LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES
dicule, qu'on aurait été scandalisé de les voir accepter '. Le XYui* siècle, qui fut agité par les querelles des jansénistes et des molinistes soutenus par les jésuites, fut, malgré ces vives controverses, une époque d'affaiblissement pour le zèle religieux. Il semble que la révocation de redit de Nantes en assurant par Tintervention séculière la domination sans conteste du catholicisme, ait ralenti un prosélytisme qu'il croyait moins utile et tari les sources de son zèle. L'Etat interviendra moins souvent que sous Henri IV et Louis XIII, pour imposer l'établissement de nouveaux couvents. Dès 1666, il renouvellera les défenses déjà édictées de n'en point ériger sans lettres-patentes ; il soumettra la délivrance de ces lettres à l'approbation des évéques ; il en subordonnera l'exécution à leur enregistrement par les corps judiciaires et municipaux. Comme dans l'administration municipale, Louis XIV voulait introduire la régularité dans les communautés religieuses, qui avaient profité des troubles de sa minorité pour s'établir dans les villes, et qu'on avait vu tantôt s'emparer de la meilleure partie des terres et des revenus, tantôt subir les poursuites de leurs créanciers par suite de l'insuffisance de leurs ressources*. La monarchie renouvela dans le siècle suivant les précautions qu'elle avait prescrites antérieurement. La multiplication des possessions de gens de main-morte lui fit sentir l'utilité d'y poser des limites. Les établissements créés sans lettres-patentes furent déclarés nuls, et aucune acquisition nouvelle, soit par legs, soit autrement, ne put être faite sans l'autorisation expresse du roi ^ Les réclamations nombreuses des villes, qui signa-
* On avait réuni au collège de Rennes un prieuré, dont le prieur devait recevoir solennellement chaque année un baiser de toutes les nouvelles mariées. Conçoit-on que la ville plaida trente ans pour forcer le supérieur, qui avait converti cette redevance en un quarteron de cire, d*ime valeur de 5 sous, à la recevoir comme auparavant ? Piganiol de la Force, Nouveau Voyage, 1, 19^1d9.
* Ane. /ois rr.,X vin, 94-99.
* L. de HfVicourt, Les Lmx eccîésiastiq. de France, H, 218-226,332-335.
laient renvahissement de leur sol par les communautés religieuses, avaient été entendues.
La décadence de ces communautés continuera jusqu'à la Révolution. Sans doute, quelques-unçs d'entre elles soutiendront leur antique éclat et produiront encore des hommes de piété solide et de savoir réel; mais les couvents, surtout les monastères d'hommes, feront moins de recrues et se dépeupleront peu à peu * . Les maisons des jésuites avaient été dispersées depuis 1762; plusieurs couvents de femmes furent fermés comme suspects de jansénisme ; des abbayes et des prieurés furent réunis à des évêchés ou à des établissements d'instruction et de charité. Les couvents de femmes étaient encore remplis ; mais ils l'étaient moins qu'au xvii* siècle, où l'on en signalait six à Reims, dans chacun desquels étaient soixante dames de chœur'. Des statistiques exactes des communautés, si elles avaient été publiées, démontreraient, croyons-nous, la grande diminution du nombre des religieuses • et surtout des religieux pendant ces deux derniers siècles. Â plusieurs reprises, nous voyons les municipalités proposer de disposer de leurs bâtiments, parce qu'ils paraissaient trop vastes pour leur destination^. Il n'aurait pas été besoin d'une Révolution pour affecter peu à peu les abbayes désertées à des services utiles, et si cette Révolution n'avait pas eu lieu, les établissements de charité et d'instruction, qui devaient renaître plus tard, n'auraient point cessé de répandre autour d'eux leur salutaire influence et leurs bienfaits.
* Boivin-Champeaux, Notices hist, sur laBévokiiion dans VEurCj p. 72.
* Oudard Coquault, Mémoires, U, 512 et 378.
' En 1695, on compte à Troyes 320 religieuses. Il n'y en a plus que 91 en 1774. La populati(m de Troyes au XYin* siècle, p. 11.
* Troyes propose en 1768 de convertir en dépôt de mendicité deux vastes couvents qui renferment à eux deux environ dix religieux. Dél. mun., Arch. de Troyes, A. 52. — Loudun supprime en 1783 un couvent de capudns. Ino. Arch,, BB. 25.