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CHAPITRE m

Installation des maires. — Le maire de Dijon. — Serment des consuls et des maires. — Usages particuliers. — Costume. — Robes miparties. — Importance qu'on attache au costume. — Prestige du costume. — Indemnité pour les robes. — Location de robes. — Costumes payés. — Gratuité des charges municipales en principe.

— Présents en nature aux maires. — Dons à l'occasion du mariage de leurs enfants. — Présents de flambeaux. — Présents de vins. — Cannes. — Jetons. — Indemnités en argent. — Gratifications de tous genres. — Banquets offerts par les échevinages. — Dîners de processions et d'élections. — Festins à Dijon, à Paris, & Toulouse, h Angers. — Argent du banquet converti en achat d'armes ou en aumônes. — Restriction et interdiction des banquets. — Leur solennité. — L'argenterie de Paris et de Langres. — Portraits des maires et des consuls. — Toulouse, Lyon, Angers, etc. — Armes du maire sur les jetons. — ■ Droit de barrière et de mai. — Obsèques solennelles des maires. — Droits des mairesses. — > Prérogatives des fils du premier capitoul de Toulouse. — Noblesse des maires et échevins. — Exemptions diverses. — Edits de 1692 et de 1706. — Fixation et développement des prérogatives des maires.

— Uniformité établie par les édits de 1764 et de 1765. — Protestations contre ces édits et restrictions qu'ils apportent. — - Edit de 1771. — Situation morale des maires à l'égard de leurs concitoyens et de l'autorité supérieure.

Les honneurs que Ton rendait aux maires et aux consuls, c'était à la ville qu'on les rendait. Sous les noms

différents qui le désignaient, maire ou mayeur, premier consul; lieutenant des habitants à Reims, vierg à Autun, le premier magistrat municipal personnifiait dans eertaines circonstances la cité ; il n'agissait pas sans les échevins, mais s'il fallait la représenter au dehors, c'était lui qu'on en chargeait le plus souvent. Les masses d'argent, le sceptre doré, les glaives nus *, les faisceaux ^ qu'on portait devant lui, étaient les insignes des droits de justice et de seigneurie , que pouvait posséder la ville, et comme par un souvenir des investitures féodales, son installation se faisait encore au xviii* siècle avec des formes et un serment solennels.

Trois jours après l'élection du maire de Dijon , les membres du conseil de ville se rendaient avec le lieutenant général et plusieurs membres du bailliage sous le portail de l'église Saint-Philibert. Lorsqu'ils s'étaient assis devant une table , sur laquelle les sceaux et les livres des Évangiles de la ville étaient placés, le nouveau maire arrivait; un avocat le présentait, et prononçait un discours qui concluait à sa réception. Après la réponse affirmative du lieutenant général, le maire, suivi des autees magistrats, se dirigeait vers l'église Saint- Jean. C'était dans le chœur de cette église, pendant que le prêtre tenait élevé le ciboire , que le maire , agenouillé sur un carreau devant le maître-autel, écoutait la lecture de la formule du serment, qu'il prêtait en-

1 p. Daire, Hist. de la ville d'Amiens, — Aug. Tliierry, Lettres sur Vhisi, de France, H® édit., p. 290. *

* G. Dumay, une Session des Etats-Généraux de Bourgogne à Autun, p, 45.

suite entre les mains du procureur du roi. Le cérémonial de cette installation était populaire, et l'intendant écrivait en 1764 : « On ne saurait changer ce qui se passe à l'élection du maire de Dijon sans détruire des cérémonies et des usages qui existent depuis un temps infini et auxquels les peuples sont d'autant plus attachés qu'ils sont accompagnés d'un certain éclat extérieur dont leurs yeux sont frappés*. »

Ces cérémonies n'étaient pas partout les mêmes; mais la proclamation et le serment des nouveaux magistrats municipaux se faisaient rarement sans un certain apparat. Au Puy, après leur élection, les consuls recevaient les félicitations des principaux habitants, au son des violons, des trompettes et des tambours, et quelques jours après prêtaient serment entre les mains des anciens *• D'ordinaire , cet engagement solennel était pris devant le juge; les consuls du diocèse de Castres juraient devant lui, sur le livre des Évangiles, de bien et fidèlement exercer leurs charges, d'être fidèles à leur seigneur, de répartir les impositions sans charger, ni surimposer personne ^ Le seigneur jurait de son côté de maintenir les libertés de la ville. Il y avait une sorte de réciprocité dans les engagements pris. Le maire de Montdidier, après avoir déclaré sur le balcon de l'hôtel de ville qu'il acceptait les fonctions qu'on venait de lui

1 Mémoire de l'intendant de Bourgogne, 1764. Arch. nationales, H. 140.

« Vissaguet, Ann. Soc. Puy, XXII, 301-302.

' Rossignol, Inst, Gaillac, p. 136. — Rapport sur les Arch. de Lotet-Garonne, Doc, inédits, I, 327.— Voir aussi Chardon, II, 7.— Roschach, Hist. de Languedoc, XUI, 170.

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confier, prêtait serment à l'avocat du roi, et le peuple jurait d'obéir au maire en toutes choses justes et raisonnables *. A Amiens, le serment était prêté dans la grande salle de la malle maison , devant le peuple et le bailli ', les deux pouvoirs de qui le maire tirait son autorité.

De singuliers usages étaient parfois observés aux jours de l'installation des maires, jours qui étaient célébrés et même chômés comme des fêtes '. A Brest, le nouveau maire se rendait solennellement à la porte du château, où le gouverneur, après avoir reçu son hommage, donnait la liberté à un roitelet que quatre no-^ tables avaient apporté dans une cage. Après dîner, tous les nouveaux habitants et les nouveaux mariés étaient tenus de sauter trois fois devant lui dans la mer *. A Montauban, les consuls revenant de prêter le serment étaient suivis par des enfants qui, comme les esclaves à la suite des triomphateurs romains, avaient le droit de leur dire « les injures les plus atroces, » afin de lés engager, croyait-on , à ne pas les mériter dans leurs charges *. Dans le midi, l'investiture était accompagnée de la remise des insignes des fonctions consulaires. A Montpelfier, un bâton de commandement appelé la baguette des consuls devenait le partage du premier ma-

* V. de Beauvillé, HisL de Montdidier, II, 149.

* Dusevel, Eist. d* Amiens , I, 407. — Voir aussi Loysel, Mém, de Beauvais, 1617, p. 176; R. Guinodie, Hist, de Libourne, II, 134.

' Les habitants de Lyon doivent ce jour-là fermer leurs boutiques. (1770. Inv. Arch. Lyon, BB. 316.)

* P. Levot, Eist de Brest, I, 100, 101, 242, 243. ^ Le Bret, HisL de Montauban, 1, 119.

^istrat municipal. Ailleurs, après avoir reçu sur la place publique le serment des nouveaux élus, les consuls sortants leur mettaient sur Tépaule le chaperon rouge, qui était la marque de leur dignité ^

Le costmne avait son importance à une époque où il était en rapport avec le rang et l'autorité de celui qui le portait. Au xviif siècle, les officiers municipaux en avaient parfois deux : l'un pour les séances ordinaires, l'autre pour les jours d'apparat ^ Ces jours-là, les maires et les èchevins revêtaient la robe, qui était le costume distinctif de la magistrature ; car les maires, les échevins et les consuls sont des magistrats. « Les offiders politiques des villes, dit Loyseau, ont des robes de livrée ; en Guienne, il n'y a si petit consul de village qui ne porte partout son chaperon rouge sur l'épaule. €es robes sont d'ordinaire mi-parties, dont Tune est toujours l'escarlatte ou pourpre, enseigne commune du magistrat, et l'autre la couleur particulière de la \dlle '•» Il «n était ainsi à Paris, où la robe était mi-partie de couleur écarlate et tannée après avoir été rouge et bleue * ;

* Corr, des Contrôleurs génératix, I, n® 1179. — Jnv» Arch. Albi, ce. 312. — 1759. Inv, Arch, Ouveilhan, BB. 17.

* BiiD) Cambrai il y a cent ans. Mém. Soc. Emulât. ^ XXIV, dSij^ Â Autun en 1703, ils portent en ville Thabit noir et le petit manteau, la robe noire dans les cérémonies ordinaires, la robe violette dans les ^andes. (G. Dumay, p. 45.) Il en est de même à Ghalon. (H. Batault, Mém. Soc. hist., VI, 343-345.)

> Loyseau, £fu Droit des Offices, liv. V, ch. VII, 48.—* On se plaint, en Provence, de ce que les seigneurs imposent aux chaperons la couleiu" de leur livrée. {Arch. parlementaires, VI, 276.)

* Leroux de Lincy, p. 1Ô9. — Quicherat, Hist. du Costume en France, p. 323. — Armoiries de la ville de Paris, p. 203-212.

elle était à Bourges cramoisie et verte * ; à Liboumeet à Saint-Émilîon, rouge et blanche ; à Gaillac, rouge et noire; à Bordeaux, bleue et blanche pour le maire, blanche et rouge pour les jurats *. A Troyes, on porta longtemps la robe bleue et violette. Il y avait cependant des costumes d'une seule couleur ; le maire de la Rochelle, les consuls de Marseille et du Puy ont V la robe rouge ' ; à Arras, à Amiens, la robe est de drap > noir; à Amiens, elle est garnie de velours*. Le maire de Dijon porte une robe de velours violet « à renversures » de satin cramoisi, avec un chaperon de même bordé d'hermines*. Le violet est la couleur des mairea de Bourgogne *. Il y eut un jour de Te Deum une contestation assez ridicule entre un maire d' Auxerre et son lieutenant, parce que celui-ci s'était permis de porter comme le maire une robe de satin violet '.

On attachait une grande importance au costume»

Pascal ne disait-il pas qu'il, pouvait être « une force *. »

^ N'avait-il pas sa raison d'être, lorsque les magistrats.

.V municipaux rendaient la justice, et n'était-on pas en

* Ph. Labbe, Eloge panégyrique de Bourges, réimp., p. 15.

* Guadet, p. 191. — Du Verdier, Voyage de France, p. 323.

» Brillon, m, 33. — De Ruffl, I, 469. — Vissaguet, Ann., XXII, 301 .

* Wignacourt, 39.— Mon, inédits de Vhist, du Tiers-Etat, II, 1102. 6 Inv, Arch. Dijon, B. 83 et 349. — Celle du maire de Chalon est

eh satin. (H. Batault, Mém, Soc. hist,, VI, 342); celle du maire de Libourne en damas de Lyon cramoisi fin à 16 liv. 12 s. Faune. (R. Gttinodie, U, 148.)

* Arch. de l'Aube, G. 48. ^intendant autorise le maire de Bar-sur- Seine à faire faire aux frais de la ville une robe violette de Tétoffe de

~-.^ celle des maires des autres villes de la province. ' 7 1703. Chardon, Hist, d'Auxerre, II, 274.

* Pensées, éd. Havet, p. 68.

droit de se plaindre, comme le faisait un échevin d'Arras sous Hemî IV, de ce qu'on voyait quelques-uns^ d'entre eux siéger « en accoutrements discoulourez, découpez ou revêtus de petits manteaux de camelot *.» Au xviii" siècle, les officiers municipaux de Champagne portaient généralement l'habit noir, le petit manteau et la cravate; à Langres, ils avaient l'épée; mais on réclama avec tant d'insistance à Troyes qu'on finit par obtenir pour le maire, les échevins et le procureur du roi le droit de porter la robe de satin violet ^ A Boulogne, les mêmes réclamations se produisent, mais les ministres ne sont pas disposés à y satisfaire; l'un d'eux répond que les gradués seuls ont droit à la robe ; l'autre dit plus sévèrement : « Le corps municipal n'est pas un corps de judicature qui soit obligé à un hahit de cérémonie. C'est moins à l'habit qu'à la bonne administration qu'il faut s'attacher ^ »

Excellente maxime à coup sûr, mais qui devait s'émousser devant la vanité bourgeoise et la fidélité aux anciens usages. N'était-ce pas aussi une distinction flatteuse pour le négociant ou l'artisan, qui pouvait se montrer aux regards de ses concitoyens sous la robe du magistrat? Racine écrit d'Uzès en 1661 : « C'est une belle chose de voir le compère Cardeur et le menuisier Gaillard, avec la robe rouge comme un président, donner dés arrêts et aller les premiers à

* C. de Wignacourt, Echevinage d'Arras, p. 41.

* Lliabit noir était porté de toute ancienneté à Châlons. L'ordonnance qui concerne Troyes est du 14 juillet 1787. (Arch. de l'Aube, C. 1845.)

* Inv. Arch. Boulogne, n» 966.

r offrande*. » Aussi cherchait-on à rehausser F éclat du costume plutôt qu'à le diminuer. Ici, on met en collier la chaîne qu'on portait depuis longtemps fixée à la manche gauche de la robe ^. Là, on fait acheter quatre brandebourgs d'or de Paris à bouquets, avec guipure de clinquant, pour la robe de justice du maire ^ Les robes consulaires de Toulouse et d' Albi en velours et en satin sont revêtues de deux plaques d'or. On conçoit qu'elles étaient d'un prix élevé et qu'elles ne pouvaient être acquises sans grands sacrifices par des magistrats dont les fonctions ne se prolongeaient pas au-delà de l'année. Aussi était-il d'usage soit de les payer aux frais de la ville, soit de donner aux magistrats une indemnité qui permît de les acheter, soit enfin de les leur louer.

L'achat des robes ou l'indemnité pour leur acquisition était une des dépenses ordinaires des villes. A Amiens, elles coûtent 800 1. en 1621 ; à Albi, 990 1. en 1669. Dans cette ville, on donnait aussi aux consuls des chaperons noirs pour le carême \ A Bordeaux, on en fournissait un petit et un grand à chaque jurât \ Ailleurs, l'usage attribue aux magistrats une indemnité en argent. Chacun des capitouls de Toulouse reçoit 800 1. pour ses robes, manteaux, comtals et chaperons

1 Jean Racine, Œuvres, éd. Didot, 1823, V, 133.

* 1766. Inv. Arch, Boulogne, n© 1019.

» 1769. Inv. Arch. Bayonne, CC. 718.

» Mon. inéd. de l'hist. du Tiers-Etat, m, 30. — Inv. Arch. Albi.

8 Moyennant 120 liv. Dépenses de 1777. Arch. nationales, H. 93«. — A Saint-Emilion, les droits de chaperon sont de 190 liv. en 1763. (Guadet, p. 196.) .

capitulaires * . 300 1. sont données en 1706 dans le même but à chacun des échevins d'Arras '. A Marseille , en 1717, on alloue aux quatre échevins 766 1. pour leurs robes d'écarlate, 700 1. pour leurs robes de damas, 165 1. pour leurs chaperons ^ Dans la plupart des villes du Languedoc, l'indemnité pour la livrée et les robes consulaires se confond avec les gages, et c'est sur ces gages qu'on prélève parfois un prix de location pour lesrd)es. Chaque consul d'Albi paie 35 1. pour le loyer de la sienne, A Libourne, lorsque le nouveau maire avait prêté serment, son prédécesseur se dépouillait en public de son costume, et le lui remettait *.

Les maires avaient eu de tout temps une tendance à se faire costumer par la ville. A chaque passage de souverain à Auxerre, on habillait de neuf les officiers municipaux aux frais de leurs concitoyens ^ Au xvi® siècle, chaque année, à Noël, on donnait au maire de Djjon une robe et un manteau *. Le maire et les jurats de Bordeaux reçoivent le prix d'un costume de deuil, à l'occasion de la mort de Louis XV \ L'intendant cher-

* Victor FonSf Buvettes et festins des capitouls. Mém, Ac. des Se, de Totàouse, VHe s., t. VII, p. 95.

s Arch. nationales, K. 1145.

• Etat des sommes dont le roy en son conseil permet aux échevins de Marseille d'ordonner le payement, p. 4.

* Arch. nationales, H. 1030.— Inv. Arch, Albi, CC. 405.— R. Guinodie, II, 149.

8 Lebeuf, Mém, sur Auxerre, III, 497.

• Inv, Arch, Dijon, B. 69.

7 A M. le vicomte de Noé pour lui tenir lieu de son habit de deuil à l'occasion du feu roy. MM. les Jurats ayant reçu dans le temps pareil honorifique en vertu d'un état arrêté dans lequel il fut oublié d'y comprendre M. le maire... 450 liv. (Arch. nationales, H. 93>.)

châit à atténuer de pareils abus, comme il le fit à Ârras, en réduisant de 600 écus les droits de robe des magistrats ^

En principe, les charges municipales étaient gratuites *. Montaigne parle avec fierté de la mairie de Bordeaux qu'il fut appelé à exercer deux fois, en disant : « C'est une charge qui doibt sembler d'autant plus belle qu'elle n'a ny loyer ny gaing autre que rhonneur de son exécution '. » Mais l'usage s'était peu à peu introduit de faire certains présents aux magistrats municipaux, de les défrayer ou de les indemniser de leurs dépenses ou du temps qu'ils consacraient à leurs fonctions. Ces présents se faisaient, à titre de don de nouvel an, ou à titre d'hommage. Au jour de l'an, le mayeur d'Amiens recevait de ses subordonnés des oranges, des citrons et de beaux bouquets de fleurs ; on donnait des pains de sucre aux officiers municipaux de Chaumont*. A Noël, le grand vicaire d'Albi faisait présenter aux consuls une livre de gimblettes et de dragées sur un bassin, en retour des lapins qu'ils offraient à l'évêque, seigneur de la ville**. Des redevances de ce genre pouvaient attester le droit de propriété de la ville sur des terrains concédés à des particuliers, comme à Angers, où le maire recevait chaque année des gants de chevrotin blanc pour l'arrentement d'une

* Corr. adm. sous Louis XIV, I, 716.

« Loyseau, du Droit des Offices, liv. V, ch. VH, 63. » Essais, liv. III, ch. X.

* Dusevel, I, 421. — Jolibois, p. 178.

5 XVIIIe siècle. Inv, Arch. Albi, BB. 124, et Intr., p. 22.

placée On faisait aussi des présents aux maires dans des circonstances exceptionnelles, comme le mariage d'un de leurs enfants. Souvent, ils étaient de peu de valeur comme les douze boîtes de confitures offertes en 1613 au maire de Dijon pour le mariage de sa fille', les dix-huit pièces de gibier et les douze boîtes de confitures données en 1706 au maire d'Auxerre pour le mariage de son fils ^ Lorsque la ville était riche, lorsque le premier magistrat lui avait rendu des services importants, on n'hésitait pas à lui faire, en pareille occurrence, un présent considérable, comme la parure de diamants payée 6,955 1. qui fut offerte en 1741 i la fille du prévôt des marchands de Lyon *.

D'autres présents en nature avaient eu pour objet d'indemniser les officiers municipaux des dépenses dans lesquelles ils étaient entraînés par l'exercice de leurs fonctions. Leurs réunions avaient lieu souvent le soir, et à l'époque où les rues n'étaient pas éclairées par des lanternes permanentes, ils devaient pour se rendre à la chambre de ville se faire escorter par un valet porteur d'un flambeau. Les magistrats devaient aussi assister à certaines processions avec des cierges, et illuminer leurs maisons les soirs des fêtes officielles. De là la triple origine de l'usage de leur donner des flam-

* Inv, Arch, Angers, BB. 52. Voir un fait analogue en 1690. Le ôoncessionnaire devra donner une paire de gants blancs et rédiger deux inscriptions à la gloire du roi. (Ibid,, BB. 98.)

* Inv, Arch. Dijon, B. 251.

5 Quantin, Hist. des rues d*Auxerre, p. 193.

* Inv, Arch, Lyon, BB. 306. En 1752, le prévôt des marchands do Lyon fut logé & Thôtel de ville. (BB. 319.)

beaux, des torches, des bougies. A Auxerre, 70 livres de bougies étaient distribuées à la Chandeleur, et Ton réclama vivement en 1784 contre la suppression' de ce présent *. C'était aussi, à titre de remboursement de leurs frais de bureau , que les membres de Téchevinage de Paris recevaient une rame de grand papier et un demi cent de plumes '.

Afin d'obtenir l'assiduité aux séances, on donnait aux officiers munidpaux des présents de vin et de liqueurs, ainsi que des jetons de présence. Paris et Troyes avaient ainsi distribué de Thypocras au xvi® siècle à leurs échevins ^ On recommande de ne donner aux magistrats d'Arras les vins, qui leur sont dus, qu'autant qu'ils au^

1 Chardon, II, 591. Le même usage existait ailleurs. Ann, Soc, Em. Vosges, 1878, p. 160. — Leroux de Lincy, p. 167. — Armoiries de Paris, II, 319. — D' U. Chevalier, les Abbayes laïques de Romans, p. 24. — A Boulogne, en 1767, on donne S^ livres de bougies aux magistrats. {Inv. Arch., n^21A.) — A Dijon, les torches et bougies sont données à propos de la reddition des comptes. {Inv. Arch, B. 72.) » Flambeaux livrés aux échevins d'Albi pour processions, visites, en 1674... 152 liv. Inv. Arch. CC. 504. — A Libourne, la dépense des flambeaux est réduite à 200 1. en 1679. (R. Guinodie, II, 175.)— Inv. Arch. Angers, CC. 23. — Torches et flambeaux aux consuls d'Agde le jour de la Fête-Dieu, 45 liv.; aux consuls de Pézenas, 74 liv« (Dép. des communautés du diocèse d*Agde. 1742. Arch. nationales, H. 1030.) — Un factum de 1780 reprochait aux échevins de Marseille de se faire allouer des flambeaux pour des visites de nuit qu*ils faisaient le jorir. (Leber, Hist, du pouvoir municipal, p. 526.) — A Arras, les échevins reçoivent en nature, jusqu'en 1705, leur droit de cires. CbÊr cun des échevins de Rennes recevait deux livres de bougie pour leur assistance aux Te Deum et processions. (Arrêt du conseil de 1757. Arch. nationales, K. 1145 et H. 520.)

* Leroux de liney, p. 167.

• Les Armoiries de Paris, H, 319. — Arch. de Troyes, A, 5.

ront fait acte de présence *. Les jvurats de Bordeaux reçoivent encore en 1777 cent bouteilles de vin chacun *. A. Paris, lorsque le prévôt des marchands et les membres de Téchevinage se déplaçaient pour la visite des aqueducs dans la banlieue, on leur allouait, à titre de Vadations, des cannes dont la valeur pécuniaire variait selon le rang de chacun d'eux ^ A Rayonne, à Nantes, à Angers, à Rennes, à Dijon, on distribue des bourses de jetons d'ai^ent aux armes de la ville et quelquefois du maire*, jetons qu'il ne faut pas confondre avec les

1 Wignacourt, p. 52. — A Evreux, on leur donne du vin le jour de Télection du maire. (Chassant, Rec. Tr, Soc. Eure, 2« sér., HT, 295.)

« Apch. nationales, H. 93».

s En 1764, la canne du prévôt des marchands vaut 15 liv.; celle du le' échevin, 10 ; celle du procureur du roi, 9 ; celle du maître d'hôtel, 5. (Belgrand, les anciennes Eaitx de Paris, p. 401.)

* Inv. Arch. Bayonne, BB. 52, CC. 198 et 323. — Dijon paie 5568 1. en 1722 pour 850 jetons d'argent. {Inv. Arch, Dijon, B. 73.)— Citons aussi au xvne et au xyiii® siècle les jetons de Blois avec la devise : Pour la maison commune de Blois ; ceux de Bordeaux, qui portent : MuNDicENTiA uRBis BURDiQ ; de Chartres, en 1689 : PRfiTOR ET lEDTLRS CARNOTENSES ; de Boauno : Maqistratus et communitas Belnen, d'un côté, et de l'autre : Pro rege et grege. (J. de Fontenay, Manuel de l'amateur de jetons, p. 191, 197, 231, 359.) — Dauban, les Jetons des maires de Nantes. ~^ Inv, Arch. Angers, BB. 96. — A chaque séance ordinaire du jeudis le maire de Rennes recevait deux jetons, chacun des autres officiers du corps de ville un. Les armes du maire étaient gravées sur l'un des côtés de ces jet^ns^ celles de la ville de l'autre. (Arrêt du Conseil de 1757.) La dépense s*élevsft, année moyenne, à 1,500 liv. (Arch. nationales^ H. 520.) — A Bordeaux, en 1777, on distribue des bourses de jetons le l^' janvier aux membres du corps de ville, (ftid., H. 93*.) — Voû- aussi les Jetons de Véchevinage parisien ; Robert, Recherches sur les monnaies et les jetons des maitres-échevins, Metz, 1853 ; Daubàn, Histoire des maires de Tours par les jetons, 1859.

jetons ou jetoirs de cuivre que les échevinages faisaient frapper pour la reddition de leurs comptes.

Les jetons étaient une indemnité pécuniaire dissimulée ; cette indemnité se payait plus ouvertement en argent dans quelques villes du midi. Nous ne parlons pas ici des gages que touchaient les possesseurs d'offices municipaux, parce qu'ils représentaient d'ordinaire les intérêts des sommes qu'ils avaient déboursées pour les acquérir; mais des traitements et. des gratifications que recevaient certains magistrats. L'indemnité du . mayeur d'Arras était en 1758 de 1,000 liv. ; celle de chacun dçs échevins de 600 K En 1777, le maire de Bordeaux avait 3,000 1. et le logement ; chacun des six jurats touchait 2,000 l.^ Le conseil municipal de Marseille demandait à l'unanimité en 1787 qu'on portât à 4,000 1. le traitement du maire et des échevins qui n'en recevaient que 2^000, et l'intendant appuyait cette demande, en alléguant le préjudice qu'ils éprouvaient en abandonnant leurs affaires personnelles pour se consacrer aux fonctions publiques. L'usage était aussi de

* Ancienneté de la ville et échevinage d'Arras, fol. 81. — Les maires anciens et alternatifs avaient comme gages à Arras, 5,280 ; à Cambrai, 3,000; à Lille, 12,000; à Dunkerque, 5,454 liv.; à Douai, 6,216 Uv.; à Valenciennes, 4,200 liv. (Arch. nationales, K. 1145 et 1161.)

* Arch. nationales, H. 93'. ^- En 1655, le roi avait attribué sur les fonds de l'Etat 8,000 liv. de gages au maire de Bordeaux ; mais au xvno et au xvrae siècle, cette charge était conférée à de grands personnages militaires, qui ne résidaient que rarement et qui ne pouvaient être considérés comme des officiers municipaux proprement dits. (Livre des Privilèges, p. 388, 606.) Elle assurait aussi à son titulaire d'autres redevances, qui en auraient porté en 1715 le total k 20,000 liv. (Saint-Simon, Mémoires, éd. Chéruel, XV, 63.)

donner à Marseille une gratification de 1,000 1. à Téchevin sortant de charge, lorsqu'il était recommandé par Vintendant *. Ces gratifications ne s'obtenaient pas toujours facilement. En 1778, le roi accorda 1,200 1. au maire de Nantes et 1,000 1. au maire de Moncontour; c'était peu pour le maire de Nantes, M. de Prémion, qui avait rempli pendant plus de vingt ans les fooctions de subdélégué, de maire, de député aux États, de commissaire intermédiaire avec le plus rare désintéressement, et sans avoir jamais eu qu'une pension de 1,200 l.^ En 1780, la ville de Lamballe fut autorisée à donner à son maire 1,200 1. de gratification et 360 1. d'indemnité pour les frais qu'il avait faits pour le logement des troupes et pour les services qu'il avait rendus pendant dix ans à ses concitoyens ^

En Bretagne et en Languedoc, les maires et les premiers consuls recevaient pour leur séjour aux États des indemnités qu'ils dépensaient toujours. En 1764, les États de Bretagne durèrent 182 jours; on accorda 218,000 1. pour les frais, mais le tiers-état n'eut droit

* Lettre de l'intendant de la Tour, en 1787. Arch. nationales, H.

s Lettre de l'intendant Gaze de la Bove. Arch. nationales, H. 536.

• Arch. nationales, H. 536. — Voir aussi : Inv, Arch. Calvados, C. 1257... Côte-d'Or, C. 708. — On peut citer comme une exception les remises prélevées par les échevins de Sainte-Menehould sur les revenus de l'hospice et de la fabrique qu'ils administraient. L'intendant fit cesser cet abus. (Lahirée, Etude hist. sur l'hospice de Sainte- Menehould.) — A Brest, le maire recevait un flacon de 4 pots de vin «ur chaque barque qui se déchargeait dans le port. Les bateaux de pèche étrangers lui remettaient aussi des huitres ou un poisson. (P.

Levot, I, 228.)

qu'à 45,000 livres, tandis que la noblesse en recevait 75,000*. Chaque député touchait de 200 à 400 1. les années ordinaires *. Lorsque le maire de Marseille se rendit en 1787 à rassemblée des notables, le conseil municipal fut d'avis de lui donner une pièce de vaisselle d'une valeur de 3 à 4,000 1.'.

Au XV® et au xvi" siècle, lorsque les indemnités en argent étaient pour ainsi dire inconnues, il n'y avaft point de délibérations sans collation et sans rafraîchissements, et les vivres et le vin qu'on fournissait aux officiers étaient payés par la ville. En 1712 encore, les capitouls de Toulouse se réunissent plusieurs fois pour décider des cérémonies funèbres que l'on fera à l'occasion de la mort du duc de Bourgogne, et chacune dfe leurs réunions est accompagnée d'un repas. Les dépeikses annuelles de la buvette du capitole s'élevaient à 600 1. en 1723 *. Il y avait également une buvette à

* Etat des gratifications pour les Etats de Bourgogne. De 1770 à 1782, la durée des aussemblées ne dépassa point 96 jours. (Arch. nationales^ H. 536.)

* Caron, Administ. des Etats de Bretagne, p. 498. La gratification do 200 liv. fut doublée en 1783, « tout ayant augmenté depuis 20 ans. » (Arch. nationales, H. 536.)

* Arch. nationales, H. 1315.

* Victor Fons, Buvettes et festins des capitouls, Mém. Ac. se. ToU" louse, vue s., VII, 105 et 95. — Les échevins d'Arras reçurent jusqu'en 1705, à chacune de leurs réunions extraordinaires, un pot de vin qui fut remplacé par une allocation annuelle de 100 1. (Arch. nationales,

^K. 1145.)— Furetière dit qu'on appelait les échevins leschevins d'une manière burlesque, parce qu'ils goûtaient les vins. {Dictionnaire, I, 639.) — De 1768 à 1777, on accuse les échevins de Romans d'avoir prélevé 1678 1. 18 s. pour la buvette sur les 2364 1. 14 s. auxquels

'• s'était élevée la dépense des vins d'honneur. (D' Ulysse Chevalier, les Abbayes laïques et les présents de la ville de Romans, p. 23.)

rhôtel de ville de Paris pour les échevîns et les conseillers de ville. Souvent, l'usage avait peràisté d'oflfrir, dans certaines circonstances périodiques ou solennelles, des dîners ou des soupers, dont Téchevinage ou le maire faisait les frais. Ils avaient lieu particulièrement les jours d'élection, de procession ou de feu de joie. Toulouse en donnait six par an ; Bordeaux en conserva toujours cinq : le jour de la procession générale de Saint-Joseph ; le jeudi-saint, où le corps municipal visitait les églises; le 1" mai, jour où l'on plantait le mai ; la veille de la Saint- Jean, et le jour de l'ouverture du Parlement, où le corps de ville , après y avoir assisté , visitait les « grands de la ville*. » Marseille et Moulins donnent des repas les jours de procession et de solennité*. Albi offre un souper le soir de la Fête-Dieu ; Troy es des collations ou un souper splendide , après les feux d'artifice ou de joie ^ C'était au retour des cérémonies publiques où les officiers de justice avaient assisté avec « messieurs du corps de ville », que ceux-ci les invitaient à une collation ou à un festin. C'était aussi à la suite des élections qu'ils les conviaient ^^

^ Etat des dépenses de Bordeaux. Ces cinq repas coûtent 840 liv. en 1777. Arch. nationales, H. 93*.

* Pour les déjeunes des Eschevins, les jours et fêtes du Saint-Sacrement et de Saint-Lazare, 90 liv. Etat des sommes,.. Marseille, 1717, p. 9. — 1725. Inv. Arch. Moulins, n» 181.

» Inv. Arch. Albi, CC. 328. — Arçh. de Troyes, A. 51.

^ Menus des diners de MM. du Conseil de ville au jour du sacre et des élections (1717). Inv. Arch. Angers, CC. 18 et 19. A Vitry-le- François, le repas avait lieu la veille de l'élection. (D' Valentin, p. 20.) A Reims, le receveur donne aux frais de la ville le jour de Télection du lieutenant des habitants, un repas qu'on appelle « le repas du roy. » (Varin, Statuts, m, 287.)

Le banquet, qu'on donnait à Dijon après Télection du maire, avait' lieu dans le réfectoire des Jacobins ; les commissaires du Parlement et de la Chambre des comptes et un « bon nombre d'habitants » y assistaient. En 1634, le menu en fut des plus abondants, sinon des phis choisis, et si Ton ne connaissait le luxe de victuailles avec lequel sont garnies les meilleures tables de Tépoqme, on s'étonnerait du nombre des levrauts, des poules d'hide, des pigeons, des étoumeaux, des morceaux de veau et de mouton, des pâtés de pigeons et des pâtés « à la sauce d'hypocras, » qu'on sert dans ce banquet municipal * . A Paris, au siècle suivant , le prévôt des marchands faisait servir un dîner de quatre-vingt-dix couverts aux dociles électeurs qui l'avaient nommé, et qui pouvaient emporter une « belle corbeille de confitures sèches » qu'on plaçait sur des plateaux devant; chacun d'eux. Chaque convive avait son laquais derrière sa chaise, et le coup d'œil, que le peuple était admis à voir, était de l'avis d'un convive « magnifique et auguste ^ » Troyes, en 1723, dépensait 350 1., Bordeaux, en 1777, 1,800 1., pour les repas des jours d'élections ^ • A Toulouse, à Angers, à Beauvais *, les capitouls et les maires célébraient leur installation par un festin, comme le faisaient dans les corporations industrielles les maîtres nouvellement reçus ou les jurés récemment

1 II coûta 186 liv. 4 s. Inv. Arch. Dijon, B. 103.

« 1789. Journal dé Vavocat Barbier, IV, 385, 463 et 464. — On faisait aussi un banquet à Poitiers le jour de l'élection du maire. (Les Délices de la France, II, 212.)

8 Inv. Arch. Aube, C. 1854. — Arch. nationales, H. 93«.

* Loisel, Mémoires des pays de Beauvais, 1617, p. 177.

élus. Les capitouls invitaient tous leurs prédécesseurs, et leur faisaient remettre au moment de se séparer des corbeilles pleines de perdrix, de dessert et de fruits*. Le maire d'Angers faisait servir le 1" mai un somptueux festin, où les plats de « viandes exquises » et de dessert étaient décorés de ses armes. Il arriva en 1651, pendant les troubles de la Fronde, que le maire nommé par le parti démocratique refusa de donner le dîner traditionnel ; c'est en vain que le pâtissier traiteur qui l'avait fait sur commande voulut le livi'er ; l'entrée dé la salle lui fut refusée , et il n'eut d'autre ressource pour rentrer dans ses déboursés que d'attar (juer la ville en dommages - intérêts , après avoir fait estimer le dîner par expert, et l'avoir ifait vendre en détail aux enchères *.

Aux époques de guerre ou de disette, où ces réjouissances eussent été déplacées, les nouveaux magistrats remplaçaient le festin par des acquisitions d'armes ou des aumônes. A deux reprises différentes, au seizième siècle, les consuls de Limoges offrent des pièces d'artillerie à la ville au lieu (du banquet d'usage ^. A Angers, en 1661, en 1662, en 1709, l'argent de ce banquet fut converti en aumônes; mais il en résulta en 1662 un déplorable accident ; les pauvres affluèrent en si grand nombre et avec une telle confusion à la maison du maire où se distribuaient les aumônes que, selon les

* Victor Fons, Buvettes et festins des capitouls.

* Il fut estimé 1183 liv. Jmrnal du curé Jousselin, C. Port, Arch. Angers, p. 454.

' Reg, consulaires de Limoges, I, 256, II, 18.

dires d'un contemporain, « il y eut plus de trente personnes estouffées et crevées*. »

On essaya à plusieurs reprises de supprimer les banquets municipaux. La déclaration de 1629 défendit tous tes banquets,. particulièrement pour redditions de comptes de communautés, élections, prestations de serment; mais ces interdictions absolues et d'autres du même genre ne furent pas exécutées ^ Le nombre des festins diminuait cependant; dès 1608, on constatait à Arras que Ton en avait réduit les dépenses ; mais on regardait comme n'étant « guère décent, ni séant, de veoir par la populace passer, et porter les metz au travers du marché pour le disner de messieurs, signament lorsque l'on fait exécution en justice de quelque criminel. » A Arras même, il y avait une cave bien garnie, et l'on voulait qu'elle fût mieux ménagée ^ Les intendants, les parlements limitaient les dépenses des banquets, faute de pouvoir les interdire ; mais on n'en saisissait pas moins toutes les occasions pour en donner. Les échevins de Cambrai consacraient le produit des amendes et des épices de leur juridiction à faire servir chaque année, dans la salle verte de leur hôtel de ville, neuf festins auxquels ils conviaient parfois les dames*. Les quatorze échevins d'Orchies se donnaient des repas à rhôtel de ville, presque toujours aux dépens des revenus communaux*'. Toulouse témoignait aux mainte-

* Inv. Arch. Angers, BB. 89 et 10 i. Journal de Jomselin, p. 484. > Brillon, lU, 284.

5 Wignacourt, 75-76.

* Blin, Cambrai il y a cent ans, Mém. Soc. ém., XXXIV, 334. » Cahier d'Orchies. Arch. parlementaires, III, 189.

LES PREROGATIVES DES JttAIRES. 183

neurs des Jeux floraux la sollicitude qu'elle portait à leurs nobles travaux en leur offrant des quartiers de veau, à la suite d'une collation. Dix-sept veaux de lait furent employés en 1657 à cet usage *. On donnait aussi des festins aux princes, aux gouverneurs *, aux grands personnages qui passaient dans la ville. La ville de Paris n'offrait-elle pas dans les grandes circonstances des banquets au roi et aux princes, où le prévôt des mar- <^hands et les échevins avaient l'honneur alors si envîé ' de les servir ? A Bordeaux, pendant la Fronde, les jurats •donnent un grand souper aux partisans des princes et jurent de mourir pour eux^ C'est aussi dans un banquet que les consuls de Nîmes , recevant les consuls d'Arles, renouvellent avec eux les liens d'ancienne amitié qui unissaient leurs villes, et qu'au son des violons, des trompettes et des hautbois, ils revêtent de leurs •chaperons leurs hôtes qui sont très-sensibles à cette « galanterie*. »

Dans les festins de ce genre, le maire occupe le haut bout de la table. Derrière le prévôt des marchands de Paris, se dresse en 1749 un superbe buffet en pyramide, garni de vieille vaisselle de vermeil doré, qui, «elon un témoin oculaire, « a un air d'antiquité et ne sert à rien, » et que l'on peut comparer aux buffets chargés d'argenterie qui décorent encore en Angle-

1 Victor Fons, Buvettes et festins des capitouls,

» Souper au maréchal de Gramont. Inv. Arch. Bayonne, CC. 311. — Dîner de cent couverts oflfert par la ville d'Angers en 1650. Debidour, p. 126.

» Lenet, Mémoires, éd. Petitot, I, 488.

* Ménard, Hist, de Nismes, VI, 231 et 513. <■ ■ 7,

terre les salles de banquets présidés par les lords maires *. Près du buffet sont les trompettes et les hautbois de la ville, qui jouent par intervalles, tandis que des tambours et des trompettes placés dans la coor' annoncent l'entrée de chaque service *. Plusieurs villes ont leur argenterie, qu'elles gardent dans leur trésor ou qu'elles confient au maire. Le maire de Langres était dépositaire de quatre gondoles d'argent, représentant le vin de singe, le vin de lion, le vin de mouton et le vin de cochon. On les portait chez lui avec le portrait du roi régnant, un marteau de cuivre pour éveiller le guet, quatorze cimaises pour mettre les vins d'honneur, et d'autres objets d'un caractère emblématique, qui attestaient ses prérogatives '.

Les premiers magistrats municipaux, à qui l'on donnait parfois le portrait du roi, avaient dans un certain nombre de cités l'honorable prérogative de se faire peindre aux frais de la ville. Si les représentants de là Convention en mission n'avaient pas fait jeter aux flammes la plus grande partie des annales du capitoulat de Toulouse, on pourrait voir encore sur ces registre» précieux la suite des portraits des capitouls depuis 1295 . D'abord, ils ornaient les lettres majuscules ; puis il» occupèrent une demi-page et une page entière. Plus tard, on fit faire, outre ces miniatures, deux portraits

1 Voir la collection de YlllustrcUed London News et du Graphie.

« Journal de Vavocai Barbier, IV, 463.

' Inventaire de l'hôtel de ville au XVIII^ siècle, La Haute-Marne, p. 604. Les cimaises ou simarres étaient des vases d'étain à deux anses, qui faisaient partie de la yaisselle des villes.

de chaque capitoul, Fun qu'on conservait à Thôtel de ville, Tautre qu'on lui donnait lorsqu'il sortait décharge*. L'usage de faire peindre chaque année les consuls dans leur costume officiel se répandit dans le midi; il existait à Albi, à Montpellier et à Carcassonne. Nîmes l'adopta en 1661 ^ Lyon, depuis 1614, faisait reproduire les traits de son prévôt des marchands et de ses èchevins, en miniature, dans un registre couvert de velours violet garni de cantonnières et de fermoirs d'argent, et à l'huile, sur des toiles que l'on exposait dans la salle des séances*. Quand des échevins faisaient banqueroute, on retournait leurs portraits ; en 1782, un grand nombre d'entre eux étaient retournés*. Angers et Dijon font poser, sous Louis XIII, les portraits de leurs maires dans la salle du conseil ; sous Louis XIY, à Angers, on décide qu'on y joindra ceux des conseillers, du procureur et du greffier de la ville \ On pouvait voir dans l'hôtel de ville de Bordeaux « les maires et les jurats

1 De Mas-Latrie, Rapp. sur les Arch. de Toulouse, Doc. inédits, I, 154-156. — Jean Chalette, peintre de l'hôtel de ville de Toulouse, recevait 700 1. par an, sous Louis XIH, pour faire trois fois le portrait de chacun des huit capîtouls. Un capitoul ayant malversé, le peintre fut obligé par arrêt du parlement d'effacer son portrait. (Roschach, Mém. Soc, Acad, Aube, XXXI, 255-256.)

« Inv, Arch, Albi, CC. 340... Hérault, C. 1011. — Ménard, VI, 154.

» Inv. Arch. Lyon, BB. 150 et 151. Chaque portrait dans le registre était payé 10 liv. — En 1657, on fit faire leur portrait en cire. {Ibid. BB. 212.)

* Mémoires de Brissot, H, 117.

8 Port, Inv, Arch, d'Angers, BB. 66 et 94. Cet usage existait encore h Angers en 1755. (Ibid, BB. 116.) — Il aurait existé à Troyes au 17e siècle. {Lettres d'E„, mée de Bo... on La,,, c„, be, p. 45.) Inv, Arch. Dijon, BB. 244.

peints au vif avec leurs ornements * ». A Paris, les prévôts de marchands et les échevins se firent représenter dans des tableaux collectifs, pour conserver le souvenir d'événements importants auxquels ils avaient pris part ; mais ils ne gardèrent pas la coutume qu'ils avaient eue au xvi' siècle de se faire peindre isolément*.

Quelques maires de Bourgogne avaient aussi la prérogative de faire frapper leurs armes sur les jetons de la ville. Autour des armes d'un maire de Dijon , on grava cet exergue : Civivm félicitas et amor. On accusa cette inscription de porter le caractère d'une basse adulation ' ; mais la médaille n'en était pas moins frappée à la gloire du maire.

Une autre distinction honorifique accordée à certains maires, c'était le droit de mettre une barrière à la porte de sa maison *. Il impliquait le droit d'avoir des gardes, comme les plus grands personnages. A Périgueux, le maire plaçait sur sa porte les armes du roi et de la

* Du Verdiep, Voyage de France, 1673, p. 136. — On paie 150 1. pour les portraits des ji^rats en 1670. (Livre des Privilèges, p. 409.)

« Leroux de Lincy, Hist. de l'hôtel de ville de Paris, p. 45.

s Arch. nationales, H. 1469. — M. Amanton a fait graver 131 jetons aux armes des différents vicomtes-maieurs de Dijon, de 1509 à 1789. M. de Fontenay en a reproduit un certain nombre, ainsi que des jetons des maires d*Auxonne, de Beaune et de Semur. Il attribue à un maire d'Auxonne un jeton de 1617, qui porte cette singulière devise :ut simia dilexit, ut homo direxit. L*affection du maire pour ses administrés était comparée à celle de la guenon pour ses petits. (Man, de l'amateur de jetons, 341-372.)

* Barrière que Ton pose devant la porte du maire estimée année commune : 60 1. (Dél. de 1769. Arch. de Troyes, A. 52.)

ville avec les siennes *. A Lyon et ailleurs, c'était Tusage de planter des mais devant son hôtel '. Le maire avait un caractère public tel, qu'on lui interdisait de prendre le deuil, s'il perdait un parent^, et que s'il venait à décéder dans l'exercice de ses fonctions, ses funérailles étaient célébrées aux frais de la ville d'une manière solennelle. A Marseille, à Nîmes, les obsèques du premier magistrat de la cité se font avec une pompe inusitée * ; il en est de même à Dijon ainsi qu'à Chaumont, où l'on tend de noir l'hôtel de ville le jour de son service funèbre **.

Les femmes des maires et des mayeurs, qu'on appelait mairesses et mayeuses, participaient à quelquesunes des prérogatives de leurs maris. La mairesse de Dijon avait droit à un chapeau d'une valeur de 15 livres ; celle de Niort à une redevance de 30 1. que l'on appelait la quenouille de la mairesse. Madame la mairesse de Saint-Maixent avait dès sergents, qui voulaient toucher des gages comme ceux des sergents du maire ^. A Boulogne, les portes sont tendues de noir pendant huit jours à la suite du décès de « madame la mayeuse \ » Il arrivait même qu'on attribuait des honneurs spé-

^ Depping, Corresp, adm. sous Louis XIV, I, 694, II, 837.

* Il fut supprimé en 1765. Inv, Arch, Lyon, BB. 334. » 1596. Mon, inéd. de Vhist du Tiers-Etat, II, 1083.

* De Ruffl, I, 468. — Ménard, VI, 227.

» Inv. Arch. Dijon, B. 11. — Jolibois, p. 179. — D' Valentin, Echevinage de Vitry, p. 18.

* Inv. Arch. Dijon, B. 11. — Journal inédit de Gaudelet, fol. 81. — Thrésor des titres de Nyort, 1675, p. 292.— /nt?. Arch. S. Maixent, BB. 1.

' 1784. Inv. Arch, Boulogne, n» 528.

ciaux au fils du premier magistrat municipal né pendant Texercice de ses fonctions. Le fils du premier capitoul de Toulouse né dans ces conditions recevait le titre non héréditaire de comte de Toulouse et avait le corps de ville pour parrain *.

D'autres droits non moins précieux étaient concédés aux officiers municipaux et à leurs familles. Si parfois ils exerçaient les privilèges de seigneurie que possédait la ville ', et prenaient les titres de comtes, de vicomtes et de barons', ailleurs ils étaient investis du privilège plus personnel de la noblesse héréditaire. Il avait été accordé aux maires et aux échevins d'un certain nombre de villes au xv® et au xvi* siècle. Paris, Lyon, Bourges, Poitiers, Tours, Angers, Abbeville, Angoulème et beaucoup d'autres en jouissaient *. On essaya de le révoquer en 1666, mais sans y parvenir*^ ; en 1691, on en faisait payer la confirmation aux échevins des villes *. La noblesse, qui conférait non-seulement des droits honorifiques, mais des exemptions d'impôts,

1 De Mas-Latrie, Rapport sur les Arch, de Toulouse. Doc, inédits, 1,153.

• Guadet, Saint-Emilion^ p. 199.

• Bnssiérey Essai sur Vhist. de la Révolution en Périgord, I, 22.— Carreau, Description de Bourgogne, p. 272. — Des Essarts, VIII, 575. — Barckhausen, Liv. des Privilèges, Int. p. xxrî*

^ Brillon, III, 27-28. — Angoulôme, en 1789, demande le maintien du privilège de noblesse pour son maire. (Arch. Parlementaires, II, 18.) Les maires de Bourgogne étaient investis seulement de la no^ blesse personnelle.

> Arrêt du conseil du 6 déc. 1666. La Thaumassière, Hist. de Berry, 151.

• Corr. des contrôleurs généraux, I, n<» 1017.

-était un stimulant puissant pour attirer dans les charges publiques les citoyens honorables qui auraient voulu s'en dispenser.

L'exemption de tailles pendant Tannée de leur exercice était aussi pour eux un dédommagement. Elle était accordée aux consuls du Dauphiné et du Languedoc, qui étaient également déchargés de tutelle et curatelle, du logement des gens de guerre et du service du guet * . Les maires et échevins étaient souvent exempts de la garde et des logements militaires, et ceux d'Angers conservaient cette immunité pendant les dix années qui suivaient leur sortie de charge. A Chartres, un échevin était dispensé pendant deux ans de toutes fonctions publiques *. L'exemption de tous les droits de taille, de guet et de garde et même d'octroi fut accordée aux maires par les édits d'août 1692 et de septembre 1706.

C'est surtout ce dernier édit qui régla de la manière la plus détaillée les attributions et les fonctions des maires, en étendant à toutes les villes des prérogatives qui n'existaient que dans un certain nombre d'entre elles. Il les augmentait presque partout, afin de tenter un plus grand nombre d'acquéreurs, et il se gardait bien de porter atteinte aux usages et aux coutumes qui, dans quelques localités, pouvaient être plus avantageux aux maires. Non-seulement les maires, les échevins et les assesseurs eurent le titre trop prodigué,

• Brillon, II, 379. — Rossignol, Diocèse de Castres, p. 124. — Mémoire sur les usages qui s'exerçaient dans les communautés du Languedoc. Arch. nationales, H. 1000.

« 1718. Inv. Arch, Angers, BB. 106. — 1600. De Lépinois, H, 364.

mais toujours flatteur, de conseillers du roi * ; ils furent déchargés du droit de solidité qui les rendait responsables de certaines impositions non payées. Désormais les maires eurent partout le droit de convoquer les assemblées générales et particulières ; de recevoir le serment des officiers de la ville ; de garder les clefs des portes et d'exercer une juridiction sur la milice ; ils eurent la présidence des adjudications et des redditions de comptes ; si quelques maires jouissaient déjà d'attributions de ce genre, le plus grand nombre était encore assujetti à la suprématie du juge et des officiers des finances. L'édit de 1692 les en affranchit, et quand la vénalité des charges qu'il instituait eût été supprimée, les nouveaux droits qu'il avait édictés subsistèrent.

Il ne faut pas croire cependant que l'uniformité s'établit. Elle ne put même être obtenue par les édits de 1764 et de 1765 qui avaient pour but spécial de l'introduire dans l'ensemble des institutions municipales. Une vaste enquête fut ouverte à cette époque ; toutes les villes furent invitées à envoyer des mémoires sur les changements qu'on préparait ; celles qui avaient des privilèges supérieurs s'élevèrent contre la loi qui les soumettait au niveau commun. Troyes s'étonne de voir une administration absolument uniforme dans toutes les villes, et ajoute que tout changement dans les choses d'administration est dangereux lorsqu'il n'est pas absolument nécessaire ^ Abbeville est

* Recueil de règlements conc, la municipalité, I, 312-316.

* Mémoire envoyé à M. Bertiii en 1764. Arch. de TAube^ 44. E. 10.

persuadée que la moindre modification dérangera le bon ordre et la tranquillité qui régnent depuis longtemps entre les différents corps*. Arras affirme que les édits ont causé de grandes agitations parmi les citoyens et qu'ils ne peuvent s'allier avec leurs usages et privilèges*. Lyon invoque, en 1770, la nécessité absolue de changer le nouveau système, parce qu'il a amoindri l'autorité des officiers municipaux et suscité une multitude de difficultés % et Reims déclare que c'est avec la plus grande douleur qu'elle a vu paraître des édits dont les dispositions renversent toute la constitution du gouvernement municipal et les privilèges dont elle a toujours joui *.

Ces édits, qui sont regardés par les historiens comme les plus favorables à la liberté municipale qu'ait édictés la monarchie, avaient cependant amoindri cette liberté dans beaucoup de villes et sur un certain nombre de points. Amsi l'édit de 1765 remplaçait le procureur syndic par le procureur de la juridiction royale ou seigneuriale et rendait au juge la présidence des assemblées des notables ^ qui depuis 1692 appartenait aux maires. Cette rentrée des officiers de justice dans les échevinages explique avec quelle indifférence on vit révoquer cet édit en 1771, et comment l'on se résigna à racheter de nouveau à prix d'argent les privilèges anciens.

1 Mon. inéd. de l'hist. Tiers-Etat, IV, 548.

* Mémoire, fol. 91 et 92. Arch. nationales, K. 1145. » Inv. Arch. Lyon, BB. 338.

* Varin, Arch. de Reims, IV, 569.

> Art. XIX et xxx. Ane. lois franc., XXn, p. 441.

192 LIVRE II. CHAPITRE ni.

Dans tous les cas, les maires, même lorsqu'ils étaient élus par le suffrage le plus restreint, conservèrent rattachement de leurs concitoyens. Ils le méritaient souvent par leur prudence, par leur zèle, par leur dévouement aux intérêts qui leur étaient confiés. Un mairo d'Angers, invité par le gquvemeur à dénoncer les noms de plusieurs séditieux, lui répondait avec noblesse : « Vous les apprendrez d'autres que de nous, qui sommes obligés par nos charges de fsdre et dire du bien do ceux qui nous déshonorent ^ » Prenant au sérieux le titre de cbefs du peuple qu'on leur donnait % <rautro8 m> nxi^ulaient devant aucune démarche, quelquo |MVUUnm> qu*olU> fût, pour défendre leurs admiuiHU>^. Vtt tjchevitt tVAuxwre fut jeté en prison pour H^w^i' t^xivo^ Khit misère i^^-ec trop de chaleur au duc iW \\^Ht<i4tU<^. L^ bed^Uails n étaient pas toujours in- >l^^l*^Y^^îi tî^^t qui $edé\*oaaieiil pour eux. L'assemt^ ($[<^^^ ^W di^uiiionl remercie s<m maire du vH^^^Ni^^^ <^ vW r<S^i¥^^ir^ qu il a diS^yés à soutenir « la Uk^l^ v^ K't^ jMfiviKî^î^^ V iie $es concitoyens'. Les vH^vi^U vk" \>M\>9^:!i$Mm¥^ 1^ |w^iaieiil41$ pas serment de ^uwvMv^^ vK^ IvKiU^ kujk^ t\MXW le bien et lavantage vV \^ \UW'^ Cêtoil W^ leur YNÙ rdle, quon les vit Huu^' ^\\H^ (kmu^^ui\ msu^ qu ik^ abandoonèr^t trop â\>u\v^t ^u ^i^di^ ikvmer pour défendre kors privilè-

* (Uikdele^ JgtttMi iaèdh anr I)i|Qi^ foL 69. — Ea i7S9, (^veU^^ co«apare ses aacKiKs Bajevs élos à des tribuns da penqple. (Arch. Parlementaires, n, 19.)

» i6&l, CbardoD, H, 198. — 1687. J<4ibois, p. 235.

* 1741. Ardi. nalioiules, H. 10^5.

ges, qui n'étaient pas toujours ceux de la ville ellemême. Ils n'étaient pas incapables de fermeté, et l'on sentait parfois l'esprit d'un citoyen sous l'humilité du sujet. Comme tous les membres du tiers-état, les maires se mettaient à genoux devant les rois et les reines, lorsqu'ils leur présentaient les clés de leur ville et qu'ils leur adressaient des harangues*. Cette posture leur semblait naturelle, puisqu'elle était celle des magistrats les plus éminents de l'ordre judiciaire dans les circonstances solennelles. Mais, à mesure que l'on s'avança dans le xviif siècle, le pouvoir traita les maires avec plus d'égards ; on ne les emprisonnait plus sous Louis XV pour les contributions arriérées de la ville ou pour des dettes non payées ; on n'enfermait plus un maire pour avoir manqué de respect à une grande dame * ou pour avoir plaidé avec trop de force devant un prince en faveur de la cité^ Si l'arbitradre existait encore sous Louis XY, il était tempéré par un esprit de tolérance, qui n'était pas encore la liberté, mais qui la préparait.

< Les maires et échevins mettent tantôt deux genoux, tantôt un genou en terre. A rentrée de Henri IV à Troyes, en 1595, ils n'ont qu'un genou. A Paris, ils mettent deux genoux devant Louis XUI, à son retour de La Rochelle; un seul, en 1660 et en 1744, devant le roi. Voir les gravures d'Abr. Bosse et de Cochin. Les Armoiries de Paris.

* Depping, Corresp. admin, sous Lotus XIV, t. II, 868.

« 1651. Chardon, Hist. d'Auxerre, U, 198.

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