l'argent nécessaire à ces acquisitions le conseil général de la commune fit appel à la générosité des habitants, leur demandant « à titre d'avance volontaire, et pour un temps déterminé, une somme à la volonté de tout citoyen indistinctement ; lesquelles avances seront inscrites sur un registre qui sera déposé aux archives de la municipalité ».
Les grains ainsi achetés étaient distribués sur le pied de l'achat, auquel étaient ajoutés les faux frais, « de manière que la somme dél)oursée rentre en caisse, dans toute son intégrité, pour être réemployée au marché suivant, être rendue à celui qui l'aura avancée, en mêmes espèces et sans avoir égard à la différence qui pourra s'opérer dans la valeur ' ».
Ces sages dispositions n'eurent pas l'heureux résultat qu'elles méritaient, car un mois plus tard la municipalité était obligée d'adresser un nouvel appel aux administrations municipales des cantons de Marolles, de Courgains et de Saint-Cosme - ; cet appel i-enfermait même des menaces :
Citoyens, Dites h vos administrés que les habitants de Mamers sont réduits à la plus
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 17 frimaire an IV (8 décembre 1795).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4. 10 nivôse an IV (31 décembre 1795;.
grande famine, dites leur qu'ils ne peuvent plus supporter ce fléau destructif de l'espèce humaine, dites leur que s'ils sont plus longtemps indifférents sur leur sort, ces malheureux citoyens iront où est l'abondance.
Aujourd'hui il n'y avait au marché qu'un seul boisseau de grain pour alimenter la ville ; il n'y a plus à balancer, il faut que le cultivateur vienne au
secours de l'habitant de la ville. Du pain du pain il en faut pour
lundi ou la force armée marchera pour l'exécution de la loi ; point de grâce pour celui qui ne justifiera pas avoir obéi aux réquisitions, nous vous demandons donc pour ce même jour la quantité de (Marolles 600, Courgains 400, Saint-Cosme 200 quintaux de grain). Sur le champ que chaque agent de vos communes se fasse rendre un compte exact des retards apportés aux réquisitions qui vous ont été faites.
Ici nous ne vous commandons point, c'est l'humanité, c'est le besoin. Sous
ce rapport nous croyons que vous ne serez pas indifférents. Nous sommes en
attendant du pain,
Vos frères et vos amis.
P. S. — Le grain que nous vous demandons, ne sera distribué qu'aux véritables nécessiteux, en conséquence vous en ferez le dépôt dans la cy-d' église de la Visitation. Les mesures pour la liberté de l'arrivage seront prises.
Les administrateurs du canton de Marolles répondirent aussitôt qu'il ne fallait plus compter sur les communes de Ponthouin et de Disse, pour l'approvisionnement du marché de Mamers, parce que ces communes avaient été requises par l'administration départementale pour alimenter le marché de Ballon.
La municipalité de Mamers adressait en même temps aux habitants de Mamers un appel à la patience et à la modération dans les actes à l'égard des cultivateurs '.
Frères et amis,
Vos magistrats ont fait part au représentant du peuple Dugué d'Acé de l'affreuse disette de subsistances que vous éprouvez.
Son humanité en a été attendrie.
D'après ses conseils, avant que la force armée se déplace, nous allons tenter une dernière mesure fraternelle envers les cultivateurs, en leur exposant vos pressants besoins.
Douze cents quintaux de grains sont demandés aux cantons de Marolles, Courgains et Saint-Cosme.
(1) De rhnprimerie de Boulanger à Mamers. 12 nivôse an IV (2 janvier 1796).
Si lundi prochain votre halle n'est pas approvisionnée, mardi la force armée marchera et ne rentrera dans vos murs, que lorsque vous aurez du pain.
Amis des lois, chargés de les faire respecter, nous devons vous dire que jusqu'à ce jour, nous n'avons cessé d'être indignés de la conduite qu'un grand nombre d'entre vous a tenue envers les cultivateurs ; vous n'avez pas su respecter leurs personnes, ni leurs propriétés, vous les avez au contraire outragés , et même exercé envers eux des actes de violence ; vous ne cessez d'aller au-devant de ces cultivateurs les jours de marché, pour vous emparer de leurs grains ; par vos démonstrations menaçantes vous les intimidez et les forcez de vous les donner pour un prix au-dessous de leur valeur à cause du malheureux discrédit des assignats.
Citoyens, cette conduite est irrégulière, et est anarchique et conséquemment bien contraire à votre bonheur. Loin d'agir ainsi, exercez dorénavant envers les cultivateurs la douceur et l'honnêteté, alors vous verrez renaître l'abondance.
Si vous êtes indifférents à nos observations, nous avons résolu de déployer envers vous la sévérité que la loi commande et qui ordonne l'emprisonnement ou l'amende si le cas y écheoit. Lundi la force armée sera sur pied, elle sera chargée d'arrêter tous ceux qui se permettront d'aller au-devant des cultivateurs ou d'user envers eux de violences et de manque de respect.
Guilticr, commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale de Mamers, fit connaître cette proclamation aux habitants des campagnes, en rappelant aux administrations cantonales qu'elles devaient s'inspirer des dispositions de la loi du 7 vendémiaire sur la police du commerce des grains : « Dites aux cultivateurs, leur écrit-il, qu'ils ne peuvent vendre leurs grains chez eux ; dites leur qu'il faut que la halle de Mamers soit approvisionnée, sans quoi la force armée marchera pour les y contraindre. Les besoins pressants des citoyens
de Mamers, m'imposent l'obligation de vous rappeler la loi
Songez qu'il est difficile de contenir un peuple lorsqu'il est tourmenté
par les horreurs de la famine Il est inutile de vous parler des
suites qui pourraient résulter du défaut d'approvisionnement des marchés. Vous devez savoir que les attroupements qui ont déjà eu lieu dans quelques communes du ci-devant district de Mamers n'ont pas su respecter vos propriétés. Hé l)ien ! pour en éviter de semblables et même de plus conséquents, il faut du pain ! . . . . Les citoyens de Mamers m'ont chargé de vous en demander • ».
(1) De l'imprimerie de Boulanger à Mamers. 13 nivôse an IV (3 janvier 1796). — Voir Archives de la Sarihe. L, 275. Marolles, 15 nivôse an IV (5 janvier 1796). Affiche imprimée chez Boulanger, concernant l'afTaire des grains de Marolles.
Cet aiipel resta sans réponse satisfaisante et la municipalité de Mamers, décidée à agir avec énergie, répondait, le 15 nivôse, aux protestations de la municipalité de Marolles * : « Il nous faut du pain. Infructueusement nous vous en avons demandé ; aujourd'hui la force armée se rend chez vous, et elle est chargée de ne pas abandonner vos foyers sans que vous ayiez fourni les six cents quintaux de grains
que nous vous avons demandés Il nous en coûte beaucoup de
prendre des mesures aussi sévères, mais lorsque le besoin commande, ce serait pour nous un crime que pourraient nous reprocher justement nos concitoyens, si nous restions indifférents sur leur malheureux sort. Nous vous recommandons d'avoir soin de notre ti'oupe qui .saura respecter les personnes et les propriétés ».
La municipalité de Marolles protesta à nouveau contre ce procédé qu'elle estimait illégal et elle ne voulut accorder que deux cent soixante-treize quintaux de grains, prétextant que les communes de Saint- Aignan et de Mézières ne pouvaient rien fournir, et que d'autre part les communes de Disse et de Ponthouin avaient été distraites pour le marché de Ballon.
Après trois jours d'attente les officiers municipaux de Mamers, étonnés de ne rien recevoir, adressèrent des reproches à leur commissaire civil à Mai'oUes : « Sans vouloir nous permettre de blâmer votre conduite, nous ne pouvons cependant vous dissimuler combien nous devons être surpris, vu le peu de grains que nous recevons aujourd'hui à la halle, que vous auriez dû nous prévenir des motifs qui l'ont empêché. Vous n'ignorez pas d'après les précautions que nous avons prises, que le peuple était prévenu qu'il recevrait au moins de quoi subvenir à son plus pressant besoin. Cependant vous êtes depuis avant-hier à Marolles, il est deux heures après midi et nous n'avons
que six boisseaux de blé à la halle Si vous croyez que la force
armée que vous avez à vos ordres ne suffisait pas, vous n'avez qu'à nous le marquer, nous mettrons à votre disposition la quantité de gardes nationales qui vous sera nécessaire » '-.
Le même jour la réponse du commissaire Paris leur fit connaître les difficultés soulevées par l'administration de Marolles, et la démarche
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre R 4. 15 nivôse an IV (5 janvier 1796).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. 17 nivôse an IV (7 janvier 1796).
que faisait cette commune auprès du département pour obtenir le renvoi de la force armée.
La municipalité de Mamers délégua aloi's le commissaire Barville pour se transporter sur le champ auprès du département, afin de prier cette administration de venir promptement au secours des citoyens de Mamers, et de donner à la municipalité l'autorisation d'envoyer la force armée dans toutes les communes du ci-devant district de Mamers, qui sont dans l'usage d'approvisionner son marché, toutes les fois que les cultivateurs n'auront pas satisfait aux réquisitions. Ce même commissaire devait aussi exposer au département que l'application du règlement du 17 frimaire avait bien fait venir quelques grains au marché, mais que cette vente n'avait pas duré longtemps, « plusieurs communes se montrant récalcitrantes et faisant la sourde oreille aux fréquentes demandes et supplications qui leur étaient adressées. La commune de Marolles entre autres, qui était taxée à cinquante quintaux de grains par semaine, n'en avait fourni à cette époque, d'après la vérification des registres, que cent cinquante trois quintaux, étant donc en retard de près de six cents. Devant le refus fait par les commissaires de Marolles d'exécuter les réquisitions, il ne restait donc plus à l'administration mamertine, craignant l'insurrection et le soulèvement d'un peuple affamé, qu'à employer la force » *.
Le représentant du peuple Dugué-d'Assé approuva la conduite de la municipalité de Mamers et lui offrit même « tous ses services », mais les administrateurs du département lui envoyèrent un blâme. Ils lui écrivirent le 18 nivôse : « Nous pourrions élever des remontrances sévères sur l'article des convenances et des formes que vous avez étrangement blessées, nous aimons mieux être juges conciliateurs entre votre administration et celle de Marolles. Nous sentons combien vous devez être affectés de la détresse dans laquelle gémissent vos concitoyens, faute d'être secourus par les communes qui doivent les apjîrovisionner. Nous requérons la municipalité de Marolles de vous porter régulièrement son contingent hebdomadaire, et d'acquitter sur son arriéré quatre cents quintaux dans le courant du mois présent, sauf à statuer sur les deux cents autres quintaux. De votre côté vous êtes requis de retirer la force armée et de ne point l'employer dorénavant hors de votre territoire sans y être autorisé par notre administration » ^.
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 17 nivôse an IV (7 janvier 1796).
(2) Archives de la Sarthe. L, 157, f» 52. 18 nivôse an IV (8 janvier 1796).
Le corps municipal répondit au département : « Il y a des circonstances où le magistrat se trouve forcé de prendre des mesures qui contrarient la loi, afin de prévenir des malheurs dont les suites seraient funestes à la République. Si nous avons envoyé la force armée à Marolles sans y être autorisés de votre part, ce n'a été que parce que le peuple était disposé à s'y porter en masse ; de deux fléaux il fallait adopter celui qui paraissait le moins dangereux, nous l'avons fait, non avec des intentions impures, mais bien avec l'intime persuasion que la force ai'mée, de laquelle nous avons disposé, saurait respecter les personnes et les propriétés » *.
Une des causes de la rareté des grains sur les marchés provenait de l'application de la loi du 2 thermidor an III, qui ol)ligeait les fermiers des lieux ruraux à payer la moitié du j^rix de leur ferme en nature de grains ; de même les cultivateurs étaient dans l'obligation de payer leurs journaliers en grains. L'agent municipal de Chenay, entre autres, faisait valoir ces motifs dans une lettre qu'il adressait le 18 nivôse an IV au commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale de Mamers, pour expliquer que sa commune était dans l'impossibilité de l'cmplir les réquisitions qu'elle avait reçues. Il venait de faire la répartition des deux quintaux de grains, réquisitionnés pour chaque décade, entre les cultivateurs de la commune de Chenay, conformément à l'arrêté du déi^artement de la Sarthe, mais il reconnaissait que les cultivateurs de sa commune étaient incapables de satisfaire à la demande de Mamers. Après avoir prélevé la moitié du prix de la ferme payée en nature, réservé la semence de mars, le peu de grains qui restait chez le cultivateur était insuffisant pour le faire vivre jusqu'à la prochaine récolte.
Sur les conseils du département, la municipalité de Mamers veilla dès lors plus que jamais sur la police de ses marchés, afin que le cultivateur y put traiter ses affaires en pleine sécurité, et dans le marché du 21 nivôse la force ai-mée, mise sur pied, avait maintenu l'ordi'e absolu. Les commissaires constatèi'ent « que la plus grande tranquillité a régné pendant la vente des grains, que le cultivateur a été respecté ainsi que sa propriété ; il a vendu ses grains librement, soit en matière numérique, soit en assignats, de manière qu'il ne leur est pas parvenu la moindre plainte ».
(1) Arcliivcs de la Mairie de Mamers. Registre R 4. 19 nivôse an IV (9 janvier 1796). — Pour plus de détails sur celte alTairc voir ci-dessus, tome I, page 268 et seq.
Le blé vendu payable en assignats avait atteint le prix de neuf cents livres le boisseau, tandis que payé « en matières métalliques » il n'avait pas dépassé le prix de sept livres le boisseau *. Ce prix était bien inférieur aux prix des marchés précédents, car pour le mois de nivôse le prix en numéraire du quintal de froment avait atteint douze livres et plus ; en vendémiaire, neuf livres ; en brumaire, dix livres ; et en frimaire dix livres dix à quinze sous.
Malheureusement l'approvisionnement des marchés ne dura pas longtemps, comme le prouve cette lettre - :
Mamers, 26 nivôse an IV.
Le corps municipal de la commune de Mamers et le commissaire du directoire exécutif de concert avec le citoyen Hardouin Fichardière, ex-procureur syndic du district de Mamers,
Aux citoyens administrateurs du département de la Sarthe.
Citoyens,
La lettre que vous avez écrite à l'administration municipale de MaroUes, par laquelle vous l'autorisiez à renvoyer la force armée que nous avons été contraints d'y envoyer pour demander du pain leur a servi de triomphe. Loin de répondre aux ordres que vous lui avez donnes d'approvisionner le marché de Mamers des 400 quintaux dont la commune de MaroUes était arriérée, elle a cru devoir s'y soustraire. Le marché de lundi dernier ne contenait environ que 100 boisseaux dont la majeure partie ont été amenés par les cultivateurs des autres communes ; au marché de jeudy il n'y avait pas une seule mesure de grain. Tout le peuple s'était porté à la halle dans l'espérance de s'y approvisionner ; jugez de sa douleur et de son indignation ; de toutes parts nous n'entendions que des cris, des gémissements, et demander du pain ! ! !
Il est inutile de vous dire que cette journée fut pour nous un jour de deuil, et combien il fut difficile de faire taire des pergonnes qui n'ont pas de subsistances. Toutes les plaintes étaient particulièrement portées sur la commune de MaroUes, dont la majeure partie des habitants a le cœur aussi dur que le bronze et sans humanité pour ses semblables.
Citoyens administrateurs vous nous faites un crime d'y envoyer la force
armée sans votre autorisation. Oui c'en était un aux yeux de la loi Hé bien !
si vous aviez été dans notre place, comme nous vous l'auriez fait afin d'empêcher
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre J. 21 nivôse an IV (11 janvier 1796).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4. 26 nivôse an IV (16 janvierl796).