L'INSTRUCTION SECONDAIRE
Multiplicité des collèges.— Décadence des collèges de petites TÎIles.— Tendances de TEtat. — Les universités. — Etablissements congreganistes au xyii® siècle. — Richelieu et les jésuites. — Collèges mixtes de protestants et de catholiques. -— Participation des villes à la fondation et à Tentretien des collèges. — Choix des professeurs et surveillance par les échevinages. — Gages du principal et des régents, — Acquisition des livres de prix. — Exercices publics. — Tragédies et ballets. — Influence littéraire. — La rhétorique. — Discipline intérieure. — Insuffisance de l'enseignement secondaiie signalée par Louis XIV. — Gratuité de cet enseignement. — Bourses nombreuses. — Instruction répandue dans toutes les classes de la société. — Suppression en i762 des collèges de jésuites. — Edit de 1763. — Eiforts pour les remplacer. — Résultats acquis. — Tendances à renseignement des sciences.— Ecoles privées. — Pensions de maîtres-ès-arts. — Intervention des universités et des échevinages. — Ecoles spéciales. — Académies d'équitation. — Ecoles de pilotage. — Cours d'hydrographie. — Séminaires. — Institutions de Mes. — Supériorité des communautés religieuses.
Si les écoles primaires des villes étaient plus nombreuses qu'on ne le suppose généralement, elles Tétaient moins que de nos jours. Il n'en était pas de même des établissements d'instruction secondaire ; il y en avait beaucoup plus au siècle dernier que dans le nôtre. Les petites villes formaient au xvii" siècle des centres où la population des environs venait converger; elles avaient leur
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aristocratie et leur bourgeoisie, qui les quittaient rarement lorsqu'elles s'enrichissaient ; les moyens de communication n'étaient point faciles, de sorte que Ton gardait plus souvent ses enfants pour les faire instruire auprès de soi. Aussi voyons-nous dans des bourgs qui n'ont aujourd'hui qu'ime école primaire des collèges où Ton enseignait le latin comme dans les collèges des grandes villes.
Richelieu en trouvait le nombre excessif. « La grande quantité des collèges qui sont en notre royaume, disait-il en 1625, fait que les plus pauvres faisant estudier leurs enfants, il se trouve peu de gens qui se mettent au trafic et à la guerre... » Animé de cet esprit de centralisation, dont il fut l'un des plus grands initiateurs, il voulait réunir les petits collèges aux grands et n'en laisser subsister que douze en France, ne tolérant dans les villes secondaires que des collèges composés de deux ou de trois classes * . Une partie de la réforme désirée par Richelieu s'accomplit par la force des choses ; les grands centres exercèrent une sorte d'attraction sur les plus petits ; beaucoup de collèges dans les bourgs dégénérèrent en écoles primaires ; d'autres subsistèrent, mais en voyant diminuer le nombre de leurs élèves*. Certaines villes cependant n'hésitaient pas à en fonder, lorsque leur population s'augmentait. Roubaix veut en avoir un en 1 743 ; mais Roubaix est trop prés de Lille, et six ans après, son collège n'a pu attirer que six élèves. Au bout de quatorze ans, il fallut le fermer. Ces petits collèges étaient souvent mal installés ; les bancs même y faisaient défaut, et ceux du collège de Saint-Amour étaient si défectueux que les élèves préféraient rester debout plutôt que de <i s'asseoir sur de méchantes branches de bois plus
* Avenel, Ccrresp. de BicJielieUy II, 108 et s. — Gaillet, rAdmimstratûm en France sous Richelieu^ S* éd., Il, 171. — Testament politiqtte de RieheîieUy ch. II, sect. z.
^ Le collège des doctrinaires de Noyers n'avait plus que neuf élèves en 1750. E. Petit, Aw». de l'Yonne, 1877, p. 98-109.
propres à leur casser les jambes qu'à leur servir de bancs ' . »
Aucune législation générale sur Tinstruction secondaire ne fut édictée par TEtat avant le règlement de 1763. Richelieu lui-même ne réalisa point ses projets. Les universités, le clergé et les villes exercèrent toujours sur les écoles une influence, souvent inégale, mais plus efficace que celle de l'Etat.
Les universités avaient perdu au xvii' siècle une partie de leurs anciens privilèges; elles n'en occupaient pas moins une place honorable dans les cités où elles étaient établies. C4omme les collèges, elles avaient été supprimées dans quelques petites villes, ou transférées dans de plus grandes-. Elles y formaient une corporation privilégiée qui avait, comme toutes les autres, ses statuts, ses revenus et ses représentants. Soumises à la suprématie ecclésiastique, elles admettaient parfois le patronage du corps de ville et ne contestaient pas à ses membres le droit d^assister à leurs concours. Elles étaient représentées dans les conseils communaux par un procureur spécial^, et lorsque leur recteur, précédé de ses massiers,se montrait dans les cérémonies publiques, il s^ y faisait remarquer au milieu des représentants du clergé, de la magistrature et du pouvoir municipal. Mais les universités, quidisposaient encore de l'instruction supérieure, voyaient souvent échapper à leur action l'instruction secondaire, malgré l'autorité que donnaient aux professeurs les diplômes qu'elles étaient en possession de conférer.
L'influence du clergé, si considérable au moyen-àge, avait diminué au xvi^ siècle, qui vit surgir un si grand
* Inv. Arch, BovbaiXj GG. 224, ...Verdun-stir-Garcnne, BB. 19. — Corneille-Saint-Marc, TabL hist, de Saint-AjnoWj Mém, 5oc. ém. du Jura, 1868, p. 433.
* Telles les universités de Gahors et de Tournon. Celle de Pont-à- Mousson fut transférée à Nancy, celle de Dôle à Besançon. Il y arait vingt universités en France sous Louis XVI.
* Livre des Privilèges de Bordeaux, p. 261.— Bimbenet, Mcm, Soc. aor. Orléans, 2* sér., t. XIV, 2i6. — Debidour, p. 20-21.
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nombre de collèges et qui transforma les écoles anciennes en les confiant à des régents laïques. La sécularisation des écoles comme celle des hôpitaux est un des caractères de la Renaissance ; mais rentrainement avec lequel on se porta vers renseignement laïque fut suivi dans le siècle suivant d'une réaction en faveur des congrégations religieuses.
On s'aperçut alors que les maîtres laïques, quoique souvent gradués des universités, ne présentaient pas toujours les mêmes garanties de capacité et de régularité que les religieux. Deux ordres émineuts semblaient particulièrement présenter ces garanties ; c'étaient les jésuites, établis à Paris depuis 1563 ', et les oratoriens que le cardinal de Bérullecréa sous Louis XIII. Richelieu fut le premier à favoriser le développement de ces ordres ; il ne voulait pas que les universités, ni la compagnie des jésuites eussent le monopole de l'enseignement; il craignait l'ancien orgueil des unes, l'ascendant que pourraient prendre les autres, et il regardait comme plus raisonnable de les laisser enseigner tous deux, « afin que l'émulation aiguisât leur vertu*. » L'Etat, qui protégea longtemps les jésuites, les fit admettre dans certaines villes ; mais d'ordinaire, les échevinages n'avaient pas besoin d'être stimulés pour les appeler, ou pour s'adresser, à leur défaut, aux oratoriens, aux barnabites, aux prêtres de la doctrine chrétienne. Après avoir établi à grands frais des collèges tenus par des laïques, ils trouvaient quelquefois leur entretien onéreux, leur enseignement insuCB:?ant, leur disciplme défectueuse'. Les communautés religieuses devaient leur coûter moins cher et leur donner plus de sécurité ; il y avait donc un double intérêt à traiter avec elles. Pendant tout le cours du xvii* siècle, et surtout sous Louis XIII, on fit de toutes parts appel à
* Us étaient installés à Billom et à Mauriac avant iS60. Rivière, Instihit, de t Auvergne^ II, 78.
* Testament politique de Eieheîieu, ch. II, sect. x.
* Voir H. Batault, p. 49. — Irw. Arch. Angers^ BB. 65.
502; LrSTRE IX. CHAPITRE II.
leurs lumières*. Les jésuites pénétrèrent partout, même dans les collèges mixtes de protestants et de catholiques qui existaient à Nîmes, à Castres et à Montauban, tant que redit de Nantes fut fidèlement observé. Groirait-on que dans ces villes les classes de physique, de première, de troisième et de cinquième étaient entre les mains des jésuites, et celles de logique, de seconde, de quatrième et de sixième entre les mains des protestants, de telle sorte que les élèves, dans le cours de leurs études, passaient alternativement d'un enseignement à l'autre*?
En général, c'étaient les villes qui décidaient du choix des personnes auxquelles elles confiaient leurs collèges. Sans doute, la plupart d'entre eux avaient été fondés au moyen-âge par de riches et pieux bienfaiteurs ; d'autres devaient encore dans la suite être dotés par des seigneurs, des prêtres ou des particuliers généreux; mais à partir du xvi* siècle, n'étaient-ce pas les villes qui avaient fait le plus de sacrifices pour les construire et les entretenir î Quelques-unes, comme Limoges, n'avaient pas attendu les dispositions favorables de l'édit de 1560, qui attribuait à l'enseignement le revenu d'une prébende de chaque chapitre. A partir de cette époque, ce fut une généreuse émulation que les guerres civiles ralentirent, mais qui reprit avec plus de force que jamais sous Henri IV. C'est ainsi que Moulins s'impose pour créer un établissement de ce genre et lui assure un revenu de 4,000 1. par an. La Rochelle demande dans le même but une subvention à Henri IV. Des cotisations volontaires fourniront aux jésuites du beau collège de Rennes les meubles et les ustensiles dont ils ont besoin. A Reims, l'échevinage contribue par des subventions annuelles à
« 16ââ. Inv. Àreh, Albi, GC. 303. — Challe, le Collège tTAuxerre^ Arm. de l'Yorme, 1845, p. 201-230. — G. Jourdain, p. 409.
* Ménard, Hist, de Nismes, V, Preuves, cii. — P. Azaîs, un MaUre au collège de Nismes au XVII^ s. Mém. de V Académie du Gard^ 1866. — Bourbon, Notice histor. sur le collège de Montauban, BuU. Soe. arckéolog. Tat'n-e^Oarofme, IV, 185-214.
l'instruction SECONDÂIBE. 503
l'entretien de collèges fondés par des particuliers * . Les Etats provinciaux savent aussi faire des sacrifices, en cas d'insuffisance des ressources communales. En 1648, les Etats de Bourgogne allouent 20,000 liv. au collège de Ghalon ; les petits Etats des diocèses d'Âlbi et de Castres votent des allocations annuelles aux collèges de jésuites établis dans ces villes. Dans TAuxerrois, on leva longtemps sur les villages une contribution spéciale, qu'on appelait l'impôt pour l'entretien des grandes écoles*.
Les subventions payées par les municipalités leur donnaient droit de prendre part à la direction des collèges. Il était rare qu'elles l'exerçassent entièrement à elles seules; elles la partageaient souvent avec les représentants du clergé et de l'ordre judiciaire. Les échevins et les consuls entraient dans les bureaux du collège comme dans ceux des hôpitaux sans y exercer la suprématie. Ilsr s'y faisaient représenter par des délégués spéciaux ^ Si le coUège a été fondé par leurs prédécesseurs, ou s'il n'existe pas de stipulations contraires, ils en nommeront le principal et les professeurs *. Dans les petites villes, le principal peut être élu par les habitants^. A Saint- Quentin, il est choisi par le chapitre et le corps municipal, et en cas de partage, le lieutenant général décide •. A Aumale, sa nomination par la ville est soumise à l'approbation du duc^.
* Arcb. nationales, H. 520. — Inv. Areh. Moulins, n^ 41 et 56. — LeUres ndsnves de Henri IV, t. VII, i33.— Varin, St. de Beims, H, 632.
* H. Batault, p. 60-65. - Ino. Areh. Bourg, GG. 241. — Rossignol, Petits Etats d'Albigeois, p. 121 ; Assemblées du dioe. de Castres, p. 92. — M. Quantin, Bues d'Auxerre, p. 122.
* En 1610, à Ghalon, deux économes administrent le collège au nom de Tôchevinage. H. Batault, p. 43.
4 Ménard, V, 291. — De BeauviUé, II, 229.
^ xrw^ s. M. Quantin, Hist. de Vinstruetion secondaire dans VYonne, Am. 1877, p. 243. — xyu* s. G. Hérelle, Hist. du collège de Vitry, Bev. de Champagne, II, 100.
* Now). Becherehes de la France, H, 199. ^ Ino. Arch. Seine-Inférieure, D. 325.
Le principal et les régents du collège étaient presque toujours rétribués ou indemnisés par les villes; mais leurs « gages » n'auraient pas suffi pour les rémunérer, s'ils ne s'étaient pas ajoutés aux rétributions qu'ils tiraient des élèves ^ Le principal entreprenait parfois la gestion de l'établissement qui lui était confié; il payait les régents, et c'était à lui que la ville versait une allocation supplémentaire si l'on établissait une classe nou^ velle*. Si le collège était tenu par une congrégation, l'échevinage traitait avec elle. La ville de Gray fut en pourparlers pendant plusieurs années avec le père recteur des jésuites pour la création d'une classe de rhétorique, et ce ne fut qu'après avoir fait plusieurs offres reconnues insuffisantes que l'on finit par tomber d'accord. Ces augmentations de dépenses étaient soumises, ôomme toutes celles des villes, à l'approbation de l'intendant'.
Les échevinages concouraient souvent à l'acquisition des livres de prix. Si Angers se contentait d'autoriser les pères de l'oratoire à augmenter de 24 sous par an la pension des élèves pour acheter ces livres, d'autres villes accordaient des subventions quelquefois trop modestes. Lyon fit preuve d'une sorte de magnificence en consacrant 100 écus en 1640 à l'acquisition de livres « curieusement reliés » pour les prix du collège de la Trinité ; les prix donnés par la ville du collège de Chalon étaient aussi revêtus de reliures en maroquin, ornées de fers spéciaux, timbrées de ses armes et de celles du roi ;
* En i 600, AIbi donne 200 écus au principal, Mâcon 100 liv. Sisteron en 1723, paie 380 liv. aux quatre régents. En Berry, les gages varient de 3 à 400 liv. En 1787, Bar-sur-Seine loge le principal et lui donne seulement 200 liv. parce qu'il en tire 800 de ses élèves. Pau lui donne 1400 liv. parce que Tinstruction est gratuite.
• B. Ledain, la Gâtine, p. 344. — Pézenas donne 250 liv. aux prêtres de l'oratoire, pour un second régent de philosophie. Arch. nationales, H. 1030.
» Dél. de 1702 à 1705. Arch. de Gray. —Délibérât, du Conseil politique de Castelnaudary en 1775. Arch. nationales, H. 1000.
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mais Bayonne allouait seulement 61 1. en 1629, Marseille 75 en 1717, Albi 24 en 1749. Nîmes, qui ne dépensait que 1 2 liv., consentira à en donner 1 00 en 1 724, à la condition que les ouvrages seront achetés et distribués par les consuls * . Bordeaux offrait aux écoliers une collation à Thôtel de ville, à la suite de la distribution des prix '.
Le maire et les échevins, qui assistaient toujours à ces distributions, ne manquaient pas non plus d'être présents aux exercices littéraires que les collèges donnaient à certaines époques de Tannée. Dès le xvi' siècle, on signale Tusage des colloques, des dialogues, des disputes, des pastorales, des tragédies même que les écoliers débitaient en public. Ce furent surtout les jésuites qui mirent à la mode les jeux scéniques, que l'Université de Paris proscrivit longtemps dans ses collèges^. A Reims, jusqu'à la Révolution, aux jeux de Pâques, le dictateur de rhétorique joue le rôle d'Apollon la lyre à la main^. Lyon inaugure en 1620 au collège des jésuites une salle « pour faire les déclamations et actions sublimes. » Ily a aussi un salon dans les collèges de Douai et de Chaumont pour jouer la tragédie. Partout, on joue la tragédie chez les jésuites, à Arras, à Amiens, à Auxerre ; dans cette dernière ville, en 1714, la tragédie latine est précédée d'un ballet. Les intendants, comme les villes, les encouragent. L'intendant Foucault fonde à Poitiers des prix de tragédie, et fait lui-même le livret d'un ballet mythologique qui doit être dansé par les élèves*. Les
* Inv. Areh, Angers, BB. 117, ...Lyon, BB. 194, ...Bayonne, CC. 3S9, ...Albi, G€. 415. — Arch. nationales, H. 13U. — H. Batault, Essai historiq., p. 96-97. — Ménard, VI, 516.— Troyes donnera annuellement 600 liv. à partir de 1770. Boutiot, Hist. de l'instrUttion jmblique à Troyes, p. 77. Thévenot, Notice sur le collège de Troyes, Ann. Aube, 1877, p. 103.
* Elle coûta 60 liv. en 1775. Arch. nationales, H. 93*.
* G. Jourdain, p. 224.
^ 0. Goquault, II, 490. Note de M. Loriquet. > Inv. Areh. Lyon, BB. i56, ...Douât, BB. 21. — Jolibois, Hi^. de Chaunumê, p. 209. — Depping, I, 730.— Ousevel, II, 163^. — JCém.^
506 LIVRB DL. GHAPITRB II.
villes ne sont pas moins favorables à ces exercices ; Bayonne et Mâcon donnent des gratifications aux régents dont les élèves se sont distinguas dans la déclamation ^ Le maire de Chalon-sur-Saône réclamera les exercices dramatiques comme un droit : « L'obligation des Pères jésuites, dit le maire en 1737, de donner au public une pièce de théâtre le jour de la distribution des prix est fondée sur la possession immémoriale où sont les habitants de se faire donner une représentation ce jourlà'. » Les représentations théâtrales se répandent au xvin** siècle dans tous les collèges • ; les oratoriens rivalisent avec les jésuites; les régents laïques ne restent pas en arrière. En 1755, ceux de Kethel font jouer avec un tel succès V Enfant prodigue^ que le corps de ville leur envoie douze bouteilles de vin de Champagne et qu'il leur demande de nouvelles représentations, en offrant de leur payer l'éclairage, les décors et les autres frais*.
Ces exercices, dont on abusa, avaient le mérite d'apprendre aux jeunes gens à acquérir l'assurance du maintien et l'habitude de la parole ; mais ils leur donnèrent aussi le goût de la déclamation et de la rhétorique à outrance, qui se déployèrent à l'aise dans les discours des orateurs de la Révolution. L'influence littéraire fut prépondérante dans les deux derniers siècles, et l'on ne négligeait rien pour la développer. Il y a dans les classes supérieures des jésuites et des oratoriens des académies où l'on couronne les meilleures pièces de vers et où l'on
Poticou/f, p. 198. — Quantin, Bues d^iitioMire, p. 124. H y a aussi des ballets à Ghalon. H. Batault, p. 98-103. — CriHqae du ballet moral dansé au théâtre des jésuites de Rouen, 1751. — Père Menestrier, des Ballets anciens et modernes, 1682. — Ernest Boysse, le Théâtre des jésuites, 1879, ch. IV.
« Inv. Arch. Bayonne, BB. 15, ...Jtfdcon, GC. 122.
* H. Batault, Essai sur les écoles de Chalon, p. 103.
< A. Thévenot, Notice sur le collège de Troyes, Ann. Aube, 1877, p; 96-101.
* JoUbois, Hist. de Rethel, p. 179.
l'instruction secondaire. 507
donne des séances publiques. Des énigmes, des élégies, des épigrammes, des anagrammes, des sonnets et d'autres poésies sortent de ces académies ' ; et Ton choisit dans leur sein les élèves qui débiteront des harangues à certaines époques de Tannée', ou qui réciteront dans les grandes circonstances des compliments en vers latins ou français aux princes, aux grands personnages et aux officiers municipaux.
Ceux-ci exercent souvent un droit d'inspection sur la police intérieure des collèges et sur l'instruction qu'on y donne. L'échevinage de Lyon exige que les régents du collège de la Trinité vivent à la table commune, « comme chose qui est de l'ordre de tout coUeige bien réglé; » en 1762^ il interviendra dans la création d'un second valet de classe ou correcteur ' dont les préfets de ce collège avaient cru devoir se priver, « dans l'espérance de contenir la jeunesse sans user de semblable moyen. » L'échevinage d'Angers adressera, en 1690, des remontrances sur l'abus des congés^. Ailleurs, les officiers municipaux visitent les classes et interrogent les élèves. A Chalon, ils donnent les sujets des compositions de prix, les corrigent avec le préfet du collège, et font ensuite passer aux élèves un examen oral. Ils ont soin de stipuler leurs droits avec les Pères à qui ils confient le collège*. Les officiers municipaux d'Avallon, qui
* ifiv. Arch. Lyon, BB. 142, ...ilngers, BB. iOO, ...Màcm, DD. 23. — De Gardevacque, Etude mr le collège d'Arras. L'InoestigcUeury 44* année, 352-357. — La France littéraire, IV, p. 48.
* A Chalon, la veille de Saint-Vincent, la veille de Noël et le leudi saint. H. Batault, p. 103.
' Le correcteur n'exerçait pas une sinécure. L'abbé Morellet, élevé à Lyon, raconte qu'étant toujours le dernier en sixième et en cinquième, on le fouettait régulièrement tous les samedis pour l'exemple et l'instruction des autres. Mémoires, I, 3. .-:
* Ino, Areh. Lyon, BB. 141 et 330 ...Angers, BB. 99.
* Le maire et les échevins recevaient des honoraires pour la part qu'ils prenaient aux examens. H. Batault, Mém. de la Soc. hist,, p. 87 et suiv., 161, 344.
avaient négligé cette précaution, se voient refuser par les doctrinaires la préparation des compositions et le contrôle sur l'exclusion des écoliers *.
Les officiers municipaux étaient les représentants autorisés des pères de famille. La surveillance qu'ils exerçaient, utile au point de vue de la police et des finances, ne pouvait être que nominale au point de vue pédagogique. Leséchevins n'étaient pas toujours compétents pour juger de la qualité de l'enseignement. Us étaient incapables de modifier la direction de cet enseignement, qui resta dans les collèges exclusivement littéraire et plus spéculatif que pratique. Louis XIV le disait lui-même en 1675 : « La manière dont on instruit la jeunesse dans les collèges laisse beaucoup à désirer; les écoliers y apprennent tout au plus un peu de latin, mais ils ignorent la géographie, l'histoire et la plupart des sciences qui servent dans le commerce de la vie ; » et Louis XIV ajoutait que les études de cet ordre n'étaient pas sans fruit pour la jeunesse elle-même et que plus tard elles tourneraient à la splendeur et à la gloire de l'Etat^. Les réformes que ce prince n'avait pu faire, les échevinages purent-ils les essayer? En 1669, Bordeaux payait un professeur de mathématiques ', et surtout au siècle suivant, plusieurs villes s'efibrcèrent de contribuer par leurs subventions au développement des sciences qu'on avait trop longtemps négligées.
Mais ce qu'elles purent assurer, dans un grand nombre de cas, grâce à des libéralités particulières, au concours de rUniversité de Paris et à des sacrifices pécuniaires, ce fut la gratuité de Tinstruction secondaire. La rétribution scolaire était d'ordinaire peu élevée ; à Montdidier, on payait 20 s. par mois ; à Troyes, depuis 1710, 6 liv. par an; depuis 1754, 12 liv. Mais avant la première de ces dates, le collège des oratoriens était
' Max. Quantîn, Instr. secondaire, Arm. Ywne, i877, p. 22i.
* Ch. Jourdain, p. 239.
' livre des Privilèges^ p. 408.
L^INSTRUGTION SECONDAIRE. 509
gratuit; il le resta toujours pour les élèves de théologie, de philosophie et les pauvres. A Pau, le collège est gratuit en 1765 ^ Les collèges des jésuites sont gratuits, sauf pour les pensionnaires, qui doivent payer la table et le logement*. Il y avait aussi un nombre infini de bourses sur les collèges de Paris, dont les villes et les collèges de province disposaient. Robespierre fut boursier d'Arras au collège Louis-le-Grand. A partir de 1719, tous les collèges de TUniversité de Paris sont déclarés gratuits, grâce à une subvention qui fut accordée par le roi sur la ferme des postes et qui s^éleva jusqu'à 300,000 liv. en 1783. Cette mesure bienfaisante fut célébrée par des processions extraordinaires auxquelles assistèrent les docteurs et les élèves de T Université, et par des recueils de poésies latines'. Elle fut appliquée dans d'autres provinces, comme l'atteste cet extrait d'un règlement du Parlement de Bourgogne : « L'instruction de la jeunesse devant être gratuite dans tous les collèges, les principaux régents, maîtres et sous-maîtres dudit collège ne pourront rien exiger ni recevoir de leurs écoliers, à peine de destitutions ^. » Qui aurait pu croire que la gratuité de l'instruction secondaire, établie presque partout sous la monarchie, disparaîtrait à la suite d'une Révolution faite au nom de Tégahté et de la démocratie ?
Grâce à la gratuité, les enfants du peuple comme les autres étaient admis dans les collèges. Lorsqu'on 1668, le roi demanda la liste des élèves du collège de l'oratoire du Mans, on put constater dans la première classe,
* De Beauvillé, H, 230. — Ino. Arch. Basses-Pyrénées, D. 6. — Aich. de Troyes. Déi. de 1754 et 1762. — La province et la ville établissent au collège de Bourg un cours et une salle de physique. Inv, Arch. Bourg, GG. 244.
* Les jésuites d^Âlbi ne devaient pas recevoir de pensionnaires « parce qu'ils pourraient incommoder la ville. » J. Rolland, Hist. Httéraire d'Alhi, p. 220-221.
> Gh. Jourdain, p. 329-334.
* Arrêt du 23 mars 1768. H. Batault, p. 145.
510 LrVHE IX. CHAPITRE U.
celle des physiciens, que sur 41 élèves il se trouvait 5 fils de marchands et U fils d'artisans ^
L'instruction était plus prospère que jamais sous Louis XV, lorsque la proscription des jésuites, suscitée par les anciennes hostilités auxquelles leur ordre était en butte, amena en 1762 la fermeture des cent vingt-quatre collèges qu'ils dirigeaient. Leur exil amena un vide, qui ne put se combler rapidement. Certaines villes, comme Angouléme * et Moulins, les regrettèrent vivement. Armentières et Albi pendant plusieurs aimées ne purent rouvrir leur collège^. Partout, Ton se plaint de la difficulté de trouver des professeurs et de réorganiser les classes. Cependant le Parlement déUbère sur la question de savoir s'il ne convient pas de séculariser Tinstruction secondaire. Le président Rolland veut instituer une instruction nationale en rattachant tous les collèges aux Universités. Des mémoires sont demandés aux municipalités sur les réformes à opérer et il sortit de cette enquête, en 1763, un édit qui donnait à tous les collèges indépendants des universités une administration uniforme, analogue à celle que la déclaration de 1698 avait imposée aux hôpitaux.
D'après l'article V de cet édit, chaque collège devait être dirigé par un bureau, qui serait présidé dans les villes épiscopales par l'évêque, et composé de deux magistrats de l'ordre judiciaire, des deux premiers officiers munici-
* A. Bellée, Becherches sur l'instruction publique dans le dipartemerd de la Sarthe, p. 142-144. Ce collège, qui avait environ 900 élèves à cette époque, en renfermait plus que tous les établissements secondaires du département en renferment atgourd'hui. — Le collège des jésuites d'Albi a 349 élèves en 1668, et en aurait davantage si les Cordeliers et les Jacobins « ne débauchaient beaucoup d'élèves, m J. Rolland, p. 228. — Le collège de Troyes a 408 élèves en 1681 ; il en a 411 en 1876. Thévenot, Ann. Aube, 1877, p. 95 et 129.
* Le collège d'Angoulôme qui comptait 300 élèves en 1762 n'en avait que 30 en 1789. Cahier d'Angoumois. Arch, parlementmreSj II, 14. — Ch. Jourdain, p. 411.
> J. Rolland, Hist. littéraire dAlbi, p. 360. — Inv. Arch. Armentiares, GG. 79.
l'instruction segondairb. 511
paux et de deux notables choisis par le bureau. Déjà des arrêts du conseil avaient prescrit la formation d'administrations semblables» dont le modèle existait depuis longtemps. Celle d'Arras se fit autoriser par une assemblée de bourgeoisie à nommer un principal et des professeursy au lieu et place des « ci-devant anciens jésuites ' . » L'unité de direction et Tautorité manquaient à ces administrations*; leur zélé resta souvent stérile. A Rouen, le Parlement était forcé d'engager les parents à envoyer leurs enfants aux écoles publiques du collège, « pour donner une preuve de leur fidélité au roi et de leur attachement et respect pour les arrêts de la cour. » Jusqu'en 1772, on chercha à remplacer les jésuites par des laïques ou des prêtres séculiers ; on traita avec les Universités pour se procurer des maîtres ès-arts ; le collège devenait aussi une cause de discorde, et Ton vit, en 1773 à Auxerre, ses professeurs condamnés aux galères et au bannissement, sous prétexte d'enseignement séditieux*. A partir de 1772, on revint aux prêtres réguliers. Armentières appelle les pères brigittins ; Tonnerre en 1783, les minimes; Auxerre, les bénédictins en 1777; Chalon, les Joséphistes en 1784. En 1789, 46 anciens collèges autrefois occupés par les jésuites étaient dirigés par des religieux, et sur les 562 établissements d'instruction secondaire dont la France* aurait été alors dotée, 178, parmi lesquels se trouvaient 12 écoles militaires, étaient confiés à des congréganistes^.
La suppression de l'ordre des jésuites avait apporté dans l'instruction un trouble sérieux qui se faisait encore sentir en 1789. On demandait à cette époque la réforme des collèges et des Universités, où les uns voulaient introduire la prépondérance de FEtat, les autres celle du
* Chronique de la vUle d^Arrae^ p. 85. Arch. nationales, K. 1145. « H. Batault, p. 155.
■ Jonimal hUtoriq. de la rév, op. par Maupecu, IV, 376-379.
* Sicard, le Ciyrrespondant ^CW, 841. — Villemain, Exposé des motifs de la loi de 1844. Moniteur imiversel, 1844. — Quantin, Hist. de l'instruction secondaire dans rYotme, p. 230, etc.
512 LIVilK IX. CHAPITRE II.
clergé*. Cependant de vigoureux efforts avaient été tentés depuis vingt-cinq ans, et grâce au mouvement général de Topinion, ils n'étaient pas restés stériles*. On visa davantage à Tétude des arts et des sciences. Les bénédictins, à Auxerre, organisent un cours complet d^éducation civile et militaire : Angers achète deux globes terrestres et un télescope pour son collège*. Les pères de TOratoire ouvrent des cours de mathématiques. Ils imitent même les écoles militaires ; le tambour remplace la cloche; les élèves font Texercice le dimanche *. D'un autre côté, les expériences célèbres deFélectricité et la découverte des ballons ouvrent aux esprits des perspectives nouvelles et les portent vers les sciences.
A côté des nombreux collèges protégés par. les villes et dotés de privilèges, se trouvaient des institutions privées, tenues par des maîtres ès-arls, des maîtres écrivains ou simplement des maîtres d'école. Les collèges ne réclamaient pas, lorsque ces maîtres se contentaient de préparer les enfants à entrer dans leurs classes élémentaires ; mais ces professeurs ne savaient pas toujours se limiter. A Beaucaire, sous Louis XIII, on aurait pu voir un docteur en théologie faire trois cours par jour, le premier pour lire Virgile, le second pour expliquer Gicéron, Ovide et la syntaxe, le troisième pour apprendpe à lire et-à écrire aux petits enfants*^. A Paris, les maîtres ès-arts, qui tenaient des pensions, recrutaient de nombreux élèves. « Dans les derniers siècles, dit-on en 1783, les écoles publiques de tout genre se sont extrêmement multipliées ; ces écoles ont porté un grand préjudice à celles des Universités, parce que le nombre des écoliers de celles-ci est diminué à mesure que les autres ont été plus fréquentées*. » Elles font tort aux collèges de
* Arch. parlementaires j VII, 39î^400.
* Ch. Jourdain, p. 439.
* Chardon, II, 578. — Inv. Arch. Angers^ BB. 120.
* Proyart, Louis XVI détrôné avarU d'être roi, p. 226-227.
* Ino. Arch. Beaucaire, BB. 21 .
« Guyot, VIII, 264. — Ch. Jourdain, p. 331.
l'instruction secondaire. 513
province comme à ceux de Paris. L'Université de Bordeaux se plaint, en 1762, du nombre infini des maîtres d'école et des maîtres de pension*. Le principal invoque l'appui de l'autorité, qui intervient souvent, commande aux pédagogues ou aux régents de conduire leurs élèves au collège ou fait fermer leur école*. La permission de l'échevinage est toujours nécessaire pour ouvrir un nouvel établissement d'instruction. Sous Louis XIII, on demandera à celui de Màcon l'autorisation « d'enseigner la jeunesse à lire, escrire, l'arithmétique, à jouer du luth, de la mandore et autres perfections; » et sous Louis XV, à Boulogne, la ville permettra à un prêtre d'enseigner et de mettre sur sa porte : A Saint François de Poule, école latine et française^.
Certaines institutions étaient destinées à préparer les jeunes nobles à la carrière militaire. Telles étaient les académies, où l'on apprenait les mathématiques, ainsi que « les exercices de monter à cheval, tirer des armes, voltiger, danser, jouer du luth et tous autres vertueux.» C'était là, en 1652, à Lyon, l'éducation d'un parfait cavalier. Les académies d'équitalion furent encouragées par les villes. Angers achète, en 1 688, un hôtel pour en établir une. Caen subventionne celle qui s^est fondée dans ses murs en 1728; il donne à son chef 300 liv. sur les octrois, tandis que l'Etat lui payait une pension de 1,200 liv.*.
Les villes maritimes, de leur côté, cherchaient à former de bons marins. Elles avaient, au xvii* siècle, des écoles d'hydrographie, comme celle qui florissait à Dieppe sous Louis XIV*. Nous en trouvons d'autres au siècle suivant au Havre, à Bordeaux, à Bayonne, à Âgde, à Marseille. Les municipalités en nommaient souvent les professeurs,
* E. AllaiH, YInstruction primaire avant 1789, p. 19.
< Inv. Areh. Màcon^ GG. 126 ..Mbi, GG. 81 ...Lmdmy BB. 2S ...Bourg, BB. 75. — Bellée, p. 121.
* Inv. Arch. Mâ4:(m, BB. 126 ...Boulogne, n» 1049.
* I«w. i4rc^.Ly(m,BB.206...i4»flfers,BB.97 et98.— Hippeau,IX,299.
* Bréard, Mém. de Jean Doublet, Revue historique, Xll, 55-56.
et leur accordaient une indemnité de logement et un traitement annuel, qui s'élevait à 600 liv. à Marseille ^
Il y avait aussi dans les villes épiscopales des institutions destinées spécialement à Téducation des jeunes gens qui se préparaient à la prêtrise. C'étaient les séminaires. Les séminaires, dont le concile de Trente avait prescrit rétablissement, ne se répandirent en France qu'à partir du règne de Louis XIIL Les évoques obtinrent des lettres-patentes pour les fonder. Ils les établirent parfois dans d'anciens monastères, dont les revenus servirent à leur entretien ; ils en confièrent souvent la direction à des congréganistes. A Meaux, le séminaire fut créé en 1645, sur la demande des magistrats, et le collège y fut réuni*. C'était là une exception. La création des séminaires est un témoignage de plus en faveur de la séparation des éléments ecclésiastiques et laïques dans la société telle que l'a transformée la renaissance. Les Universités refusèrent de se laisser agréger plusieurs séminaires, comme le demandaient quelques évéques.
La plupart de ces établissements ne recevaient que les jeunes gens qui avaient terminé leurs humanités et ne les gardaient qu'un an ; quelques-uns cependant accueillaient les enfants dès le début de leurs études, et révêque d'Auxerre^ pour combattre l'influence des jésuites, établit un petit séminaire, où il attira les trois quarts de leurs écoliers •.
A côté de ces nombreuses institutions d'éducation qui s'adressent particulièrement aux garçons, celles des filles tenaient moins de place et faisaient moins de bruit. C'est à peine si les municipalités et les autorités s'en occupent. Elles accueillirent sans doute favorablement, sous Louis XIII, la plupart des dames ursulines ou vîsi-
* Inv. Arch, Boulogne y /d9 421 ...fiayorme, BB. 63 et 96 ...Sme- Inférieure, G. 91i. -<- ArcJi. nationales, H. 93', 1030, 1314.
* M<' Allou, Chroniq. des évéques de Meaux, p. 96.
* L. de Héricourtj les Loix ecclésiastiques de France^ 1771, II, 41.— Guyot; VIII, 237. — Ghardon, II, 410.
L^INSTRUGTION SJSGONDAIRE. 515
tandines, gui daas chaque ville, même dans les plus petites*, vinrent successivement créer une maison d'éducation ; mais elles les repoussèrent aussi quelquefois. Ces couvents, où la qualité de l'instruction ne pouvait rivaliser avec celle que donnaient les collèges, mais qui savaient développer chez les jeunes filles le sentiment de la piété et certaines qualités littéraires ^, rendaient des services réels que les villes savaient souvent apprécier. Le conseil de ville de Verdun-sur-Garonne essaya vainement de s'opposer à un arrêt du conseil qui lui enleva, en 1772, un couvent destiné à l'éducation des filles. Les maîtresses d'école, les institutrices laïques ne pouvaient lutter contre les ordres religieux ; sauf de rares exceptions, elles ne l'essayèrent point. A Dijon, il est vrai, en 1769, la chambre de ville prendra sous sa protection ime école de jeunes filles, et elle autorisera l'institutrice à faire exécuter tous les huit jours à ses élèves des exercices publics '. Mais la publicité, qui est utile aux hommes, est un inconvénient pour les filles. C'est pourquoi les couvents, à cause même de leur clôture, offraient plus de sécurité aux familles ; c'est pourquoi l'on préféra avec raison à l'instruction protégée par les municipalités, comme celle que Dijon voulait encourager, l'instruction donnée à l'ombre des cloîtres par des femmes qui avaient consacré leur vie à la prière et à l'enseignement, sans rechercher les applaudissements du monde.
* Il y aurait eu 300 maisons d'ursulines en 1789 ; à Lyon, les visitandines, créées en 1610, avaient déjà 3 maisons à Lyon. Inv. Arch, BB. 195.
* La parure, la musique et la danse, dit-on, occupent à peu près la jeunesse des fiilles. Si Ton y ajoute là un petit essai de géographie, de mythologie et d'histoire, c'est une éducation complète. De Véducation publique, Amsterdam, 1763, p. 229. L'éducation de ce temps n*en formadt pas moins des fjpmmes d'un caractère élevé et d'un esprit distingué.
> Inv. Arch. Verdun^ur-Garwme, BB. 22 ...Dijim, B. 403.