L^EAU ST LE F£U
de la livrer à plus de deux sous. Les échevinages en donnaient aussi gratuitement à certains personnages; les consuls d'Albi en recevaient chaque jour six livres; Gray en envoie aux capucins six livres par jour tant que durent les cérémonies de la canonisation d^un saint ' ; mais surtout on n'oublie pas l'intendant et le commandant militaire. Cependant à Rennes, l'adjudicataire réclame, parce que la glace qu'il fournit à ces dignitaires représente une valeur égale à 634 liv. 10 s.; la ville s'en émeut, transmet ses plaintes au commandant et à l'intendant, et ce dernier seul déclare que la requête est juste et consent à payer*.
Les hommes du xvii* siècle, qui recherchaient l'agrément de la glace, se souciaient beaucoup moins des bains. Il y avait bien encorQ à Paris des baigneurs-étu* vistes, qui faisaient partie de la corporation des barbiers-perruquiers, mais chez qui les bains n'étaient que l'accessoire*. Dans certaines villes de province, et non des plus petites, on ne prenait plus de bains ; « un usage aussi ancien, aussi utile, aussi général, disait un médecin de Troyes en 1766, s'est perdu au point qu'il n'en reste d'autres traces en cette ville que le nom de rue des Bains que porte la rue où l'on croit qu'ils étaient situés^. » Il se manifesta à cette époque une réaction en faveur des bains, et les échevinages y concoururent, en accordant, sur la recommandation des intendants, des gratifications aux entrepreneurs. Ces nouveaux bains étaient d'ordinaire établis dans un faubourg ou à l'extrémité de la ville, au milieu de jardins, comme à Troyes où ils furent inaugurés en 1767 avec un certain éclat, et à Dijon, où ils furent ouverts en 1779. A Troyes conune à Angers, où ils seront autorisés en 1780, ils possèdent un privilège exclusif; à Dijon ce privilège ré-
* In». Arth, "^ayofmB^ BB. 93. — 1748. Arch. de Gray. ^ En 1783. Arch. nationales, H. 522.
< Chéruel, Dic^ des it^iiiuJtiom^ I, 57.
* Précis f^ les Baim de sarUé dus' Hotisse/e^, p. 12.
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serve cependant les droits antérieurs des chirurgiens et des perruquiers. Nous trouvons aussi à Gaen des bains publics reconstruits vers la même époque et qui furent détruits par une inondation en 1784 ^
L'eau ne servait pas seulement à ralimentation» à la salubrité, à la propreté ; elle était également utile pour combattre les incendies. Pendant longtemps on ne disposait pour en arrêter les ravages que de moyens insuffisants. La police prescrivait surtout des mesures de précaution ; elle défendait les feux de joie, les pétards, les fusées qu^elle permettait et commandait même dans certaines circonstances; elle faisait détruire les poutres qui pénétraient dans Tintérieur des cheminées, ainsi que les cheminées en bois ; elle en prescrivait le ramonage, auquel procédaient des Savoyards portant sur leurs habits un écusson aux armes de la ville'. Ici, les officiers de milice, accompagnés d'un couvreur, les visitaient dans chaque quartier ^ ; là on frappait d'une amende les habitants chez lesquels se déclaraient des feux de cheminée^. Ailleurs, les bourgeois et surtout les artisans dont l'industrie exigeait l'emploi permanent du feu, étaient obligés d'avoir toujours chez eux un tonneau ou un grand réservoir plein d'eau ; ils devaient avoir aussi un certain nombre de seaux ^. La ville en avait aussi ; dès le XV* siècle, Troyes en possédait 600 • ; Beaune décide en 1595 qu'il ne recevra aucun nouveau bourgeois s'il ne fournit un soillot de cuir pour les incendies^. Bayonne, en 1600, en fait acheter 2,000 en Angleterre, moitié aux frais de la ville, moitié aux frais
/ Ino. Arch. Angers, FF. 42, .,. Dijon, B. 413, ...Co/vodos, G. 957.
* Varin, St. Reims, III, 284. — Ino. Areh. Dijon, B. 279 et 909. ' Ord. de Téchevinage de Troyes du 12 janv. 1688. Placaid.
* 1668. Inv. Areh. Dijon, B. 307, ...Mâcon, FF. 45. — Sur les pr^ cautions prises à Paris, voir la Cont. du Traité de la Poiice, Vf, 136-152.
* Ord. de 1627. St. Eeims, II, 497. — Des Essarts, Vni, 851. « Boutiot, Hist. de Troyes, II, 483.
7 Aubertin, Rev. des Soc. savantes, V** série, t. V, 226.
l'eau et le feu. 385
des bourgeois * ; tantôt les échevinages prescrivent aussi à ces derniers d'avoir des crochets de fer, des harpons ou des échelles ; tantôt ils en achètent un certain nombre qu'ils gardent dans les rez-de-chaussée de leur maison commune*.
Toutes ces prescriptions, qu'on renouvelait souvent après les incendies, ne remédiaient guère aux progrès du feu, une fois qu'il était déclaré. Avant le xvra* siècle, on ne disposait pour lancer l'eau sur les flammes que d'instruments d'un calibre plus ou moins grand, qu'il est impossible de désigner sous un autre nom que sous celui de seringues ^ Le peu d'eau qu'ils lançaient attisait souvent l'incendie au lieu de l'éteindre. Le seul remède qu'on pût opposer à ses ravages était de faire abattre les toits des maisons voisines et de les renverser ellesmêmes au moyen de crocs et de harpons. C'est pour cette raison que dans les jours d'alerte comme dans les nuits de fêtes, les couvreurs et les charpentiers étaient requis de se rendre à l'hôtel de ville pour se porter aux lieux où le feu serait signalé^. Eux seuls étaient appelés à jouer un rôle efBcace. Aussitôt que les guetteurs ou les guettiers avaient signalé le feu^ ; aussitôt que le tocsin avait sonné, les citoyens accouraient ; ils faisaient la chaîne et jetaient l'eau comme ils pouvaient ; aucun n'avait l'expérience spéciale pour diriger les secours, si ce n'est peut-être les capucins dont M™ de Sévigné vante la charité et l'adresse ^ et qui, dans certaines
* /m). Àrch. Bayotmey BB. 15.
* Ino, Arch. Bcuhgne, n» 1013, ^^AngerSy BB. 96. — Cl. Perry, Hiit. de CMoTi-sur-S., p. 309.
> Commande ànin potier d'étain de 14 seringues pour les incendies, 8 grandes et 6 petites. 1636. Ino. Arch, Lyon, BB. 190. — Voir aussi Im>, Arch. Albi, BB. 112.
* Inv. Arch. Dijon, B. 311. — Arch. de Troyes. — Marissal, Bech. svr Baubaix, p. 291. — A Bordeaux, les intendants de haute fuste et de maçonnerie doivent courir aux incendies. Livre des Privilèges, p. 429.
> Manuscrits de Pages, II, 51 et suiv. — Tablettes hist. de Chàlons, 1758. — Ino. Arch. Dijon, B. 317.
* Gazier, ^a Police de Paris en 1770. Mém. Soc. hist. de Paris, V, 108.
villes, étaient les premiers au feu S* les soldats de la garnison apportaient leur concours; la milice bourgeoise ou ses sergents prenaient les amies, mais c'était pour maintenir Tordre et empêcher les vols ou le pillage*.
Ces mesures insuffisantes expliquent retendue des désastres que l'incendie pouvait produire sur des maisons pressées les unes contre les autres, surtout lorsqu'elles étaient construites en bois. Ces incendies, qui ravageaient tout un quartier et qui faisaient même disparaître presque entièrement des petites villes, laissaient un profond souvenir dans la mémoire des habitants; quoique la plupart du temps les quartiers incendiés renaquissent de leurs cendres, plus beaux, plus réguliers et plus aérés. Le voisinage de l'eau n'empêchait pas les ravages; plusieurs ponts de Paris furent incendiés avec les nombreuses maisons qui étaient construites sur leurs arches; en 1718, un bateau de foin enflammé brûla vingt maisons sur le Petit-Pont; on fut obligé d'en abattre quatorze pour arrêter les progrès du feu. Lorsque les moyens humains faisaient défaut, on recourait encore au xvue siècle, comme au moyen-âge, à l'intervention religieuse; en 1660, le saint-sacrement de la paroisse Saint- Germain-l'Auxerrois fut porté au Louvre, où le feu venait de prendre, et où il cessa, au moment où le ciboire arrivait •.
Ce fut seulement au xviii* siècle que l'on remplaça les seringues à incendie par les pompes. Cette substitution se fit graduellement et ne fut pas générale. Vers 1780, la ville de Perpignan n'avait encore que dous&e seringues dont la manœuvre était confiée à des hommes qui en possédaient le privilège*. En 1789, Embrun n'avait
* En 1738, les capucins revivent 10 louis de réchevinage de Troyes en considération des services qu'ils rendent dans les incendies. Arch. mun., A. 51. — Voir Journal de Barbier^ I, 4.
* 1678. Im. Arch, Dijon, B. 317. — Tablettes hi$t. de Chàloiis pour
* Mém, de Mademoiselle de Montpensier^ éd. Chéruel, III, 503.
* Raymond de Saint-Sauveur, Compte-rendu, p. 83.