‹ La ville rougeChapitre 10 sur 15 · L V MALHEUREUSE FAMILLE CALAS · texte numérisé non relu

L V MALHEUREUSE FAMILLE CALAS

Les têtes toulousaines tiennent de Do- 1 minique et de Torquemada.

(Voltaire, lettre à la Chalotais.)

Le 22 mars 1762, Voltaire écrivait au conseiller Le Bault :

Vous avez entendu parler peut-être d’un bon huguenot que le Parlement de Toulouse a fait rouer pour avoir étranglé son fils. Cependant, ce saint réformé croyait avoir fait une bonne action attendu que son fils voulait se faire catholique et que c’était prévenir une apostasie.

Il avait immolé son fils à Dieu et pensait être fort supérieur à Abraham, car Abraham n’avait fait qu’obéir mais notre calviniste avait pendu son fils de son propre mouvement et pour la satisfaction de sa conscience. Nous ne valons pas grand’chose, mais les huguenots sont pires que nous, et, de plus, ils déclament contre la comédie.

Cependant, quelque temps après, le patriarche de Ferney allait changer d’avis. Un négociant pre- ; testant, Dominique Audibert, qui venait de Languedoc en Suisse pour ses affaires, lui racontait à sa façon le procès des Calas, l’agitation furieuse et indignée de la foule catholique, le supplice horrible du père, le bannissement du second fils. Le philosophe entrevit dans ce récit un drame du fanatisme; ï il s’y intéressa, commença une enquête.

Au début, elle ne lui apporta que déceptions; les urvivants de la malheureuse et célèbre famille le ebutèrent par leur inintelligence et leur bigoterie ; t, de plus, à Toulouse, qu’il interrogeât hérétiques u orthodoxes, chacun était convaincu qu’il ne allait pas douter de la culpabilité, que le Parlement, uivant son habitude, avait très bien jugé, et lui onseillait «ans exception de ne pas se mêler de çtte affaire-là.

Voltaire s’obstina. Victrix causa diis... L’amour e la contradiction, la joie d’avoir raison contre lut le monde, l’orgueil de confondre ces terribles ommes rouges, dont, au fond, il avait grand peur, ! lancèrent dans une polémique formidable, qui nut toute l’Europe, ébranla l’Ancien Régime, prouisitun tel éclat qu’elle nous impressionne encore, olémique fondée presque tout entière, d’ailleurs, îr des inexactitudes, des imaginations, des meniries, des à peu près, comme il arrive d’ordinaire, ais conduite avec une verve, un mouvement, un iharnement incomparables.

Les faits de la cause étaient simples. Le soir i 13 octobre de l’année précédente, vers neuf mres, on avait entendu quelque bruit dans la aison Calas, située en plein quartier marchand, 1 n° 16 de la rue des Filatiers, c’est-à-dire des fèvres défileurs et batteurs d’or. Cette maison : bsiste encore. Son étroit corridor, sa porte counnée d’une accolade sont les mêmes et gardent ar éternel secret.

Dans ce quartier surpeuplé, aux rues étroites, où les gens vivent les uns sur les autres, on s’émut du tapage inusité. On avait vu la servante, Jeanne Viguier, dite la Viguière, paraître sur le seuil ; elle avait crié : « Ah! mon Dieu! on l’a tué! », puis elle était rentrée en verrouillant l’huis. Un ami de la maison, le jeune Alexandre Lavaïsse, sortit en courant. Il ramena d’autres familiers, les Caseing, puis un garçon chirurgien nommé Gorsse. Pendant ce temps, la foule s’attroupait, les conjectures allaient leur train.

Ces Calas, qui intriguaient ainsi leur quartier, ce soir pluvieux d’octobre, n’étaient pas originaires de Toulouse, mais de la partie montagneuse de l’Albigeois. Le chef de famille, prénommé Jean, avait reçu le jour à La Cabarède, village de ce pays, où son père exerçait la profession d’apothicaire ; sa femme, Anne- Rose Cabibel, venait de Mazamet. Établi comme marchand de draps, de toiles et d-’indiennes, depuis une trentaine d’années, comment eût-il pu se faire pleinement accepter de ses voisins avec sa double qualité d’étranger à la ville et de protestant ? Oh voyait d’assez mauvais œil ce sexagénaire robuste, sec, laborieux, économe, irascible, qui avait amassé une honnête aisance et dignement élevé une famille de six enfants, sans jamais paraître aux églises ni aux processions.

L’antipathie s’était accrue durant ces dernières années, par suite du procès qui avait mis aux

prises ce personnage avec son troisième fils, Louis. Ce dernier, converti au catholicisme, quittait la demeure paternelle en 1756 et luttait depuis cinq ans pour obtenir la pension que l’ordonnance de 1681 lui accordait. Contre l’entêtement et les violences de son père, il avait fallu requérir l’intervention de l’intendant de la province, l’autorité du roi lui-même.

Or, à peine Jean Calas a-t-il été forcé de s’exécuter, voici quinze jours, un nouveau malheur le menace : son fils aîné, Marc-Antoine, annonce les mêmes dispositions que son cadet. Baptisé à la cathédrale Saint-Étienne, élevé parles pères jésuites dans le magnifique hôtel Bernuy, il fréquente les offices et les prêtres. Certains affirment même que le lendemain, 14 octobre, il doit faire sa première communion. On sait que la zizanie règne entre son père et lui. La querelle de ce soir n’est pas la première. Le jeune homme rêve, lui aussi, de s’en aller, de s’inscrire comme avocat. Il a été menacé, frappé... Lui serait-il arrivé malheur ?

La maison Calas reste toujours close. En dehors de Lavaïsse, Caseing et Gorsse, qui renfermet-elle ? Les parents, les deux frères et la servante ; en effet, les deux filles, Anne- Rose et Nanette, ont été envoyées à la campagne et Donat, le quatrième garçon, est apprenti à Nîmes.

Tout cela prend l’apparence d’un complot. Une conviction s’impose aux voisins tassés et chuchotant dans l’ombre, Marc-Antoine allait suivre

les traces de son frère Louis... Il avait édifié tout le monde, le 17 mai, à la grande procession commémorative de 1562. II priait, il s’était même confessé... Plutôt que de le voir abjurer, comme l’autre, ces misérables l’avaient assassiné ! C’était un martyr.

On différera toujours d’avis sur cette affaire : mais tout observateur impartial conclura que la première faute des Calas a consisté dans le mystère dont ils se sont entourés dès le début. Ces deux heures d’attente devant leur maison verrouillée ont créé contre eux une conviction terrible. Quand un badaud plus exaspéré que les autres sera parti pour avertir les capitouls et les médecins patentés, ils étaient déjà condamnés par l’opinion publique.

A onze heures du soir, donc, voici la Justice. Un remous. Du silence. Le capitoul David de Beaudrigue, préposé à la police, arrive, escorté d’une quarantaine de gens du guet. Il se fait ouvrir la sombre demeure. Que trouve-t-il à l’intérieur ?

Le rez-de-chaussée, parallèlement au couloirs est occupé par le magasin et l’arrière-magasin ; près de la porte qui fait communiquer les deux pièces, le cadavre de Marc-Antoine est couché sur le (Jos, nu-tête, mais régulièrement peigné, vêtu d’une chemise, de sa culotte et de ses bas, des souliers aux pieds, le cou soigneusement entouré d’une cravate noire ; le reste des habits se trouve plié sur une chaise. Pas de trace de lutte.

La famille avec les amis, dans l’appartement du premier étage, semble délibérer. Le capitoul les

fait tous conduire à l’hôtel de Ville à l’approbation générale.

Dès la nuit même, il les interroge. Ces gens commettent alors une deuxième faute, plus grave encore que la première, car ils mentent tous avec un ensemble inquiétant. Voici leur version :

Ils avaient dîné à sept heures et demie du soir, fort paisiblement. Au dessert, Marc-Antoine se leva et sortit pour aller, crut-on, selon sa coutume, au café voisin de la petite impasse des Quatre- Billards. Vers neuf heures, l’ami Lavaïsse prit congé ; il devait le lendemain se diriger sur Bordeaux, où il s’embarquerait pour Saint-Domingue. Jean-Pierre alluma une chandelle afin d’éclairer sa sortie jusqu’à la rue. Ils descendirent. C’est en passant dans le couloir qu’ils virent le magasin ouvert et que là, entre les deux portes, ils aperçurent Marc-Antoine sans vie. Poussant des cris, ils appelèrent alors toute la famille.

Qui avait tué le jeune homme ? Ici, indécision.

Quelque agresseur venu du dehors, qui aurait poursuivi le malheureux à l’intérieur ? Mais le corps ne portait pas de blessures. Tout simplement, ne s’agissait-il pas d’un coup de sang, d’une attaque d’apoplexie causée par le contraste du froid humide de la rue avec la chaleur de la salle à manger ? L’examen des médecins Latour, Peyronet et Lamarque révélait bien autre chose. Sous cette cravate noire, cravate d’hiver que le défunt n’avait pas l’habitude de porter si tôt, ils décou-

vraient une marque livide, qui indiquait clairement la strangulation.

Vraiment, il était difficile de s’enferrer davantage, de se signaler plus bêtement aux sévérités judiciaires et, dès le premier moment, de donner raison à ce point à l’explosion de fureur fanatique déchaînée par toute la ville : « Ces huguenots sont des bandits ! »

Le lendemain, les inculpés trouvèrent le moyen d’aggraver encore leur cas. En effet, après vingtquatre heures de réflexion, après avoir médité sur les bons avis de certains de leurs coreligionnaires plus éclairés, ils se rétractèrent formellement et présentèrent une nouvelle version à laquelle ils s’accrochèrent ferme jusqu’à la mort.

Elle est évidemment beaucoup plus cohérente et sensée ; néanmoins, elle ne saurait être acceptée sans de grosses difficultés.

Pour les Calas, depuis le 15 octobre 1761, Marc- Antoine s’est lui-même donné la mort. Ils ne l’ont pas avoué, tout d’abord, afin d’éviter à son cadavre les peines infamantes appliquées aux suicidés : procès public, exposition sur la claie, pendaison posthume, confiscation des biens. Voilà pourquoi ils se sont tus ou ont proposé des explications absurdes. Mais, en réalité, Lavaïsse et Jean-Pierre n’ont pas trouvé le corps étendu sur le carreau : ils l’ont découvert dans l’obscurité, attaché à une corde fixée à une grosse bille de bois, posée elle même sur les vantaux de la porte. Alors, le cadet

avait, crié pour avertir ses parents : « Mon frère aîné est étranglé, suspendu 1 » Expression un peu bien singulière, mais en de tels moments choisit-on ses mots ? Jean Calas était accouru, avait saisi le corps, la bille roula par terre. Tandis que la mère ne voulait pas croire à la mort et arrosait son enfant d’eau de la reine de Hongrie, le père couchait Marc-Antoine sur le plancher et demandait à tous « de ne point parler de quelle façon on venait de le trouver, afin de conserver la renommée et l’honneur de la maison ».

Voilà l’essentiel de la thèse adoptée plus tard par Voltaire et que son génie a imposée à la postérité. Inutile de dire qu’à Toulouse personne ne l’accepta.

Même en admettant l’excuse plausible qui expliquait la rétractation, le suicide, dont les motifs demeuraient vagues et indémontrables, semblait presque impossible à réaliser. Marc-Antoine serait descendu dans le noir, aurait enlevé sa veste et son habit, les aurait soigneusement pliés sur une chaise, aurait arrangé la corde, la bille courte et ronde, les vantaux entre-baîllés, et se serait suspendu pour mourir si tranquillement que rien n’aurait été dérangé de ce fragile échafaudage, à un tel point que, sur la porte, treize bouts de ficelle seraient restés en place, et même la couche de poussière qui recouvre les objets jamais touchés ! David essaya de reconstituer la scène ; elle parut invraisemblable. Et tous les Toulousains

triomphants persistèrent dans leur premièr opinion.

Ils organisèrent en l’honneur du fils Calas de funérailles solennelles. Son cadavre fut hissé su un immense catafalque blanc. On mit dans se mains raidies et glacées la palme du martyre. Oi plaça au-dessus de sa tête une inscription énorme Abjuration de V hérésie. Quarante prêtres, ayant ; leur tête le curé Cazalès, oncle du futur députe les pénitents blancs, les confréries de la ville, ave* cierges et bannières, entourèrent le cadavre pré servé de la corruption à l’aide de la chaux vive Ils le menèrent à travers Toulouse, en chantan des psaumes. L’âme de la Ligue ressuscita et vibri dans le vent d’autan.

Que l’on ne croie pas surtout qu’il y eût dam cette manifestation un peu sauvage quoi que et. fût de concerté pour déterminer la conviction def pouvoirs publics. Capitole et Parlement fraterni saient avec l’état d’âme de la foule. Leur indigna tion se révélait ardente et sincère. Avant les Calas on envoya même à l’échafaud quelques protestante du Bas-Quercy.

Enfin, le 15 novembre, un mois après l’événe- t ment, la justice capitulaire condamna le père, la mère et le frère de Marc-Antoine, du « martyr ». < à la question ordinaire et extraordinaire, en ajoutant que Lavaïsse et la Viguière devraient \ assister.

Il y eut appel, ce qui permit à la Cour d’entrer

en scène ; elle cassa la sentence et ordonna une plus ample information.

Le conseiller de Cassan-Clairac, chargé de cette enquête en qualité de rapporteur, n’avait rien d’un David de Beaudrigue. Il se révéla tellement soucieux de sa propre impartialité qu’il alla s’enfermer dans le monastère des Chartreux, pour échapper à toutes les influences du dehors. D’autre part, on donna aux accusés un excellent défenseur : Me Sudre, l’un des plus brillants avocats du barreau toulousain. Avec tous les juristes qui ont étudié cette affaire, on demeure obligé de conclure qu’elle fut jugée de la façon la plus régulière, sans le moindre outrage aux lois ni à l’équité. Il faut reconnaître seulement que la conviction générale de la culpabilité des Calas fut étayée par un ensemble de témoignages catholiques recueillis à l’aide de monitoires promulgués dans les églises, et que nême ces témoignages, suspects de quelque parialité imaginative, ne réussirent pas à dissiper outes les ombres de la cause.

•Si la réalisation matérielle du suicide demeure nvraisemblable, que penser de celle de l’assassilat ? Faut-il supposer que le vieux huguenot a roidement étranglé son fils en lui passant une orde autour du cou ? Ou bien devrait-on imaginer [ue, après l’avoir trop serré dans un mouvement de olère et au moment de la digestion, il aurait après oup fabriqué toute une mise en scène de pendaion ? Là gît l’énigme qu’on n’expliquera proba-

blement jamais. A une autre époque, son obscu rit é aurait certainement profité à l’accusé.

Mais Toulouse, qui avait gardé jusqu’en cetti fin de l’Ancien Régime les passions de la Ligue, nt pouvait admettre le doute. Sept conseillers sur les treize qui composaient la chambre de la Tournelle le 9 mars, condamnèrent Jean Calas à être rompi vif et ensuite à être brûlé, après deux heures d’exposition sur la roue. Auparavant, il subirail la question ordinaire et extraordinaire, afin d’êtrt amené à avouer le crime qu’il niait obstinément avoir commis.

Le lendemain, 10 mars, cette cruelle exécutior déçut le Parlement qui avait sévi d’après sa con science, mais n’aurait pas été fâché de se voir con firmé dans son opinion, fût-ce par la torture comme il arrivait fréquemment alors. Le malheu reux huguenot se montra inébranlable. 11 ne parh point, au milieu des tourments les plus affreux dans la géhenne du Capitole ; il fut admirable d( courage et de résignation dans le cruel voyage qu’i fît jusqu’à la cathédrale, pour l’amende honorable, puis en rebroussant chemin jusqu’à la place Saint Georges, où il subit sans murmurer son horrible supplice.

Jean Amblard, archiviste subdélégué de l’inten dance de Languedoc, écrivit àM. de Saint-Priest

Galas a souffert avec une fermeté inconcevable. Il n jeta qu’un seul cri à chaque coup que l’exécuteur lui don na sur l’échafaud. Pendant deux heures qu’il resta sur là

’oue, il s’entretint avec le confesseur de choses étrangères k la religion, après avoir déclaré que tout ce qu’il pourrait ui dire à ce sujet était inutile ; qu’il voulait mourir protestant. Une des jambes qu’on lui avait cassées n’ayant pas ;té repliée par la roue, il pria le confesseur d’avertir l’exé- ;uteur de remonter sur l’échafaud, parce qu’il sentait des ,iraillements qui lui causaient de vives douleurs, et le conèsseur, qui était le professeur de théologie des jacobins, ui procura ce soulagement.

D’ailleurs, ce religieux, en quittant la place iprès l’exécution, déclara : « Il est mort en juste ».

Cette constance héroïque de Calas porta ses ruits non point sur l’opinion qui ne varia point, iais sur la sévérité du Parlement. Le 17 mars, il endit un deuxième arrêt, par lequel Jean-Pierre ut simplement condamné au bannissement ; sa 1ère, Lavaïsse et la servante furent acquittés, bute persécution cessa, d’ailleurs, contre eux, >s deux jeunes gens ayant abjuré.

Voilà, très impartialement résumé, ce qui s’était assé à Toulouse ; une affaire criminelle comme les utres, où le Parlement s’était montré moins goureux que dans la plupart des cas.

Dès que Voltaire entra en scène, tout changea.

[ ’Europe se mit, pour plusieurs années, à discuter un oblème dont elle ne connaissait pas le premier mot. rédéric et Catherine intervinrent ; l’Angleterre et Hollande ouvrirent des souscriptions pour couvrir 3 frais de révision. Mariette et Ëlie de Beaumont digèrent un mémoire à présenter au conseil du roi. Peu à peu, les doutes s’éveillent dans la con-

science et l’esprit de beaucoup qui, jusque-lè n’avaient jamais songé à discuter une sentence jud ciaire. Et, du fond de son exil de Ferney, le philc sophe, par sa correspondance innombrable, se libelles, ses mémoires, attise le feu des discussion! recrute des partisans, organise une immense coi spiration où chacun joue son rôle, hommes d’Ëta écrivains, maîtresses, confesseurs, femmes lég times ou laquais. Il se sert de cette histoire, qi n’était point isolée, hélas ! pour plaider devant ’ grand public le procès du catholicisme, des Part ments, du régime tout entier. Immenses déba' qui rappellent par avance ce que nous avons revj à la fin du xixe siècle, avec l’affaire Dreyfus.

Cela dura trois ans. Enfin, le conseil du roi ayai cassé l’arrêt de Toulouse pour vice de forme, on lança, pour essayer d’apaiser le tumulte, dans procédure la plus anormale. Le Parlement ( Paris évoqua la cause tout entière, comme si el n’avait jamais été jugée. Il fit comparaître devai lui toute « la malheureuse famille Calas » : ni seulement les condamnés, mais encore ceux q avaient été complètement mis hors de cause. 1 9 mars 1765, il prononça un arrêt solennel e réhabilitation, acquittant Jean-Pierre comme to ; les autres. On voulait en finir à tout prix. Po’ éviter les réclamations ultérieures de la veuy le roi lui accorda une somme de 30 000 livres sr sa cassette, et le capitoul de Beaudrigue fut de titué... Une trentaine d’années après, son pet-

ils, qui n’en pouvait mais, fut guillotiné par les acobins en souvenir du procès Calas, mais avec >eaucoup moins de formes légales.

On voit par ce simple fait que rien n’avait éussi à calmer l’irritation causée par la triomihante campagne de Voltaire ; c’est que, on le évine, si le roi, si Paris, si l’Europe s’étaient angés à son avis, Toulouse demeurait irréductible. jQ Parlement, en effet, n’admettrait jamais un rrêt contraire à celui qu’il avait rendu dans sa leine souveraineté ; il refusa formellement 'insérer la décision nouvelle dans ses registres, de i laisser afficher dans son ressort et de lever écrou. Il menaça de faire imprimer la procédure t de la répandre partout. S’il y renonça, les pièces nt été néanmoins fort soigneusement conserées et reliées ; on peut les consulter encore aux rchives de la Cour d’appel.

Forts de leurs droits et de leur conscience, les preûers juges, donc, ne se rétractèrent point. Ilstinrent arrêt de réhabilitation pour nul et non avenu persistèrent à considérer Calas comme coupable. Toulouse, jamais il n’a été légalement innocenté. Tel fut le drame : le théâtre, la poésie, la peinîre, la politique s’en sont emparés, l’ont déformé, grandi, modifié à plaisir. La Convention honora s Calas, les fit comparaître à la barre. Dans tout cours du xixe siècle, de Joseph de Maistre à e Henri- Robert, de grands esprits se sont penîés sur ce problème insoluble. Dès que l’on y

louche, les passions se rallument ; les catholique; et les protestants revendiquent un martyr, mais pour les uns, c’est le fils et, pour les autres, le père Les polémiques recommencent, les conférencier s’affrontent. Les pages que nous venons de tracer quelle que soit notre impartialité, n’échapperon pas à la contradiction. Pour chercher une atmos phère sereine, il faut décidément s’éloigner de ce petites rues marchandes, criardes et populacières ' de cette place Saint -Georges, où un médiocre je d’eau s’efforce vainement de laver la place d l’échafaud et où de vieilles maisons, entassées d guinguois, semblent encore, de leurs mirande ouvertes, béer d’horreur devant les suppliciés

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