LES RÈGLEMENTS DU COMMERCE
produits pour les préserver contre les risques du transport ; les paiements se font par des envois en espèces ou par des lettres de change, que la poste, de mieux en mieux organisée/transporte partout. En même temps que le commerce, Tindustrie se modifie. Elle subit, à partir du xvn* siècle, une transformation que la découverte de la vapeur devait rendre de nos jours plus complète. Cette transformation consista dans la substitution progressive du travail collectif au travail individuel, du travail spécialisé au travail s'appliquant à toutes les parties d'un objet déterminé.
Colbert, en encourageant partout les manufactures *, porta une sérieuse atteinte au vieux système d'après lequel le maître travaillait lui-même avec un ou deux apprentis et quelques compagnons ; il contribua à y substituer le vaste atelier où de nombreux ouvriers obéissent à la direction d'un chef qui ne prend part à leurs travaux que pour les surveiller. L'ouvrier du moyen-âge faisait rarement fortune ; il travaillait au jour le jour, pour ses voisins ; il exportait peu ses produits ; mais il connaissait rarement le chômage ou la misère. Au xvif et au xvin* siècle nous voyons se manifester au contraire les résultats d'une production forcée, surexcitée par l'Etat, non moins que par le désir du gain ; des crises désastreuses sont amenées par la guerre, par l'excès de la production, par la rareté des bras, par l'introduction de métiers nouveaux. L'Etat s'unit aux villes pour les conjurer ; l'on verra des échevinages acheter des marchandises aux fabricants pour les emmagasiner jus- * qu'au jour où l'on en tirera un prix convenable*. Les villes subiront d'une manière sensible l'influence des crises commerciales à la fin du règne de Louis XJV, et
* Corresp. adm. sous Louis XIV, III, Industrie. ■— Citons parmi les manufacturiers auxquels Louis XIV accorda des lettres patentes, Nicolas Cadeau, qui créa la grande industrie des draps à Sedan en 1646, et Van Robais, qui rétablit en 1667 à Abbeville. Savary, t. II, col. 632-633.
• Arch. de Troyes, A. 52.
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si elles se relèvent au siècle suivant, c'est que ractivité industrielle et la richesse publique, surtout depuis 1740, allèrent toujours en s'accroissant jusqu'à la Révolution. Le progrès des manufactures eut . un autre résultat pour la population des villes. Il multiplia le nombre des compagnons, des ouvriers qui reçoivent le salaire d^un mattre et qui ne peuvent parvenir à posséder le capital nécessaire pour devenir maîtres à leur tour ; il porta atteinte aux corporations, qu'on voulait détruire avec raison parce qu'elles étaient contraires à la liberté du commerce, mais qui en disparaissant devaient ôter à l'ouvrier les avantages de l'association professionnelle. En même temps, les nombreuses ordonnances édictées à la fin du dernier siècle contre les rassemblements de compagnons S et qui sont motivées par leur rébellion ou leur attitude menaçante ^, montrent que les pouvoirs publics se préoccupent de leur nombre toujours croissant et du rôle que, grâce aux progrès de la démocratie, ils seront appelés à jouer dans les villes.
* Voir entre autres Inv. Arch. Angen, HH. 25.
* A Rouen, ils se coalisent et se révoltent en 1691, en i736, ea 1744, en 1772. Ouin-Lacroix, p. 15-16. — A Nîmes, le chômage des ouvriers cause des craintes en 1787. On a peur qu'ils ne mettent le feu à la ville et qu'ils ne se révoltent, comme à Lyon. Arch. nationales, H. 1023.