CHAPITRE II
Importance des milices bourgeoises sous Louis Xni. — Nombre des miliciens. — Transformation du rôle des milices à partir de Louis XIV.
— Milices au ivra* siècle. — Privilèges et obligation du service. — Règlements et exemptions. — Remplacements. — Élément populaire. — Officiers. — Leur recrutement. — Vénalité des charges. — Majors et colonels. — Autorité des villes. — Leur juridiction. — Différents services. — La garde des portes. — Les consignes. — Le guet sur les remparts. — Guet dormant. — PatrouiUes. — Police des incendies. ^ Garde des prisonniers de guerre. — Cérémonies.
— Revues. — Costume et uniforme. — Drapeaux. — Cavaliers et compagnies d'élite. — Exercices militaires sous Louis XIII. — Maladresse et indiscipline. — Service militaire. — Défense deSaint- Jean-de-Losne. — Insuffisance des milices. — Mandrin à Autun. — La milice dans les émeutes. — Le guet. — Gardes soldées par les villes. — La milice bourgeoise fournit les éléments de la garde nationale.
Si les villes ont le droit d'avoir des murailles, elles ont le devoir de les défendre. C'est à leurs habitants que le soin de les garder est confié ; c'est à eux qu'appartient la surveillance des remparts et des portes. Au xvi* siècle encore, on appellera ce double service le guet et la garde. Plus tard, lorsque les fortifications auront perdu leur importance ou seront abattues, les bourgeois seront encore astreints à un service militaire local, qui les enrôlera dans la milice bourgeoise.
LA MILICE BOtROEOIdE. 255
La milice bourgeoise n'est pas la milice communale du xu* siècle, c'est le guet du xvi* siècle, qui s'est réorganisé en se modelant sur les subdivisions de l'armée active. Les quartiers dont les bourgeois armés font partie se transforment en compagnies, et les quartiniers, les dixainiers et les centeniers deviennent des capitahies* des lieutenants et des enseignes. Cette réorganisation date du milieu du xvi* siècle, et elle est en pleine vigueur sous le règne de Louis XIII.
Les milices bourgeoises constituent à cette époque des réserves puissantes, cantonnées dans les villes, fières de leur artillerie, de leurs armes et de leur nombre. Où que nous allions, nous voyons, surtout à l'entrée des princes, défiler et s'aligner leurs nombreux bataillons. Marseille, qui comptait en 1597 « 25,000 hommes portant armes » S Marseille achète 2,000 mousquets et 1,000 demi-piques. Â l'entrée du duc de Quise en 1616, 2,800 hommes de la milice l'attendront sur la place d'armes *. Rouen , qui avait pu montrer à Henri IV 4,800 bourgeois armés, et commandés par douze capitaines, ne les avait point licenciés'. En 1629, Chalon met sous les armes 2,000 hommes, « si lestes qu'on les aurait plutôt pris pour des soldats que pour des bourgeois *. » A la même époque, Louis XIII aurait passé en revue à Troyes 4,000 hommes de la milice de la ville et 3,000 des faubourgs*. Auxerre tire 2,000 hommes d'élite de ses escouades pour aller au devant du même roi^. Dijon, fier de ses 44 tambours en casaques de taffetas rouge et blanc, présente au prince de Gondé, en 1632, 2,000 hommes « tous lestes et bien armés »
* Lettre de Du Yair à Henri IV. Sapey , Etudes biographiques^ p. 38i . < De Ruffi, I, i52.
^ Farin, Hist. de Boum, I, 2« p., 130. ^ Perry, Hist. de Chalon, p. 421.
* Gourtalon, Tapogr. historiq. de la ville et du diocèse de Troyes, 1, 181.
* Lecbat, Arrivée et réception de Louis XIll à Auxerre. Ann. de norme, 1844, p. 73.
groupés sous leurs huit enseignes ^ En 1648, 7,000 hooH mes y prendront les armes pour saluer son fils, qui lui succède dans sa charge de gouverneur *. 4,000 bourgeois d'Orléans iront en armes en 1644 au devant d'Henriette de France, reine d'Angleterre'. Sous la Fronde, nous trouvons dans les grandes villes des milices nombreuses, bien armées, trop ûères de leur force et jouant quelquefois un rôle trop actif. Le danger de ces milices à peu près indépendantes attira dès cette époque Tattention du pouvoir central ; il essaya de les réglementer afin de les soustraire à Tinfluence des corps de ville qui les organisaient et les commandaient. Des règlements militaires édictés par le roi prescrivirent les devoirs des miliciens et déterminèrent dans chaque localité leur organisation. Tandis que Louvois donnait à l'armée permanente une force qu'elle n'avait jamais eue, tandis qu'en 1689 il levait dans les campagnes tles milices nationales, il chercha à utiliser comme une réserve la milice des villes, en lui faisant garder leç remparts abandonnés par les troupes actives ou en lui confiant la garde des prisonniers de guerre. Quelques années plus tard, l'édit, qui créa des colonels et des officiers à titre vénal et héréditaire dans les milices bourgeoises, vint donner une organisation et une vie nouvelle à cette institution, tout en modifiant son esprit. Si plus tard les milices cessèrent souvent d'être utiles, si elles disparurent quelquefois, elles survécurent dans les grandes villes, d'une vie intermittente et précaire sans doute, mais de telle sorte qu'en 1 789 elles n^eurent qu'à ou-
* Entrée de trés^hcaU... prince Henry de Bourbony prûtce de ùmdé. Dgon, i632.— Inv. Arch. Dijfm, B. 267.
* Beecfiplùm des pofiiquee érigés à Ventrée de Loms de Bourbon. Dijon, 1650.
* Guyon, Hist. d^Orléans, II, 485. On trouve encore au xvii* siècle la milice de Saint-Quentin, divisée en 16 enseignes, sous les ordres de quatre capitaines quarteniers (Colliette, III, 346) ; 8 compagnies de milice à Toulon, réorganisées en 1650 (Teissier, p. 56); les sixains de Montpellier formant deux bataillons (A. Delort, p. 182).
LA MILIGB BOURGEOISE. 257
vrir leurs cadres pour que la garde nationale vtnt s^y former.
Partout encore au xviii* siècle, nous trouvons des milices. Lorsque la reine Marie Leczinska se rend à Paris, la bourgeoisie se met sous les armes pour la recevoir dans les villes et les bourgs qu'elle traverse. En 1745, la dauphine, infante d'Espagne, est reçue à Bayonne par les troupes bourgeoises vêtues de rouge, commandées par des officiers en veste d'or broché ; dans toutes les villes situées sur la route de Bayonne à Paris, elle est saluée par « la bourgeoisie sous les armes ' » • A Rochefort la milice se compose en 1733 de plusieurs compagnies dUnfanterie et de trois compagnies de cavalerie * ; Dijon a toujours ses sept compagnies, formées dans les circonscriptions de ses sept paroisses ' ; Reims, Ghàlons, Caen, Limoges en ont neuf*; Troyes en a trente-deux, pois seize réparties en quatre quartiers ; Amiens, seize de 96 hommes chacune^; Dieppe en compte douze; Langres, Douai, Cherbourg, Le Havre, Loudun quatre *. Les vingt-huit compagnies de Lyon paradent en 1775 devant Madame Clotilde de France^. A la fin du règne de Louis XV et sous Louis XVI, de nombreux règlements* essayèrent de rendre la régularité et le mouve-
* Journal histariq. de Verduii, de sept. 1725 et mars 1745.
* Théodore de Blois, Hi$t. de Rochefoii, p. 281. » 1765. Ino, Arch, Dijon, B. 399.
* Almanaeh de Jlciww pour 1775.— E. de Barthélémy, p. 59.— Hippeau, le Gowemement de Normandie, IX, 290. — J.-J. Juge, Changements de Limoges, p. 53.
« Règl. de 1767. Monmi. inédits, III, 267.
* Hippeau, IX, 11, 40, 8G. ~ Alm. de Langres, 178^, p. 84-85. — ifio. Arch. Douai, GG. 1362... Loudtm, EE. 6.
' Jnv. Arch. Lyon, BB. 340. — A. de Gallier, la Vie de province au XVIII* siècle, p. 31 . — Citons encore Bourg, avec six pennonages ; Chaimiont avec huit compagnies; Camhrai avec quatre; Saint- Emilioa avec deux.
* Ino. Arch, Angers, BB. 124... Moulins, n° 135... Bayonne, BB. 64. — Règlements d'Amiens et de Gaen, en 1767, Mon. inéd. III, 267.
ment à cette institution^ qui sur beaucoup de points languissait.
Elle s'était singulièrement modifiée depuis le moyenâge ; à cette époque, le rang et la richesse impliquaient Tobligation de porter les armes pour la défense de la cité ; cette obligation conférait à ceux qui la remplissaient des privilèges qu'on ne pouvait leur contester puisqu'ils étaient la rémunération d'un service rendu ; mais au xvii^ siècle, le privilège acquis avait engendré d'autres privilèges, et particulièrement l'exemptioji du service qui en avait été l'origine. Au xv* siècle, les chefs d'hostels, les bourgeois seuls ont le droit de porter les armes. A Amiens, n'est pas portier qui veut; l'habitant notable seul est admis à la garde des portes, et le portier seul est électeur. A Troyes, les bourgeois aisés portent la cuirasse et le casque ; ils sont désignés sous le nom d'hommes de fer et sont supérieurs aux -hommes de pourpoint, dont les armes défensives sont nulles et les armes ofiensives insuffisantes * . On proclamera pendant tout le xvi" et même le xvn** siècle que tous les habitants sont astreints au service du guet et de la milice ; mais les pauvres, les indigents, les manouvriers en seront toujours exclus ou exemptés, et à mesure que Ton se rapprochera du xviii* siècle, les ecclésiastiques, les nobles, les officiers de tout genre finiront par s'en faire dispenser d'une manière partielle ou complète*.
On pourrait citer de nombreux règlements édictés par les gouverneurs et les villes pour contraindre tous les habitants capables de porter les armes, de dix-huit
Hippeau, IX, 290-297. — Règlements à Chablis en 1782, à Saint- Florentin, en 1767. Annuaire de TYormej 1839, p, 313; 1860, p. 69.
* Le guet et la milice bourgeoise à Troyes, p. 8.
* Ajoutez-y, à Bayonne, les horlogers de la ville, les 8eptuag;énaires, les infirmes, le serpent de la cathédrale, etc. Inv. Àrch. Basses- Pyrénées^ G. 431 . — Au Havre et à Granville, les greffiers des tribunaux, les administrateurs des hospices, les notaires, le maître de la poste, les commis des fermes, etc. Inv, Arch. Calvados^ G. 1189.
LA MILICE ËOÛRâEOISË. 250
à soixante ans \ de se rendre aux convocations gui leur sont faites. Un ordre de ce genre est donné à Lyon en 1684, avec menace d'une amende de 50 liv. pour ceux qui y contreviendraient *. On va jusqu'à défendre, en 1651, aux chefs de famille de Dijon de s'absenter dans un moment où couraient des bruits de guerre, à peine de confiscation de leurs biens; en 1679, on réitère cette défense en remplaçant la confiscation par le fouet, le carcan et l'expulsion ^. A Thiviers, en 1652, on menace de livrer au pillage les maisons des habitants qui quitteront la ville ^. Des amendes étaient le plus souvent prononcées contre ceux qui se refusaient au service de la garde. Elles atteignirent parfois les ecclésiastiques, qui, après avoir fait longtemps le guet, s'en firent dispenser au XVI* siècle, sauf en cas de péril éminent * ; au siède suivant, ils n'y sont obligés à Dijon qu'en temps de péril éminentissime ^. L'esprit bourgeois n'était pas toujours favorable au clergé et saisissait avec empressement les occasions de lui faire partager les charges communes. En 1615, les ecclésiastiques d'Angers sont tenus de monter la garde sous les ordres d'un abbé ^. Les Pères de l'Oratoire de Dijon sont condamnés à 20 liv. d'amende en 1632 pour avoir refusé de faire le guet ^; en 1650, les religieux et même les religieuses d'Epemay, mandés à la garde, devront fournir chacun deux hommes tout équipés pour les remplacer ^. A partir du règne de Louis XIY, le clergé fut totalement
« 1637. Ino. Arch. Dijon, B. 274.— Edit de 1694. Ane. Uns, XX, 220.
* Inv. Arch. Lyon, BB. 241.
* IGM et 1679. Inv. Arch. Dijon, B. 289 et 318.
* Delpit, Bapp. sur les Arch. de Thiviers. Doc. inédits, 1, 114.
' Le Guet et la milice b. à Troyes, p. 16-18.— Oudard Goquault, 1, 96.
• Ce genre de péril y fut proclamé en 1637 et 1649. Inv. Arch. Dijon, B. 274 et 287.
^ Inv. Arch. Angers, BB. 62.
• Inv. Arch. Dijon, B. 269.
• 1650. Nicaise, p. 191. — Voir aussi Ann. de VYornie, 1877. Èphémérides auxerroises, 1651.
260 livue iv. chapitre u.
déchargé d'un service» qui avait perdu d'ailleurs son caractère d'utilité militaire. Le nombre des exemptions s'accrut en même temps pour les autres classes privilégiées. Les magistrats n'avaient pas toujours été dispensés de la garde ; ainsi le parlement avait décidé en 1653 que le lieutenant particulier d'un présidial y était assujetti ^ Rien ne variait comme les usages et les ordonnances à ce sujet. A Dijon, les jeunes mariés étaient exempts pendant les trois mois qui suivaient leurs noces. Les avocats et les médecins sont dispensés d'une partie ou de la totalité du service *. Si l'on donne cette diâpense à titre de rémunération à des citoyens qui ont fait des sacrifices pour leur cité ^ on l'accorde aussi à des gens dont le seul mérite consiste dans la protection d'un grand seigneur ou dans l'acquisition d'une charge honorifique. A Angers, on contraint à la patrouille les sacristes, les bedeaux et les organistes des églises, et les procureurs veulent s'y soustraire*. On essaya en 1773 de réduire à Amiens le nombre toujours croissant des exemptions en les restreignant aux habitants qui étaient déjà déchargés des logements militaires^. C'était toujours l'application du principe contraire à l'équité, d'après lequel le privilège ancien devenait l'origine de privilèges nouveaux.
Primitivement, l'exemption ne s'accordait qu'à la condition de se faire remplacer. A l'époque de la Fronde, le « péril éminent » fut proclamé à Aeims ; le clergé se fit suppléer « par de pauvres homes... gens de mauvaise grâce, de peu de deffence et sur lesquelz les bourgeois n'osent bien se reposer par la crainte que leur pauvreté ne leur vaille subject de souhaitter plus tôt une révolution pour dans le désordre s'en accommoder. » On
* Brillon, m, 467.
< Inv. Arch. Dijon, B. 253 et 364.
' inv. Arch, Bayormey BB. i5.
* Inv. Arch. Angers, BB. 126, EE. 5.
B Mon. inéd, de l'hist. du Tiers-Etat, III, 330.
LA MIUCE BOURGEOISE. 261
reconnaît dans ce jugement porté par un bourgeois du xvu* siècle, sur les pauvres gens armés, la tradition du moyen-âge, qui faisait de la possession des armes IV panage des classes supérieures et qui la refusait à ceux qui auraient pu s'en servir pour s'emparer du pouvoir. C'est pour cette raison que Téchevinage de Reims recommande aux chefs de famille de « soustraire toutes sortes d'armes à leurs enfants et serviteurs. » Le bourgeois, d'ailleurs, n'aime point à se trouver à la garde avec des pauvres. « Ils sont à nos charges... dit Oudard Goquault, de sorte qu'en toutte compagnye et en toute porte ils vivent du reste des bourgeois qui à ceste occasion les font plus gros. » Ce qui n'empêche pas les bourgeois, lorsque le péril a cessé, et qu'ils sont lassés du service qu'il a exigé, de mettre à leurs frais des gagne-deniers pour garder les portes*. La milice, où dominait d'abord Télite de la bourgeoisie, finit par se composer surtout des citoyens les moins aisés, comme à Amiens, par suite du « nombre prodigieux des exempts » et de la nécessité de les remplacer*. Le maire de Chaumont voulut en 1 785 exclure l'élément populaire de la milice, sans pouvoir y parvenir ^.
Les officiers se recrutaient aussi à cette époque dans des classes moins élevées qu'au conunencement du xvn* siècle. En 1765, on se plaignait à Lyon de la déconsidération dans laquelle ils étaient tombés, et l'on décidait que nul ne serait admis parmi eux sans avoir été accepté par une commission spéciale ; mais on ne parvenait pas à décider des bourgeois notables à demander ces grades. C'est dans le même but qu'on veut
< Oudard Goquault, 1, 19, 97, 98, 177.
s i773. Mm, inéd. de Vhist. du Tiers-Etat, DI, 330. — Un édit de 1749 décide que les contribuables de Marseille devront envoyer à leur place des hommes en état de servir à peine de 10 liv. d'amende. Arch. nationales, H. 1315. — A Angers, on se fait remplacer pour 20 sous. Des Essarts, VIII, 533. — Le remplacement était admis à Saint-Quentin en 1663. GoUiette, III, 379.
* Jolibols, Hist. de Châtiment, p. S59.
les leur réserver à Dijon *. A Troyes, tous les officiers étaient négociants, « soit à boutique, soit à magasin'. » Il n'en avait pas toujours été ainsi. Sans remonter au xvf siècle où les échevins avaient souvent autorité directe sur la milice et commandaient en personne les compagnies des quartiers ^, on trouve au xvii* siècle des capitaines choisis parmi les habitants les plus considérables par leur dignité et leur richesse. Les citoyens les plus riches de Reims recherchaient la charge de capitaine, parce qu'elle leur conférait Texemption des logements militaires; nommés par le conseil, ils payaient leur bienvenue aux bourgeois de leur compagnie, et cette bienvenue leur coûtait de 3 à 400 liv. *• A Bordeaux, de nombreux privilèges leur étaient accordés pour les indemniser des dépenses qu'ils faisaient pour Tarmement, l'équipement et l'ornement de leurs compagnies ^.
Les capitaines étaient choisis, tantôt par les officiers municipaux ou le conseil de ville •, tantôt par les habitants eux-mêmes, tantôt par le gouverneur, qui usa souvent du droit de ratification ; la nomination par le conseil prévalut généralement, et l'on ne laissa aux miliciens que l'élection des lieutenants et des enseignes. A Perpignan, les capitaines devaient être pris parmi les nobles et les bourgeois-nobles ; les lieutenants parmi les « mercadiers » et les notaires ^ ; à Amiens, ils ne pou-
* Ino. Arch. Lyon, BB. — Inv. Areh. Dijon^ B. 399.
* Lettres inédites de Grosley, d9 80.
' Le Maire, Hist. et cmtiquitez d'Orléans.— Jolibois, Hist. de Bethdf
^ Oudard Coquault, II, 290.
^ Us fournissaient entre autres les enseignes, les tambours et les fifres en 1615. Livre des Privilèges, p. 335-337.
* A Nîmes, le Ck)n8eil confirme les nominations faites par les consuls. Ménard, V, 298. — L'échevinage de ProTins nomme les capitaines et lieutenants. Bourquelot, II, 305. — Varin, St. Beims, II, 1010.— Voyei aussi Irw. Arch. Lyoriy BB. 191 et 234.
^ Clos, Mém. Ac. se. Toulouse^ 5^ s., III, 153.
Là MILICE BOURGEOISE. 263
voient être désignés parmi les artisans et « gens de profession mécanique » ; les enseignes, les sergents, les connétables, les cinquauteniers, étaient nommés le plus souvent par les officiers eux-mêmes, parfois par Téchevinage ou les bourgeoise Aucune uniformité n'existait du reste pour ces élections, qui participaient de la variété des élections municipales.
L'édit de 1694 qui établit la vénalité des charges d^officiers ne parvint pas à faire cesser cette diversité. La plupart des villes les rachetèrent, soit de bonne grâce, soit forcément *. Dans le premier cas, elles conservèrent leurs droits et ceux des habitants pour la nomination des officiers ; dans le second elles mirent leurs charges, comme à Âuxerre, à l'encan pour rentrer dans leurs débourisés. A Epernay, en 1749, la charge de major est adjugée aux enchères moyennant 288 1. Ailleurs, la place est vendue de gré à gré parles héritiers du titulaire, sous condition d'acceptation de Tacquéreur par le corps de ville ; elle peut être remboursée par l'échevi- ' nage, lorsque ceux qui la possèdent ne lui plaisent pas ^. Les plus notables habitants ne se souciaient pas toujours de les acquérir. Malgré les privilèges qu'assurait redit de 1694, l'intendant de Toulouse se plaignait de n'avoir pu trouver de « gens distingués » pour les acheter*. Dans la petite ville deMéry, le capitaine-major est apothicaire, et à Bar-sur- Aube le major est à la fois directeur de la poste et marchand de bois ^. Mais à Barsur-Aube comme dans beaucoup d'autres villes, les élec-
* M<m. inéd. de rhist. du Tiers-Etat, m, 481. — Inv. Areh. Mâcon, EE. 5. -» Ces différents usages furent conservés par Tédit de mars 1694. Ane. Uns françaises, XX, 220.
* Bourg les rachète 8145 liy. Inv. Arch. Bcurg, FF. 39. — Corr. contr. génér., I, n^ 1557.
* Chardon, II, 348, 350. — A. Nicaise, p. 228. — Manuscrits de SemiUiard, III, 496. -^ Note sur les milices bourgeoises de Champagne. Aroh. de TAube, C. 1060.
^ Corr. des eonMl. gén,, I, n? 1346.
* Arch. de l'Aube, C. 361 et 1548.
lions par les habitants ou les échevinages ne tardèrent pas à être rétablies, au milieu des édits et des arrêts du conseil qui supprimaient, rétablissaient, taxaient et surtaxaient les charges de milice comme les charges de corps de ville.
Des colonels et des majors furent établis par Tédit de 1694 • dans toutes les villes où il y avait évêché et présidial. Il en existait depuis longtemps dans la plupart d'entre elles. En 1649, Angers avait choisi pour major un conseiller au présidial, qui avait en vain allégué pour excuses « son jeune âge et son inexpérience pour le fait de la guerre' o. Les fonctions du major n'étaient pas sans importance. A Rennes, il surveille les corps de garde» les réunions de la milice, les patrouilles ; c'est à lui qu'on rend compte de tous les incidents qui se produisent et que l'on présente les personnes arrêtées dans la nuit ^ Dans les petites villes, le major commandait la milice. Dans les grandes, elle obéissait au colonel dont l'oflBce fut souvent racheté par le maire. Le prévôt des marchands de Lyon reste toujours colonel de la milice ; le maire d'Angers , en sa qualité de colonel général, passe les revues, avec hausse-col et esponton, la cocarde blanche au chapeau^.
Le maire ejt les officiers municipaux conservent toujours Tautorite supérieure sur les bourgeois armés. Us reçoivent le serment des officiers, ils donnent le mot du
* Ane. lois fromçaise», XX, 219.
* G. Port, Journal du euré Jousselin, Jnv., p. 434.
* En 1779. Arch. nationales, H. 520. — A Rochefort il reçoit, en 1768, 300 liv. de gratifications, hvo, Arck., n"* 337.— L^aide-major de Bordeaux, pendant 38 ans de service, n'a reçu que dix honoraires, consistant en 5 livres de bougie de table et 16 livres de sucre. Arch. nationales, H. 93'. '
* 1781. Inv, Arch. Lyon, BB. 342. ...Angers, BB. 112. — Le lieutenant des habitants de Reims est colonel de la milice et capitaine de la première compagnie. Varin, II, 1010. — Le maire de Langres, la pique à la main, est à la tête de la bourgeoisie armée en 1725. la Hitute-Mame, p. 189.
guet, ils prescrivent les prises d'armes ; on dit bien en 1750 qu'on fera dépendre celles-ci de Tautorisation du commandant militaire ^ ; mais les villes, qui ont réclamé souvent contre les prétentions du gouverneur et du lieutenant du roi sous ce rapport *, protestent encore et peuvent obtenir gain de cause ^; dans tous les cas» elles gardent leur juridiction sur la milice , si elles sont quelquefois obligées de la partager avec le gouverneur, et si Ton peut appeler de leurs décisions au gouverneur, à Tintendant ou aux bailliages.
Les échevinages et les officiers qui en dépendaient jugeaient le plus souvent seuls des délits ou des crimes commis par les bourgeois armés. En 1702, le prévôt des marchands de Lyon préside un conseil de guerre qui condamne à Texil et à Tamende un soldat de la garde qui, étant en faction, avait tué un homme. A Bordeaux, les officiers jugent en dernier ressort, et peuvent appliquer la peine de mort aux coupables, comme ils le firent en 1757 *. A Langres, la justice est rendue par des capitaines à masse nommés par le maire. A Troyes, à Orléans, c'est réchevinage qui condamne, le plus souvent à l'amende^. SiTamende n'est pas payée, les capitaines font saisir et vendre aux enchères les meubles du condamné "• La peine de Temprisonnement peut être aussi prononcée, et Lyon fait construire une prison dans son hôtel de ville en 1651 pour y faire renfermer les contrevenants au service de la garde ^.
Le service de la milice était encore sérieux au commencement du xvii^ siècle ; il comprenait principalement la garde des portes, le guet sur les remparts, la
Becueil eoncemant la municipcUité, 1, 129.
N.-J. Foucault, MémoireSy p. 268.
Mon. inéd. Tiers-Etat, III, 155. — Hippeau, IX, 378.
Itw, Arch, Lyon, BB. 261. — Arch. nationales, H. 93'.
Ahn. de Langres pour 1787, p. 83. — Brillon, III, 554.
Challe, Annuaire de l'Yonne, 1843, p. 110.
Iitv. Arch. Lyon, BB. 195. Voir aussi „,Bayonne, CG. 637.
266 laVRS IV. GHAPITRB H.
garde des rues, les patrouilles, outre les revues et les prises d'armes extraordinaires, dans les cas d'entrée de grands personnages, de cérémonies publiques, de garde de prisonniers de guerre, de désordre et d'incendie. Au xv!!!"" siècle, le service ordinaire est plus rarement demandé, et le service extraordinaire, à intervalles plus ou moins éloignés, est la plupart du temps le seul qui soit exigé.
De nombreux règlements avaient déterminé le mode des convocations, la durée et la nature du service. Ce service n'avait lieu que dans les circonstances graves, comme l'imminence d'une guerre, les hostilités déclarées, la nécessité de prendre des précautions contre les épidémies et la famine. C'est le souverain ou l'échevinage qui juge de l'opportunité de garder dans ces occurrences les portes et les murailles. Le trompette de la ville au xvu' siècle annonce les convocations qui sont faites plus tard au moyen d'affiches et de billets individuels ^ Les tambours des quartiers, les cloches du beffroi * ou des portes appellent les bourgeois au lieu de rassemblement qu'ils connaissent d'avance, et d'où ils se dirigent sous la conduite de leurs capitaines ou de leurs enseignes au poste qui leur est assigné. Auxvi^ siècle, ceux qui faisaient la garde de nuit relevaient les miliciens du jour à la tombée de la nuit, et étaient eux-mêmes relevés à minuit par d'autres hommes qui restaient jusqu'au matin ^. On conciliait ainsi les intérêts de la défense avec les soins qu'on doit prendre de ne pas fatiguer outre mesure les hommes. Sous la Fronde, la durée de la garde était d'ordinaire de 12 heures; elle fut de 24 heures sous Louis XIV, comme poux les soldats de l'armée royale. A Rouen, on y était appelé tous les six jours ou tous les douze jours *; à Metz, en 1693, une fois par semaine '. A Reims, en
* Inv. Arch. Lyon, BB. 169. Voir aussi BB. aïO.
« Amiens. Mon. inédits de thist. Tiers-Etat, III, 12.
* Le Guet et la milice bourgeoise à Troyes, p. 24.
* Farin, Hist, de Bouen, I, 103.
* A. de Boîslisle, Corr. des conitr. gén,^ I, n^ 1431.
1649, on y fut même convoqué tous les quatre jours. Un service aussi fréquent soulevait des murmures. « Le bon bourgeois, dit Goquault, faisait garde et porte ; l'artisan après avoir fait garde retournait à son logis le matin ; ainsy le bon bourgeois faisait double garde et double fatigue contre le pauvre une. »
On distinguait en eflFet les portiers de ceux qui gardaient les remparts et qu'on appelait murailliers * ; à Reims, comme à Amiens, les portiers étaient choisis parmi les bourgeois notables, parce qu'en temps de guerre leur mission importait au salut de la ville. On se rappelle comment, en 1597, les Espagnols s'emparèrent d'Amiens ; ils firent verser une charretée de noix qui, en roulant par terre, détournèrent l'attention des bourgeois chargés de la garde d'une des portes'. La garde des portes était de toutes la plus fréquente. Elle n'avait point lieu seulement en temps de guerre; si la peste sévit dans les villes environnantes, les bourgeois ont pour mission d'interroger tous ceux qui veulent entrer et de les forcer à rebrousser chemin, s'ils viennent d'un lieu « où l'on se meurt » ; tantôt, ils demandent sur l'ordre du roi, les passeports de tous les voyageurs'; tantôt ils doivent, sur les injonctions de l'intendant ou du maire, s'opposer à l'entrée ou même à la sortie de certaines marchandises ; ils sont chargés de la police des mendiants*; ils reçoivent des ordres même pour exercer une inspection sur les bêtes à cornes qui pourraient être atteintes d'une maladie contagieuse^. Ils sont parfois les auxiliaires de l'octroi et on les voit prélever dans les voitures chargées de bois des bûches pour le chaufiTage de leur corps de garde •. On comprend
« 0. Goqnault, l, i52 et 205.
* En 1562, Tava^nes s*é(ait emparé de la ville de Màcon au moyen d'un stratagème analogue. Mémoires de Tavannes, ch. XVII.
> Ordonn. de 1637. Lalanne, Hist. de Cîiâtelleraud, II, 158.
« 1741. Chardon, Hist. d^Auxerre, II, 4&±
' Irw. Arch. BoubcdXj BB. 6.
* Défense aux corps de garde des portes de prendre plus de deux
qu'en temps de paix, ce service, qui avait surtout la police pour but, ait fini par être abandonné à des remplaçants ou à des portiers salariés.
La garde des remparts, le guet proprement dit, n'était usité qu'en temps de guerre. Sur les murailles, à Tabri des échauguettes , des guérites en bois ou des galeries qui couvraient les remparts, étaient posées des sentinelles prêtes à signaler le danger ou à donner l'alarme à leurs compagnons qui veillaient dans le corps de garde. Des rondes que l'on vit dirigées par le maire en personne constataient si chacun était à son poste ^ On plaçait aussi, dans les dangers imminents, des sentinelles dans le plus haut clocher que possédât la ville*.
La garde intérieure se faisait dans les . moments de trouble et de fermentation qui accompagnaient parfois la guerre étrangère ou civile. On l'appelait au xvi* siècle le guet dormant ou assis ^. Les chaînes qui étaient fixées au coin des rues étaient tendues ; des lanternes étaient placées à l'extérieur des fenêtres, et les bourgeois du quartier veillaient à chaque carrefour pour défendre l'accès de leurs maisons. Ce genre de guet tomba en désuétude avant le règne de Louis XIV, qui fit enlever dans les villes les chaînes de fer qui étaient encore scellées^ au coin des rues. On avait organisé depuis longtemps des corps de garde à l'hôtel de ville ou dans les
bourrées et une busche par jour sur les charrettes de bois entrant en ville. i6i9. Inv, Areh, Angei's^ BB. 65. — Règlement de police mUitaire pour la ville de TYoyeSj 4674, art. 39.
* Six douzaines de lanternes aux maire et officiers de ville pour faire la ronde sur les remparts. Inv. Areh. Boulogne, n« 18.
* A Albi, en 1615, au clocher de Sainte-Cécile. Ino. Areh.^ CC. 295. — A Nîmes, en 1602. Ménard, V, 328. — A Reims, en 1651. Coquault, I, 205.
* Ord. de 1539. Des Essarts, Dict. de la police, IV, t^,^ Le Guet et la ndlice..., p. 25. — U'y avait à Reims une enseigne du guet do^ mant. Cerf, le vieux ReimSy 106.
* En 1678^ à Angers. Ino. Areh. Angers, BB. 128. — En 1689, à Troyes. Boutiot, IV, 485.
quartiers populeux \ et les hommes appelés à y passer la nuit étaient assujettis à faire des patrouilles pour assurer le maintien de Tordre.
Les patrouilles sont prescrites toutes les fois que des craintes de quelque nature qu^elles soient se manifestent. Les artisans menacent-ils de se révolter ? Des crimes sont-ils signalés? Des délits sont-ils commis la nuit dans les rues? ' Est-on sous l'impression de terreurs ridicules, comme à Auxerre où Ton s'imagine, en 1 706, que la chute prématurée des feuilles annonce de grands malheurs ? ' L'échevinage recourt à la patrouille. On la supprime et on la rétablit selon les circonstances. Elle survit même à la milice ; à Rennes, celle-ci avait été désarmée en 1695 ; des patrouilles de vingt hommes n^en furent pas moins ordonnées, et le ministre les maintint, malgré le gouverneur *. La ville de Bordeaux paie 6,000 liv. au commis chargé de rédiger les états des patrouilles*. Au xviii* siècle, elles sont assez fréquentes * ; à Marseille, chaque nuit, trente-deux hommes font des patrouilles ; Ton se plaint de ce qu'elles sont insuffisantes. On veut les renforcer. « Il n'y a pas cinq ans, dit un mémoire municipal, que la terreur était si grande dans Marseille qu'un bourgeois n'osait sortir la nuit de chez luy sans se faire escorter par son voisin ^. » La patrouille avait pour instructions d'arrêter les personnes qui sortaient sans lanternes, et surtout les vagabonds et les gens sans aveu. A Dijon, le procureur syndic qui la commandait faisait saisir les épées et les
« Itw. Arch. Eœhefcrt, d? 686.
> Ino. Areh. Albi, BB. 34. ^ Ménard, VI, 140.
* Chardon, Eist. d'Auxène, II, 381 .
* De Boislisle, Corr. des contrôl. généraux, n* 1489. ' Dépenses de 1777. Arch. nationales, H. 93'.
^ A Angers, la patrouille est de SO hommes en 1788. Des Ëssarts, VUI, 532. — Voir aussi Inv. Arch. Angm, BB. 58, 60, 67, 113. ,..Ly(m, BB. 284 ...DtjVm, B. 308.
' Mémoire de 1764. Arch. nationales, H. 1314.
armes portées par « les gens qui n'étaient pas de condition*. »
Outre la patrouille, la milice est appelée à faire la police des incendies, et ses officiers doivent procéder dans leurs quartiers à la visite des cheminées. Si elle est dispensée d'assister aux exécutions capitales, elle, doit prêter main-forte aux officiers de police *. L'Etat aussi lui demandera des services ; il leur fera escorter des convois de poudre ^ ; il leur confiera la garde et la conduite des recrues *. Si Tintendant hésite à lui prescrire de surveiller les galériens enfermés dans les prisons d'Amiens ^, on n'a point de ces scrupules pour les prisonniers de guerre. Une ordonnance mimicipale de 1690, rendue par Téchevinage de Troyes, prescrit aux habitants de se rendre à l'hôtel de ville avec armes, épées, mousquets, mèche allumée et munitions de guerre, pour garder 1,500 prisonniers faits à la suite d'une victoire remportée par le duc de Luxembourg •. En 1708, on charge spécialement deux compagnies de miUce d'Amiens de la garde des prisonniers de guerre^.
Mais c'est dans les cérémonies publiques, aux entrées de grands personnages et dans les revues qui les accompagnent, que la milice se montre de la manière la plus brillante. Elle se rend aux Te D&um avec ses officiers, ses tambours et ses fifres ; elle escorte les officiers mimicipaux, elle fait la haie sur le passage des princes et les salue de ses salves. Elle est chargée, suprême
* Ino. Àrch. Dijoriy B. 308.
* Inv. Àrch. Angers, BB. 128 et 131.
' Chardon, Hist. d'Auxerre, II, 88. — 'Ord. de 17^. Code mumdpcUj p. 195. « Si toutefois elle consent à faire ce service, » écrit rintendant en 1694.
* Inv. Arch. Angers^ BB. 81.
^ Cwr. des ccfdrôl. généraux, I, n*" 1340.
* Placard imprimé. Arch. de Troyes, P. 2. 7 Manuscrits de Pages, m, 340.
IJL HIUCE BOURGEOISK. 2*71
honneur, de la garde du roi pendant le séjour qu'il fait dans la ville ^ Aux enterrements des magistrats et des gouverneurs, ses officiers et ses principaux bourgeois assistent vêtus de deuil ; ses tambours sont drapés ; son enseigne colonelle est voilée d'im long crêpe noir'. Les revues étaient nombreuses sous Louis XIII, où Ton songea à donner aux milices bourgeoises un rôle sérieux. A Mâcon, la revue est suivie en 1612 d'une petite guerre où le sang coule. En 1635, on fait une revue générale des habitants de Bayonne et de sa banlieue ^ On essaya aussi à la fin du règne de Louis XIV de rattacher les milices à Forganisation militaire de TËtat. M. de firoglie passa en revue, à Gaillac, la garde bourgeoise du diocèse, et celle d'ÂIbi fut également ndse sous les armes pour être examinée par un inspecteur général^. En 1753, on prescrira encore à Langres des revues annuelles, où tous les hommes de seize à soixante-cinq ans sont tenus de se rendre ^. Le* vierg d'Autun passe chaque année la revue de la milice qui se hvre ensuite à un simulacre de combat *.
Au xvii^ siècle, où les milices étaient encore utiles, elles avaient rarement un costume uniforme. On sait du reste que c'est Louvois qui en rendit l'usage général dans l'armée active. A l'époque où l'autorité de Henri IV fut reconnue, les officiers et les soldats prirent l'écharpe blanche, comme signe de ralliement^. Plus tard on portera des Qocardes de rubans ou de papier aux cou-
« 1654. Donnay, Hist. de Soissons, p. 572. — 1651. Ephémérides auxemnses^ p. 14. — 1744. Lefebvre, Hist. de Calais^ II, 750.
< Ménard, Hist. de Nimes, VI, 181.— Le Guet et la milice à Troyes, p. 38^9.
* Ifw. Arch. Màcon, BB. 77. ...Bayonnê^ BB. 21.
* Inv. Areh. Albi, BB. 117 et 120.
' héglement pour la dùeipline militaire de la bourgeoisie de Langres du 18 may 1753. Camandet, Trésor des pièces rares, 1, 141-149. — Une revue générale a lieu à Lyon en 1782. Inv. Arch. Lyon^ BB. 342.
* Courtépée, Description du duché de Bourgogne, ^ éd., II, 533. ^ Varin, St. Beims, II, 365. — Le Guet à Troyes, p. 28.
272 LrVRE IV. CHAPITRE II-
leurs des princes. Cependant dans les circonstances solennelles, on équipera des compagnies d'éUte d'une manière uniforme. On ne se faisait pas une idée bien nette de ce que devait être le costume militaire. Quand Louis XIII entra à Marseille, <r il prit grand plaisir de voir que les soldats de la milice étaient bien rangés, que leurs armes étaient belles et riches, mais ce qui lui donna le plus de satisfaction fut de voir qu'il y en avait d^habillés en sauvages, en amériquains, en indiens, en turcs et en mores ^ » A Lyon, en 1622, les compagnies d'arts et métiers sont chamarrées d^or et de clinquant, et « tous les soldats d'ime mesme compagnie n^ont qu^ime mesme parure*. » Â Bayonne, en 1657, les ofiiciers porteront un manteau écarlate à collet de velours vert, « à la livrée de la ville ; » mais c^est sous Louis XV que Tusage de Tuniforme se généralisera. 11 se compose le plus souvent d^un habit bleu à revers rouges ou blancs^ ou d'un habit écarlate à revers bleus ^, avec vestes et culottes blanches ou chamois. Les officiers portent l'épaulette et les galons d^argent ou d'or, et de vives réclamations se produisirent lorsqu'une ordonnance de 1786 leur interdit les épaulettes, les di'agonnes et « les autres distinctions exclusivement affectées aux officiers mihtaires '. »
Les compagnies avaient aussi leurs drapeaux depuis le xv" siècle. C'est ainsi qu'à Bayonne chacune des dixsept compagnies avait le sien^. Ils étaient le plus souvent aux couleurs de la ville. A Albi comme à Troyes, ils
« De Ruffi, Hist. de Marseille, l, 471 .
* Hiet. du voyage du roi.., Danjou, Arch. curieuses, 2« sér., II, 329.
* Lyon, Troyes, Chàlons-sur-Mame, Chaumont, Angers, Marseille. Arch. nationales, H. 4314.
* A Gaen, Règl. de i767. Hippeau, IX, 290. — A Calais, en 1744. Lefebvre, II, 750. — L'habit peut être blanc à revers rouges, comme à Hochefort et à Limoges. J.-J. Juge, p. 53.
* Ino. Arch. Angers, EE. 5.
* Ino. Arch. Bayorme, CG. 315.
sont de tafietas bleu, blanc et rouge ; à Orléans S de taffetas blanc, rouge et jaune; à Boulogne, de taffetas blanc, bleu et jaune'. Les couleurs sont parfois disposées en rayures ou en carreaux. Mais la compagnie colonelle avait d'ordinaire son drapeau spécial, qui était le drapeau blanc fleurdelysé. A Dijon, le capitaine de la paroisse Notre-Dame portait Toriflamme de la ville, qui était de forme étroite et fendue à l'extrémité ^
Aux revues figuraient aussi avec leurs enseignes les compagnies volontaires et privilégiées des arquebusiers, des canonniers, des enfants, dont nous parlerons plus loin, et moins fréquemment des compagnies de cavaliers, comme la compagnie de la cinquantaine de Rouen, les chevau-légers de Valenciennes, les gendarmes et les dragons de Rochefort^. Il se formait aussi, à Toccasion des entrées de princes ou de gouverneurs, des compagnies de, volontaires, qui s'équipaient à leurs frais et qui, montés sur leurs cbevaux ou sur des die vaux d'emprunt, allaient à la rencontre des hôtes de la ville et leur formaient une escorte d'honneur. Quelquefois ils brillaient par la richesse de leur costume et de leur attirail. A Reims, à l'entrée de Louis XIV, ils sont au nombre de deux ou trois cents'*. Au Havre, en 1753, on improvise une compagnie formée de l'élite de la jeunesse qui, en quinze jours d'exercice, est « en état d'escadrouner aussi bien qu'im corps de cavalerie réglée*. » A Nîmes, les marchands forment, à l'occasion de la naissance du
< Ifw. Arch. Albi, GG. 78.— flenri IV à Troyes, p. 8. — Le Maire, Hist. ^Orléans, p. 305.
* Inv. Arch, Boulogne, n^ 1017.
* Nouoeau voyage de France, 1760, p. 153. A Montpellier, le guidon est de moire bleue. A. Delort, p. 325.
* Hippeau, IX, 282-290. — Patte, p. 144. — Th. de Blois, Hist. de Boeheforty 1731.
* Goquault, II, 281. — A rentrée de la reine en 1723, 200 jeunes geos, bien montés, habillés d'écarlate, l'escortent et lui servent de garde la nuit. Journal hisL de Verdun, oct. 1725, p. 205.
* Belation de l'arrivée du roi au Havre.., 1753, p. 3.
274 LIVRE lY. CHAPITRE tl.
Dauphin en 1729, deux compagnies de 80 chevau-légers chacune, composées l'une des marchands mariés, Tautre de célibataires. Mais, si ces cavaliers manœuvraient parfois d'une manière irréprochable, quelquefois aussi ils montraient une inexpérience qui prêtait à rire. Les soixante cavaliers qui allèrent au devant du gouverneur d'Angers, en 1650, sont représentés comme étant « la pluspart montez sur chevaux de mestairies, déferrez et aussi bien équippez que ceux qui les montoient, gens sans ordre, séparez quelquefois de plus de cent pas les uns des autres ^ »
L'inexpérience et la maladresse étaient trop souvent le partage des milices bourgeoises, qui jusqu'au xv»"* siècle n'avaient eu d'uniformité ni dans le costume, ni dans l'armement. Sous Louis XIII, les compagnies étaient divisées en arquebusiers et en piquiers. A la même époque, on songea à les faire exercer sérieusement. Une académie fut ouverte en 1627, à Lyon, par un commissaire de l'artillerie pour l'instruction des bas officiers et des soldats des compagnies bourgeoises qu'on appelait les pennonages*. C'était également un commissaire de l'artillerie qui enseignait, en 1618, le maniement des armes aux habitants de Troyes^ Marseille entretenait un écuyer et un maître d'armes pour apprendre l'art militaire à la jeunesse*. La ville d'Angers subventionnait aussi un « joueur de baultes armes qui montrait l'exercice tant de la pique, mousquet que hallebarde » et un « batelier de la rivière » qui, expert en hautes et basses armes, <f faisait faire aux habitants Texercice de la milice '. »
Ces exercices n'étaient pas inutiles pour prévenir les accidents, qui se produisaient dans les salves tirées en l'honneur des princes •. Aussi exhorte-t-on les miliciens
* Journal du curé Jousselin. Port, Arch. d'Angers, p. 447. « Inv, Arch. Lyon, BB. 172.
* Ord. municipales. Arch. de Troyes, AA. 14.
* En 1618 et 1633. De Rum, Hist. de Marseille. 5 Inv. Arch. Angers, BB. 63, 74 et 75.
* Chardon, Hist. d'Auxerre, II, 313. — Le Guet... à Troyes, p. 29.
LA MILICE BOURÔEOISE. 275
« à bien porter leurs armes, à se garder de mettre des balles dans leurs fusils, lorsqu'ils auront à tirer des salves, à tenir leurs files droites, à conserver leurs distances... » En 1781 encore, on défendra « sous peine de prison, à tous ceux qui seront en armes, de désemparer et de quitter les places qui leur auront été assignées par leurs officiers... également de faire aucune décharge de mousqueterie, si ce n'est lorsque le signal et les ordres leur auront été donnés ^ . » Les réunions de la milice pour les entrées de personnages et les processions* étaient souvent ime occasion de désordre; un ministre de Louis XIV blâmait un intendant d'avoir laissé mettre les habitants de Fontenay en armes à son passage, parce que ces sortes d'honneurs ne pouvaient causer que du désordre et de l'embarras '. Lorsque les bourgeois sont de garde la nuit, ils troublent parfois le repos au lieu de le protéger ; en 1 666, à Troyes, ils font de trois à quatre heures du matin des « escopeteries continuelles », ce qui, ajoute-t-on, incommode les habitants. L'autorité des officiers est impuissante à remédier à ces excès ; les refus d'obéissance ne sont que trop fréquents* et plus d'une fois on peut répéter ce que disait Du Vair de la milice de Marseille : « Chacun y veult commander et personne n'y veult obéir*.»
Ces soldats indisciplinés et mal aguerris étaient cependant sous l'influence du devoir et du patriotisme capables de résolution et de vigueur. Dans les places fortes des frontières, ils suppléaient la garnison en temps de guerre, et dans ce cas, ils étaient placés sous les ordres du commandant et des autres officiers de Tétat-major, ils étaient soumis à la justice mihtaire pour tout ce qui
* Règlement de i663. — Ord. de 1781. Placard. Arch. de Troyes. < Inv. Arch. Dijon, B. 279.
' Depping, Corr. admnietraUvey 1, 888.
* Le Guet et la milice,., à Troyes, p. 30. — Voir aussi Inv, Arch, ArmenHèreSy EE. 10. — ...Lyan, BB, 159... ~ ...Bourg, BB. 81.
> Lettre de 1597. Sapey, p. 381.
concernait le service*. Quoiqu'un grand publiciste ail attribué rinstitution des troupes réglées à Tinvention des bombes, qui auraient frappé les bourgeois d'une crainte telle qu'on ne pouvait plus se fier à eux pour la défense de leurs remparts ^^ on peut citer des bourgeois dont rhéroïsme ne saurait être trop admiré. Tels furent ces habitants de Saint- Jean-de-Losne, qui après avoir déclaré en assemblée générale qu'ils étaient « résolus, dans le cas où ils seraient forcés, de mettre le feu en leur maison et aux poudres de la maison de ville, » se défendirent avec quarante soldats du régiment d'Enghien contre quarante mille ennemis, et les obligèrent, après deux assauts, à lever le siège. De pareilles occasions de se signaler se présentèrent rarement à partir du règne de Louis XIV. Les villes de France ne furent point assiégées sous Louis XV et sous Louis XVI. Les habitants de la Rochelle, menacés par les Anglais, rivalisèrent de zèle en 1757 pour concourir aux travaux de défense des remparts*; mais l'esprit militaire bourgeois s'était affaibli ailleurs à tel point que les milices de plusieurs villes ne surent pas même résister à la troupe de Mandrin.
Ce Mandrin, dont on a accolé le nom d'une manière infamante à celui du voleur Cartouche, était un chef de contrebandiers, qu'on pourrait comparer à un capitaine de bandes du moyen-âge égaré au xvin* siècle. Il entrait dans les villes, en maître, levant des contributions sur les caisses publiques, et délivrant les prisonniers pour faits de contrebande ou de faux-saunage. Les autorités d'Autun, en 1754, ont appris son approche ; elles convoquent aussitôt les 600 hommes de la milice, distribuent à chacun d'eux six cartouches, et les envoient aux rem-
* Ord. du 25 juin 1750, tit. XV. Recueil concernant la municipalùé» 1, 129. — Durieux, Mém. Soc. ém. Cambrai, XXXIII, 230.
* Montesquieu, Lettres persanes y éd. 1828, p. 274. Il connaissait peut-être Thistoire des canonniers de Dieppe qui, après le siège de 1694, quittèrent la ville, parce que plusieurs d'entre eux avaient été tués ou blessés. Hippeau, IX, 199.
> Arcère, II, 523.
parts où Ton peut encore mettre en batterie huit canons. Quarante dragons de BaufiCremont étaient en outre en garnison dans la ville. Mandrin se présente devant les portes, dont les battants disjoints et vermoulus ont été fermés ; il menace, si on ne les lui ouvre pas, de brûler le grand séminaire et d^escalader les murs. Le major de la milice s'émeut, et d'accord avec les magistrats, parlemente et capitule. Les portes vermoulues s'ouvrent, et Mandrin, au petit pas, à cheval, en habit de drap gris et en chapeau brodé d'or, se rend à la tête de sa troupe à l'hôtel de ville, où le receveur du grenier à sel et l'entreposeur des tabacs lui comptent 9,100 liv.; puis il se dirige vers la prison, où il fait mettre en hberté les contrebandiers ^ Ces incroyables capitulations se renouvelèrent dans d'autres villes, jusqu'à ce que Mandrin, poursuivi par les hussards, eût été pris et roué à Valence en 1755.
Peut-être l'impopularité de la gabelle et des employés des aides, dont Mandrin était l'adversaire, avait-elle contribué au mauvais vouloir et à l'inertie des milices bourgeoises. Cent ans auparavant, un capitaine avait reçu l'ordre, à Chatellerault, de tenir la main à l'étabUssement d'un grenier à sel ; au lieu d'obéir, il se mit à la tète des mutins et délivra les faux-sauniers ^. Gomme les gardes nationales modernes, les milices étaient quelquefois aussi disposées à combattre l'autorité qu'à la soutenir. Il avait fallu, en 1597, menacer de « tailler en pièces sur le champ » les capitaines des pennonages de Lyon qui en cas d'alerte auraient élevé des barricades dans leur quartier^. L'armement des habitants avait aussi inspiré des craintes, surtout à l'époque où les protestants à l'abri de leurs places fortes paraissaient
* H. de Fontenay, Mandrin et les contrebandiers à AutwL Mém. de la Soc. Éduenney I, 13^172. La terreur de rapproche de Mandrin se répandait au loin, et la ville d'Avallon fait faire la garde la plus séyère à ses portes en 1754. Ern. Petit, p. 359. — Voir aussi Ino, Arch, Mâûon, ce. 150.
* Lalanne, Eist. de Ckàtelleraud, II, 186. » 1597. Inv, Arcfi. Lyon, BB. 134.
un danger pour Tétat, et au moment de la révocation de redit de Nantes. C'est ainsi que des visites domiciliaires furent faites à Ntmes en 1683, et qu'on y trouva treize charretées d'armes qui furent transportées dans la citadelle de Montpellier ^ Des mesures semblables furent prises dans le Languedoc; mais on rendait les armes aux villes, qui comme Albi, s'étaient toujours distinguées par leur catholicisme et leur fidélité au roi. Quelques années après, on témoignait sa confiance aux bourgeois de cette ville en leur distribuant de la poudre et des balles pour contenir les artisans dont l'attitude était menaçante. Lorsque la tranquillité et la propriété étaient attaquées, la milice retrouvait son énergie. Les pennonages défendent l'hôtel de ville de Lyon contre une émeute suscitée par les bouchers^. A Rennes, les cinquantaines de quartier, qui formaient l'élite de la milice, dissipèrent en 1675 un soulèvement dont rétablissement du papier timbré avait été la cause, et n'hésitèrent pas à tirer sur les insurgés ^. On montait aussi la garde et l'on faisait des patrouilles, lorsque le danger était menaçant ; mais lorsqu'il était passé, les ressorts de la discipline s'affaiblissaient et les bourgeois ne s'acquittaient plus qu'avec répugnance d'un service dont ils ne sentaient plus la nécessité. « Le service de la milice est de plus en plus négligé, dit-on à Lyon, en 1770 ; les gardes qui devaient se composer de 72 hommes sont réduites à un très-petit nombre*. » Aussi, tantôt Ton supprime les gardes ; en Flandre même, on désarme les milices ' ; tantôt on demande que les portes soient confiées à des troupes de l'armée active*; tantôt l'on crée un corps de miliciens salariés qui est chargé d'une manière permanente de la police et du maintien de l'ordre.
« Ménard, Hist. de Nimes, VI, 277.
« Inv. Arch. Albi, CC. 365 et 374... Lyon, BB. 275.
* P. Clément, la Police ma Lovm HF, p. 302 et suiv. ^ înx>. Areh. Lyon^ BB. 338.
^ 1770-1777. Itm. Arch. Douai, CC. 1415... Armentiére$y EE. 10.
* 1764. Inv. Arch. Bayorme, ÇB. 61.
Il y avait depuis longtemps à Paris un guet royal, commandé par le chevalier du guet et qui prit le nom de garde de Paris au xviii* siècle • . A l'imitation de Parisy on créa dans un certain nombre de villes des charges de chevaliers du guet, qui furent en 1633 rattachées aux échevins^es. Mais les o£Qciers du guet, ainsi que les archers et les hoquetons qui étaient placés sous leurs ordres, dépendaient ordinairement des lieutenants de police ou des prévôts, et furent secondés dans leur tâche par la maréclûtussée lorsque cette institution fut partout répandue au xviii* siècle. A côté de ces forces armées, qui relevaient de Tautorité centrale, on vit s'établir des corps dont les officiers et les soldats étaient recrutés et soldés par les échevinages. Tels étaient les 24 archers de ville de Ghàlons-sur-Marne *, les 6 escudiers, les 4 compagnons du guet et les 4 hallebardiers de Montpellier, les cavaliers et les arquebusiers de la cinquantaine de Rouen* ; ceux de la cinquantaine d'Orléans, les 33 hoquetons du lieutenant des habitants de Reims ^, les 33 hommes de la garde municipale d'Auxerre, les 200 arquebusiers du consulat de Lyon *, les 60 archers du guet de Toulouse. Souvent ces gardes remplissent un rôle d'apparat plutôt qu'un rôle utile. Les 60 archers de Toulouse sont pour la plupart d'anciens domestiques des capitouls, et parmi eux il n'y en a pas dix qui sont en état de servir •. Un jour où on leur donne l'ordre de poursuivre des prisonniers évadés, ils refusent de sortir parce qu'il pleut I ^ Ces gardes d'ailleurs n'allégeaient point
* Des Essarte, m, 246-275.
' Dénombrement de Champagne. Man. de 1764.
* Arch. nationales, H. i022. — Depping, Corr. adm.^ I, 847.
* Des Essarte, VIII, 629. — Varin, St. de Reims, II, i024.
* Chardon, II, 369. — Ino, Arch, Lyon^ BB. 3S5. Voir aussi sur le guet Ira). Arch. Bayonne, CC. 332 et 738.
* Ccrr. des eontrôl. généraux^ I, n^ 1346. Il est question de les réformer en 1780. Arch. nationales, H. 1014.
' Rosy, un Conflit entre le eapUaulal et le Parlement. Mém. Ae. des Mciences de TouUme, T s., VII, 479-98.
le service' bourgeois, comme auraient pu le faire ceux qu'on voulait établir à Marseille en 1767 au moyen d'une imposition spéciale sur les magasins et les maisons S comme le faisaient les patrouilles d'habitants soldés qu'on créa momentanément dans certaines villes, aux époques de chômage et de disette, comme le faisait le guet de Bordeaux. Ce guet, comme celui de Paris, se composait de fantassins et de cavaliers; en 1777, le guet à pied comptait 72 archers, et le guet à cheval 36 cavaliers, dont la ville payait la solde et les dépenses *.
Les villes pouvaient aussi se fier à des compagnies d'élite, qui s'engageaient à faire un service plus actif moyennant la concession de certains privilèges ^ ; elles pouvaient aussi, dans les circonstances urgentes, invoquer le concours des compagnies d'arquebusiers ou d'archers, dont nous allons parler ; enfin, elles purent compter sur les garnisons de troupes régulières, lorsque leurs institutions militaires, un instant ravivées par la monarchie au xvii^ siècle, se furent affaiblies au siècle suivant. Mais la décadence do ces institutions était plus apparente que réelle; au moment où l'on croyait qu'elles étaient condamnées, elles allaient renaître en se transformant dans la garde nationale, qui s'organisa en 1789, avec une foudroyante rapidité dans toute la France, parce qu'elle avait ses cadres et ses éléments dans les milices des villes.
* Cet arrêté ne fut pas exécute. Plan du secrétaire Thiers pour une nouvelle garde. Arch. nationales, H. 1315.
* Les gages du guet à pied coûtent 17,216; ceux du guet à cheval : 22,6001. plus 15,368 1. pour la nourriture de tô chevaux; 3001. pour le loyer de deux casernes, etc. Arch. nationales, H. 93'.
' Telle était la garde bourgeoise de Reims, réglementée en 1770 et qui se composait de 200 hommes, et celle du Havre, de 80 hommes. Yarin, St, de Beims, II, 1026. Inv. Arch, Seine-Inférimre, G 195.