‹ La ville sous l'ancien regime (volume 2)Chapitre 35 sur 61 · L*KAU ET LE FEU · texte numérisé non relu

L*KAU ET LE FEU

point de pompes*. Elles furent introduites à Paris en 1699 *; elles étaient au nombre de treize; on les porta à trente en 1722. L'exemple de Paris, comme il arriva tant de fois, ne tarda pas à être suivi. On fit longtemps venir les pompes ou machines à eau de Suisse ou de Hollande ; plus tanl, on en fabriqua à Rouen, et la plupart des villes s'y approvisionnèrent. Lyon, Dijon et Chaumont en acquièrent avant 1709. Troyes en possède en 1721. L'usage en avait été introduit à Rouen en 1719 ^ Citons encore Rayonne, Mâcon, Epernay, Angers, Auxerre, Koubaix, qui achetèrent des pompes avant 1760*; ces villes commençaient par s'en procurer une ou deux ; puis elles appréciaient les services qu'elles en tiraient, et en augmentaient le nombre. Les intendants stimulaient aussi les retardataires, et au commencement du règne de Louis XVI, l'intendant de Gaen demandait à son collègue de Rouen l'adresse du meilleur fabricant de pompes, parce que la plupart des villes de sa généralité en étaient dépourvues*.

Ces machines à feu étaient d'ordinaire achetées aux frais des hôtels de ville ; cependant elles étaient parfois acquises par des corporations ou par des particuliers. A Orléans, chacune des vingt raffineries a sa pompe. Les cinq pompes que la ville de Reims renfermait en 1779 étaient celles des épiciers, de l'hôtel de ville, du commerce, du chapitre et de l'hôpital général. Elles étaient sous l'inspection de cinq notables*.

« Des Essarta^ Vm, 581 .

* Il y en avait deux à Douai en 1693. Inv. Arch, Douai, GC. 1336.

— TraUé de la Police, CorU., IV, 157.

* Jolibois, Hist. de Chaumont, p. 256.— Ino. Arch. Lyon, BB. 266 et 305, ...Dijon, B. 346, ...Angers, BB. 113.— Arch. de TAube, G. 1854.

— Goffinet, Description dTtm ancien instrument de sauvetage, p. 13. — Parin, Eist. Eouen, l, S« p., 174.

* Ajoutons Vitry-le^Françôis (1706), Bourg (1731), Charmes (1740), Vire (1788), Cambrai, Gray (1784), Baivsur-Seine (1786).

* Inv. Arch. Seime-Inférieure, G. 1105.

* Des Essarts, VIII, 631. — Varin, St. de Reims, III, 155.

Les pompes précédèrent les pompiers, qui en tirèrent leur nom. En 1722, on créa à Paris 60 gardiens qui étaient chargés de les « servir et de les faire jouera » Ils formaient des élèves, et la ville de Mâcon payait 3 liv. par jour pour l'instruction d'un élève, auquel le commandant des gardes-pompes de Paris délivrait un certificat élogieux*. Au début, on chargeait im artisan de les entretenir et de les diriger; sous le nom de pom- [der de la ville ou de préposé à la manœuvre, il recevait des gages annuels'. Il avait sous ses ordres des portefaix, comme à Cambrai, ou des ouvriers, comme à Chartres, à qui l'on donnait 30 s. par journée de travail. Ceux-ci formaient en 1740 une véritable compagnie de pompiers ; ils portaient un bonnet de coureur, en drap bleu garni d'un bord d'or faux avec frange pareille, et surmonté d'une fleur de lys en cuivre doré *. Le casque grec apparaîtra sous Louis XYI à Boulogne et à Angers '. A Montpellier, la ville leur fournissait des sarraux et des culottes^. Nous trouvons des compagnies du même genre à Troyes, où les pompiers sont nommés par la ville, les paroisses ou les communautés qui ont des pompes ^ ; à Chaumont, où la compagnie a été créée en 1779 par le maire'; à Rennes, où elle fut organisée en 1759 sous les ordres d'un capitaine, à qui la ville donnait 100 liv. de gratification •. .

* Des Essarts, V, 343. Ils furent portés ensuite à 160. Gazier, La Police de Paris en 1770. Mém. Soc. hist. de Pam, V, 110.

' Ino. Arch. Mâcon, DD. 38.

' Inv, Arch, Dijon, B. 391, ...Bayonne, GC. 192. — Le maitre-pompier de Bordeaux recevait 1010 liv. de gages et le logement. Arch. nationales, H. 93'.

* Durieux, Mém, Soc. ém. Cambrai, XXXm, 98. — De Lépinois, Hist. de Chartres, II, 486.

' Inv. Arch, Angers, BB. 132, ...Boulogne, n^ 640.

* Arch. nationales, H. 1022.

' Règlement pour le service des pompes de la ville de Troyes. Placard.

* Almanach de Langres pour 1787, p. 99. — Voir aussi Inv. Arch. Douai, BB. 11.

' Arrêt du Gonseil de 1782. Arch. nationales, H. 520.

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Tandis qu'on découvrait des moyens plus efficaces pour combattre les incendies, on trouvait de nouvelles ressources pour en indemniser les victimes. Longtemps on n'avait connu que les quêtes dans les églises et les secours fournis par les seigneurs et par le roi. Les villes donnaient aussi des secours, et Toulouse ayant demandé des subsides au roi, reçut cette réponse de Golbert que, puisqu'elle ne contribuait pas aux charges de l'Etat, l'Etat ne pouvait subvenir aux siennes*. L'Etat prenait en pitié les villes pauvres, lorsque les ravages avaient été considérables. Il donnait des bois de charpente tirés de ses forêts, il exemptait d'impôts pendant plusieurs années les propriétaires des maisons reconstruites, il procurait aux habitants des corvées fournies par les paroisses voisines*. Nous trouvons également de nombreux et importants subsides accordés, sur l'avis de l'intendant, à des incendiés du Hainaut*. Mais sous Louis XV on cherche à se garantir soi-même contre les risques des incendies par la création des bureaux des incendiés établis dans plusieurs diocèses * et par l'institution de sociétés d'assurances. A la suite de plusieurs essais, dont le premier date de 1740, une compagnie d'assurances sérieuse fut autorisée en 1786 par le Conseil du roi^. Le principe de la mutualité était mis en pratique. La plupart des progrès qui se sont développés de nos jours avaient été préparés au xviix* siècle. Dans les améliorations matérielles, dans l'industrie, comme dans les institutions, le temps a fait germer les semences qu'il a jetées, et nous pouvons en voir les fruits.

' Depping, Corr. adm. sous Louis XIV , I, 859.

* Nùuv, Bech. sur lu France, II, 282.

' Arch. nationales, H. 1469.

* Voir le Village sous Vœncien régime, 2« éd., p. 317-318.

» Le Citoyen français, 1785, p. 383. — Des Essarts, V, 363-365.

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