‹ La ville sous l'ancien regime (volume 2)Chapitre 43 sur 61 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Physionomie religieuse conservée par les villes. — Statues pieuses. — Ciieurs de nuit. — Entravés aux pèlerinages. — Suppression des divertissements profanes dans les églises. — Fêtes singulières à Provins et à Dieppe. — Missions à Chaumont et à Nîmes. — Processions au xvu* siècle. — Processions pour les biens de la terre. — Canonisation de saints. — Sortes de pèlerinages. — Usages singuliers. — Processions de la Fête-Dieu. — Préparatifs dans les rues.

— Assistance des autorités. — Présence des confréries et des corporations. — Processions d'Aix et d'Angers. — Attitude du public.

— Les processions à Paris en i793.

Malgré les progrès des idées philosophiques dans les classes supérieures, les masses populaires au xvin* siècle étaient restées chrétiennes. Dans son aspect extérieur, la ville avait conservé l'empreinte religieuse qu'elle avait reçue du moyen-àge et de la Renaissance. Dans les rues, sur la façade ou à l'angle des maisons, on pouvait voir encore les statues d'anges ou de saints que les habitants avaient élevées au commencement des guerres de religion pour attester leur foi catholique ^ A Blois, sur chaque porte était une statue de la Vierge , dressée pour l'accomplissement d'un vœu formé pendant la peste de 1 63 1 ^.

* Manuscrits de Semilliard. — Pages, II, 119.

* Piganiol de la Force, Nouveau Voyage, I, 22.

 Amiens, de nouvelles statues avaient été érigées en 1716; le soir, on brûlait des cierges devant elles, les filles et les garçons chantaient à haute voix des cantiques ou les litanies, tandis que les passants étaient invités à payer les cierges ; mais trop souvent ces prières étaient suivies de danses et de chansons « peu bonnettes » que blâmaient les curés ' . A Laval les enfants récitaient diaque soir les litanies devant Tirnage de la Vierge qui était dans la halle*. Quelques-unes de ces statues, qui ont çà et là échappé aux ravages du temps et des révolutions, attestent encore la piété et le goût artistique de nos pères. D'anciennes coutumes se perpétuèrent aussi jusqu'au milieu du xviu^ siècle. Telle était celle du crieur de nuit qui parcourait les rues, en sonnant les patenôtres entre minuit et une heure et en criant : Bonnes gens, qui dormez, réveillez-vcym, pensez que v(yus numrrez et priez Dieu pour les trépassés. A Auxerre, le crieur de nuit était aussi chargé de signaler les incendies. Angers nomma un crieur de patenôtres jusqu'en 1705. Mais cette institution quelque peu lugubre d'un autre temps n'échappait point à la critique. A Charmes, en 1720, un homme zélé fut agréé par réchevinage pour sonner le réveil à minuit pour les trépassés, mais à la condition qu'il serait interdit de se moquer de lui et de l'injurier'.

Le xvii" siècle voit disparaître les anciens usages. Les pèlerinages, si nombreux au moyen-âge, sont proscrits ; ils sont regardés comme un prétexte pour le vagabondage. Il fut défendu d'aller en pèlerinage à Saint-Jacquesde-Compostelle sans la permission de son évéque et l'autorisation des ofiBciers municipaux. En cas de déso-

* Pages, Manuscrits, II, 116-118. ^ J.-J. Juge. Il en est de même à Limoges.

* C. Port, ArclUves d'Angers, p. 479.

^ De la Quérière, Rev, rétrospective rmtennaise^i^. 31. — J.-J. Juge, Changements.., de Limoges, p. 26. — Gardin, Notice hist. sur Coneto, p. 69. — Boutiot, Hist. de Troyes, III, 237. — Chardon, H, 139. — Inv. Arch. Angers, BB. 63, 75, 98 et 103, ...Charmes, BB. 5.

' LKS PBOGESaiONS. 473

béissance, les hommes auraient été envoyés aux galères» les femmes rasées et fouettées ' . Une ordonnance de 1671 étendit Tinterdiction à tous les pèlerinages situés hors du royaume, mais en modérant la pénalité de telle sorte que les galères ne pussent être édictées qu'à la seconde récidive. Il est probable que ces châtiments excessifs ne furent pas appliqués et produisirent peu d'effet, car il fut nécessaire de renouveler plusieurs fois jusqu'en 1 738 les ordonnances de Louis XIV qui soumettaient les pèlerinages aux autorisations épiscopales et municipales ^.

Tandis qu'on réprime les abus que le prétexte de la piété peut faire naître, la discipline ecclésiastique plus sévère condamne les divertissements d'une nature profane dont l'église était parfois le théâtre. Les fêtes des fous, les fêtes de l'âne, ont été depuis longtemps interdites; on ne voit plus, sur les marches de l'autel, dans certaines circonstances, un fou assister à l'office avec sa marotte; à la messe de la Pentecôte, on ne fait plus tomber des voûtes des étoupes enflammées et des oiseaux aux jambes desquels sont attachées des nieuUes ou des oublies. Les chanoines ne jouent plus à la toupie dans la cour de l'évêché après les vêpres de Pâques*. Toutes ces bizarreries ont disparu; mais d'anciennes traditions se sont perpétuées, et vont être également proscrites. Jusqu'en 1610, le vicaire de Saint-Quiriace de Provins choisissait le jour de la Nativité la plus jolie flUe de la paroisse, la plaçait sur un des sièges les plus éminents du chœur, et après l'avoir saluée de VAve regina, la conduisait en chappe devant le portail de l'église et commençait la danse avec elle. Jusqu'en 1662, dans la même ville, on dansera devant la châsse de saint Thibault^. La

< Inv. Arch. Dijon, B. 304 et 310.

* Edits de janvier 1686, novembre 1717, août 1738. La déclaration de 1686 exigea même une permission du roi, contresignée d*un secrétaire d'Etat, pour aller en pèlerinage hors du royaume. Code de la potke, 1767, par D*** (Ducheroe), I, 49.

• Legrand d'Aussy, II, 267. — Arch. de l'Aube. ^ F. Bourquelot, Eût, de Provtns, II, 287-288.

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même époque verra cesser à Dieppe les mitauries de la mi-août^ destinées à célébrer la délivrance de la ville en 1443. Une procession immense, à laquelle assistaient les magistrats, conduisait à Féglise Saint -Jacques une jeune fille figurant la sainte Vierge portée sous un berceau de feuillage par les confrères de la mi-août vêtus en apôtres. Au-dessus du maître-autel, un vieillard représentant le Père éternel trônait ; des anges, suspendus en l'air, voltigeaient autour de lui; deux d'entre eux descendaient vers la Vierge et l'enlevaient pour la conduire au Père étemel, tandis qu'un bouffon nommé Gringalet faisait rire le peuple par ses pasquinades^ De pareils scandales ne pouvaient être tolérés dans un siècle où la règle et le décorum officiel devaient partout prédominer.

Il se conserva cependant des cérémonies religieuses qui attiraient une grande affluence de monde et où d'anciennes coutumes étaient observées. Telles étaient les missions, comme celle qui fut prêchée à Chaumont par les capucins en 1685. Le jour de la communion générale, deux capucins, l'un dans la chaire, Tautre sur un théâtre élevé devant le jubé, apostrophaient le Christ avec de grands mouvements pathétiques, à genoux, la corde au cou ; puis, suivis de la foule, ils se rendirent sur la place publique, où Ton jeta sur un bûcher préparé à l'avance plus de cinq cents livres profanes ou d'amour, et au cimetière, où l'on prêcha un sermon sur le jugement dernier en montrant aux assistants une tête de mort ornée de fontanges noires^. En 1728, ime grande mission eut lieu à Nîmes; elle dura un mois; elle se termina par la plantation solennelle d'une croix sur l'esplanade ; outre la procession générale, des processions particulières, eurent lieu toutes les nuits de 2 h. à 4 h. du matin, accompagnées du chant de cantiques spirituels'.

Les processions restèrent toujours la principale et la

« Yitet, Eist, des villes de France, I, 67-72. * Jolîbois, Hist. de Chaumont, p. 251.

> Ménard, Eist. de Nismes, VI, 5204(23.

plus usitée des cérémonies religieuses qui furent célébrées en dehors des églises. Nous avons vu que les municipalités les provoquaient pour conjurer la sécheresse ou les pluies ; elles les ordonnaient parfois sans Tautorisation de Tévêque, qui s'en plaignait au ministre et avait le droit de traduire les contrevenants devant les tribunaux ordinaires ^ . Ces processions purent constituer pour ceux qui y assistaient de véritables pénitences. Au xvi^ siècle» à Limoges, les consuls et les habitants se relèveront au milieu de la nuit, et pour empêcher la gelée de survenir, se promèneront processionnellement dans les rues, en chemises^ pieds nus et tètes nues *. Au siècle suivant, de grandes processions sont ordonnées à Auxerre pour les biens de la terre ; chaque maison, par ordonnance municipale, est tenue d'y envoyer un représentant. On emporte ses vivres, car la procession se rend à quatre ou cinq lieues de distance. En 1630, on va jusqu'à Pontigny, et plusieurs des assistants tombent en route, malades de lassitude, d'insolation ou de soif. En tête, marchaient des jeunes filles costumées en vierges, des jeunes gens habillés en anges, suivis d'individus travestis en diables. Une grande partie de la population assistait à ces cérémonies, où s'introduisaient parfois un désordre et une confusion regrettables'.

Outre les processions en faveur du beau temps ou de la pluie, on en faisait contre des calamités accidentelles, telles que la morsure des chiens enragés qu'on signalait en 1743 dans le Poitou. D'autres avaient pour but la commémoration d'un événement important ou l'exécution d'un vœu. Troyes célèbre ainsi sa soumission à l'autorité de Henri IV ; Langrea un succès qu'elle avait obtenu en 1591 sur les Lorrains; Limoges, jusqu'en 1770, rappelle par une procession générale la découverte opportune de

* Corregp. adm. smu Louis XIV, I, 923.

* Registres consulaires de Limoges, I, 215.

* Lechat, Annuaire de V Yonne, 1847, p. 148. — H en est de même à Boiurg. lut). Areh., FF. 43.

la trahison d'un maire. Elle se terminait dans la grande salle de Thôtel de ville ob le premier consul, s'adressant à un individu chargé de représenter le maire félon , Taccâblait dUmprécations auxquelles Fassistance faisait écho ' . Les processions votives étaient plus nombreuses; on en comptait douze par an à Bourg au xviii® siècle. Si Ton renonça peu à peu aux processions qui accompagnaient les fêtes officielles, telles que la célébration des victoires, des traités de paix et des naissances royales, on fit toujours le 15 août celle du vœu de Louis XIII, à laquelle les autorités étaient obligées d'assister^.

Au xvii^ siècle, on ordonnait aussi des processions pour la canonisation des nouveaux saints, pour la fête des anciens saints, surtout lorsque ceux-ci étaient vénérés particulièrement. Si Ton ne faisait plus de pèlerinages à l'étranger, on en faisait encore sous Louis XIY aux sanctuaires voisins. En 1678, 12,000 personnes vêtues en robes blanches, pieds nus, une croix à la main, se rendirent de Montfort-rAmaury et de Nogent-le-Rotrou à réglise de Dreux; 20,000 pèlerins allèrent à Chartres dans le même appareil '.

D'anciens usages, souvenirs du moyen-âge, mêlaient à certaines processions des spectacles plus étranges qu'édifiants. Les jours des Rogations on promenait dans les rues des dragons en cuivre ou en bois, dont les contorsions mécaniques faisaient la terreur des enfants ; tels étaient la Chair-Salée de Troyes, leGraoulideMetz, la Gargouille de Rouen, le Lézard et la Lézarde de Provins; ces derniers se livraient un combat simulé au milieu de l'explosion bruyante des pièces d'artifice dont ils étaient bourrés^. L'ostension du chef de saint Martial à Li-

* Inv. Arch. Angers, BB. 105 ...Mâcon, BB. iiS.— J.-J. Juge, p. 90.

* Ino. Areh.Bourg,CC. i60.^ Corresp.adm. sous Louis XIV, 1,919.

' Arch. de Dreux, GG. 48. Th. Heignan, Ea>. des que$iùms tef., janvier 1879, p. 165.

* Lalore, le Dragon de Saint-Loup, p. 25-26.— Ouin-LACioix, p. 491. — Bourquelot, Hist. de Provins, II, 293-294. — Voir aussi sur la Dia-

moges était chaque année Toccasion de représentations imitées des mystères et d^une lutte de magnificence et d'originalité entre les pénitents rouges et les pénitents en robe de couleur feuille-morte. La procession de saint Victor à Marseille était annoncée par un cavalier armé de pied en cap, escorté de valets de pied. La procession de saint Georges à Rodez était suivie d'une cavalcade et d'une course de chevaux. A Douai, Ton promenait à la procession Gayant et sa gigantesque famille, la roue de fortune, le navire, le saint Michel et son diable et d'autres personnages allégoriques. La nuit du Jeudi saint, des milliers de pénitents parcouraient^ au son des trompettes, les rues de Perpignan ; ils portaient sur des brancards diverses représentations des scènes de la Passion, que Ton appelait les mystères, et qui resplendissaient à la lueur des cierges. Ces spectacles, qui causaient parfois des scandales, furent presque tous supprimés par les évéques au xvm" siècle * .

La procession de la Fête-Dieu eut toujours lieu avec une pompe exceptionnelle, à laquelle concouraient les «autorités par leurs ordonnances non moins que par leur présence. Au xvi* siècle, dès le matin, des crieurs se répandaient dans les rues de Dieppe en disant : Fermez vos boutiques, tapissez vos maisons pour faire honneur au corps de Notre-Seigneur qui va passer*. C'était le sens, sinon les termes, des ordonnances que les magistrats de police rendaient encore sous Louis XV et sous Louis XVI. Chaque particulier devait faire poser des tapisseries devant sa maison, sous peine d'une amende qui variait suivant les localités; le syndic de la communauté des tapissiers ou ses adjoints en posaient d'office devant les

blerie de Ghaumont : Godard^ Hi$t. de V église Saint^e(m-Bapti$te, p. i38.

* En 1731 à Rodez. Bien de Marlayag^e, Hist. de la cathédrale de RodeZy p. 274. — En 1778, à Perpignan. Voyages en Francey 4® éd., II, 231. — En 1770 à Douai. Inv. Àreh. Douai, GG. 1416.

« Vitet, Hisl. des villes de France, 1, 103.

maisons inhabitées ^ ; mais certains bourgeois décoraient leur façade de sujets peu édifiants, et il faUait que Tautorité ecclésiastique défendît d'exposer des tapisseries qui représentaient « des actions deshonnestes ^. » Les rues n'étaient pas seulement garnies de tentures par les bourgeois ; elles étaient balayées avec soin, sablées ou jonchées de feuillages. Dans le Midi et à Angers, elles étaient recouvertes de toiles tendues horizontalement aux étages supérieurs des maisons.

Les magistrats assistaient à la cérémonie, des bouquets de fleurs à la main. Les consuls d'Âlbi s'y faisaient suivre de leurs valets, tenant des torches ornées des armes de la ville, et de musiciens jouant du violon et du hautbois. C'était pour les échevins un privilège de porter les cordons du dais; ceux de Villefranche s'en acquittaient en manteaux violets, dont les mande-viUe relevaient les queues. Â Boulogne, ils plaident contrôles chanoines qui leur ont refusé l'honneur des cordons. A Saint-Ëmilion, ce sont les chanoines qui veulent obliger les jurats à porter le dais eux-mêmes ' ; mais c'était là une exception, et la ville se regardait comme honorée en voyant ses représentants les plus autorisés servir d'escorte au saint-sacrement. Les officiers de la milice bourgeoise et les arquebusiers tenaient aussi à honneur de l'accompagner en costume d'apparat*. A Bayonne, les seize compagnies de la ville assistaient à la marche du sacre pour la Fête-Dieu avec leurs drapeaux'.

* Code de la Police, I, i547. — Des Essarta, IV, 14, Vffl, 550. - Journal de Troyes, 1786, p. 96.

* Constitutiom et insUtuHons synodales de saùU François de Saks, 1668, p. 52.

' Inv, Areh. Dijon, B. 406, ...Albi, Intr., p. 22, ...Boulogne^ n*963. Mém. sur Villefranche, 1671, p. 74. — Guadet, p. 203.

* A Troyes en 1755, les arquebusiers se retirent avec éclat de la procession, parce qu'on n'a pas voulu admettre leurs officiers à porter le dais avec les officiers de la milice. Arch. de Troyes, A. 51.

' Ino. Arch. Bayonne, BB. 28, ...Douai, BB. 24. — Boitel, Hist. de VUry, p. 205.

Les communautés d'arts et métiers étaient tenues d'ordinaire, sous peine d'amende, de se joindre au cortège. Les confréries s'y rendaient avec leurs bannières» précédées de leurs prieurs et de leurs dignitaires; dans le Midi, leurs membres, revêtus de longues robes, cachaient leurs visages sous leurs cagoules blanches, grises, bleues et noires : les confréries dont le but était exclusivement religieux figuraient en première ligne; telles étaient celles du Saint-Sacrement, du Rosaire, des âmes du Purgatoire ' . Les femmes, qui formaient aussi des confréries, s'y rendaient vêtues et voilées de blanc. Mais quoique leur ordre fût déterminé, les questions de préséance soulevaient encore des querelles que tranchait l'autorité ecclésiastique. Il pouvait y avoir aussi des conflits entre les autorités civiles et ecclésiastiques sur le costume des assistantes. En 1774, les grands vicaires de Besançon défendent aux jeunes filles de Gray de se rendre voilées aux processions. Le Conseil de ville demande avec instance que cette défense soit révoquée, et finit par l'obtenir *• Ces difficultés, sans importance lorsqu'il s'agissait de jeunes filles, prenaient une certaine gravité quand elles s'élevaient entre les membres des corps constitués. Toute la société de Tépoque se retrouvait dans ces cérémonies avec ses corporations, ses privilèges et ses droits, attestant ainsi d'une manière publique sa foi en Dieu et son respect pour ses ministres.

Quelques-unes de ces processions conservèrent jusqu'à la fin un grand renom dans leur province ; on y venait de toutes parts pour en admirer les splendeurs. Telles

* Des Essarts, Vin, 533.. — Ouin-Lacroix, Hist. des anc. corporatûms d'arts et métiers et des emftéries religieuses de la capitale de la Normandie^ ch. XYII et suiy.

* L'archevêque de Besançon écrit en 1746 au curé de Gray : La contestation qui s'est élevée entre les deux conférences de votre ville pour la préséance a quelque chose de si ridicule qu'elle ne mériterait que du mépris de ma part. Puisqu'il faut que je décide la querelle, j'ordonne que les filles et les femmes qui composent la conférence de votre paroisse précèdent celle des Ursulines. Arch. de Gray.

480 LIVRE vin. CHAPITRE III.

étaient celles des villes de Provence et surtout celle d'Âix, où figuraient les scènes les plus bizarres^ rappelant dans toute leur variété les mystères du moyen-âge, et mettant en action des dieux de la mythologie, des diables, des bandes de danseurs singulièrement travestis, qui précédaient les cortèges du prince d^Âmour, du roi et des bâtonniers de la basoche et de Tabbé des marchands '. Tel était le sacre d'Angers, qui attirait un immense concours le jour de la Fête-Dieu. Quatre mille personnes suivaient cette procession la torche à la main ; on portait en outre douze grosses torches, fournies par toutes les communautés d'arts et métiers. L'ordre de la mardie était réglé par les autorités municipales, qui terminaient la fête par un repas officiel. Des amphithéâtres étaient disposés dans les rues pour que Ton pût jouir du coup d'œil de cette célèbre procession*. Le clergé y figurait avec sa pompe habituelle; l'évêque y paraissait suivi de nombreux domestiques, et c* était surtout dans ces circonstances que pouvait se justifier l'opinion d'un Anglais, lorsqu'il disait que « les Français étaient surtout glorieux des habits magnifiques dont leur clergé était revêtu dans ses fonctions '. »

Tout en conservant son ancienne splendeur, la procession inspire peut-être moins de respect. Un maire de Gray signale en 1777 des personnes qui rient et badinent aux fenêtres, pendant qu'elle circule dans les rues, ou qui se promènent en robe de chambre ou en bonnet de nuit ; il leur défend, sous peine d'amendes, « de se promener ou de se tenir droit quand la procession passe ^. • L'esprit philosophique pouvait motiver cette attitude,

* Explication des cérémonies de la Fête-Dieu dAix,., 1777.— Béreager, Voyage en Provence, Voyages en France, II, 2il et soiv. — On voulut en vain réformer les abus de cette procession au mu* siècle. Gh. de Ribbe, l'Ancien Barreau du parlement de Provence, p. 128-129.

* Inv. Arch. Angers, BB. 65, 98, 113; CG. 15.

' Essai sur le Caractère des Français, 1776, p. 243.

* Arch. mun. de Gray.

peut-être isolée, d^une partie de la population ; mais les manifestations extérieures de la religion avaient conservé sur les masses un grand empire. L^&me des assistants était toujours émue, leurs yeux toujours charmés à Taspect des cortèges imposants de la Fête-Dieu, qui se déroulaient^ sous Téclatante lumière du soleil de juin, dans les rues garnies de tentures et jonchées de fleurs, tandis que la fumée de Tencens et les chants religieux s'élevaient dans les airs. Le jour même où les montagnards, en renversant les Girondins, inauguraient le régime de la Terreur, le 31 mai 1793, les processions du clergé constitutionnel circulaient encore à Paris dans le quartier des halles au milieu d'une affluence recueillie et prosternée ^ .

* Rapports des observateurs de la police. A. Schmidt, Tableaux de la BévoltUion française, I, 350.

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