LES CORPS ET GOHPORATIONS
les arrêts des tribunaux ' sans qu'il fût possible de les supprimer.
C'était surtout comme compagnons guMls étaient proscrits ; car, à côté de leurs associations, il s'en formait d'autres que Ton tolérait malgré le mystère dont elles entouraient quelques-uns de leurs actes. Nous voulons parler des francs-maçons, qui, à partir du ministère du duc de Gboiseul, se répandirent à un tel point qu'on en comptait dans deux cent quatre-vingt-deux villes de France. Présidés par des princes du sang, ils avaient des affiliés non-seulement dans la noblesse et la bourgeoisie, mais dans l'armée et quelquefois dans le clergé ^. A Bordeaux, en 1775, ils figuraient dans des réjouissances publiques^, et ailleurs ils donnèrent à plus d'une reprise des fêtes dont la bienfaisance était le prétexte ou l'objet.
Ces sociétés, comme celles des compagnons du devoir, avaient un caractère plutôt général que municipal. Elles ne constituaient pas, comme les corps et les corporations d'arts et métiers, les éléments primordiaux des institutions de la cité, dont la base était dans l'association. Celle-ci était non-seulement sociale, professionnelle et religieuse, elle fut aussi quelquefois militaire et politique; elle fut surtout municipale.
 Paris, les corps d'arts et métiers sont organisés militairement au moyen-âge *. Au xvi* siècle, on voit leurs principaux membres aller au-devant des princes, vêtus
* Arrêt du Parlement de 1778. Guyot, I, 684. — Inv. Arch. DijoUj B. 316. — 1771. AfcA. Lyon, BB. 99. — Arrôt de 1677, défendant les associations du Debvoir et des Gaveaux. A Màcon, on défend, vers 1765, de prendre pour ouvriers des compagnons du devoir. Irw. Areh. Màecnf F F. 52. — Voir sur les associations occultes, CoU, des meil" leuret dissertatitms, par Leber, IX, 472.
* Proyart, Louis XVI détrùné avant d^étre roi, p. 124-134. — Em. Socard, ta Franc-Maçonmerie à Troyes. Mém. de la Soc. académique de rAube, XLI, 119^47.
' Journal kist, de la réoohâkn opérée par Jfoupeou, Vn, 205.
* Le guet fut fait à Paris jusqu'en 1559 par les marchands et gens de métier. Edit de 1559. Ane. toi* franc., XIII, 518.
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de velours, de satin et de taffetas, déployant tout le luxe du costume qui est un des caractères de cette époque. Au siècle suivant, on les verra encore dans des circonstances semblables former des escadrons équipés avec magnificence. Souvent aussi, les membres des corporations provoquaient la formation de ces sociétés de tirs, qui, sous le nom de sociétés de Tarquebuse et de Tare, se perpétuèrent jusqu^à la révolution ^
Le rôle politique des corporations était intermittent conmie celui des bourgeois qui les formaient. On les appela, lors des diverses convocations des Etats-généraux, à formuler leurs vœux et à élire des délégués chargés de les soutenir dans rassemblée de la ville ou du bailliage. Mais ce fut surtout le rôle municipal des corporations qui devint prépondérant, à mesure que leur indépendance diminua et que leur fin s'approcha. Lorsque le pouvoir central supprima dans les grandes villes les assemblées générales qui étaient composées des bourgeois et même de tous les contribuables ; lorsqu'il leur enleva le droit d'élire directement les magistrats de la cité, ce fut aux communautés de tout genre qu'il remit l'élection des députés qui devaient assister aux assemblées et nommer les magistrats *. Les corporations, contraires à la liberté du commerce, furent une des sauvegardes de la liberté de la commune ; en devenant les rouages nécessaires du mécanisme municipal, elles le protégèrent contre l'action de plus en plus forte et directe du pouvoir central. Mais tout en abritant l'indépendance du citoyen, elles lui permettaient difficilement de s'associer et d'agir en dehors de leur cercle ; elles étaient une garantie de l'ordre, si elles étaient, par leur nombre et souvent par leurs dissensions, un obstacle à la manifestation sans contre-poids des volontés de la majorité des habitants.
* Voir plus loin, liv. IV, ch. m.
s Edit de 1765, art. 34. Ànc. lois ft., XXH, 448.