LA FIN DU PARLEMENT DE TOULOUSE
Nous les avons enterrés tout vivanl (Lametti),
La célébrité de Voltaire et son turbulent géni ont joint au nom de Calas celui de Sirven : affaii d’infanticide également, car il s’agissait d’un pauvre fille à moitié folle qu’on avait trouvf morte dans un puits de l’Albigeois. Ses parents, prc testants, Pavaient-ils noyée pour l’empêcher, el aussi, d’abjurer ? En tout état de cause, dûmei avertis par ce qui venait de se passer à Toulous
ils prirent la fuite, en plein hiver, à travers le Rouergue et les Cévennes, ne marchant que la nuit, se séparant parfois avec la crainte de ne jamais se retrouver, mourant de faim et de froid. Us gagnèrent ainsi la Suisse, tandis que les juges de Mazamet, appuyés par le Parlement de Toulouse, les condamnaient à la potence et leurs fdles au bannissement (5 mai 1764). Pendant dix ans, Voltaire se servit de ces faits pour prolonger l’écho de la réhabilitation de Calas ; il sentait bien toutefois que l’émotion n’était plus la même : « Cette affaire me tient au cœur, mandait-il à la marquise de Florian. Mais elle n’aura pas l’éclat de l’autre... Il n’y a eu malheureusement personne de roué. »
De telles campagnes, si elles avaient sur la France entière et particulièrement sur Paris une mmense influence, ne modifiaient guère l’état Pâme du Languedoc. Tant de bruit pour des procès criminels ! Les épisodes célèbres que nous veîons d’évoquer n’étaient nullement exceptionnels. 3ien rares les semaines à Toulouse, à la veille nême de la Révolution, où l’on ne vit fouetter, lendre, rouer ou brûler. Pour s’en convaincre, il l’y a qu’à feuilleter les Heures perdues d’un bon >ourgeois d’alors, Pierre Barthès, qui, très innocemnent, se repaissait de ces hideux spectacles, et nous n a laissé un souvenir indifférent, presque joyeux:
Une empoisonneuse de très vilaine figure, écrit-il, vit ’un œil sec tout l’appareil du supplice, s’assit gracieuseîent sur le bûcher et, n’eût été la chemise enduite de gou-
dron et de soufre qu’on alluma tout de suite et dont la fumée puante l’étouffa dans le moment, elle eût parlé même au milieu des flammes. Puis, deux frères assassins, qui ne faisaient pas ensemble l’âge de quarante ans, gentils et gracieux au possible, deux autres frères rompus vifs, exécutés par le fils du bourreau pour son coup d’essai.,.
Et le chroniqueur de nous conter tranquillement comment cette brute écrasa le visage d’un des patients d’une façon tellement répugnante qu’on ne put l’exposer sur la roue ; ce qui excita un murmure général et engagea messieurs du Parlement à expédier en prison le tortionnaire maladroit.
Partout se dressaient échafauds, potences, bûchers, piloris, non seulement à ces places du Salin et Saint-Georges, que nous connaissons trop bien, mais à la plupart des portes de la ville, à l’esplanade de Montoulieu, à la halle aux Poissons, devant la Monnaie. Le nombre des condamnés parfois devint tel que l’on décida de ne pas porter aux fourches patibulaires les cadavres des femmes infanticides et des voleurs ; on les envoyait aussitôt au cimetière de Saint-Aubin ou aux amphithéâtres d’anatomie.
Souvent aussi, le bourreau se contentait de jetei dans les fossés voisins les corps des larrons oi maltôtiers. Ou bien, il les exposait à l’orée des chemins de Montauban, de Saint -Martin-du-Touch de Bourrassol, ou à la Croix de Pierre, sur la rout( de Montpellier... En plein xvme siècle, les voya geurs faisaient leur entrée à Toulouse entre dem
haies épouvantables de corps en putréfaction. En été, paraît-il, on ne pouvait passer par là à cause de la puanteur qu’ils exhalaient. La population finit elle-même par protester.
On songea dès lors non point à devenir clément , mais à agrandir les fameuses fourches patibulaires, situées dans un quartier que la cruelle ironie populaire avait dénommé horriblement la Salade! On répara les murs de ce gibet formidable ; on lui adjoignit six piliers, portant six barres de fer, auxquelles étaient fixés vingt-six carcans pour la suspension d’autant de suppliciés, qui pourrissaient ainsi et se séchaient à tous les vents.
«C’est avec peine, notait, en 1785, l’ingénieur Hardy, qu’on se prête à la description de ce monument. On doute qu’il y ait jamais eu son semblable. »
Cependant, à certaines époques, le Parlement estima que ce prodigieux appareil de répression ne suffisait plus. Il prescrivit de construire un vaste échafaud roulant, où s’érigèrent dix-huit potences bien garnies. L’effroyable chariot fut traîné dans tous les quartiers de la ville, heurtant les bornes, encombrant les ruelles, secouant partout sa hideuse grappe humaine.
Comment s’étonner, après cela, que la peste régnât à l’état endémique dans cette ville de briques et de bois, aux ruelles étroites, vainement balayée de venteuses bourrasques ? Comment s’étonner que, presque chaque année, l’épidémie
obligeât le Parlement lui-même à s’exiler plusieurs mois ?
Nous oublions trop facilement ces rigueurs judiciaires de l’Ancien Régime. Nous admirons la splendide façade, l’armature solidement équilibrée de la vieille France, sans nous rendre compte du prix auquel tout cela était obtenu. L’ordre, certes éclatait, magnifique ; mais il se fondait essentiellement sur la terreur. Initium sapientiæ... Les juges de Toulouse estimaient que celle de l’enfer était insuffisante ; ils y ajoutaient celle des chevalets el de l’échafaud.
C’est pour cela certainement que la guillotins de 93, qui nous hérisse maintenant d’indignation et d’horreur, apparut comme le triomphe de l’huma riité. Elle constitue un indéniable bienfait du progrès, à côté du bûcher de Vanini ou de la roue de Calas. A ces gens, qui, tel Pierre Barthès, avaient vu constamment estrapader, pendre, rompre vif étrangler, tenailler, brûler, au milieu des hurlements des victimes, le couperet national symboli sait l’avènement de l’âge d’or. On ne peut juge) sainement les exécutions jacobines que si l’oi songe à ce qui les avait précédées.
D’autant, mieux que, à Toulouse, la révolutior s’affirma particulièrement bénigne ; le tribuna révolutionnaire n’y fut institué que sur le tard el il se signala par une relative modération.
La population elle-même ne le poussait pas à la sévérité ; longtemps girondine et fédéraliste, ca;
elle retrouvait encore dans ces opinions les restes de sa vieille indépendance oubliée depuis le triomphe de Richelieu, elle demeurait, au fond, essentiellement royaliste et catholique, telle que l’avaient pétrie à la longue l’Inquisition et le Parlement de leur poigne de fer ; mais en secret. On ne lui dépêcha donc point, comme à Lyon, à Nantes ou à Bordeaux, de trop féroces proconsuls. Aux aboiements de quelques patriotes de la société populaire, il y eut force aristocrates incarcérés ; ils ne furent pas décimés, comme ailleurs, par les noyades, les mitraillades ou même la guillotine. Celle-ci fonctionna peu. D’abord devant le Capitole, à quelques mètres de la rose façade que venait de dresser pompeusement Cammas ; bientôt, près de la porte Villeneuve, car le peuple ne prenait aucun plaisir à ces exécutions, surtout depuis le jour où un jeune homme soutint une lutte désespérée contre les bourreaux.
Élevée durement dans le respect des hiérarchies sociales, la plèbe, que nous avons entendue si souvent hurler à la mort autour des gibets, demeurait stupide et confondue en voyant ses maîtres d’hier marcher, vaincus, au supplice. Littéralement elle n’y comprenait rien. Elle stagnait, repliée sur elle-même. Plus tard, elle reprendrait toutes ses forces aux secousses de Thermidor, de Brumaire et des Cent-Jours.
L’élément proprement révolutionnaire faisant défaut à Toulouse, il y eut donc peu de victimes.
Chose inouïe à ce moment-là, des acquittements furent prononcés. Les jurés n’avaient pas perdu toute sensibilité et l’on a gardé le souvenir d’un certain Caussé qui fut sauvé par les larmes de son amante : touchant épisode que Legouvé, en chantant le Mérite des femmes , n’oubliera pas.
Cependant, on n’était pas tous les jours à l’idylle. La guillotine fonctionna. En Nivôse an II, elle frappa Jean-Baptiste du Barri, cet extraordinaire ruffian, qui, après avoir mis sa maîtresse dans le lit du roi, l’avait fait épouser par son frère pour lui créer un état-civil régulier. Ne supposez pas ici un sursaut de l’opinion publique indignée contre ce vieux drôle qui, parti de sa pauvre gentilhommière gasconne, avait trouvé dans le proxénétisme le moyen de drainer formidablement à son profit les ressources publiques. Il jouissait à Toulouse delà sympathie et de la faveur populaires, car il n’avait aucune morgue, dépensait sans compter et jouait au philanthrope. Il fut assez longtemps colonel de la garde nationale. Pour l’emprisonner, ainsi que son frère et ses trois soeurs, il fallut non seulement quelques criailleries déclamatoires, mais aussi l’attrait de richesses que l’on supposait considérables...
On le condamna seul de sa famille. A la vérité, on ne pouvait lui reprocher légalement aucun crime contre la nation. L’accusateur public crut en trouver dans sa correspondance ; il feignit de lire àtra vers les lignes banales d’une lettre d’émigré la preuve
inexistante d’un complot, d’une entente avec l’ennemi. Jean-Baptiste du Barri ne lui disputa pas longtemps sa tête. Il estimait avoir assez vécu. Rongé de maladies dégoûtantes, les yeux chassieux, le teint couperosé, il comptait beaucoup plus que son âge. Qu and on vint le chercher pour le conduire à l’échafaud, il eut un mot assez élégamment stoïque.
— Allons, dit-il, ils vont me débarrasser de mes infirmités.
La foule le vit mourir avec respect, peut-être avec regret. Un sadique s’étant glissé près de la guillotine et se barbouillant la moustache avec son sang, fut pris violemment à partie et faillit être massacré sur place ; la garde nationale eut toutes les peines du monde à l’arracher aux bras vengeurs des assistants et à le mettre en sûreté dans le Capitole. Et, le soir, l’indignation s’affirma tellement violente que l’on redoubla de surveillance autour des prisons: les Toulousains n’allaientils point délivrer de force les autres du Barri ?
Les exécutions qui suivirent ne réconcilièrent pas la population avec la guillotine ; on eut le tort d’y conduire des femmes profondément respectables dont le seul crime consistait à être parentes avec des émigrés : telle Mme de Cambon, femme du premier président, ou Mme de Cassan, née Antoinette-Adrienne de Rabaudy. Cette dernière était accusée d’avoir envoyée des secours à ses deux fils passés en Espagne. L’accusateur, qui sentait combien le terrain était peu favorable, lui promettait
d’abandonner l’accusation si, tout simplement, elle niait les faits. Elle préféra mourir. Cette résolution héroïque déshonora la Terreur avant le 9 Thermidor.
On le voit,lanouvelle magistrature républicaine, installée sous ses chapeaux à plumes noires dans l’ancien Château narbonnais, n’avait rien gardé du prestige terrible du Parlement évanoui. Bien plus, tout en prenant leur place, elle n’avait pas ; osé poursuivre les anciens « rois de la nation », encore entourés d’une sorte d’auréole de crainte \ et de respect.
Depuis longtemps, ceux-ci étaient descendus de leurs sièges fleurdelysés. Le décret des 16-24 août 1790 avait supprimé leur cour souveraine ; le 29 septembre suivant, elle fut dissoute par la force. Ces hommes qui si longtemps avaient lutté contre ; l’absolutisme royal, que le peuple languedocien aimait à considérer comme ses champions, furent parmi les premières victimes de la Révolution venue de Paris.
Mais ils ne revirent pas sous les caissons dorés |j de leur grand’chambre la hurlante cohue qui voua Duranti à la mort. A peine quelques braillards sti- i pendiés qui entouraient la garde nationale. Ils sortirent majestueusement et sans encombre. J Quelques-uns émigrèrent ; les autres, héréditaire- ’ ment accoutumés aux troubles et aux suspensions, pensèrent qu’il n’y avait rien de mieux à tenter que i de rester chez soi et de se faire oublier.
Ils semblèrent d’abord — et assez longtemps — y réussir. L’année 1793 s’écoula tout entière sans ju’un seul d’entre eux fut traduit en jugement. Il allut un incident fortuit, la découverte d’une pro- ;estation de la chambre des vacations pour que ’on songeât à les poursuivre : non pas à Toulouse, naisà Paris. Contre eux, Fouquier-Tinville entra en :cène. Ces illustres défenseurs de l’indépendance irovinciale allaient tomber sous les coups du pou- /oir central, que, durant des siècles, ils avaient ntrépidement et tenacement combattu.
Tout d’abord, six membres de la chambre des vacations furent seuls expédiés dans la capitale. Æur affaire ne traîna pas longtemps. Le soir de }âques (1er Floréal, an II), avec dix-sept de leurs ollègues parisiens, ils furent envoyés à l’échafaud. T par qui, Seigneur ? On a retrouvé une lettre u’un des jurés écrivait à sa femme ce jour-là ; elle n dit plus qu’on ne saurait en imaginer :
Si tu n’est pas toute seulle et que le compagnion soit à availler, tu peus ma chair amie voir juger 24 mesieurs ius sidevan président ou conselies au Parlement de Paris de Toulouse. Jè t’ainvite à prendre quelque choge avant » i venir parche que nous n’aurons pas fini de 3 hures.
Je t’embrasse, ma chaire amie et épouge.
Ton mari Trinchard.
Ce bougnat et ses acolytes, par-dessus les années, ouvaient tendre la main aux bandits ignorants qui raient égorgé Duranti.
Ce premier massacre, si facilement exécuté, mi les terroristes parisiens en goût de décimer les ma gistrats trop longtemps épargnés. Ils ordonnèren donc d’appréhender les autres parlementaire encore à Toulouse.
Après une série d’arrestations, accompagnée d’insultes et de mauvais traitements, — car o: commençait à craindre, en Languedoc, d’avoir ét trop modérés, — vingt-six d’entre eux furent diri gés sur Paris. Après un voyage de vingt-sept jours ils comparurent le 14 juin 1794. Leur important fournée ne retint pas plus que la première l’atter tion des juges. Le jour même, elle gravit les degré sanglants de l’échafaud, à la barrière du Trône rer versé.
Le jeune du Bourg de Rochemonteix, âgé d treize ans, suivait depuis Toulouse la lugubre cari vane. Avec un héroïsme digne de sa race, dont 1 nom demeure indissolublement uni aux annale méridionales, il accompagna son père le conseille jusqu’au pied de la guillotine. Il perça la fouli é écarta les soldats, en criant : « Je suis son fils ! et, à la stupéfaction de tous, on vit cet enfar s’agenouiller devant son père qui allait mourir e lui demander sa bénédiction.
Cependant, à Toulouse, la chasse aux robe i rouges continuait. On put bientôt en composer ur troisième fournée, destinée aux bourreaux de Pari Il y avait là, notamment, le conseiller de Barré ■ archidiacre de Béziers, alors âgé de quatre-ving
ix ans, le conseiller Labat de Mourlens, à la retraite epuis vingt années, et le greffier Trinquecostes. lalgré tout ce qui avait précédé, ces hommes marhèrent à la mort avec le même calme impassible u’ils avaient dans les. cérémonies solennelles. Rien ’avait pu les dépouiller de leur majesté, modifier îur état d’esprit. L’un d’eux écrivait avant de urtir :
Mon innocence me rassure sur tous les événements que e peux avoir à courir et me donne une tranquillité, une orce et une résignation que je ne puis concevoir.
Et, quelques jours après :
Notre voyage se continue avec tranquillité et tout l’agréîent que notre position peut permettre. Nous trouvons de Dnnes auberges, mais le pain y est rare et mauvais ; il en sera pas de même, nous dit-on, lorsque nous aurons issé la province du ci-devant Limousin, dont le sol est ès peu fertile...
La plupart n’avaient pas perdu l’espoir de se ofendre victorieusement.
(«Ah ! disait l’un d’eux, je ne voudrais pas être à 1 place des membres du tribunal révolutionnaire : jvais bien les embarrasser par mes réponses. »
IUn autre se targuait d’un certificat de civisme t’on lui avait accordé pour sa souscription de £100 livres à la patrie en danger.
D’autres, plus naïfs, colligeaient de victorieuses citions de droit romain. A peu près seul, le con-
seiller de Rey de Saint-Géry voyait la situatioi sous son véritable jour et rédigeait pour ses enfant cette admirable page :
Lorsque vous recevrez cette lettre, j’aurai fini ma ca rière : je l’avais écrite, avant d’entrer dans la prison ( l’on me conduit, pour vous dire un dernier adieu... Cons lez-vous, ma mort n’est pas honteuse et ne vous fera p du tort. Vous connaissez mon innocence ; je porter ma tête sur l’échafaud sans en rougir. Il y a longtem qu’on a dit avec raison que « le crime fait la honte et m pas l’échafaud ». Si je péris, ce sont mes juges qui sont plaindre, puisqu’ils auront condamné un innocent.
...Aimez-vous les uns les autres, mes chers enfants,, vivez en paix et en union. Je n’ai pu disposer de mes biei, puisqu’on m’a dépouillé de tout ; Dieu m’avait donné u biens assez considérables, il me les a ôtés ; que sa voloé soit faite. Il veut que je meure pauvre comme Jésus-Chr:, et je vous avoue que c’est le sacrifice qui m’a coûté le ps à cause de vous. Souvenez- vous de moi dans vos prières t veuillez demander à Dieu, tous les jours de votre vie, qil me fasse miséricorde... Pendant près de dix-sept ans, c’o à-dire depuis la mort de votre grand-père, je n’ai jans manqué de réciter tous les jours les vêpres des morts, a y l’oraison pour mon père et pour ma mère. Je vous do ie cet exemple afin que vous l’imitiez à mon égard.
Tel était le fond de ces âmes austères, tous, pétries de jansénisme, où l’on retrouvait, à la® d’un siècle corrompu, comme un écho lointain dial perfection irréalisable des vieux cathares. J
Arrivés à Paris le 18 Messidor, ils comparunlit aussitôt et furent dépêchés le même jour conih leurs collègues. Telle était la confusion de ces fWii
ées, à ce moment où la Terreur s’exaspérait vers i fin, qu’on adjoignit aux condamnés le conseiller e Pérès, sans jugement. Tripier, commis des huisiers, qui devait être témoin au procès de Fouquier- ’inville, a raconté plus tard ce fait inimaginable :
Le malheureux fut livré aux aides du bourreau ; il avait ,éjà les cheveux coupés lorsque, apercevant le commis refiler Legris, il l’adjura d’attester qu’il n’était pas sur la iste ; mais l’autre, faisant semblant de tourner le feuillet, épondit : «Vous y êtes »; et, malgré ses supplications, il ut exécuté.
Ainsi finit, à quelques jours à peine deThermidor, e formidable Parlement, dont la grandeur écrase t qui disparut dans une rouge apothéose digne de ai. Malgré tout, on pense à la parole évangélique : Celui qui frappera par l’épée périra par l’épée ». ’endant quatre cents ans, ces magistrats avaient évi sans relâche, appliquant une idée très pure, îais farouche, plus biblique que chrétienne, de la ilistice. Quand on feuillette en tremblant leurs rchives, il semble, à travers l’impassibilité des rocès-verbaux, que l’on respire l’odeur fade du tng, que l’on entende hurler les accusés, craquer s os. Ils ne pouvaient disparaitre brusquement Ijjî la scène du monde, s’enfoncer dans un infamant ibli. Toulouse n’osait pas leur accorder le dénoueent digne de leur longue tragédie. 11 fallait que obespierre et Fouquier les appelassent ; ainsi it-ils marché gravement au supplice à leur tour,
de la même allure qu’ils montaient à leurs sièges fleurdelysés. Et les hommes écarlates, pour mourir, ont pu encore se draper dans la pourpre.