‹ La ville sous l'ancien regime (volume 2)Chapitre 44 sur 61 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Développement de Tinstruction primaire aux xvi^ et ivii* siècles. — Influence du clergé. — Ecoles des villes. -^ Ecoles paroissiales. — Enseignement qu'on y donne à Paris en 1669. — Leur discipline. — Ecoles de Lyon. — Intervention des échevinages dans la nomination des maîtres. — Corporation des maîtres d*éoole. — Leurs luttes avec les maîtres-écrivains. — Prérogatives des maîtres-écrivains.^ Ecoles chrétiennes fondées par Jean-Baptiste de La Salle. — Nature de leur enseignement. — Les Frères appelés dans les villes. — Accueil et opposition qu'ils y rencontrent. — Gratuité. — Ecoles de charité. — Ecoles dominicales dans le Nord. — Subventions des villes. — Inspection des écoles. — Fréquentation des écoles. — Instruction obligatoire. — Pénalités. — Progrès de l'instruction primaire. — Ecoles de filles. — Ordres religieux voués à l'enseignement, au xvu« siècle. — Leur succès. — Maîtresses d'école. — Rémunération et gratuité. — Caractère de l'instruction primaire dans les deux derniers siècles.

Le xvii'' siècle, après avoir été trop exalté, a été trop décrié de nos jours. On n'a vu longtemps en lui que les magnificences de Versailles et la splendeur des lettres ; plus tard on s'est efforcé d'y mettre surtout en relief les misères des aimées de guerre et de disette. La vérité

n'est pas dans ces extrêmes. Le xvii" siècle eut ses défauts que Ton ne doit pas dissimuler ; il eut ses mérites propres, auxquels il faut rendre justice. Il n'a pas jeté seulement un éclat incomparable par le génie de ses grands écrivains ; il a plus que tout autre favorisé le progrès et la diffusion de l'enseignement, non-seulement de l'instruction secondaire, mais ce qui pourra surprendre davantage, de l'instruction populaire.

Je ne suis pas de ceux qui croient que l'instruction primaire était très répandue avant l'invention de l'imprimerie. Le nombre des manuscrits était rare; lire et écrire était un métier, et à moins d'être clerc, juge ou tabellion, on avait peu d'occasions de s'exercer à la lecture et à récriture. Il y avait cependant des écoles dans la plupart des villes, mais elles avaient surtout pour but de former des prêtres et des hommes de loi. Au xvi® siècle, l'imprimerie se répand ; des livres ornés de gravures sur bois sont tirés à un grand nombre d'exemplaires et achetés par la bourgeoisie ; le désir d'apprendre se propage par le désir de connaître ce que contiennent ces livres. Pendant les guerres de religion, le pamphlet politique et religieux se distribue dans les villes ; la feuille volante et la brochure préludent aux journaux, que verra éclore le siècle suivant. Mais les journaux ne s'adressent qu'aux classes supérieures, tandis que les pubUcations à bon marché se colportent et s'achètent partout; hvres de piété, légendes des saints, romans de chevalerie, almanachs, manuels de cuisine et de recettes sortent des presses de Paris, de Troyes et de Limoges et vont porter sur leur papier grossier, jusque dans les plus humbles demeures, leurs récils merveilleux et leurs enseignements pratiques.

Le grand mouvement de l'instruction dafe du xvi* siècle ; il y eut à cette époque une sorte d'entraînement pour acquérir des connaissances dont on sentait tout le prix, depuis que la lecture était accessible à tous'. -Le

* Il est question de maîtres d'école payés par les villes dans Tart. 351 de Tordonnance de 1579. Ane. /ois, XIV, 458.

XVII* siècle apporte à ce mouvement quelque peu exubérant et irréfléchi Tordre et la mesure qu'il met en toutes choses ; tandis qu'il favorise les académies et réorganise les collèges, il voit naître et se développer une multitude de petites écoles et d'écoles paroissiales destinées à Tinstruction primaire des enfants du peuple.

L'église et les municipalités avaient jusqu'alors suscité cet enseignement; elles le susciteront plus que jamais, et l'Etat viendra, à partir de 1560, et notamment en 1698 et en 1724, seconder leurs généreux efforts. Sans intervenir dans la direction de l'enseignement et dans le choix des maîtres, il procurera souvent des ressources pécuniaires aux écoles qui en sont dépourvues.

Les écoles étaient au moyen-âge sous la direction et la surveillance exclusive du clergé. Au xvii* siècle, Tautorité ecclésiastique resta toujours investie du droit d'en approuver les maîtres et quelquefois de les désigner. Dans les villages et dans les petites villes, le recteur d'école était choisi par les habitants, qui traitaient avec lui du chififre de ses émoluments * , Dans les grandes villes, les petites écoles étaient tantôt particulièrement attachées aux paroisses, tantôt dirigées par des maîtres qui pouvaient former une corporation.

Les conciles avaient décidé qu'il y aurait une école dans chaque paroisse; ils la plaçaient sous l'autorité d'un dignitaire du chapitre, le grand chantre ou l'écolâtre. Mais la plupart de ces écoles fondées par les fabriques ou par la charité des paroissiens finirent par dépendre de l'autorité directe du curé *. Souvent même elles étaient dirigées par des prêtres. « La pluspart d'iceux, dit-on en 1658 à Reims, tiennent escoUe de petiz enfans

* Voir le Village som rancien régime, liv. V, ch. I. -^ Les consuls, maires ou échevins des paroisses, dit un jurisconsulte en 1727, ont le droit de présenter des maîtres d'école. S'ils voulaient par mauvaise économie se dispenser d'en avoir, les prélats sont autorisés d'en établir; les consuls et habitants tenus de les payer. Brillon, III, M.

« Arr. du Parlement de 1647, 1667, 1680. Guyot, VI, 623.

à Tayde de quoy ils vivent et sans quoy ne pourroient subsister ' . » Ces écoles étaient à Paris sous la direction du grand chantre, qui portait le titre de directeur. Elles étaient tenues par des laïques. Les classes , chauffées rhiver, étaient garnies dUmages pieuses, d'un crucifix, et de porte-manteaux destinés à recevoir les sacs et les manteaux des enfants. Les livres qu^on mettait entre leurs mains étaient surtout le catéchisme, la Vie des Saints du P. Ribadeneira, la Fleur des Exemples et le Paradisus puerorum. Ceux qui apprenaient à écrire avaient des tables; les autres n'avaient que des bancs. Les enfants des bourgeois y étaient reçus avec ceux des artisans ; mais on séparait ceux qui étaient de médiocre condition des pauvres, « non, disait-on, pour favoriser la superbe des riches; mais afin que les riches ordinairement propres ne participent aux vermines inséparables des pauvres. » Les classes duraient de 8 à 1 1 heures du matin et de 2 à 5 heures du soir. On y apprenait la lecture en latin et en français, récriture, l'orthographe*, les principales règles de l'arithmétique, les pratiques de la religion et de la civilité. On ne se contentait pas d'enseigner à l'enfant les éléments nécessaires de l'instruction ; on s'occupait de son éducation, en cherchant à le rendre à la fois civil et chrétien.

De même que les communautés d'habitants et d'artisans étaient administrées par leurs membres, la police intérieure des écoles, du moins à Paris, était faite par des écoliers. Comme dans les collèges, ils étaient choisis par les maîtres. Chaque classe avait deux intendants, deux observateurs, deux admoniteurs, deux répétiteurs, deux ofiBciers d'écriture et deux receveurs pour l'encre et la poudre. Il y avait dans Tinstitution des répétiteurs le germe de l'enseignement mutuel. D'autres élèves étaient

* Oudard Goquault, II, 382.

* M. Ch. Jourdain a reproduit une pièce du xvu* siècle contenant un défi sur Torthographe qu'offraient de soutenir les élèves d'une école de charité de Paris. Eistoire de VUniversUé de PariSj p. 215.

chargés de balayer la classe, d'en ouvrir et d'en fermer la porte. Ces écoles pouvaient être trèsfréquentées, et lorsque le nombre des élèves dépassait cent, on donnait au maître uncoadjuteur ou un sous-maître ^

Les écoles paroissiales, très-flprissantes à Paris en 1669, furent établies à Lyon en li670 sous la direction d'un bureau que l'archevêque institua et qui s'en occupa avec le plus grand zèle. La ville ne donnait rien pour ces écoles, sans doute entretenues par les paroisses et par les fidèles ; elle contribuait seulement, par une subvention de' 100 liv., à Tentretien de celle qui se trouvait sur la paroisse de l'hôtel de ville. Les maîtres d'école, choisis parmi les laïques et les prêtres, étaient formés dans un séminaire dédié à saint Charles ^. Il y avait là le germe de nos écoles normales primaires d'aujourd'hui.

A Paris, à Lyon et dans quelques grandes villes, il ne semble pas que l'autorité municipale intervînt dans le choix des recteurs des petites écoles. Il n'en était pas de même ailleurs, et l'on pourrait citer un conflit entre le grand chantre et la ville de Mâcon ^ propos de la nomination d'un de ces maîtres^. Les villes leur donneront souvent des gages*, des logements ou des subventions. Rayonne fournira 400 catéchismes aux écohers. Les échevinages auront aussi le droit d'assister ou de présider à la réception des maîtres. Charmes se plaint de ce que le curé et le lieutenant général ont voulu traiter de la

* Imtrwti(mméthx)diquep(mrV Ecole paroissiale dressée en faveur des petites écoles, Paris, 1669, iii-12 de 360 p. — Voir aussi sur les écoles de charité attachées aux paroisses : Jousse, p. 233-238.

* Inv. Arch. Lyon, BB. 2S3, 262, 293, ...Bourg, GG. 232.

' Inv, Arch. Mâcon, 16Q8, BB. 74. — Les syndics de Bourg reçoivent les maîtres d'école. Inv. Arch., FF. 44.

* Au Vigan, en i779, gages du régent d'écoles : 220 liv. ; des Sœurs régentes pour les filles : 375 liv. Chambres d'école : 230 liv. — A Cette, eu 1742 : aux Sœurs noires pour la régence des écoles : 400 li?. — A Montagnac, deux régents : 200 liv. ; deux régentes : 375 liv. — A Agde, gages de deux régents : 100 liv. ; à Pézenas, 120 liv. Arch. nationales, H. 1001 et 1030.

« maîtrise » d'école « sans avoir voulu écouter la voix du public, » et réclame un concours à l'hôtel de ville. Les concours auxquels assistent les pères de famille, sont aussi en usage en Provence et dans le Berry * . A Briançon, l'examen est passé par deux avocats et un bourgeois commis par le conseil de ville. A mesure qu'on approche de 1 789, les assemblées d'habitants comprendront l'utilité de l'instruction, et même lorsque l'autorité s'y opposera, demanderont l'augmentation du nombre des maîtres*.

Les maîtres laïques des écoles des grandes villes constituaient souvent une corporation qui, comme les autres, avait ses statuts. Soumis à la suprématie du clergé, à laquelle Us essayèrent parfois de se soustraire ^ ils eurent pour rivaux et pour antagonistes les maîtres-écrivains qui étaient également groupés en corporation. Les premiers voulaient empêcher les seconds d'enseigner la lecture et la grammaire ; les seconds, les écrivains, voulaient faire interdire aux maîtres d'école de professer l'écriture. De là de longs procès à Paris, à Rouen, à Sens; celui qui fut entamé à Paris ne fut terminé qu'en 1714 par un arrêt qui défendit aux maîtres d'école de tenir aucune classe séparée pour l'écriture et aux maîtres-écrivains d'enseigner l'alphabet et la grammaire^.

Les maîtres-écrivains, dont les statuts furent renouvelés en 1779, n'étaient admis qu'après avoir subi un examen devant les syndics de leur corporation assistés

* Inv. Àrch. Baycme, CC. 359, ...Charmes, BB. 18.— Arrêt de 1676. Brillon, m, 35. — Sept concurrents se présentent à Ghâteauroux en 1770. Fayet, V Enseignement dans le Berry avant 1789, p. 12. — Dict. pédagogique, Habert, art. Basses-Alpes.

* Fauché-Prunelle, Essai sur les anciennes institutions des Alpes- Cottienne&-BriançonnaiseSj II, 173-174. — Arch. de TAube, G. 69. — L'échevinage pourra aussi déterminer le nombre des maîtres d'école. Ce nombre fut limité à 7 à Vitry en 1763. Boitel, Hist. de Vitry, p. 210.

* Vie de M. Félix Vialart de Herse, 1738, p. 257.

^ Ravelet, Hist. de Jean-Baptiste de La Salle, p. 175. — Inv. Arch. Seine-Inférieure, D. 330. — Quantin, Hist. de Vinstruction primaire avant 1789 dans le pays formant le dép. de VYonne, p. 47.

de députés. A Paris, leur programme était limité à récriture, à l'arithmétique, aux changes étrangers et à la tenue des livres ^ En province, ils professaient le latin. C'était le juge royal qui recevait leur serment et qui leur donnait Tautorisation d'ouvrir une classe et de mettre aadevant de leur maison un tableau sur lequel leur nom et leurs qualités étaient calligraphiés'. Ces maîtres-écrivains, à peu près indépendants du clergé, étaient parfois nombreux et estimés. En 1667, on en comptait à Rouen soixante-dix. L'échevinage, qui pouvait donner des statuts à leur communauté ', intervenait dans leur réception ; à Gray, il jugeait les pages d'écriture des candidats ; à Dijon, il fixait la liste des matières sur lesquelles devaient être interrogés les aspirants aux titres de mattres-écrivains et de maîtres-grammairiens. Il mettait à Tamende les membres de leur corporation qui en enfreignaient les statuts^. Les conseils de ville accordaient aussi des gratiQcations soit aux maîtres depuis longtemps en fonctions, soit à ceux qu'on voulait engager à venir se axer dans la ville ^.

Ces communautés laïques de pédagogues tenaient à leurs privilèges, qui étaient leur gagne-pain, et les défendirent avec persistance contre les écoles de charité créées dans les paroisses et contre les écoles de frères

* Des Essarts, IV, Â9A.

* Réception d'un maître écrivain à Troyes en 1688. i8« reg. des mandements du bailliage, fol. 10 \^ et 11 r<*. Arch. de TAube.

* Voir le règlement donné en 1704 aux maîtres écrivains et professeurs aux bonnes lettres de Chalon-sur-Saône, publié par M. H. Batault (p. 133-136). J'y trouve cet article : Les personnes non mariées ne pourront estre reçues à enseigner et à tenir escole publique, pour plusieurs bonnes raisons, non plus que celles qui auront d'autres employs, parce que la profession des bonnes lettres ne pourrait estre exercée avec tout le soin et toutes les conditions requises, si on étoil diverty par des occupations viles et mécaniques...

* Inv. Arch. Seine-Inférieure, D. 332, ...Dijon, B. 391 et Ail.

» Arch. de Gray. Dél. de 1734 et 1784. — Inv. Arch. Albi, BB. 1Î3 et ce. 516, ...Boyonne, CC. 386,

LBS ÉCOLES PRIMAIRES. 489

qui forent fondées par Jean-Baptiste de La Salle I Jusqu'au règne de Louis XIV, aucune congrégation religieuse vouée exclusivement à l'instruction primaire des garçons n'avait prospéré. Les pères de la Doctrine chrétienne, institués par César de Bus pour apprendre le catéchisme aux enfants, avaient étendu peu à peu le cercle de leur enseignement, et leurs écoles étaient devenues des collèges où Ton étudiait le latin ' . Ce f ut le grand mérite de Jean-Baptiste de La Salle de déterminer nettement les limites de Tinstruction donnée par son institut en défendant à ses membres d'enseigner une autre langue que le français. Le nom d'Ignorantins , porté d'abord par les frères de Saint-Jean-de-Dieu, et qui fut donné aux frères des écoles chrétiennes, indiquait qu'ils ne prétendaient pas dépasser un certain niveau dans leur enseignement. Leur programme était d'ailleurs conforme à celui qui était en usage dans les écoles paroissiales de Paris; mais il avait l'avantage d'être appliqué par des maîtres qui étudiaient dans leur institut les matières qu'ils devaient enseigner, et qui offraient par leurs connaissances non moins que par la régularité de leur vie commune des garanties que les maîtres laïques ne donnaient pas toujours.

Les écoles des frères remplacèrent souvent les écoles paroissiales, pour lesquelles les curés et les fabriques ne trouvaient pas de maîtres convenables. Du vivant de Jean- Baptiste de La Salle, un grand nombre de villes avaient appelé ses frères. Les paroisses, les fidèles, la municipalité leur donnèrent les subventions nécessaires pour les entretenir *. Leur zèle et leurs services furent appréciés à un tel point, qu'en 1789 la plus grande partie des écoles primaires publiques des villes leur étaient confiées. Leur enseignement s'était peu à peu perfectionné, sans toutefois sortir des limites prescrites. En 1744, ils professaient à Boulogne l'arithmétique et la tenue des li-

* Ravelet, p. 64-65.

* Les assemblées des diocèses de Castres et d*AIbt leur en votaient également. E. Rossignol, Et<U$ d'Albigeois^ p. 122; Assemblées dè^ Castres^ p. 94.

vres; en 1786, Téchevinage de cette ville leuf fournissait un globe terrestre pour Tinsbruction des enfants de la cinquième classe. A la même époque, la ville d'Angers les invitait à ouvrir des classes de dessin et de mathématiques ^ Les dispositions des villes n'avaient pas toujours été aussi favorables à leur égard. Il fallut Tintervention du duc d'Orléans pour les faire admettre à Chartres. A Rennes, le Parlement voulut les faire déguerpir; la ville leur rofusa une indemnité de logement ; les frères finirent par l'emporter'. Ils rencontrèrent plus de difiScultés de la part des maîtres d'écoles et des maîtresécrivains; ils eurent à soutenir contre eux des procès dont ils triomphèrent ; ils eurent à repousser les prétentions des maîtres grammairiens, qui réclamaient le droit de visiter leurs écoles, dans la compagnie d'un officier de police'. La gratuité de leurs classes était un des griefs invoqués contre eux ; on leur reprochait d'y admettre des enfants qui n'étaient point indigents^. Cependant la gratuité pour les enfants pauvres existait depuis longtemps. Dans les écoles paroissiales de Paris, elle était de droit ; mais le maître pouvait demander aux autres enfants un salaire proportionné à l'enseignement qui leur était donné et aux facultés des parents ; « celuy qui est de l'autel, disait-on, devant vivre de l'autel *. » Les frères des écoles chrétiennes dans presque tous les lieux où ils furent appelés remplacèrent les écoles de charité qui dépendaient des hôpitaux, des paroisses ou des villes, et donnaient aux enfants indigents l'instruction gratuite. A Rouen, c'était le bureau des pauvres qui s'occupait de

^ Ino. Arch. Boûlogney n^ 1017 et ÎU6, ...Angers^ BB. 132. Boulogne leur donne aussi des prix. Inv.<, n^ 695.

* De Lépinois, II, 411. — Arch. nationales, H. 520.

s 1754. Ino. Arch. Dijon, B. 365 et 398.

^ /6td., B. 365. — Vers 1780, la municipalité de Boulogne voulot faire payer 6 1. par an aux enfants non indigents qui allaient chei les frères. Le général de l'institut s'opposa à cette décision, comme étant contraire à la gratuité des écoles. Inv. Arch. Botîtogiie, n* 695.

'^ Instr. mélh. pour l^Ecole paroissiale, p. 61 .

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ces écoles ; au nombre de quatre au xvi* siècle, elles languissent au milieu du siècle suivant, pour se rouvrir en grand nombre à partir de 1657. On n'y admettait que les enfants dont Tindigence était constatée par un certificat du bureau ' • L'école des Grisons de Lille dépendait de la Bourse des Pauvres de cette ville. Trois hospices d'Amiens' et Thôpital général de Valenciennes entretenaient des écoles gratuites. A Lille comme à Douai, les jésuites tenaient une classe à midi pour les pau- « vres enfants apprenant métier. » Il y avait égalen^ent, dans les villes de Flandre et des provinces adjacentes, des écoles dominicales, ouvertes chaque dimanche pour apprendre à lire et à écrire aux enfants des artisans. A Valenciennes, on en comptait vingt-quatre au xvii® siècle. A Cambrai, on ne se contentait pas d'apprendre gratuitement le catéchisme à la grande école des pauvres fondée en 1626 par l'archevêque Vanderbuch ; on donnait à chaque enfant qui y assistait une petite gratification « sy comme un liard. » Ces écoles dominicales devinrent plus tard quotidiennes, tout en gardant leur nom et en conservant leurs classes du dimanche pour les enfants qui travaillaient dans les manufactures^.

Dans les petites villes où le nombre des classes était limité, le maître pouvait être tenu d'instruire gratuitement un certain nombre d'indigents. Cette obligation lui

* De Robillard de Beaiirepaire, Becherch. sur Vlnsiruction pvblique dam le diocèse de Rouen^ II. — Farîn, Hist. de Rouen, I, 2* p. — Ino. Arch. Seine-Inférieure^ D. 335. — Ravelet, p. 351-354. — Citons aussi des écoles gratuites à Saint-Quentin (GoUiette, III, 335), k Moulins {Inv. Arch., n» 103), à Montdidier, en 1662 (de Beauvillé, II, 238- 239), à Priyas et dans les villes du Vivarais (Giraud, art. Ârdècbe, Dictionnaire pédagogique, I, 105) ; à Bourg, à partir de 1674 (Inv. Arck., GG. 233-236). Voir aussi le mémoire de M. Houdoy sur V Instruction primaire et obligatoire depuis le XVI* siéele. Mém. Soc. sciences de Lille, 1873.

* E. Allain, Vlnistructiim primaire aioani 1789, p. 21. Ce travail, publié dans la Reo. des Questions historiques, donne de nombreux détails sur les écoles des villes.

' De Fontaine de Resbeoq, Hist* de Venseignement primaire avant

402 LrSTRE IX. GHAPITBE I.

était imposée par son contrat * . La gratuité absolue fut quelquefois supprimée, puis rétablie, comme il arriva à Montfort-l'Amaury au XVIII* siècle*. La plupart de ces écoles étaient entretenues par les fondations des fabriques, les libéralités des particuliers ou les subventions des villes'.

Dans le Nord, les écoles de charité ou des pauvres étaient inspectées par les curés, par les échevins ou par les ministres de la charité qui les entretenaient aux frais de la bourse des pauvres. A Valenciennes, il existait une confrérie d'hommes et de femmes, dite de la doctrine chrétienne, qui surveillait particulièrement les écoles dominicales. Une autre confrérie, dite de Saint-Grégoire, s'en occupait aussi particulièrement, de concert avec les échevins.

Les échevins veillent également à la fréquentation des écoles. On cherche non-seulement à rendre Tinstructioa accessible aux pauvres, mais obligatoire pour eux. Les indigents de Douai et de Cambrai qui négligent d'envoyer leurs enfants aux écoles sont rayés de la table ou de la bourse des pauvres. La municipalité de Maubeuge ordonne d'y mener tous les enfants à partir de six ans*. Celle de Reims prescrit, en 1627, aux artisans « de tenir la main à ce que leurs enfants soient envoyez aux escolles, et au sortir d'iceUes employez en mestiers sans les laisser oysifs et fénéans. » Us seront punis pour la première fois d'une amende de 60 sous parisis ; pour la seconde, de la prison ; pour la troisième, du bannissement. En 1768, la ville de Dijon rendra une ordonnance analogue, en enjoignant aux parents d'envoyer leurs en-

i789 dam le département du Nord, p. 236, tê3^, 431-432, 3i-35. — Ino. Arch. Douai, BB. 17 etCG. 1362, ...Armeniiéres, GG. 81.

* Inv. Areh. EoubaiXj BB. 4.

* De Dion, V Instruction publique à Montfort-rAmaury.

* Troyes donne 1000 liv., Bordeaux 2600 liv. par an dans ce but Arch. nationales, H. 93". — Fauché-Prunelle, II, 173. — A Bourg, oa fait des quêtes générales. Inv. Arch. Bourg, GG. 234.

^ De Fontaine de Reshecq, p. 45, 68, 114, 280, 383.— D'Oûtreman, Hist, de Valeneiennes, p. 469. — Inv. Arch. Douai, BB. 17.

LES ÉCOLES PRIHAIRES. 403

fants aux ateliers et aux écoles ' . Dans Tintervalle, les édits de 1698 et de 1724 qui avaient surtout pour but la conversion des protestants et renseignement catholique, avaient prescrit le principe de Tobligation pour l'instruction primaire , sans parvenir toutefois à l'appliquer d'une manière régulière '.

De grands progrès avaient été obtenus au xviii* siècle; on en poursuivait d'autres. En Flandre, les maîtres groupés en associations se réunissent en conférences régulières ; des écoles du soir sont ouvertes pour les adultes pendant Tbiver ; on fonde dans le Boulonnais une institution pour y former de bons maîtres. Ailleurs, on réclame des sortes de séminaires où ils seraient préparés. Des écoles professionnelles sont ouvertes, telles que les écoles de filatures à Dunkerque et à Douai. Les villes votent des fonds pour stimuler le travail et l'assiduité des enfants ; on donne des vêtements en prix à ceux qui sont pauvres. Boulogne distribue une rente de 400 liv. aux élèves les plus méritants de l'école des Frères. A Dunkerque l'élève qui a les meilleures places est proclamé évèque des enfants et dirige la fêle générale de la Saint-Nicolas'.

A partir du xvu* siècle, on s'occupa aussi d'une manière plus complète de l'instruction des filles, que le moyen-ùge avait négligée. Un évèque du xv* siècle en donnait une singulière raison ; le Christ avait dit deux fois à ses apôtres : Pasce agnos meos, et une seule fois :' Pasce oves meas. Il en concluait qu il fallait s'occuper avant tout de l'enseignement des garçons ^. Cet ensei-

^ Varin, St. de Beim, II, 495. — Irw. Arch. Dijon, B. 402.

* En 1756, le chiffre des amendes prononcées contre les nouveaux convertis dont les enfants n'avaient pas fréquenté l'école s'éleva à 93,i37 liv. pour la généralité de Montpellier. Maggiolo, CondiHon de Vinstruetùm publique ditns le$ Eautes-Cévennes. Mém, Aead, de Stanislas, 4* sér., XI, 68.

> Inv. Arch. Boulogne, n* 695, ...Bourg, GG. 236. — De Fontaine de Resbecq, p. 36, 39-40, i53.

* Vallet de Viriville, les Arch. historiques de l'Aube, p. 326 et 426. Dans une région voisine au xvin* siècle on interdisait dans certaines

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gnement était donné par des prêtres, par des clercs, alors en grand nombre. Qui se serait occupé des filles? Les monastères de femmes n^étaient pas très-nombreux et ne se livraient que d'une manière accessoire à Tinstruc^ tion j^imaire. Elle était quelquefois donnée aux petites fiUea pauvres par des bospitaiières. Mais longtemps on partagea l'opinion du bonhomme Ghrysale dans les Femmes sa/oantes, sur la science nécessaire aux filles. C'est au xvii^ siècle seulement que des congrégations religieuses vinrent de toutes parts leur apporter les bienfaits de l'instruction. Animées de l'amour de Dieu, elles veulent leur apprendre à le mieux connaître, à lire les prières contenues dans les livres, à acquérir les éléments de l'écriture. Les sœurs du Bon Pasteur de Troyes enseignent la lecture, l'écriture, le catéchisme et la couture^. Les Ursulines et les Visitandines à côté de leurs pensions où l'on donne aux jeunes filles de la bourgeoisie et de la noblesse une éducation conforme à leur rang, ouvrent des classes gratuites pour les enfants pauvres. Si les Filles de la Charité se partagent entre le service des malades et l'instruction des enfants, les Filles de la Croix, établies en 1625, se consacrent exclusivement à l'enseignement des classes populaires. Dans chaque province, il se forme un ordre dû même genre, composé de femmes pieuses et dévouées, prêtes à tous les sacrifices pour accomplir leur tâche modeste et souvent ingrate; à Paris, de 1636 à 1650, les filles de Sainte-Geneviève, les dames de rUnion-Chrétienne et de la Mère-de-Dieu ; en 1650, les sœurs de Saint-Joseph au Puy, de la Foi à Âgen; en 1665 dans le Yélay, les Béates qui secon^ dent les Demoiselles de l'instruction dans l'enseignement primaire et professionnel; ailleurs et plus tard, les sœurs marquettes, les sœurs barrettes ; les sœurs de la charité d'Evreux, qui auront 89 étabUssements en 1786 ; les sœurs de la charité de l'instruction chrétienne de Nevers qui

paroisses d^apprendre à écrire aux filles. Fayet, Becherchis sur le$ communes et les écoles de la Haute-Marne^ p. 15. * Dél. mun. de 1764. Arch. de Troyes, A. 52, fol. 55.

en auront 1 20 ; les sœurs de Saint-Charles, de Lyon ; les sœurs de Saint-Paul, de Tréguier, et tant d'autres, dont rénumération serait trop longue ', mais qui, sur tous les points de la France, venaient ouvrir des écoles pour les filles dont on avait négligé si longtemps Tinstruction.

Toutes ces communautés vouées à l'enseignement ne prononçaient pas de vœux religieux; si quelques-unes vivaient dans la même maison, sous la direction de Tévêque, elles n'en restaient pas moins séculières. Telles étaient les filles régentes établies par l'évéque de Ghâlons en 1672 dans plusieurs villes, à l'imitation d'établissements semblables que l'on avait faits « dans plusieurs diocèses de France. » Elles avaient pour mission de « vacquer à l'instruction chrétienne des jeunes filles t et de II former des maîtresses d'école pour envoyer dans les paroisses. » Elles faisaient des tournées, que l'on appelait des missions, dans les campagnes', et quoique le but principal de leur institution fût l'enseignement religieux, elles formaient des sortes d'écoles normales' où les maîtresses venaient acquérir les connaissances qui leur étaient nécessaires.

La plupart des écoles tenues par des sœurs furent gratuites. Gomme aux frères, les paroisses et les échevinages leur accordaient des subventions pour instruire les enfants pauvres'. Les municipalités leur faisaient construire des classes. Les legs et les donations des personnes pieuses les aidaient à vivre. De toutes parts il se formait dans les localités mêmes des congrégations particulières qui ne s'étendaient pas en dehors de leur

* Rayelet, p. S8-61.

* Vie de mesiire Vialart de Berse, 173, p. 258-268. — On institua des Sœurs régentes à Troyes, à Beauvais et à Chartres. Gourtalon,

» Inv. Arck. AiwenHéres, CC. 88.— Chalon donne 150 liv. en 1733 et 450 en 1789 aux sœurs de Fécole chrétienne. H. Batault, p. 140.— Bordeaux donne 1^400 liy. d'indemnité de logement aux dames de la Foi qui tiennent les écoles dites de l'EnfantrJésus. Arch. nationales, H. 93>. Ménard, Hist. de Nismes, VI, 531 et 638.

enceinte. Toutes les congrégations de filles obtinrent pour renseignement primaire un succès que ne purent obtenir les congrégations d'hommes ; tandis qu'elles se multipliaient de toutes parts et qu'elles se répandaient même dans les campagnes, les Frères des écoles chrétiennes ne virent aucune congrégation se former auprès d'eux et ne se fixèrent pas en dehors des villes. C'est qu'en France le caractère religieux est nécessaire pour relever la maîtresse d'école, l'entourer de respect et la protéger. Les échevinages le sentaient bien, et les préféraient aux institutrices laïques, qui ne présentaient pas les garanties de « cet esprit d'ordre et de discipline, qui, suivant un conseil de ville en 1750, est l'âme des communautés et qui attire la confiance ' . »

Aussi, tandis que les maîtres laïques sont beaucoup plus nombreux que les congréganistes, les sœurs dirigent-elles beaucoup plus de classes que les maîtresses laïques. Celles-ci ne présentaient d'ordinaire aucune garantie d'instruction, tandis que les sœurs n'étaient chargées de tenir une classe qu'après avoir reçu dans leur noviciat une sorte d'éducation professionnelle. Les femmes des recteurs des écoles paroissiales étaient souvent chargées à Paris de l'enseignement des filles de leur quartier. Il y eut toujours aussi dans les villes des femmes ou des filles pieuses, quelquefois plus dévotes qu'instruites, qui tenaient de petites écoles, où l'on était admis moyennant une légère rétribution mensuelle. A Dijon, elle s'élevait à 12 sous par mois en 1701 ; mais à Dijon, il y avait une communauté des maîtres et des maîtresses d'école, et il fallait passer une sorte d'examen pour en faire partie. A Lille, les écoles de filles, tenues par des femmes laïques, mais « dévotes et craignant Dieu » , étaient soumises à la direction et à la juridiction du Magistrat. On signale également des associations libres de filles pieuses, qui se consacraient volontairement et sans rémunération à l'enseignement des petites filles

* Dél. du 8 juillet 1730. Arch. de Troyes, A. 51.

pauvres. Les femmes laïques pouvaient aussi tenir des écoles de charité, au moyen de subventions que leur donnaient les paroisses, Téchevinage ou Tadminist ration des hôpitaux. C'est ainsi que Técole d'Avesne reçoit vingt jeunes filles gratuitement, lorsqu'elles sont munies d'un billet du mayeur, et que la ville d'Albi donne une indemnité à la maîtresse d'école, dite de la marmitte, qui fait la classe aux filles pauvres ' .

Le concours et la concurrence des congrégations enseignantes et des écoles laïques produisirent dans les villes des résultats plus complets que ceux qui furent obtenus dans les campagnes. Le nombre de ceux qui sa* vaient lire et écrire était sans contredit plus considérable dans les cités. Sans doute l'esprit des citadins est plus éveillé que celui des paysans, et le désir de l'instruction est plus facilement stimulé parmi eux ; mais il trouvait aussi plus de moyens de se satisfaire. Les écoles gratuites y étaient plus nombreuses ; les écoles souvent tenues par des congréganistes y distribuaient un enseignement plus méthodique et plus complet que les écoles laïques qui dominaient dans les villages. L'Université d'Orléans le reconnaissait, lorsqu'elle déclarait en 1789 que l'éducalion publique ne pouvait être confiée plus sûrement dans les villes qu'aux frères de la doctrine chrétienne et aux sœurs ^. Enfin les écoles des villes trouvaient non-seulement dans rémulation des maîtres, mais dans les ressources, la richesse et le zèle des échevinages, du clergé et des habitants, des auxiliaires puissants qui leur permettaient d'étendre à toutes les classes de la population les bienfaits de l'instruction primaire.

* Ino. Àreh. Dijon, B. 395.— De Resbecq, p. 240 et i04. — Lucien Merlet, de VInstructûm primaire avant 1789 en Eure-eê Loir, p. 41-40. — Ino, Arch, AUn, BB. 42. Pour les subventions, voir Quantin, p. i3.

* Aixh. parlementaires, VI, 675.

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