‹ La ville et les champs 1870-1871Chapitre 2 sur 21 · LETTRE A L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

LETTRE A L'ÉDITEUR

une liislnirr conlcmpnrainc des deux réciLs qui font 1(1 (rame de ce polit volume cl sur luqucHe nous nous sommes l)ien inutilement e.vereés :

Peu d'années avant la guerre, M. de R... était attaché à l'ambassade de Berlin. Il connut alors le maréchal de Moltke qui se prit pour le jeune Français d'une véritable affection. Souvent M. de R. . . se rendait chez lui le soir ; il était reçu par le maréchcd et par sa femme avec la simplicité et la cordialité de l'ancienne Allemagne. Vers 1866, appelé à un (Uitre poste, ce ne fut pas sans regret qu'il quitta les deux vieillards. Survint la guerre. Le hasard fU (pic M. de R... fut choisi par Jules Favre pour l'accompagner (i Ferrières. Il le quitta (ui seuil du salon oii le ministre allait conférer avec Bismarck sur les conditions de la paix, et sortit dans le parc. Son anxiété, on l'imagine aisément... Il venait de .s'engager dans une allée assez étroite quand il aperçut un long corps enveloppé d'une longue redingote et qui laissait traîner derrière lui un long sabre dans les feuilles. En ce promeneur taciturne qui s'avançait, la visière de sa casquette rabattue

sur ses tjcii.r d Ut irle Ixtissée, M. de R... rcconniil le maréchdl de Mail Le. Sa prcmu'vc pensée fui de chercher une allée pour l'éviter. Il n'y en avait pas. Quelle atlitude allaii-il avoir devant cet homme qu'il avait quitté comme un ami et qu'il retrouvait comme un vainqueur"? Le saluerait-il ? Lui parlerait-il ? Il redoutait également de lui paraître grossier ou de lui sembler humilié. Celte incertitude ne laissait plus aucune aisance à ses gestes ; il s'avançait comme un automate. Cependant le maréchal avait levé la télé, l'avait aperçu, le regardait ; quelques pas à peine le séparait de M. de R...; il obliqua légèrement, s'approcha de lui, porta la main à sa visière, et scms s'arrêter, lui dit :

— Meine Gattin ist gestorbeii *".

Fallait-il donc si longtemps pour s'apercevoir que sur un fait de cet ordre le conteur était sans droits ?...

Si pourtant, par une heureuse fortune, l'imagination rencontre une matière faite à souhait

(1) Ma femme est morte.

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