LES CORPS ET CORPORATIONS
La confrérie était souvent exclusive comme la corporation. La confrérie de saint Nicolas ou des nobles bourgeois d'Angers était fermée aux artisans ^ A mesure que l'on avança vers la révolution, la séparation entre les diverses classes devint plus tranchée. Certaines confréries qui étaient surtout composées d'artisans au xvi* siècle, virent dominer parmi elles les officiers et les bourgeois au xvm* '. Les confréries d'arts et métiers ellesmêmes n'admettaient pas toujours dans leur sein les apprentis» les compagnons et les ouvriers au même titre que les mattres. Ceux-ci avaient dans la corporation des droits que n'avaient pas ceux-là, comme les bourgeois vis-à-vis des simples habitants.
Les lettres de maîtrises s'obtenaient en justifiant d'une certaine capacité professionnelle par la confection de ce qu'on appelait un chef-d'œuvre et en versant à l'Etat et à la corporation des sommes déterminées, en dehors de l'acquisition du fonds de commerce ou d'industrie. Les bouchers, dans beaucoup de villes, n'admettaient parmi eux que des fils de mattres ; ils étaient les seuls dont la corporation fût une caste '. Mais si d'ordinaire la plupart des ouvriers pouvaient devenir maîtres *, parce qu'il y avait rarement de grandes industries dont l'exploitation exigeât un capital important, ils n'en étaient pas moins à l'égard des maîtres dans une situation inférieure.
BB. 342. — Inv. Areh. MAcùn, GG. i^. — Ouin-Lacroix, chap. XXV. — n y ayait même des festins au retour des enterrements. Les merciers les supprimèrent à Paiis en 1670, parce qu^ils « alloient à l'excès. » Begistre des Merciers^ p. 98.
* Rapport de Charles Golbert en 1665. Débidour, p. 8.
* M. H. Batault a donné l'analyse des délibérations de la corporation des UI de Ghalon de 1600 à 1725. Mim. de la Soc. d'hiit. de Chakuirtur-Saùne, VI, 316^26.
' G. Fagniez, p. 104.— La corporation des bouchers fut parfois puissante, comme celle de Limoges.
* Au Havre, on compte, en 1773, 400 maîtres et 331 garons dans les 34 corps d'arts et métiers de la ville. Hippeau, le Gouvernement de Normandie, IX, 35^6,
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S'ils étaient appelés au moyen-âge à prendre part a Tadoption et à la révision des statuts, ils ne faisaient pas partie intégrante de la corporation, à laquelle ils se rattachaient par leur travail. Ils avaient leurs confréries particulières et leurs jurés spéciaux * . Ds eurent par conséquent leurs assemblées, que Ton toléra jusqu'au xvu* siècle ; ils eurent leurs associations, qui devinrent secrètes lorsqu'elles furent proscrites. En 1672, il est interdit aux compagnons boulangers de Dijon de s'assembler, de se donner les titres de capitaine, lieutenant, maire, et d'exiger aucune redevance des compagnons nouveaux, « sous prétexte de droit de devoir ou autres*.» Un règlement de| 1723 défend aux compagnons de faire « aucun banquet, aucune communauté, ni confrérie, ni bourse commune; d'avoir aucun livre, ni registre de confrérie ; d'élire aucun marguillier, syndic, prévôt, chef, préposé, ni autres ofSciers ; de faire aucune collecte, ni levée de deniers; et d'agir en nom collectif pour quelque cause et occasion que ce soit... ^» Certains compagnons n'en continuèrent pas moins leurs assemblées, qui étaient peu dangereuses lorsqu'elles étaient consacrées aux festins et à la danse * ; ils s'unirent parfois pour plaider contre les maîtres, et lors des élections de 1789, on en vit un certain nombre s'assembler pour formuler leurs doléances et rédiger leurs cahiers ^. Mais trop souvent , pour échapper aux rigueurs de la police, ils se formèrent en associations occultes, qui, désignées sous les noms de sans gène, bons enfants, gavots, droguins, du devoir, dévorans, passés, gorets ou autres, furent poursuivies par
* G. Fagniez, p. 92.
* Inv. Arch, Dijcn, B. 3ii.
» Guyot, IV, 2S6. — Martin-Doisy, I, col. 930.
* ËD 1737, on interdit les assemblées des garçons sermrîers, et Ton condamne à Tamende les violons qui les ont fait danser. Inv, Arch. Dijon, B. 353. Voir aussi B. 357 et 371.
* Cahiers des compagnons des arts et métiers et des compagnons bonnetiers de Troyes. Arch. mun. de Troyes.