‹ La ville sous l'ancien regime (volume 2)Chapitre 38 sur 61 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suppression et réunion de certains hôpitaux. •— Séoularisation de l'administration hospitalière. — - Déclaration de 16d8. -- Bureaux des hôpitaux. — Rôle des officiers municipaux. — Fonctions des administrations. — Réunion des hôpitaux. — Diminution de l'hospitalité. — Réception des passants. — Réunion des maladreries.— Construction de nouveaux hôpitaux. — Installations défectueuses. — • Lits où Ton couche six personnes. — Progrès prescrits par Louis XYI. — ReUgieuses hospitalières. — Chambrières laïques.— Multiplicité des hôpitaux. — Vieillards, orphelins^ enfants trouvés, aliénés. — Soins médicaux. — Chirurgiens. — Collèges de médecins. — Leurs prétentions, — Disette de médecins et d'apothicaires. — Subventions aux médecins, aux sages-femmes, aux dentistes. — Médecins des pauvres. — Epidémies. — Pestes du ivn* siècle. — Exclusion des étrangers. — Menaces d'arquebusades. — Fuite des habitants et des magistrats. — Actes de dévouement. — Désinfection. — Isolement des pestiférés. — Sanitats. — Attitude diverse des médecins. — Remèdes. — Prières et vœux. — Dispaiition de la peste au xvni^ siècle.

Si la mendicité peut être réprimée par la police, la maladie, la vieillesse et les infirmités doivent être soulagées par la charité. C^est la charité chrétienne qui avait multiplié les hôpitaux de tous genres au moyen-âge ; avec le particularisme propre à cette époque, elle avait fondé des établissements souvent restreints, soit pour une paroisse, soit pour une maladie déterminée ; elle les

avait dotés et en avait confié le soin à des religieux, qui vivaient sur les revenus de la maison en même temps qu^ils soignaient les malheureux qui y étaient reçus. Mais, avec le temps, beaucoup de ces maisons, mal surveillées, furent détournées de leur destination primitive ; leur situation financière périclita, parce que les religieux ne pouvaient s'occuper d'une manière eflBcace à la fois des soins charitables et de la gestion des intérêts matériels. D'autres maisons, comme les maladreries ouvertes pour les lépreux et les santés créées pour les pestiférés, perdirent leur raison d'être lorsque la lèpre et la peste eurent disparu. Il se produisit en conséquence deux tendances constantes depuis la fin du moyen-âge : substitution des laïques aux membres du clergé pour l'administration temporelle des hôpitaux ; réunion des hospices sous une même direction, soit par Tafiectation aux établissements en activité des revenus des hospices devenus inutiles, soit par la concentration dans les mêmes mains de l'administration des hôpitaux de la même ville.

Dès le XIV* siècle, le concile de Vienne avait décidé que cette administration serait confiée à des laïques, sages, intelligents, capables de se comporter en vrais tuteurs des biens des pauvres, à la charge par eux de rendre compte de leur gestion aux évêques. Au xvi* siècle, le pouvoir royal réglementa l'administration de ces établissements, soit par des arrêts particuliers, soit par des lois générales. L'édit d'avril 1561 la confia, toutes les fois qu'il n'y aurait pas de stipulations contraires, à des gens de bien désignés chaque année par les communautés des villes, des bourgades ou des villages * . Les habitants ou leurs délégués participèrent dès lors d'une manière plus complète à l'administration hospitaUère ; si dans les petites villes, l'échevinage en était spécialement chargé, dans les grandes, les maires en firent souvent partie de droit, et quand ils possédaient des attributions

• Ànc. Uns ftançaises, XIV, 105-106.

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judiciaires, ils en présidaient les séances et en arrêtaient les comptes.

La déclaration de 1698, qui posa pour la première fois des règles générales pour la gestion des hôpitaux, composa leur bureau du premier office de justice de la localité, du procureur du roi ou du seigneur, du maire, d'un autre officier municipal, de Tévéque ou du curé, qui étaient membres de droit, et de membres élus pour trois ans par une assemblée générale composée des anciens directeurs et des bourgeois qui avaient le droit d'assister aux assemblées de la communauté urbaine'. Le nombre et la qualité des membres du bureau variait suivant les localités. Dans les villes épiscopales, Févêque présidait et pouvait être assisté d'un vicaire du grand aumônier de France ; le chapitre et les différentes juridictions y étaient représentés*. Les trois pouvoirs qui dominent dans la cité, l'autorité judiciaire, l'influence ecclésiastique et l'élément communal avaient chacun leur part légitime dans l'administration hospitalière; la diversité de l'origine de ses membres est la meilleure garantie des divers intérêts qu'ils ont à sauvegarder. La garantie eût été complète, si Ton avait toujours observé la prescription de la déclaration de 1698, qui ordonnait de réunir l'assemblée générale au moins une fois par an et dans les circonstances importantes.

Les municipalités conservèrent, la plupart du temps, une part dans l'administration hospitalière. Les maires convoquaient les assemblées générales et présidaient aux élections *. Les jurats de Bordeaux élisaient chaque année les douze trésoriers de l'hôpital Saint-André ; le conseil des vingt-quatre de Rouen nommait les administrateurs de l'Hôtel-Dieu. Si les recteurs de l'aumône gé-

* Ane. l(ns françaises, XX, 309-3i3.

* Léon Maître. L'hôpital général de Nantes avait, en i725, i3 directeurs ; le« hôpitaux réunis de Troyes en ont 23. L*Hôtel-Dieu de Sens n*a que 5 gouverneurs. Alm, de Sens, 1783, p. 110-111.

» Ëdit de 1706. Arrêt de 1737. Martin-Doisy, I, coL 142.

nérale de Lyon étaient élus par les recteurs sortants, ils devaient être approuvés par les officiers municipaux * . Les anciens conseils d'Aix devenaient de droit recteurs de THôtel-Dieu*. Les syndics des communautés de Bresse avaient le gouvernement des hôpitaux^ ; mais dans la plupart des grandes villes, Tadministration hospitalière, tout en se rattachant par certains points aux municipalités, avait son existence propre et indépendante.

Le seigneur ne pouvait présider à ses réunions, que s'il avait des titres spéciaux *. Ces réunions avaient surtout pour but la gestion financière. Les membres des bureaux élisaient tous les trois ans im receveur^ ; ils arrêtaient ses comptes et les présentaient chaque année soit aux assemblées générales, soit aux conseils de ville, soit aune commission composée de magistrats et de déléguésdeTévêque.

Les hôpitaux se transformèrent, comme nous Tavons vu, au xvu* siècle ; les moins considérables furent réunis sous la même direction*. Ceux des villages furent incorporés à ceux des villes^. On en supprima quinze à seize cents ^ ; on aliéna ceux qui étaient inutiles ; on répartit d'une manière plus commode les différents services dans les édifices conservés. Certains d'entre eux ne contenaient que quelques lits pour les malades et quelques autres pour les pauvres de passage. L'hôpital, qui avait été souvent fondé, comme l'indique son nom, pour donner l'hospitalité aux étrangers et particulièrement aux

* Livre des PrivilègeSy p. 549. — FarÎD, Hist. de Rouen, I, ^ p., p. j09. inv. Areh, Lyon, BB. 373.

* Noweau Etat de Provence, 173i, p. 25. » Philibert Collet, I, 72.

* Le duc de Ghevreuse fut débouté d*une prétention de ce genre à Noyers. Arch. nationales, H. i469.

' A Sainte-Menehould le receveur était élu par l'assemblée des habitants. Lahirée.

* A Troyes en 1630; à Beaune en i618. Gourtépée, II, 296. ^ Gollin, Tablettes historiques de Joinvilîe, p. 106.

* De Recalde, Abrégé hist. des hôpitaux. Boiteau, Etat de la France en 1789, p. 439.

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pèlerins, perdit. cette destination, lorsqu'au xvii* siècle le vagabondage devint un délit et que les pèlerinages, entravés par les lois, tombèrent en désuétude ; il fut dès lors affecté plus particulièrement aux malades, aux orphelins et aux vieillards. Il y eut bien encore quelques lits pour les étrangers; le concierge de THôtel-ûieu d'Angers devait recevoir tous les pauvres sans gîte. Lyon et Uzès possédaient, au xvn^ siècle, des hôpitaux destinés aux passants. L'hôpital Saint-Gervais de Paris les logeait pendant trois nuits consécutives, et l'hôpital Sainte- Catherine de Reims accueillait pour une nuit seulement les femmes et les filles sans asile *■ .

Louis XIV réunit en 1672 aux ordres du Mont-Carmel et de Saint-Lazare les maladreries, les nombreuses léproseries^ et les autres hôpitaux qui, étant affectés à des maladies spéciales disparues, étaient devenus sans utilité. Cette réunion fut une source de procès et de difficultés entre les agents de ces ordres et les villes. Il y avait presque partout des léproseries abandonnées ; mais ce n'est qu'à Auxerre que nous rencontrons encore des lépreux. Ailleurs, on prétendait que l'hôpital était sans malades et sans hôtes, comme à Rambervilliers, où. la grande salle était, disait-on, sans lits ni paillasses^. Cependant le pouvoir central pouvait ôter ce qu'il donnait, et les ordres du Mont-Carmel et de Saint-Lazare durent restituer, en 1^93, les biens qui leur avaient été concédés en 1672. Les hôpitaux dont les revenus étaient suffisants pour leur entretien furent rétablis, et les plus petits furent unis à d'autres^. Cette pensée d'unité, qui domine si fortement sous Louis. XI Y, nous l'avons déjà vue appliquée dans la création des hôpitaux généraux, où

* Ino. Arch. Lyon, BB. 227 .,.XJzè$, BB. 21 ...Angen, BB. U. — De Ruffi, II, 97. — Des Essarts, Y, 101. — Alnumath hist. de Beau pour 1775, p. 49.

* Il y avait 2,000 léproseries au xiu* siècle, comme l'atteste le tes^ tament de Louis VIII (art. 13] qui leur donne dix mille livres.

3 D' Foumier, Arm. Soc. Em. Vosges, 1878, p. 128 et suiv.

* Ane. lois fiançaises, XX, 310.

Ton groupa sous la même administration des établissements différents.

La plupart des vieux édifices du moyen-âge furent remplacés aussi à cette époque et au siècle suivant par des constructions plus vastes, plus saines, mieux aérées ^ . Quoique Tédit de 1561 eût prescrit de disposer des chambres spéciales pour le traitement des maladies contagieuses ou incurables ^y on chercha dans Taménagement intérieur des édifices la grande dimension des salles plutôt que leur nombre et leur affectation spéciale ; on réunit sous le même toit des misères de nature différente que le moyen-âge avait souvent recueillies dans des édifices distincts. Les administrations, stimulées par les intendants, qui leur fournirent les plans, se laissèrent aussi trop souvent entraîner par le désir d'élever de majestueuses façades, qui attestaient la richesse des hôpitaux, mais qui étaient hors de proportion avec leurs salles et leur mobilier ^ ; elles les faisaient précéder, à Troyes comme à Besançon, de grilles dont la richesse formait contraste avec la destination de Tédiflce. Mais si la lumière pénétrait désormais dans les salles à travers de larges et hautes fenêtres, si les lits étaient entourés de rideaux et munis de matelas et de linge convenables, ils n'étaient pas en nombre suffisant. Il faut lire dans le rapport des commissaires de TÂcadémie des sciences les détails qu'ils donnent sur Tinstallation déplorable des malades à THôtel-Dieu de Paris en 1786. On peut y voir que les conditions les plus élémentaires de l'hygiène et de la propreté n'étaient pas observées, et que certaines salles contenaient jusqu'à 272 personnes,, couchées quelquefois six dans le même lit^, trois dans

* Ratouis, Hôtel-Diea de Saumur, p. 36. — La cùnstructùm de VEàtél'Dieu de IVoyes.

* Ane. lùiê françaiiesy XTV, 106.

* On peut citer les Hôtels-Dieu de Besançon (1703), de Rouen (1749- 1753), de Troyes (1735^), de Lyon, de Sainte-Menehould (1737-1747).

^ ExiraiU des reifiêtres de VAcadéade des sciences du 22 niw, 1786. îmjprimé par ardre du Aot, p. 20-31.

un sens, trois dans l'autre. Ce fut Thonneur du roi Louis XVI d'avoir provoqué les enquêtes qui révélèrent de pareils abus et d'avoir, cherché à y remédier, en ordonnant que désormais les malades seraient reçus à l'Hôtel-Dieu dans des lits séparés*. En province, le mal n'était pas toujours aussi grand ; si à Granville les lits recevaient six personnes, à l'Hôtel-Dieu de Troyes ils n'en recevaient que deux ; à l'Hôtel-Dieu de Nantes, il y avait des lits distincts pour les ouvriers de la manufacture de toiles à voiles. De toutes parts on voulait améliorer les services hospitaliers, et ce fut dans ce but que l'intendant de Gaen forma une commission spéciale, dont les maires et les échevins des villes firent partie*.

Les malades n'étaient pas partout soignés par des religieuses. En 1655, l'échevinage de Lyon refusa aux recteurs de l'Hôtel-Dieu l'autorisation de les admettre à remplacer les chambrières qui assistaient les malades '. L'entrée de l'Hôtel-Dieu d' Aix avait été interdite par son fondateur à tous prêtres et religieux, et pour le service divin, on ne pouvait faire appel qu'à un prêtre de passage. Des personnes pieuses de tout sexe faisaient journellement le service des malades, à dîner et à souper*. Cependant, à partir du milieu du xvii" siècle, les religieuses furent appelées presque partout à remplacer les laïques ^, parce qu'on reconnaissait le dévouement, la conscience et la régularité avec lesquels elles s'acquittaient de leurs fonctions. Elles formaient quelquefois une communauté ne relevant que d'elle-même et se recrutant dans le pays. Les administrateurs intervenaient dans

* Necker, DeVAdm. des finances, III, 149.

* Popt, Ino. Arch. Angers, p. 493. — Inv. Arch, Calvados, C. 773 et 616.

> Inv, Arch. Lyon, BB. 210.

* Noweau Etat de Provence, 1731, p. 24-25.

^ P. Azaïs, la Charité à Nimes, Mém. acad. du Gard, 1874. — En 1722. Lahirée, Etude hist. sur V hospice de Sainte-Menehould.

leur admission et dans la nomination de leur supérieure ^ Ajoutons que quelques hôpitaux restèrent dirigés par des religieux, comme les 31 établissements que possédaient en France les frères de la charité fondés par saint Jeande-Dieu*.

Malgré la suppression d'un grand nombre d'hôpitaux dans les deux derniers siècles, Necker en estimait le nombre à 7 ou 800, et il était bien au-dessous de la vérité ^ ; il croyait qu'ils contenaient 40^000 infirmes ou vieillards, 25,000 malades et 40,000 enfants trouvés; en outre, il comptait 6,000 malades dans les 70 hôpitaux militaires. Lorsqu'il n'existait pas d'établissements de ce genre, les militaires étaient soignés dans les hôpitaux civils, moyennant le remboursement des dépenses qu'ils causaient, mais souvent au détriment de la régularité de l'administration et de ses intérêts^.

La charité s'était toujours ingéniée à secourir tous les maux à mesure qu'ils se produisaient. S'il n'y avait plus de maladreries, il y avait à Reims un hospice spécial pour les écrouelles et un pour les cancers. Partout, on trouve des asiles pour les vieillards, pour les orphelins et les enfants abandonnés. Les vieillards furent toujours l'objet de la commisération publique ; mais les orphelins

* Leclerc, Des éiablissetïients de charité dans Auxerre, Annuaire de r Yonne, 1849, p. 186. — L. Froger, les Etablissements de charité à Saint'Calais. Bévue du Maine, III, 344.

« Guyot, Répertoire, vn, 663.

' Sur les 1557 établissements hospitaliers qui existaient en 18G9, i224 étaient antérieurs à 1789, et il faut admettre qu'un assez grand nombre ont été supprimés à cette époque. Quant aux 105,000 malades, infirmes ou enfants trouvés dont parle Necker, on peut en rapprocher le nombre des 141,576 lits qui se trouvaient dans les hospices en 1869. Situation administ. des hôpitaux de l^ Empire, I, p. x et XI. En 1876, on comptait 1524 établissements hospitaliers et 164,362 lits. Statistique de la France, 1876, p. u.

* Inv. Areh. Calvados, G. 292 et 866. — Hippeau, IX, 441. Au Havre, un marché était fait avec Tautorité militaire, qui fournissait 37 lits à coucher trois hommes et 125 hts pliants.

recueillis dans un grand nombre d'hôpitaux au xvi* siècle virent s'ouvrir pour eux, aux siècles suivants, des asiles spéciaux. Les jeunes garçons et les jeunes filles étaient élevés dans des maisons distinctes, où on les faisait travailler ^, souvent sous la direction de personnes laïques, qui vivaient volontairement sous une sorte de règle religieuse.

Les enfants trouvés qui étaient en droit à la charge des seigneurs hauts- justiciers étaient, dès le xvi* siècle, reçus, élevés et instruits dans les Hôtels-Dieu*. Plus tard, on les expédiait de tous les points du royaume à l'hospice des enfants trouvés de Paris ; on les confiait à des voituriers publics, qui en laissaient périr un grand nombre dans le trajet ^ Louis XVI mit fin à ces abus en 1779*; des indemnités furent accordées par l'Etat aux hôpitaux de province qui en furent chargés. L'hôpital de Rennes, qui recevait d'abord de 70 à 96 enfants, en avait 500 en 1788'*. Bordeaux leur consacrait un hôpital spécial, qui était' subventionné par la ville •.

Les aliénés furent longtemps traités comme des êtres malfaisants et dangereux. On ne les recevait pas à THôtel-Dieu de Lyon, parce que, disait-on en 1600, il n'était « pas destiné à recevoir les malades de l'esprit, ains (mais) du corps'. » Les fous furieux étaient enfermés dans des prisons ou dans des couvents. La maison de Gharenton, tenue par les frères de Saint-Jean-de-Dieu, date de 1644. A partir de cette époque, et surtout à la

* Citons à Reims les hôpitaux Sainte-Marthe et Saint-M aicoult, à Troyes, Saint-Ahraham, TEnfant-Jésus et la Trinité, les Bleuets de Lille. Voir aussi Ménard, Hist, de Nismes, VI, 621, et pour les orphelins de Langres, Arch. nationales, H. 665.

* L'Hôtd'Dieurle-GonUe de Troye$ au xvi^ siècle,

» Des Essarts, VIII, 535 — Ephémérides de Grosley, II, 152.

* Arrêt du Conseil du 10 janv. 1779. Guyot, VI, 725. ^ Arch. nationales, H. '523.

» Il reçoit 25,800 en 1777. Arch. nationales, H. 93». ' Inv. Arck. Lyon, BB. 137.

fin du xviii* siècle, on consacre aux aliénés des salles spéciales dans les hôpitaux ^ A Bordeaux, les jurats faisaient distribuer du pain aux pauvres tombés en démence^; mais ces secours étaient insufiSsants, et plusieurs cahiers de 1789 demandèrent rétablissement d'hospices particuliers pour les fous et les furieux '.

Les soins médicaux, administrés fréquemment au moyen-âge par des religieux, étaient au xyu* siècle donnés dans les hôpitaux par des chirurgiens et des médecins. Le chirurgien était l'aide du médecin ; il était avec l'apothicaire l'exécuteur de ses ordonnances ; il saignait, il surveillait la cuisine, et encore en 1661, il « faisait le poil aux hommes et aux enfants ^ ; » ses appointements étaient supérieurs à ceux du médecin qui, fier de son titre de docteur, de sa science et de sa situation sociale, se contentait d'une légère indemnité. La position des chirurgiens s'améliora au xviii® siècle. Ceux des villes, avant d'être admis, durent passer un examen sérieux, auquel pouvait assister l'échevinage ; des maîtres devaient démontrer dans leur maison commune l'anatomie et la chirurgie * ; mais, malgré le titre de maîtres ès-arts qui leur était décerné, on les vit encore réduits pour vivre à demander l'autorisation d'ouvrir des boutiques, comme les perruquiers, « pour peigner, friser et empommader *.»

Les collèges de médecins se distinguaient par leur esprit exclusif ; les docteurs qui avaient pris leurs diplômes dans les facultés de Paris ou de Montpellier refusaient d'admettre parmi eux ceux qui sortaient des autres fa-

* A Orléans, Dijon, Riom, Arras, Aiz, Paris. Martin-Doisy, I, col. 474-480. Marseille enferme ses fous dans Tancienne maladrerie. Corr. des contr. gén., I, n^ i729.

* Noblesse d'Artois, clergé du Mans et de Clermont-Ferrand, tiers- Etat de Reims et de Troyes. Arch. parlementaires ^ II, 83, III, 638, 763, V, 585, VI, 86.

* Ingt, de Vaumône générale de Lyon, p. 62.

^ Guyot, in, 451 et suiy. — Jnv. Arch. Bayonne, BB. 36.

* 1769. Im. Arch. Alln, BB. 43.

cultes ; ils s'arrogeaient le monopole de Tart de guérir ; ils s'attribuaient des droits sur leurs clients. Les médecins d'Amiens s'interdisaient d'assister même de leurs conseils les malades qui quittaient les médecins dont ils avaient antérieurement reçu des soins ^ A force d'exclusions et de prétentions, leurs collèges ne se recrutaient pas toujours. Il n'y avait que deux médecins à Dijon en 1595; il n'y en a plus à Bourg en 1601. Ea 1721, la ville de Laon est sur le point d'en manqpier. Le dernier qui lui restât était très-âgé, et radministjration de la ville fut d'avis d'engager quelques médecins habiles à venir s'y établir en leur promettant quelques marques de distinction-. £n 1748, il ne se trouve plus qu'un seul médecin à Troyes ; le conseil de ville s'en émeut ; il invite le bailliage à délibérer avec lui sur les moyens de remédier à une telle pénurie, et l'on décide qu'on demandera au chancelier de permettre aux médecins de toutes les facultés de venir exercer à Troyes, où les docteurs de Paris et de Montpellier sont seuls admis ^. En 1763, ce sont les apothicaires qui font défaut; de dixhuit ils sont réduits à deux, et la ville est obligée de demander qu'on puisse acheter des médicaments à la pharmacie de l'Hôtel-Dieu, « qui est une des plus belles du royaume* », jusqu'à ce qu'il y ait au moins quatre maîtres apothicaires dans la ville.

Les municipalités, on le voit, se préoccupaient de la santé des habitants. Elles donnaient des gages annuels

* Dusovel, II, 176. — Sur les collèges do médecins avant i789, voir : Avenel, le Collège de$ médecins de Bouen ; Bimbenet, Examen de deux registres concernant le collège des médecins d'Orléans,

* Inv. Arch. Dijon, B. 233. — J. Baux, Mém. historiques de Bourg, III, 189. — Duchange, le Corps médical de Laon au xyin* s,, Bull, de la soc. de Laon, VIII, 123.

' Arch. mun. de Troyes. Reg. A, 32.

^ Cette pharmacie est restée telle qu*elle était à cette époque, et peut ôtre regardée, avec ses vases de faïence et ses boites peintes et vernies, comme un spécimen curieux des apothicaireries dïidpital au siècle dernier.

aux médecins pour les attirer ; elles leur conféraient des privilèges, tels que Texemption des tailles * . La petite ville d'Ouveilhan sUmpose de 50 liv. par an pour les gages du médecin et fixe le prix de ses visites. Nous trouvons ailleurs des pensions ou des gages de 150 à 250 liv. par an*. Gray paie 200 liv. à deux de ses quatre médecins ; Tintendant veut qu'on attribue une rémunération égale à tous, et malgré la résistance de la ville, l'obtient. Quelquefois rassemblée générale des habitants, malgré les efforts de la municipalité, s'oppose à la nomination d'un médecin de la ville. En 1785, il est question d'en établir un à Bar-sur-Seine, à qui l'on donuera 300 liv. et le logement. Les habitants jugent cette dépense inutile, et l'intendant leur donne raison parce qu'il y a dans la ville un autre chirurgien et que le maître de postes se mêle aussi de quelques cures'.

La ville ne salarie pas seulement des médecins ; elle donne aussi des indemnités aux chirurgiens, aux dentistes et aux sages-femmes. Les indenmités accordées à ces dernières étaient peu considérables; elles sont de 10 liv. à Sisteron, de 18 à Boulogne, de 30 à Brioude^. La taxe de leurs honoraires est faite par les officiers municipaux'. On les attire également par des privilèges. Une « sage-dame » vient s'établir à Koubaix à condition que son mari sera exempt des charges de « pauvriseur » et de marguillier ^. A Laon, où il n'y en a point , on en fait venir une de Paris. On engage aussi un homme qui réduit les membres rompus ou disloqués, à y venir, en

* Irw» Àrch. Loudun, GG. 19... Bâillon, IV, 335. La jurisprudence ccmtestait cependant cette exemption. Claude Henrys, II, 9ii.

* hm. Àrch. Out)«tiAan, BB. 8 ...Grasse^ €C. 6 ,.Xharmes, CC. 54 ...Bou/o^ne, n<^ i8, 19i, 305. — Lepage, Notice hùt. swr Bruyères. — Livre des Privilèges de Bordeaux^ p. 399. — Arch. nationales, H. 93*.

' Dél. mun. de 1774. Arch. de Gray. — Arch. de TAuhe, G. 69.

^ bw. Arch. Boulogne^ n* 22 ...GrassCy BB. 8. -^ De Laplane, II, 319. — SainVFerréol, p. 166.

<( Arch. de TAiihe, G. 73.

> Inv. Arch. BonOmx, BB. 2.

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lui promettant l'exemptioii de tailles et de logements militaires ^ A Bordeaux, à Troyes et à Douai, la ville donnera des pensions annuelles à des dentistes*.

Ces pensions étaient accordées la plupart du temps à condition queles médecins et les chirurgiens soigneraient gratuitement les pauvres et même leur distribueraient des médicaments'. Ils étaient parfois- secondés par des dames de charité qui, sur leur certificat, fournissaient des remèdes et pansaient les plaies des pauvres^.

Les municipalités, en subventionnant les médecins, ne cessèrent jamais de concourir à tout ce qui concernait la santé et le bien-être matériel des habitants; elles savaient même honorer les malades à qui elles faisaient donner des soins, et à Chalon, le maire et les échevins ne manquaient pas le jour de l'an d'aller visiter l'hôpitaP. Mais leur zèle éclatait surtout dans les temps d^épidémie, lorsque la peste menaçait la ville ou la frappait. On ne saurait se faire une idée de la terreur que répandait l'approche et l'explosion de ce fléau, dont les effets terribles se font sentir jusqu'au commencement du rvin* siècle. Aussitôt qu'il est annoncé, la ville garde ses portes et ses murailles, comme si elle voulait les défendre contre un ennemi d'autant plus effrayant qu'il est invisible. Tous les étrangers sont tenus à distance, interrogés et, s'ils viennent de pays « où Ton se meurt » , éloignés sans rémission ; si l'étranger persiste, s'il entre en ville et qu'il se trouve avoir la terrible maladie, il sera « arquebuse sans aucune forme de procès. » Les habitants de certaines localités sont mis à l'index ; Auxerre fait savoir à ceux de Saint-Bris qu'ils ne peuvent

* Duchange» BuU. de la soc. deLaon, Vm, 123.

* Arcb. nationales, H . 93*. Bordeaux donne aussi i ,280,liv. à un chirurgienlithotomiste. - Arch. deTroyes, A. 52.— [no, Àrck. Douai, GG. 1404.

* Cahier d'Orchies. Àreh. parlementaires^ III, i89. On 8*7 plaignait des deux médecins pensionnés, qui rebutaient les pauvres.

* A Orléans, par exemple. Des Essarts, V, 251, Vm, 633. B En 1758. H. Batault, Mém. soc. hist. Chalon, VI, 346.

venir dans ses murs « à peine de la vie » ; Dijon prévient les gens de Nuits que s'ils se présentent à ses portes, ils seront arquebuses ^ On fait construire des barricades et creuser des tranchées sur les routes pour arrêter de plus loin les voyageurs qui pourraient apporter des germes de peste. La superstition s'en mêle et le bureau de santé de Sisteron interdit brusquement rentrée de la ville parce qu'on est sous l'influence d'un mauvais quartier de lune*.

Malgré les arquebusades, les portes fermées, les mises en quarantaine, la peste pénètre souvent, et ses premières atteintes causent des paniques inexprimables. On se rappelle les effets antérieurs du fléau, les innombrar blés victimes qu'il a faites, l'impuissance où l'on est d'en combattre et d'en arrêter les ravages. Tous ceux qui peuvent partir, s'enfuient. En i630, le sauve-qui-peut est général à Marseille; 50,000 personnes quittent la ville; il n'y reste plus que 15,000 habitants, qui veulent piller les maisons des absents ^. Quelquefois même, les magistrats donnent l'exemple de la désertion; de 1629 à 1636, le maire et huit échevins d'Auxerre s'enfuient ; le premier échevin de Vitry s'en va ; les officiers de justice de Chaumont quittent leur domicile ; le Parlement d'Âix se réfugie à Salon en 1629, à Saint-Remy en 1720^. On frappe d'amendes les déserteurs ; on les fait rappeler par arrêts du conseil ; on les blâme pubhquement et quelquefois on les ramène par la menace du châtiment ou de la honte. Mais à côté de ces défaillances, combien de généreux citoyens remplissent leur devoir ssms hésiter ; que de nobles dévouements Ton signale dans le clergé et parmi les magistrats municipaux, qui restent au poste où les a placés la confiance de leurs concitoyens ! n faut citer parmi les évêques un César d'Ës-

* Ino. Arck. Dijon, B. 234 et 269. — Am, de VTùrme, 1847, p. 158.

* Inv. Arch. Uiés, CC. 101. — De Laplane, II, 212.

> De Ruffi, Hist. de Marseille, II, 276.

^ Chardon, II, 144. — D' Valentin, p. 18. — Jolibois, Ei8t. dé Chaumont, p. 228. — Pitton, Hist d*Aix, p. 378. — Inv. Arch, Bawrg, GG. 247. — G. de Ribbe, l'Ancien barreau du Parlement de Provence, p. 4.

444 LIVRK VII. CHAPITRE H.

trées, qui vint s'enfermer à Laon en 1668 aussitôt que le fléau s'y fut révélé, fléau si terrifiant que les paysans refusaient d'entrer en communication avec les habitants pour leur vendre des vivres ^ ; est-il besoin de rappeler l'admirable dévouement d'un Belzunce à Marseille ? Le gouverneur et les échevins le secondèreo^ avec un zèle non moins méritoire. Ils avaient eu de nombreux émules. En pareil cas, l'autorité devait être énergique et ferme ; il fallait contenir les passions surexcitées, apaiser les craintes déraisonnables, empêcher les malfaiteurs de profiter du désordre général pour commettre des crimes. On dresse, en 1631, des potences et des estrapades à Albi pour inspirer le respect des lois et des règlements. On sent la nécessité d'une sorte de dictature. A Sisteron, en 1630, le viguier, le juge, le capitaine du guet se sont enfuis; le peuple décerne l'autorité absolue à un chevalier de l'ordre de SainfrJean-deJérusalem, qui rétablit l'ordre dans les finances et dans la police, et préside à toutes les mesures de santé, jusqu'au moment où le fléau le frappe lui-même un des derniers^.

Ces mesures sont nombreuses ; des comités de santé, dirigés par des capitaines élus, sont investis par la municipalité d'importantes attributions de police ; les médecins, les chirurgiens^ les apothicaires sont convoqués et consultés ; on se préoccupe de la salubrité des rues ; pour la centième fois, on renouvelle les ordonnances qui prescrivent de les nettoyer, d'établir des latrines, d'enlever les immondices. On expulse les pauvres étrangers; on chasse même les chiens et les chats'. Mais ces précautions ne suffisent pas ; on croit que l'air vicié transporte la contagion, et l'on veut purifier l'air. Toutes les maisons sont blanchies à la chaux, tandis que Ton fait brûler pendant des heures entières, dans toutes les rues, des branches de genévrier, de la poudre et du sou-

« Devisme,II, i2(M21.

* /nv. Arck. Albi, BB. 99. — De Laplane, II, 208.

» Pitton, Hist. d'Aix, p. 378,

LES MÀLA0IES. 445

fre * . Les maisons se noircissent de leur fumée ; on risque de s'asphyxier pour éviter un plus grand danger, et l'on fait irenirde loin des désinfecteurs, desparfumeibrs et des évenr tewrs pour assainir l'air et pour purifier les marchandises*.

Aussitôt que le fléau a éclaté, on isole les malheureux qui en sont ^'teints ; on les conduit dans une maison située dans un quartier écarté ou en dehors des murs, qu'on appelle la santé ou le sanitat, ou dans des loges construites dans la campagne ^ ; nul ne peut communiquer avec eux, sous peine d'être chassé de la ville, et si Ton y rentre, d'être arquebuse^. Ceux qui sortent du sanitat doivent porter une baguette blanche à la main ; ils ne doivent pas dépasser une limite déterminée ; près dei Ghaumont, le bourreau et ses deux aides, l'arquebuse sur l'épaule, veillent auprès de cette limite. A défaut de sanitat,- les malades sont enfermés par des serruriers dans leurs maisons, marquées au dehors d'une croix blanche ^. Si l'on ne livre plus aux flammes, comme à la fin du XV* siècle ^, les hsd)itations où la peste a passé, elles sont du moins cadenassées ainsi que celles des absents, et l'éternelle menace de l'arquebusade est édictée contre ceux qui oseront toucher aux cadenas^. L'exagération des châtiments indique combien les craintes sont vives et profondes.

Aussi l'on trouve difficilement des hommes pour enterrer les morts ; on leur donne le nom sinistre de corbeaux ; on manque aussi de médecins. Sur les sept que renferme la ville d'Aix, cinq meurent au champ d'honneur. De tels exemples ne sont pas encourageants. Tous

« Jolibois, Eut. de ChaumoiU, p. 231. — En 1719, Inv. Areh. Maean, CG. 116, FF. 45 ...Angers, BB. 47 ...Albi, CG. 308, ...Uzés, BB. 9.

* Depping, Carr. som Louis XTF, I, S02.

' Inv. Areh. Màeon, GG. 116 ...Bourg, GG. 2^.

* Lalanne, fltà^ de Chàtelleraud, 11,131.— Inv. Areh. i4ngefs,BB.69. » JoUbois, p. 227. — Boitel, Hist. de VUry, p. 195.

* Boutiot, Reeherehes sur les anciennes pestes de Ttoyes, p. 35.

^ Ino. Areh. AUri, GG. 310 ...Angers, BB. 47 ...Dijon, B. 272. — Lalaone, H, 131 et 137. — Boutiot, p. 44.

446 LIVRE vu. GH^ITBE II.

les chirurgiens de Lyon, sauf deux, s^enfuienten i629^ A Chaumonty ils refusent de donner des soins ; ils ne veulent pas se rendre au sanitat, et la municipalité est dbligée d^en faire venir, à prix d^argent, des vUles voisines K A Chartres, on a trouvé deux médecins pour le sanitat; l'un meurt, le second est renvoyé, parce qu'il hat les malades ^ Pendant la peste de Marseille de 1720, les médecins découvrent le moyen de concilier leurs devoirs avec leur sécurité ; on les rencontre couverts d'habits et de gants de maroquin, avec un masque de maroquin, garni d'yeux de cristal et dont le nez en forme de bec-àrCorbÎD est rempli de parfums et de matières balsamiques^.

La municipalité, qui stimulait et, au besoin, procurait les médecins, s'occupait aussi du nombre et de la qualité des remèdes. Les consuls d'Albi les taxaient; le clyslère laxatif et carminatif était réduit par eux à 8 sols. A Nîmes, en 1722, les apothicaires fabriquent publiquement à l'hôtel de ville de la thériaque, pour l'envoyer aux habitants d'Arles atteints delà peste ^. Les villes voisines sont prêtes à envoyer les secours qui ne peuvent leur causer aucun danger, et même à laisser partir leurs chirurgiens.

Mais trop souvent, tous les moyens humains étaient superflus ; la peste frappait, avec une rapidité inexorable, des quartiers entiers, et les survivants terrifiés demandaient le salut à l'intervention divine qui seule pouvait en arrêter les ravages. Les processions sortaient des églises, les châsses de saints circulaient dans la ville ; des prières incessantes montaient vers le ciel. A Aix,en 1629, on dit la messe à tous les coins des rues ; on y dresse des statues de la vierge, au pied desquelles chaque soir

* Ino. Arch, Lyon, BB. 175.

s Jolibois^ p. 227. — Lalaime, Hiit. de ChéiéUermid, H, lao. ' De Lépinois, H, 411.

* À. Laforèt^ la Peste de 1720. D. Th. Berengier, Rev. des questions historiques, octobre 1878.

B Ino. Arch. AWi, GG. 486. — Ménard, VI, 504.

LES BtALADIES. 447

on récitera ses louanges. Des assemblées générales des habitants sont convoquées pour adresser des vœux à la vierge et aux saints. Saint Roch surtout est regardé comme tout-puissant ; on promet de lui ériger une chapelle» de célébrer sa fête, de faire en son honneur une procession générale * . Les budgets communaux sont encore grevés au xvui^ siècle de dépenses annuelles pour Faccomplissement des vœux que les consuls et les échevins avaient faits, au nom <le leurs concitoyens, pendant les terribles épidémies des siècles précédents^.

Heureusement, la peste, comme la disette, était une exception dans Thistoire des villes. La peste ralentit peu à peu ses atteintes ; elle devint moins fréquente, mais elle eut des réveils terribles ; sous Louis XIII, de 1629 à 1638, elle fut générale; elle frappa quelques provinces sous Louis XIV, en 1669; sous Louis XV, en 1720. Mais cette fois elle fut contenue dans le Midi, et le reste de la France en célébra la disparition par des Te Deum et des feux de joie ^. Les mesures sanitaires, qui ne furent pas laissées à l'initiative seule des villes, mais dans lesquelles intervint l'administration supérieure, furent prises avec plus d'entente et d'efficacité ; des cordons d'isolement furent établis, les quarantaines furent strictement observées aux ports de mer. En même temps, la salubrité et l'hygiène s'améUoraient, et les foyers d'épidémie perdirent leur intensité. Il y eut encore cependant des épidémies, mais d'une autre nature, et contre lesquelles les remèdes n'étaient pas toujours impuissants. Toutes les fois qu'elles se produisirent, les intendants s'empressèrent de chercher avec les municipalités les moyens les plus sûrs pour les combattre et les soulager.

« Pitton, EUU d'Aix, p. 378. *- Jno. Àrch. Beaucaire, BB. 31.

• Voir plus loin Liv. VIU, eh. I.

* Boutiot, p. 45.

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