II
un soulèvement général, dont les suites auraient été mille fois plus funestes aux habitants de MaroUes que la perte de quelques volailles qui ont servi de nourriture aux hussards et aux chasseurs ; l'odieux de laquelle vous a été mille fois plus grossi. Nous sommes bien éloignés d'approuver les excès qui ont été commis, nous l'avons dit et nous le répétons encore.
Hâtez-vous, citoyens administrateurs, si vous voulez prévenir des malheurs que nous ne pourrons empêcher, de fixer un contingent de communes suffisant pour l'approvisionnement du marché de Mamers et surtout nous vous prions de nous autoriser à y envoyer la force armée, sans quoi vos réquisitions demeureront sans effet, oui, elles resteront sans effet, nous devons vous le dire, car nous connaissons les habitants de nos campagnes.
Vous trouverez ci-joint le tableau que vous avez demandé ainsi que l'arrêté du cy-devant district de Mamers, du 3"'° jour complémentaire de l'an IIL Nous vous invitons de le prendre en considération.
Salut etc.
Pour répondre à cette plainte, l'administration du département de la Sarthe, dans sa séance publique du 7 pluviôse (27 janvier), prit un arrêté en faveur de la ville de Mamers, dans lequel elle reconnaissait la justesse des doléances de ses habitants et lui accordait les moyens de subvenir à leur alimentation. Après avoir observé que la commune de Mamers, dans les précédentes mesures prises contre Marolles, avait outrepassé ses droits, agissant en dehors des limites de son canton, sans autorisation spéciale, comme aurait fait l'ancienne administration de district, elle reconnaissait indispensable « en conséquence de l'état de choses établi par la nouvelle organisation des autoz'ités constituées de canton, de fixer l'arrondissement nouveau du marché de Mamers, de déterminer le nombre des communes qui le composeront, avec le contingent de chacune, et ainsi de venir au secours d'une commune populeuse, qui doit fixer d'une manière spéciale la sollicitude des administrateurs, conformément à la loi du 7 vendémiaire dernier ». En conséquence une liste fut dressée des communes qui fourniraient chaque semaine, aux jours accoutumés des marchés, une quantité de grains détei'minée.
« Cette quantité de grains déterminée et assignée à chacune des dites communes, sera répartie entre les cultivateurs, par les administrations municipales de chaque canton et les agents de chaque commune, qui demeurent chargés d'en poursuivre la livraison sous leur responsabilité, avec toute la rigueur de la loi du 7 vendémiaire. — Les cultivateurs de leur côté sont tenus d'obéir à la réquisition qui
leur sera donnée par leur administration municipale, ou les agents de leur commune, sous peine d')- être contraints par la force armée. »
Dans le cas où ces articles ne seraient pas observés, la municipalité de Mamers était désormais autorisée, « après avoir épuisé les voies de la persuasion, à faire usage partout où il appartiendra de la force armée, en se conformant préalablement à ce qui est prescrit par la loi du 17 vendémiaire ».
La municipalité fit afficher dans toutes les communes cet arrêté du département et informa les agents municipaux qu'ils étaient chargés de la répartition du contingent de leur commune. Elle les avertissait en même temps que si <c quelques cultivateurs, pour se soustraire à cet approvisionnement, prétendaient ne pas avoir de grains battus, les agents municipaux des communes demeuraient chargés de mettre sur le champ, chez ces particuliers des batteurs et d'assurer, à leurs frais, des voitures pour conduire les grains au marché de Mamers ». Si ceux-ci opposaient quelque résistance la municipalité de Mamers enverrait immédiatement la force armée.
Si les administrations municipales de canton ou les agents municipaux des communes négligeaient de faire la répartition du contingent, ils seraient poursuivis devant les tribunaux.
Pour limiter les acquisitions de grains, la municii^alité de Mamei's, dans le même arrêté avait spécifié que « nulles personnes ne seront admises à acheter des grains aux marchés de Mamers, si elles ne sont nanties d'un bon de leur administration, qui constate leurs besoins et le nombre de bouches qu'elles ont à nourrir ».
Dans la commune de Mamers il devait être dressé un état « sur lequel seront portés tous les pauvres nécessiteux, les invalides, les ouvriers, etc. qui sont dans l'impossibilité de se procurer des subsistances, soit par leur travail, commerce, industrie mi autrement. Il n'y aura que ceux-ci, auxquels il sera délivré des bons, qui pourront s'approvisionner à la halle. Tout autre qui n'en sera pas porteur n'y sera pas admis ».
Ces arrêtés, comme les précédents, restèrent sans effet utile et dès le 13 ventôse, la municipalité de Mamers constatait « que peu des agents nationaux se sont mis en devoir de remplir les obligations que leur prescrivaient les articles 10 et 15 de la loi du 7 vendémiaire de l'an m ; que les états de répartition n'ont point été adressés par eux à l'administration municipale de Mamers, ainsi qu'ils étaient chargés
de le faire ». Comme conséquence de cette inertie des agents, le dernier marché de Mamers n'avait reçu que huit à dix boisseaux de grains. « De ce défaut d'approvisionnement, il s'en est ensuivi des plaintes et des menaces dont il est instant de prévenir les funestes effets, que la faim ne pouvant s'ajourner, il faut tenter une dernière mesure de conciliation envei's les cultivateurs requis d'approvisionner le marché, avant d'envoyer la force armée pour les y contraindre » ; tels sont les motifs sur lesquels s'a])puie l'administration de Mamers pour prendre un nouvel arrêté et envoyer « des commissaires civils auprès des administrations municipales des cantons de Courgains et Marolles, pour les inviter à leur rendre compte des mesures qu'elles ont dû prendre pour la répartition, entre les cultivateurs, du contingent de grains assigné à chacune des communes de leurs arrondissements respectifs ». Ils devaient également exposer « les besoins des citoyens de Mamers devenus plus pressants que jamais par le défaut d'approvisionnement du marché, requérir les agents nationaux de mettre tout en usage pour faire parvenir leur contingent au marché de lundi prochain ; les inviter de mettre des batteurs dans les granges des cultivateui's qui prétendraient n'avoir pas de grains battus et ne pouvoir se procurer de bras ».
Les commissaires devaient déclarer « que leur démarche n'est dictée que par l'amour et la bonne intelligence que l'administration désire maintenir envers les citoyens des campagnes et particulièrement envers leurs magistrats », mais aussi qu'elle rend les agents responsables de leur négligence et que « si par mauvaise volonté ou autrement les marchés du lundi et autres subséquents ne se trouvent pas suffisamment appi'ovisionnés, la force armée sera envoyée dans les communes aux frais des contrevenants qui seront en outre poursuivis conformément à l'article 13 de la loi » i.
Devant cette énergique persistance de la municipalité de Mamers les nouvelles administrations cantonales durent céder. Après la suppression de l'administration de district, elles avaient essaj'é de se soustraire aux réquisitions de la municipalité de Mamers ; elles avaient été soutenues par le département au début de leurs protestations, mais maintenant elles devaient obéir. Les marchés de Mamers furent dorénavant approvisionnés de grains en quantité suffisante. Il y eut
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre J. 13 ventôse an IV (3 mars 1796).
bien encore quelques jours de disette ', mais la famine n'éprouva plus la population de la ville, comme pendant les quatre années que nous venons de traverser, de 1792 à 1796.
(1) Ainsi le 5« jour complémentaire de l'an VI (21 septembre 1798), l'administration municipale de Mamers écrira au département de la Sarlhe : 4 Nous vous demandons encore du pain pour des prisonniers qui ne peuvent en aller chercher » Mais cette disette est due à la pauvreté du trésor public qui ne payait
pas ses fournisseurs. Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 2, n" 568.