Réflexions sur la Violence, p
Voici le texte d’une circulaire que le préfet de police, M. Lozé, adressait aux agents en Août 1889: s
« Le Parquet de Paris estime que, par suite de l’abrogation de l’art. 416 du Code pénal par la loi de 1884 sur les syndicats professionnels, les voies de fait de nature à entraver la liberté du travail ne sont punissables que si elles ont été directement exercées sur les personnes, et que, par conséquent, ne peuvent être poursuivis ceux qui, comme la plupart des grévistes arrêtés ces jours-ci, se sont bornés à détruire des outils ou à renverser des tombereaux sans avoir préalablement menacé ou frappé les ouvriers dont ils cherchaient à interrompre le travail. » Cité par M. PAUL-BONCOUR, les Rapports de l’Individu et des Groupements professionnels, p. 319, note 4.
32. Sur l'importance des privations de salaires et de bénéfices résultant des grèves, voir la Statistique des Grèves; — le Traité de Législation industrielle de M. PIC, p. 186-188; — dans Le Droit de Grève, la conférence de M. PICATE- NARD, D. 161-198; — enfin CROSBY, Strikes, 1910, p. 47-54,
33, Le Sabotage, A'Emile POUGET,
tage trop brutal ou trop énergique, pour constater que, toul compte fait, la balance indique encore un résultat favorable à ce procédé. Nous pouvons donc, malgré l'allure paradoxale d’une telle remarque, croire, dans ure certaine mesure, à la valeur économique de la violence.
Jusqu'à présent, nous n'avons envisagé l'emploi de la violence ouvrière dans les grèves qu'au point de vue de ses résultats immédiats. Il nous reste maintenant à examiner les effets plus lointains que lui assignent les leaders révolutionnaires et les intellectuels du néo-syndicalisme : en un mot, après avoir indiqué la valeur réformiste de la violence *!, à noter sa valeur révolutionnaire, et sa valeur comme agent de progrès moral.
Les grèves violentes constituent, en effet, une excellente gymnastique révolutionnaire ; ce sont les grandes manœuvres de la guerre sociale #. Elles tiennent le prolétariat en haleine ; elles lui inculquent l'esprit de décision, d'iniliaüve; elles lui apprennent à paralyser rapidement, sur un point donné, la vie économique du pays; elles l’entraînent en vue du grand soir. Enfin, et surtout, par les haines qu'elles suscitent, par les répressions qu'elles entraînent parfois, elles maintiennent bien nette la scission entre le prolétariat el la bourgeoisie, elles font échouer les tentatives des réformistes, des partisans de la paix sociale, qui s'efforcent de corrompre le mouvement ouvrier et de « noyer le syndicalisme révolutionnaire dans la salive de messieurs les professeurs » 5%.
Sur la nécessité de maintenir la scission entre le prolélariat et la bourgeoisie, les intellectuels et les militants révolutionnaires sont entièrement d'accord. Mais les pré-
34. Sur « le réformisme à coups de poing », voir Réflexions sur la Violence, P. 56.
35. Victor GRIFFUELHES, l'Action syndicaliste, p. 32 — Le Parti socialiste el la C. G. T. Discours prononcés par Lagardelle, Guesde et Vaillant au Congrès de Nancy, le 14 Août 1907, publiés par LAGARDELLE, 1908.