‹ La ville sous l'ancien regime (volume 2)Chapitre 33 sur 61 · L EAU ET LE FEU · texte numérisé non relu

L EAU ET LE FEU

connaît à Paris la fontaine des Innocents et la belle fontaine de la rue de Grenelle qui fut élevée par Bouchardon. Le prévôt des marchands et les échevins de Paris s'occupaient d'une manière sérieuse de la direction des aqueducs et des fontaines; ils visitaient tous les ans les sources qui les alimentaient, et à Tépoque où cette visite avait lieu, les habitants étaient engagés au prône de leurs paroisses à venir déclarer si Ton avait détourné des sources ou si Ton en connaissait de nouvelles'.

A mesure qu'on approche de la Révolution, le besoin de Teau se faisait de plus en plus sentir. Le maire de Vire veut qu'on en donne au peuple qui habite dans les faubourgs'. On fait étudier les meilleurs plans pour en amener; les académies de Nîmes et de Lyon en 1773 et 1775 mettent au concours la question de savoir « quels sont les moyens les plus propres et les moins dispendieux de procurer à la ville... la meilleure eau et d'en distribuer une quantité suffisante dans tous les quartiers^. » La question fut étudiée longtemps à Nîmes ; elle suscita la controverse ; elle fit naître une guerre de brochures qui n'était pas terminée en 1790^. A Cherbourg, à Gaen, des études analogues étaient en même temps poursuivies*.

Les villes faisaient aussi reconstruire ou élever des lavoirs. Nîmes vote 18,000 liv. pour cette dépense; mais on rencontra là une^ingulière résistance de la part des femmes qui tenaient à leurs habitudes anciennes. D'après le plan adopté, elles devaient se tenir à genoux afin de laver et de battre leur linge ; mais elles ne le voulurent point, parce qu' « elles étaient dans l'usage de se mettre dans l'eau dans toutes les saisons de l'année; n on fut obligé de déférer à leur vœu nettement

* Belgrand, les Anciennes Eaux, p. 406-407.

* Ino. Àreh, Calvados y G. 961.

* /m>. Areh, Lyon, BB. 343.

^ Af«^. nationales, H. 1023.

* Ino. Arch. Calvados, G. 1116 et 1249.

exprimé, et Ton se contenta de faire quelques baquets pour les femmes qui voudraient bien se mettre à genoux ' . Les progrès les plus simples sont quelquefois les plus difficiles à obtenir.

Si Tadministration s'occupait du nécessaire, elle s'occupait aussi du superflu. L'usage de faire rafraîchir les boissons avec de la glace était très-répandu au milieu du XVII* siècle. Un grand nombre de villes eurent leurs glacières pour conserver pendant Tété la neige et la glace qu'on recueillait l'hiver. Le gouvernement essaya d'en tirer un monopole, auquel il renonça*; il faisait aussi payer une redevance aux villes qui allaient chercher de la neige sur les montagnes de son domaine '. Les diocèses du Languedoc avaient en 1676 un fermier général des glacières, qui était chargé de les remplir et qui en vendait le produit au public. A défaut du fermier, les villes les remplissaient elles-mêmes. Dans le Midi, il n'était pas besoin de les y pousser; dans la région de la Loire, c'est l'intendant qui donne des ordres d'établir des glacières*. C'est seulement en 1758 qu'on en crée une à Dijon^. Les échevinages les affermaient ou les exploitaient eux-mêmes, quelquefois avec bénéfice; Bordeaux dépensait en 1777 1290 liv. 10 s. pour y faire transporter la glace; Troyes 120 liv. en 1769*. Albi faisait vendre sa glace au xvii* siècle 3 deniers la hvre; Bayonne, en 1750, défendait à son adjudicataire

* Arch. nationales, H. 10^.

* Chéruel, IHct. des institutions, I, 492. 11 s^agit sans doute des Lettres patentes de 1701, indiquées par Isambert, Ane. lois^ XX, 385.

* Figuiôres paie 64 liv. par an au domaine pour avoir ce droit Corr, des eontrôL gén.j I, n® 395.

* Inv. Arch. AUn, CC. 355. — 1681. Inv. Arch. Angers, BB. 96. — En 1693, Douai paie 100 fl. pour faire remplir ses deux glacières. Inv. Arch. Douai, GG. 398. — A Bourg, c'est la profince qui fait les frais d'une glacière en 1731. Ino. Arch., BB. 169.

" Inv. Arch Dijon, B. 382. — On en trouve en 1762 à Givet. Caffiaux, Rég. économiq. du HayncaU, p. 222.

* Arch. nationales, H. 93*. — Arch. de Troyes, A. 52.

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