La Vic ouvrière, 5 Octobre 1910, p
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rience impitoyable les ayant convaincus du peu d'efficacité des appels à l'humanité et au patriotisme », -— Bernard Shaw est membre influent de la Société Fabienne, et compose des tracts pour prêcher les beautés de la pénétration pacifique, « {he virtues of permeation »
Sidney Webb‘!
Si les intellectuels manquent de logique, que dire des hommes d'action ? Que dire des chefs trade-unionistes, et de la masse qui tantôt les suit, et tantôt les pousse en avant, lorsqu'on a lu l'Histoire du Trade-Unionisme de B. et S. Webb, ou le compte-rendu des débats du dernier Congrès des Trades-Unions, à Newport, en 1912? 11 est impossible de formuler des conclusions fermes, d'indiquer des directions précises; tout au plus peut-on relever des tendances multiples. et contradictoires, signaler des conséquences probables ou simplement possibles, constater qu'à toutes les périodes il y a toujours eu, se superposant plutôt que se succédant, un vieil-unionisme et un nouvel-unionisme, disposant de plus ou moins d'influence dans telle ou telle industrie.
L'histoire des grèves de 1911 et de 1912 ne peut que confirmer cette opinion. La grève des dockers en 1911 à été calme à Londres, violente à Liverpool; la révolte des employés de chemins de fer a été marquée par quelques actes de sabotage, et par la fusillade de Llanelly. La grève des mineurs de 1912, dont la cause première était le violent soulèvement des Gallois en 1910, 1911, a offert le spectacle d'un mouvement immense, se développant dans le calme le plus parfait, de l'aveu même des sociologues nettement hostiles aux grévistes. En somme, les violences ont été le fait des unions du nouveau type, franchement combatives,
, à l'instar d’un
4. G. R. S. TAYLOR, Leaders of Socialism, p. 99-99. — Sur la Société Fabienne, voir PFEIFFER, la Société Fabienne et le Mouvement anglais contemporain. Thèse Paris, 1911,
el plus fréquentes parmi les Celtes, Gallois ou frlandars, que chez les Anglo-Saxons. Ces désordres mêmes ont paru à des juges compétents, tels que M. L. A. Atherley Jones, Ex. M. P., assez insignifiants, auprès des révoltes sanglantes qui marquèrent le mouvement ouvrier anglais pendant la première moitié du XIX° siècle, et l'on a pu écrire que « si la grande grève d'août 1911 avait été une révolution, ç’avait élé une révolution paisible » 6.
Il semble, d’ailleurs, que le principal facteur du succès des grévistes a été ce que la presse capilaliste a appelé « la méthode du chantage national », « le ranconnement du pays »7, i. e. l’arrêt d’une industrie essentielle à la vie nationale, telle que les transports ou les mines, forçant le Gouvernement, sous la pression de l'opinion publique, à intervenir plus ou moins discrètement auprès des employeurs, pour les déterminer à céder, ou à tenter de donner directement satisfaction aux revendications ouvrières par une loi de circonstance, comme le Coal Mines Minimum Wage Act. Pour obtenir cet arrêt, et l'intervention subséquente des pouvoirs publics, il importe d'agir promptement et avec solidarité : l'échec complet de la seconde grève des docks, en 1912, prouve combien les patrons triomphent facilement des salariés, lorsque ces conditions ne son pas réunies.
La contrainte morale et l'intimidation, dissimulées sous les apparences du « pickeling », sont les moyens d'action prélérés des grévistes pour rallier les faibles, déterminer les hésitants, et réaliser la cessation complète du travail nécessaire au succès. Le sabolage parait avoir peu d’adeptes, et l'attitude des ouvriers anglais fait contraste
5. The Nineleenth Century, 2 semestre 1911. À servile war, by L. A. Atherley JONES, p. 928-941, spécialement p. 999.
6. Forinightly Review, 2e semestre 1911. Democracy arrives, p. 381-390.
7. The Nineteenth Century, March 1912. Holding a nation lo ransom, by Harold COX, p. 401-410,
avec la fureur destructrice qui anime en ce moment les suffragettes $. Quant aux émeutes, elles sont assez rares, ce qui lent peut-être à la liberté dont jouissent en Angleterre les démonstrations populaires de toute nature®. En tout cas, la violence ouvrière se manifeste moins ouvertement, el avec une gravité moindre, que dans le Dominion Australien, où des leaders modérés préconisent l'immersion comme moyen radical de guérir la « jaunisse » 10; qu'aux Etats-Unis, où la dynamite sert à détruire les immeubles occupés par les Journaux hostiles aux grévistes 1; qu'en France, enfin, où les « citoyens brownings », récemment employés au meeting de la salle Wagram, transformé en bataille de Wagram, contre leur parrain Gustave Hervé !?, font pàlir la renommée des modestes carabines à air comprimé à 2 shillings 6 pence, vantées par Charles Watkins dans le Syndicalisl Railwayman.
D'ailleurs, même dans les grèves menées à l’aide des procédés les plus énergiques, la violence apparaît chez les ouvriers anglais comme un réformisme à coups de poing,
8. La Revue, 15 Décembre 1912. Crimes de Suffragettes, par Max NORDAU, p. 450-456.
9. Sir Arthur CLAY, Syndicalism and Labour, 1912, p. 41-49. — Times, 18 October 1909. — M. Briand a fait en France un essai assez concluant de la liberté de manifestation, le 17 Octobre 1909, à l’occasion de la manifestation Ferrer.
10. The Tyranny of Trade-Unions, p. 27-28, citant M. SPENCE, M. P.:
« Quelques Unionistes croyaient fermement à l'efficacité de l'immersion comme cure de la jaunisse. Un organisateur expérimenté m'a dit qu'il ne connaissait qu’un cas qui ait exigé plus d’un plongeon. C'était dans le Western Victoria. Etant « on picket », il surprit un jaune qui traversait, en se dissimulant, un pont jeté sur un ruisseau: il était alors trois heures du matin, et il gelait. Après avoir essayé sans succès la persuasion morale, il poussa le « jaune » du haut du pont dans l'eau froide. Le pauvre diable reprit pied, persistant toujcurs dans sa fidélité au patron; un nouveau plongeon le laissa tout aussi endurci dans son péché. Après quelques exhortations, un troisième plongeon le forca à se repentir: il sortit du ruisseau converti à l’Unionisme, témoignage vivant de l'efficacité de l’eau froide, judicieusement employée ».
11. The Tyranny of Trade-Unions, p. 152-168. Exposé de l'affaire Mac Namara et de la destruction par la dynamite des bureaux du Times de Los-Angeles, le 2 Octobre 1910, attentat qui fit dix-neuf victimes. — Voir aussi La Vie ouvrière, 5 Février 1912. L'Affaire Mac Namara, par W. Z. FOSTER, p, 184-189,