LBS CORPS ET CORPORATIONS
jurande étaient désignés par des magistrats municipaux * . Sous Louis XIV on érigea leurs fonctions en offices vénaux ^ ; mais presque toujours ces offices furent rachetés, et les corporations continuèrent conmie par le passé à élire leurs mandataires et leiu*s chefs.
Les maîtres-gardes des communautés importantes pouvaient à Paris et dans quelques villes porter la robe de drap ou de serge noire^ comme les magistrats, même de velours violet cramoisi, comme un premier président, soit en faisant leurs visites professionnelles, soit dans les cérémonies publiques ^. Chacun, sans sortir de sa sphère, pouvait aspirer à des hcmneurs et y parvenir à son tour ; chacun, possédant des privilèges, supportait pkis facilement ceux d^autrui.
des hoimeurs étaient le plus souvent conférés à Télection dans des sissemblées auxquelles assistaient les membres de la corporation et qui se tenaient dans la maison commune. La maison commune avait quelquefois pour dépendance une halle où l'on déposait les marchandises ; dans celle des orfèvres était im atelier où Ton essayait et marquait les métaux précieux *. En général, ces maisons étaient de modeste apparence. On y conservait les registres et les archives de la communauté.
Les assemblées pouvaient être très-nombreuses. A Troyes, dans la communauté des marchands, les petits marchands, au nombre de trois cents, y font la majorité '. Lorsqu^il s^agissait de rédiger un règlement, des commissaires du roi consultaient les membres de la corporation réunis. On y admettait même les principaux
* Le bailli de Reims élit chaque année 12 maîtres de la communauté des drapiers, qui en nomment 3 pour exercer la jurande. 1669. Varin, Statuts de Beim, U, 831.
* La ville de Caen raohète 30,000 Uv. les charges de jurés gardes des corps de marchands. N. J. Foucault, p. 277.
* En 1656 et 1660. iiaffistre des merciers de PariSy p. 62. Les pelletiaiB portaient la robe de velours bleu doublée de fourrures.
* Bmme de Champagne et de Brie, IV, 325-328.
> 1752. Arch. de FAube, G. 1934.
ouvriers, et leur opposition était prise en considération ^ . On se réunissait aussi pour approuver les comptes et voter les dépenses. Longtemps, tous les maîtres furent membres de rassemblée; mais Tédit de 1777 décida que lorsque leur nombre dépasserait vingt-cinq, ils se feraient représenter par deux députés '.
Chaque corporation avait sa fête patronale, et formait d'ordinaire une confrérie religieuse, qui resserrait les liens de Tassociation professionnelle, en donnant à ses membres des occasions plus fréquentes de se réunir^. Les confréries religieuses, il est vrai, peuvent être distinctes des corporations ; comme celles-ci dans la cité, elles forment dans la paroisse des groupes organisés, qui ont leurs statuts, leurs assemblées, leurs gouverneurs ^, leurs finances, leurs bannières ; mais souvent elles s'identifient à un corps ou à une communauté d'arts et métiers. Ce sont souvent aussi des sociétés de secours mutuels ou de charité. Elles ont des jetons ou des méreaux qui peuvent être considérés comme des bons de pain. Elles ont aussi leurs patrons, dont elles font reproduire l'image par la gravure ^. Ainsi les avocats ont pour patron saint Yves, les orfèvres saint Eloi, les cordonniers saint Grépin et saint Grépinien, les apothicaires saint Gôme et saint Damien, les ménétriers saint Julien. La fête de chacun de ces patrons était célébrée par un service solennel, auquel tous les confrères assistaient, et qui était suivi d'un banquet, servi d'ordinaire avec une telle profusion qu'à de nombreuses reprises le pouvoir supérieur et local essaya d'en modérer les excès ^.
< Varin, Statuts de BeùnSy n, 795.
« Guyot, V, 75.
» Préambule de Tédit de février 1776. Guyot, V, 52.
* Ou leurs bâtonniers. A Auxerre, le bâton de la confrérie était remis chaque année par le titulaire à son successeur au moment où l'on chantait dans Téglise le verset : Depimdt potentet de sede. Max Quantin, Rues dAuxerre, p. 252.
* Ouin-Lacroix, ch. XXIV.— Drumond, Mon vieux Paris, p. 281-298.
* Ord. de 1579, Ane. lois ft., XIV, 391. — 1746. Iw. Arch. Lyon,