CHAPITRE I
Les paroisses. — Publications officielles dans les églises. — Autorité de l'évèque. — Municipalités auxiliaires du clergé. — Le gras et le maigre. — Réclamations adressées aux évèques. — Vœux des villes.
— Piété des échevins. — Leur banc à Tégiise. — Leur part dans l'administration des églises. — Revenus du curé. — Insuffisance des dîmes. — Subventions et contributions des villes pour les presbytères et les églises. — Assemblées des paroisses et marguilliers.
— Dépenses payées par la municipalité. — Droit de cboisir les prédicateurs. — Présents que leur fait la ville. — Tarif du casuel. — Influence et situation du curé. — Importance de Téglise paroissiale.
L^église n'occupe pas dans la ville la place importante qu'elle a dans le village. Sans doute, elle en est l'édifice principal, elle la domine par la hauteur de son vaisseau et rélévation de ses tours ; eUe est le témoignage, souvent superbe, de la croyance de ses habitants dans les vérités supérieures ; mais la paroisse ne se confond pas.
comme au village, avec la communauté civile; elle ne s'identifie pas avec elle. Le nombre des paroisses est quelquefois considérable, et chacune d'elles forme une subdivision de la cité, quelquefois même un quartier. La paroisse peut encore être un centre de réunions profanes ; dans certaines villes, les bourgeois s'assemblent dans sa nef pour nommer les collecteurs, les électeurs municipaux et les officiers de la milice bourgeoise * ; mais la séparation de l'église et de la communauté civile s'accentue à partir du xvi* siècle, et sauf dans les petites villes, où il n'y a qu'une paroisse, l'église perd de plus en plus son caractère communal.
On sait que pendant longtemps certains actes de l'autorité civile et judiciaire étaient communiqués aux habitants, dans l'église même, au commencement ou à la fin du prône. Ce fut Louis XIV, en 1695, qui réforma cet usage. Le curé ne fut plus obligé d'être l'organe de l'autorité civile ; il ne fut plus contraint de publier en chaire les ordonnances, les billets d'enchères et de ventes des héritages, et même les annonces d'objets perdus, tels que clés et mouchoirs'; mais il continua souvent à le faire, et, dans tous les cas, il resta l'auxiliaire de la justice pour la publication des monitoires^.
La distinction qui s'étabht entre le sacré et le profane n'entraînait point la séparation de TËglise et de l'Etat. Le concordat de 1516 avait donné aux rois de France la nomination des évéques, qui jusque-là étaient élus par les chapitres. L'évêque resta un personnage influent, par le crédit qu'il possédait à la cour, par sa naissance, par ses richesses. Si le jour de son arrivée, il entrait pieds nus, comme à Rouen, dans sa cathédrale pour attester son humilité religieuse^, les magistrats de la cité, nous Tavons vu plus haut, lui rendaient des honneurs et des
* Chardon, fltM. diÀuxene, II, p. 7 et 8.
* Manuscrits de Semilliard, IIl, 406. — Arch. de Gray.
* Voir U Vaiage sous l'ancien régime, 2« éd., p. 118-123.
* Farin, Hist. deEouen, l, 2« partie, 135.
hommages. Les officiers municipaux sont auprès de lui Torgane des vœux des habitants^ et s^ils peuvent contester son autorité dans les questions temporelles, ils Tacceptent pleinement dans le domaine ecclésiastique. La société, en effet, est restée officiellement catholique. On compte le nombre des habitants de chaque paroisse par le chiffre des communiants, et ce chiffre est celui de tous ceux qui ont atteint Tàge de la première communion. L'autorité civile prête la main à l'exécution des prescriptions ecclésiastiques, et sa police veille strictement, par exemple, à Tobservation des dimanches et des fêtes ^ ainsi qu'à l'interdiction de manger de la viande pendant le carême. Les échevins de Dijon sont tenus de signaler les noms des individus de leur paroisse qui en mangent à cette éppque, afin qu'on puisse les punir conformément aux arrêtés. D'après leurs ordres, les bouchers ne peuvent en vendre qu'aux personnes munies de billets donnés par leur médecin et leur curé, et signés du maire et d'un échevin; on mettra à l'amende un boucher qui en temps prohibé a servi du boudin à des gens qui lui en avaient demandé « par sensualité. » En 1759, il est défendu aux hôteliers de Bordeaux de donner de la viande à leurs hôtes pendant le carême ^. En revanche dans les temps de disette, la municipalité réclamera des dispenses et des permissions. En 1624, à Dijon, elle se borne à solliciter de l'évêque de Langres l'usage du fromage ; un siècle plus tard elle obtiendra de lui la permission de faire gras quatre fois par semaine, et ce sera l'intendant qui s'opposera à la publication du mandement qui l'accorde ^ Auxvui" siècle, les demandes de ce genre sont multipliées, surtout pour le gras; on allègue la cherté des denrées, la nécessité de « trouver de quoy vivre, » la rigueur des temps, la misère du peuple ; les
* Code de la Police, par D** (Duchesne), 1767, 1, 3742.
« /nv. Arch. Dijon, B. 272, 296 et 401. — Des Essarts, VIE, 539.
* Inv. Arch, Dijon, B. 262, 365. — Voir aussi Inv, Arch. Angers^ BB. 99, ...Douai, GC. 1376.
LE GLEaaé SiCULIBH. 451
échevinages des villes voisines s^entendent pour adresser àrévêque des requêtes collectives S et ces requêtes, si elles attestent chez les populations la soumission aux lois de réglise, indiquent aussi le désir d'en voir atténuer la rigueur.
Les ofGiciers municipaux pouvaient appeler de la décision de leur évêque à Tarchevêque ; les consuls d'Âlbi parvinrent à faire rétablir par ce dernier les offices de nuit que leur évêque avait voulu supprimer*. Des magistrats, plus zélés que lé clergé même, provoquaient des processions ou des prières pour remercier Dieu d'avoir accordé du beau temps, plus souvent pour conjurer la sécheresse ou les pluies trop prolongées*. En 1730, Charmes demande à Tévéque de Toul la permission de faire des prières publiques pour obtenir la destruction des chenilles et des insectes. En 1738, Auxerre réclame une procession générale accompagnée d'exorcismes pour faire périr les insectes qui dévastent les vignes ; mais le chapitre d' Auxerre, plus éclairé que l'échevinage, refusa l'exorcisme*.
Les magistrats de la cité représentent fidèlement les opinions et les croyances de la majorité des habitants. Dans la première partie du xvii* siècle, ils subissent l'influence du grand mouvement religieux qui s'opère et que la terreur des pestes redoublées ravive. C'est pour conjurer ce fléau que l'on voit les magistrats de Chalonsur-Saône prendre saint Charles Borromée pour patron * et faire vœu de jeûner à perpétuité la veille de sa fête ;
* Arch. de Troyes, A. 52. — Ino. Arch. IfotiZii», ...ArmentiéreSt GG. 74.
* Ino. Areh. Albi, GG. 330.
* Dél. mun. de 1756. Arch. de Troyes, A. 51. ^ L.-A. Ghaix, Hist. de Notre-Dame-^kt-Port, p. 242.
* 1706. Arch. de Gray. — Inv, Arch, Charmes, GG. 48 et 49.— Lechat, Annuaire de rYorme, 1847, p. 152.
* G'était Tusage à Ghalon au xv* siècle d'élire en assemblée générale un saint pour protéger la ville dans les épidémies. H. Batault, Mém. de la Soc. hUt., VI, 330.
que les consuls de Nîmes jurent au pied des autels» après avoir communié, d'observer désormaÎB la fête de rimmaculée-Gonception ; que ceux de MarseiUe prennent rengagement de faire faire une communion générale et de fonder une maison de filles repenties. A Lyon, les échevinsy après avoir mis la ville sous la pfotection de la Vierge, iront tous les ans entendre la messe à Fourvières, et offrir à la vierge qu'on y vénère sept livres de cire blanche et un écu d'or *. Partout le redoublement de piété qu'inspire la crainte de la peste provocpxe des vœux et des dons précieux ; des lampes d'argent soat offertes aux sanctuaires les plus vénérés; Lyon en envoie une à Lorette; Albi à Notre-Dame- de -Ladrècbe; des lampes semblables sont suspendues dans les églises de la ville même*. On ne se contente pas de les donner, on les entretient d'huile, et cette dépense figure encore au xv!!!"* siècle dans les budgets d'un certain nombre de villes du Midi ^. Il en était de même à Paris, où Téchevinage payait l'entretien de la lampe d'argent, en forme de navire, que le prévôt des marchands Miron avait fait placer devant l'autel de la Vierge, pour remplacer la chandelle Notre-Dame, qui consistait en une bougie roulée, aussi longue que l'enceinte de Paris et donnée chaque année par les magistrats municipaux *.
La piété de ces ofQciers n'éclatait pas seulement en temps de peste. En 1614, ceux de Dijon décident qu'ils
« Perry, Hist. de Chalon, AU. — Méiiard, VI, 92. — De Ruffi, I, 478. — Im. Arch. Lyon, BB. 497, ...Grasse, BB. 12.
* Inv. Arch, Lyon, BB. 174, ...ÀIM, BB. 103, CG. 387,...F6r(2iiii-stir* Garonne, BB. 6 et 10.
* A Marseille, en 1717, pour Tentretien de la lampedu Mont-Garmel, 18 liv. A Florensac, à la confrérie Saint-Roch, à raison d'un vœu &ît par la communauté : 10 liv. A Marseilhan, à la conf raine du Saint- Sacrement en raison d'un vœu fait à cause de la peste : 50 liv. Arch. nationales, H. 1030.
* Leroux de Lincy, p. 297. — L'usage de donner des cierges aussi longs que l'enceinte des villes se retrouve du xiv« au xvi« siècle à Montpellier, à Beaune, à Chalon, à Nantes. J. Desnoyers, Hev, des Soc. savantes, 7® série, î, 115-11 6.
jeûneront et prieront pendant trois jours pour que Dieu veuille accorder de bonnes récoltes et éclairer de ses lumières les députés aux Etats-généraux. Ils étaient obligés par un vœu solennel fait parleurs prédécesseurs en 1531 d^approcher des sacrements le jour de la Sainte-Anne ; mais à la fin du xviii* siècle, leur foi s'était affaiblie, et la Chambre de ville dut adresser en 1781 une réprimande à plusieurs ofBciers de Téchevinage qui s'étaient soustraits à Tobligation que jusqu'alors leurs prédécesseurs avaient fidèlement observée. Les échevins de Chalon, en 1758, se contentent de faire jeûner leur syndic. Les anciennes croyances s'étaient mieux conservées, à Boulogne, où les échevins faisaient dire quatre-vingt-dixneuf messes pour la réussite d'un procès qu'ils soutenaient à propos des francs-fiefs ^
Comme les autres magistrats, les échevins et les consuls ont un banc réservé dans la paroisse de l'hôtel de ville ; ce banc, souvent peint en bleu et semé de fleurs de lys ^, sera placé à droite si cette paroisse n'est pas celle des officiers de justice^ C'est là qu'ils assistent en costume, à certains offices^ et aux messes du Saint-Esprit que l'on célèbre avant les élections municipales; c'est là qu'ils assistent aux neuvaines qu'ils prescrivent, comme celle que Ton fit à Bayonne pour la guérison d'un intendant ; c'est là qu'ils reçoivent l'eau bénite et qu'on leur pré-
* Ifto. Arch. Dijm, B. 2S2, 415. ^ H. Batault, Mém. Soc. hist. CAotofi, VI, 345. — Inv. Arch. Baulognej n9 i93. — Le budget de Rennes, réglé en 1782, porte 50 liv. pour la commémoration du vœu de la viUe. Arch. nationales, H. 520.
* Inv. Arch. Beaucaire, BB. 48. — Ménard, VI, 85. - A Albi, il est orné d*un tapis brodé aux armes du roi, de la yille et de la province. Irto. Arch.j GG. 332.
* Edit de 1706. Ane. lais, XX, 504. — Journal des audiences et du palais, XI, 157.
* H. Batault, Note des cérémonies que doivent faire les maire et échevins de Ghalon (1758). A cette épocpie, ils assistaient officiellement en robe noire à 18 messes et en robe violette à 10 messes. Mém. Soe. hist., VI, 343-346.
454 LIVRE vin. GHÂPITRB I.
sente le pain bénit dans des bassins d'étain aux armes de la ville*.
S^ils avaient leur place dans l'église^ ils y avaient leur part d'influence et d'autorité. Ils veillent à sa police; ils décident, en Lorraine, sur la demande du curé, que les deux sexes ne seront plus mêlés dans la nef, et que les hommes seront d'un côté et les femmes de l'autre; ils nommeront et révoqueront parfois le bedeau, l'organiste, le marguillier sonneur de cloches et conducteur des horloges, même les bassiniers chargés de la quête; ils détermineront le costume du suisse ; ils condamneront le paroissien qui refuse de donner le pain bénit à son tour. Ils sont les auxiliaires du curé '. Mais celui-ci était loin d'avoir dans la cité l'influence et le pouvoir relatifs que pouvait avoir le curé de village. Dans les villes importantes, il était primé par les chapitres de la cathédrale et des collégiales, composés d'hommes souvent mieux rétribués et phis instruits. Le curé, quoiqu'il dût être gradué, n'était pas toujours riche, et les ressources du casuel lui étaient indispensables. Son église n'avait souvent d'autres revenus que ceux qui provenaient des legs et des libéralités des fidèles. La dîme, qui se percevait sur les revenus du sol, ne lui rapportait presque rien dans les villes, où le territoire agricole était relativement restreint. Les bénéfices n'existaient point dans les cités dont l'accroissement avait été récent. Lunéville et Epinal n'avaient chacun qu'une seule paroisse, assez mal rentée. En 1789, les dîmes de Nancy ne s'élevaient qu'à 1,792 1.; la ville devait payer par an plus de 18,500 1. pour la portion congrue des curés, des vicaires, des organistes et des sacristains'. A défaut de gros décima-
« Inv. Areh. Bayorme, GC. 199 et 752.
* Ino. Arch. Charmes, BB. 4 et iO, ...Màern, FF. 49, ...Bourg, BB. 154 et GG. 209, ...Armentiéres, FF. 89.— Mém. sur ViUeftimche, 167i. — De Lamothe, Inv. Arch. Uiés, Intr., p. 5.
< Mathieu, l'Anden Bégime m Lorraine, p. 147-448. — Voir 2m. Arch. Bourg, CC. 116.
LE GLERQÉ SéCULIER. 455
teurs comme dans les campagnes, c'était aux habitants représentés parleurs magistrats quUncombait cette charge.
Aussi, la communauté est-elle souvent obligée de subvenir à certaines dépenses du culte et obtient-elle, en retour, un droit d^ingérence dans l'administration temporelle des paroisses. Elle le possédait lorsqu'elle avait été la fondatrice ou la patroime de l'église ; c'est à ce titre qu'elle pouvait nommer les titulaires des hermitages qui dépendaient d'elle ^ Si elle ne devait point contribuer aux dépenses de construction du palais épiscopal, ni à Tacquisition de son mobilier, si elle se refusait avec persistance dans certain cas à son déplacement^, elle était tenue de procurer un presbytère au curé, mais sans ses dépendances^. Elle contribuait par ses dons et quelquefois par des subventions, procurées au moyen d'impositions spéciales, à la construction et à la réparation des églises. Elle y met pour condition que ses armes figureront sur tous les édifices religieux aux travaux desquels elle concourra, et qu'elles seront peintes sur les vitraux établis à ses frais ^. L'Etat faisait contribuer tout le diocèse aux constructions des cathédrales ; il accordait dans ce but des subventions sur le produit de certains impôts ^. On recourait aussi aux dons des^dèles ; on leur demandait encore à Montpellier sous Louis XIV de venir travailler eux-mêmes aux fondations d'une église, ou d'y envoyer leurs servantes pour mettre la terre dans les tombereaux •. S'il y avait plusieurs paroisses, les
* fieg. ecnsuUnres de Limogea, 1, 85. — J.nJ. Juge, p. 2S. -^ Corneille Saint-Marc, Mém. Soc. émul. du Jura^ 1868.
' Àrch. nationales, H. 1025.
* Ino. Arch, Bayotme^ CC. 677. — Arch. de TAube, C. 59. La jurisprudence, écrit en 1779 l'intendant de Bourgogne, s'oppose à ce (pie les habitants soient tenus de fournir aux curés granges, écuries, vinées, pressoirs et remises. — En 1779, la ville de Pézenas paie le logement de deux curés 185 liv. Arch. nationales, H. 1001.
^ lm>. Arch, LyoUy B6. 217 et autres, ,..Botdogne, n^.23.
> Ménard, VI, 225 et Preuves, p. il . — Ino, Arch. Bourg, GG. 186,
* André Delort, Mém. tur Montpettiery p. 103.
456 LIVRK VIII. CHAPITRE I.
habitants et les propriétaires de la paroisse étaient seuls tenus de contribuer à la reconstruction de la nef, et même à celle du chœur, lorsque les dîmes et les ressources de la fabrique étaient insufGisantes ' •
Dans les villes, les paroisses formaient autant de communautés distinctes, comme les commuûautés industrielles et judiciaires entre lesquelles se partageait leur population. Elles avaient leur organisation propre, réglée par les statuts et les ordonnances épiscopales ; comme la communauté urbaine, comme la corporation industrielle, elles avaient leurs assemblées générales et leur administration collective, leur trésor et leur trésorier. L'assemblée générale, qui avait pu se composer de tous les paroissiens, n'était plus formée, au xvin" siècle, dans les quartiers riches, que des officiers de judicature, des avocats, des anciens n^rguilliers, des conmiissaires des pauvres et d'autres notables. A Orléans, il y avait une sorte de cens, et il fallait payer 15 liv. de capitation pour faire partie de ces assemblées. Elles se tenaient dans la nef, en face du banc d'œuvre, et leurs attributions principales consistaient dans le vote des dépenses et des travaux, l'acceptation des fondations ou des aliénations, l'audition des comptes, Télection des commissaires et des marguilliers. Les marguilliers, assistés de quelques-uns de leurs prédécesseurs, formaient avec le curé le bureau chargé de l'administration des intérêts de l'église et de sa police intérieure. Il en nonmiait les officiers subalternes, tels que les bedeaux et les suisses ; il réglait les concessions de bancs, de chapelles et de sépultures. 11 avait des réunions fréquentes, et les fonctions de ses membres, comme celles des officiers municipaux, étaient considérées comme des charges honorifiques mais onéreuses, auxquelles des privilèges nettement définis ou des infirmités constatées permettaient seuls de se soustraire^.
* Inv. Arch. Mâeon, GG. i02, ...Calvados, G. 1334, - Jousse, TraiU du gmivemem!è7U des paroisses, p. 14. — Plaies, Traité des r^paraiûms des églises, 1761, II, 352 et suiv.
• Jousse, chap. II, art. v. — Guyot, I, 681 . — Maréchal, TraiU des
Lorsqu'il n'y avait qu'une seule paroisse dans la ville, la municipalité intervenait dans son administration, parce que les membres de la paroisse étaient les mêmes que ceux de la cité. C'est ainsi que le conseil de ville de 6ray détermine le nombre des enfants de chœur, défend au sacristain de sonner plus longtemps qu'il n'est nécessaire, parce qu'il pourrait casser les cloches, ordonne la confection d'un ciboire et reçoit les encensoirs commandés aux orfèvres. Il refusera d'accepter, en 1774, un legs destiné à faire établir des tambours aux portes de l'église, parce qu'ils empêcheraient la circulation de l'air dans une enceinte où « journellement on ouvrait la terre » pour les inhumations qui s'y faisaient ^ Ici, la municipalité habille le suisse ; là elle contribue à la construction de l'orgue ou aux gages du maître de musique*. L'échevinage et le curé de Gray prennent part à la nomination du mattre-chantre ; en cas de désaccord un concours a lieu à l'hôtel de ville, et un tiers-expert décide. En 1686, la ville de Rambervilliers achète des orgues, « attendu, dit-elle, qu'il n'y a aucune ville dans le voisinage et même plusieurs villages qu'ils n'aient des orgues en leur paroisse, et qu'il n'est guère honnête d'entendre dans l'église de Rambervilliers des violons les bons jours de l'année^. » Les échevinages tiennent à la musique religieuse, et comme on parle de supprimer le maître de musique de l'église d'Armentières, on n'hésite pas à dire que la suppression de cet emploi serait « pour la ville une sorte d'indécence et d'avilissement. » À Roubaix, le magistrat doit être consulté, si les marguiUiers veulent faire blanchir l'intérieur de l'église *. Ailleurs, les officiers municipaux s'ingéraient dans les affaires de
droite honorifiques, II, 49.— Voir aussi St. synodaux de Soîmoi», 1731 , ...Scunt-Mùlo, 1620, ...Alet, 1675, ...Caon, 1674, ...Chàlims, 1770, ...etc.
* Délih. municipales de la yille de Gray.
* Inv. Areh. Charmes, ...Bourg, GG. 209, ...Bayonne, GG. 417 et 738. ' D' Foumier. Armaies Soc. ém. des Vosges, 1878, p. 141.
* Ino. Àrch. Ameniiéres, GG. 19, ...Boubcdx, BB. 6 et GG. 192.
458 LIVRE Vm. CHAPITRE I.
la fabrique 9 en exigeant que celle-ci leur rendît ses comptes et en soumettant sa gestion à la surveillance des assemblées de Thôtel de ville ^
Dans certaines paroisses, les marguiiliers avaient le droit de désigner les prédicateurs de TAvent et du Carême ; mais souvent ce droit appartenait aux corps de ville*. Ceux-ci traitaient directement avec le prédicateur pour les émoluments qu'il recevait ; ils lui faisaient connaître les sermons d'usage et n'bésitaient pas à discuter les prix, s'ils paraissaient trop élevés. C'est ainsi que Gray, qui a payé 225 liv. pendant longtemps, refuse de donner plus de 200 liv. si le prédicateur est étranger à la ville. À Saint-Emilion, le théologal du chapitre devait prêcher l'Avent et le Carême; s'il ne voulait pas prêcher, il fallait plaider pour l'y contraindre ^. Ailleurs, on se contentait de faire des présents en nature au prédicateur. Albl lui offre ainsi des figues, des raisins, du sucre, des amandes et des chandelles. En 1604, l'évèque de Genève vient prêcher à Dijon. L'échevinage lui présente une bague et un grand bassin d'argent doré ; mais cet évêque est saint François de Sales, et il refuse, parce qu'il a fait vœu de ne rien recevoir des villes. Un de ses successeurs n'a pas le même scrupule ; il reçoit 1 ,250 liv., plus (i un festin de poissons » que la ville jugea convenable de supprimer l'année suivante *. Ailleurs, on évitait de se dégager du paiement des honoraires du prédicateur, parce qu'il était la confirmation du droit de le choisir.
Les municipalités fixaient quelquefois, d'accord avec le curé, le tarif du casuel ; c'est ainsi qu'à Gray , en 1697, les droits mortuaires et des messes de mariage
* Jolibois, Hist. de Chaumùntj p. 191. *— Ino. Àreh, Caivados^ G.
* Jolibois, p. 191. — Inv, Àrch. Moulins, n? 132, ...Lotidtm, BB. âl. — De Laplane, Hist de Sister<m, II, 320. — Guyot, m, 34. — A Pézenas. Arch. nationales, H. 1001.
> Arch. de Gray. — Guadet, p. 202. — Irw. Areh. Uaurg^ GG. 185.
* Inv. Areh. Albi, CC. 481, ..Mjan, B. 241.
LE GLBRei SlSCDUER* 459
sont taxés à trois prix différents, selon que ceux qui se font enterrer ou marier sont « riches, médiocres ou moindres'. » Mais ces tarifs pouvaient donner lieu à des dissensions regrettables, et c'était Tautorité épiscopale qui d^ordinaire les établissait.
• Les curés de paroisses étaient généralement populaires ; ils n'excitaient point Tenvie, comme les évéques, dont le riche mobilier^ le grand état de maison, les dépenses et les revenus excessifs, les absences parfois prolongées n'échappaient point à la censure ; toujours actifs, en relations avec leurs paroissiens, ils ne vivaient pas à part et au-dessus d'eux, comme les chanoines, dont les prébendes étaient parfois accordées à la faveur seule, comme les moines, dont l'apparente oisiveté prétait à la satire. Sortis pour la plupart du tiers-état, ils partageaient ses idées et ses principes ; ils étaient plus attachés que les évéques aux traditions gallicanes, et lors des élections de 1789, ils furent souvent en opposition avec eux. Ils étaient, si l'on peut s'exprimer ainsi, la bourgeoisie du clergé à côté de son aristocratie représentée par les évoques et les béné&ciers.
Le curé de paroisse n'avait d'autres fonctions civiles que celles qu'il exerçait en rédigeant avec une précision quelquefois incomplète les registres des baptêmes, des mariages et des inhumations ; mais il connaissait toutes les familles, il avait présidé à tous les actes importants de la vie des individus ; il pouvait, au point de vue moral, être considéré comme leur conseiller et leur tuteur ; il présidait au soulagement de la misère, en prenant part aux décisions des bureaux de charité ; et sauf de rares exceptions, il méritait d'inspirer la reconnaissance et le respect. La paroisse qu'il dirigeait était pour les habitants la première forme de la patrie ; ils connaissaient leur ville mieux que le royaume dont elle faisait partie ; ils connaissaient mieux leur église que leur hôtel de
* Droits mortuaires : 36 liv., 24 et 12 liy.; mariages : 6 liv., 4 liv. et 10 s. Arch. de Gray.
ville. Depuis leur enfance, ils s'y rendaient régulièrement tous les dimanches ; ils y retrouvaient, en venant s'asseoir dans le banc de famille, leurs propres souvenirs et les traditions de leurs pères. Les noms de ceux-ci étaient inscrits sur les dalles des tombeaux, sur les listes des confréries, parfois sur les verrières et sous les ex-voto. Le passé revivait sous les vieilles arcades gothiques, malgré les atteintes que le goût du xvm* siècle y porta en les parant d'ornements nouveaux ; il était attesté par les tombeaux qui garnissaient l'intérieur de Téglise et qui se pressaient dans Tétroit cimetière qui Fentourait. La paroisse n'était pas seulement pour les habitants un édifice religieux, c'était le sanctuaire de la famille, où se perpétuaient les croyances comme ime sorte de pieux héritage ; c'était le lieu de réunion des habitants d'un même quartier, entre lesquels la conformité des sentiments pieux établissait des rapprochements sympathiques et des liens de confraternité.