‹ La ville sous l'ancien regime (volume 2)Chapitre 32 sur 61 · L'EAU ET LE FEU · texte numérisé non relu

L'EAU ET LE FEU

Les puits. — Sources et aqueducs. •— Fontaines publiques. — Décorations des fontaines. — Plans pour faire amener des eaux. — Lavoirs. — Singulier usage à Nimes. — Glacières. — Glace distribuée.— Bains. — Création de bains sous Louis XVL — Précautions contre les incendies. — Visite des cheminées. — Réservoirs d'eau. — Seaux de cuir. — Seringues. — Couvreurs et charpentiers. — Insuffisance des secours; gravité des incendies. — Intervention religieuse. — Invention des pompes. — Acquisition de pompes par les villes et les corporations. — Pompiers. — Casques grecs. — Secours aux incendiés. — Quêtes et assurances.

L'eau, qui est aussi indispensable aux villes que Fair, leur était mesurée avec parcimonie au moyen-&ge. Dans rétat de défense où elles se trouvaient^ il eût été dangereux de compter sur les sources du dehors, que Tennemi, en cas de siège, aurait pu intercepter. Il fallait donc recourir à Teau de rivière et aux puits, aux puits situés dans les cours comme aux puits publics creusés dans les rues, malgré leur eau trop souvent viciée par les infiltrations de tout genre. Ces puits, avec leur margelle quelquefois sculptée, leurs montants, leurs fleurons, leurs épis en fer artistement forgés, pouvaient servir d'ornement. Il y en avait de charmants, comme le beau puits d'Amiens, construit en 1574, décoré de figures d'hommes ou de femmes, de vases, de branches et de fruits et surmonté de la belle devise de Charles IX, à

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laquelle il ne conforma pas assez sa vie : Pietate et justitia. Un autre puits plus récent, puisqu'il datait de 1625, présentait un travail de ferronnerie non moins remarqué ^ Le grand puits creusé au milieu de la grande place de Saint-Quentin, avec ses nombreux seaux et sa garniture de fer, était regardé comme magnifique ^. Quelques-uns des puits de Troyes n'étaient pas moins élégants', s'ils étaient moins larges et moins profonds. Partout on s'attachait à les entretenir avec soin , à les préserver contre toute souiUure, à empêcher qu'on n'y jet&t des immondices. On leur faisait faire des couvertures en bois; on les fermait de sept heures du soir à quatre heures du matin * .

La mauvaise qualité où l'insuffisance de l'eau des puits força souvent d'y suppléer. Paris était alimenté depuis longtemps par deux aqueducs provenant des prés Saint- Gervais et de Belleville ; ce ne fut que sous Louis XIII qu'on restaura l'aqueduc d'Arcueil construit par les Romains^. Au XV* et surtout au xvi* siècle, plusieurs villes s'agitent pour amener des eaux de source dans leur enceinte; eues font venir des fontaîniers, elles construisent des aqueducs et des réservoirs*. Lyon n'a que six fontaines publiques sous Louis XIII ; niais elles sont entretenues avec soin. A la même époque, Dijon érige desi fontaines et fait conduire une partie de l'eau qui lui est amenée dans plusieurs maisons. Boulogne en concé-

* Manuscrits de Pages, II, 65 et suiv.

* NcweUes Bech. sur la France^ U, 205.— A Cette, le puits commun est entretenu aux frais de la ville, moyennant 50 liv. par an. Arçh. nationales, H. 1030.

* Fléchey, Mém. Soc. académ. de VAvbe, XVIII, 413, XIX, 167.

^ Ord. do police de Lyon. Des Essarts, Vni, 610. — Lepage, Not. sur Bruyères, Arm. Soc. ém. Vosges^ 1878, p. 165. — La Haute-Marne^ p. 593. — L'entretien des 68 puits communs de Douai coûte 62 florins en 1694. Ino. Àreh. Douai, CC. 400.

* Belgrand, les Anciennes Eaux de Paris, p. 84.

* Arcère, Hist. de la Bachelle, n, 588. — Quantin, Bues d'Auxerre, p. 148. — Ménard, V, 302.

dera aussi plusieurs filets à Tévêque, aux Ursulines, et à quelques autres personnages'. Au xviii* siècle, où la sécurité ne fait que s'accroître, on entreprend sur beaucoup de points des travaux de ce genre. Montpellier élève en 1753 un aqueduc, qui, selon un de ses habitants, pouvait lutter sans inconvénient avec le pont du Gard *. Ntmes fait réparer de nouveau ses conduites d'eau. Les Etats de Bretagne votent des fonds pour embellir Rennes de fontaines publiques'. En Provence, toutes les villes et les bourgades en sont largement pourvues; il est vrai , qu'au dire du président de Brosses , elles « n'en sont pas moins puantes^. » Quand les provinces ou les villes ne sont pas assez riches pour en établir, il se trouve parfois des princes ou des particuliers pour en faire les frais. C'est à des legs de la reine douairière d'Espagne et du chanoine Godinot que Bayonne et Reims furent redevables de leurs fontaines ^.

Ces fontaines fournissaient parfois, comme les puits, le motif d'une élégante décoration. Telle est, à Gaillac, la fontaine du Griffon, où un groupe en bronze du xvi' siècle surmonte un bassin en plonib d'ime époque antérieure. Telle était celle de Saint -Georges à Albi*. La fontaine de Limoges est regardée par un anglais utilitaire en 1787 comme le plus bel édifice piiblic de la ville. Il exalte de même le château d'eau de Montpellier. La fontaine de Ntmes, placée au milieu d'une belle promenade, excite aussi l'admiration des étrangers ^. On

* Ino. Areh. Lyon, BB. 135, 189, ...Dijon, B. 257-258, ...Boulogne, n^ 1017. — Voir aussi Savaron, Privilèges de Clermont, p. 549.

* n avait 13,904 mètres de long. E. Thomas, p. 91. La viUe payait en 1779 21,634 liv. pour la fontaine et 28,047 liv. pour les intérêts des emprunts faits à raison d^icelle. Arch. nationales, H. 1022.

' Ménard, VI, 536. -- Arch. nationales, H. 520.

* Gh. de Brosses, LeUres écrites éCItahe, I, 29.

" Inv. Arch. Bayonne, BB. 61. — Varin, Arch. Beims.

* Jeanne, la Loire et le Centre, p. 585. — Ino. Arch. Alln,Cd 298.

' A. Young, Voyages en France, l, 25, 58. — Lettres de Madame de C***, p. 251.

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