‹ La Violence Dans Les Grèves AnglaisesChapitre 58 sur 181 · Revue d'Economie politique, Janvier-Février 1912, p. S · texte numérisé non relu

Revue d'Economie politique, Janvier-Février 1912, p. S

Déja, dans plusieurs centres des employés s'étaient mis en grève de leur propre mouvement. Le 9 Août, 3.000 employés de Liverpool s'étaient solidarisés

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du Board of Trade, dans la soirée du 17, l'ordre de grève élait télégraphié à toutes les unions locales d'employés de chemins de fer. Il était ainsi conçu : « Votre liberté est en jeu. Que tous les employés se mettent en grève sur le champ. Une loyale solidarité assure la victoire » #.

La grève marquait la faillite des comités de conciliation et de l'accord de 1907, œuvre de M. Lloyd George. En 1907, les employés de chemins de Îer anglais avaient réclamé une augmentation de salaires, une diminution des heures de travail, enfin la reconnaissance de leurs unions par les compagnies. La grève avait élé conjurée par M. Lloyd George qui fit signer le 6 Novembre 1907 au

avec les camionneurs et les dockers Le 10 Aoùt, 4.000 nouveaux employés s'étaient mis en grève à Liverpool et 1.000 à Birkenhead. Le 12, 1.400 à Londres, 4000 à Hull, 5.000 à Birmingham. Revue Polilique el Parlementaire, 10 Mars 1912, p. 520-521. 2

39. The Tyranny of Trade-Unions, p. 115: « Your Liberty is at stake. Al Railwayimen to strike at once. Loyalty to each others means victory ».

Le 17 Août au matin, le Railway Review, organe officiel de l'Amalgamated Socieiy of Railway Servanñtis, publiait le manifeste suivant :

« L'heure décisive est arrivée. Si les Compagnies ne veulent pas accorder à leurs employés le droit élémentaire, mais important, d’être représentés par leurs Unions, une grève générale des chemins de fer va éclater.

» Les employés de chemins de fer sont décidés à ne pas rester des ilotes plus longtemps. Leurs longues années de servage doivent finir. Les Concilialion Boards ont fait faillite. Leur existence, dans la forme actuelle, ne saurait être plus longtemps tolérée. Ils sont devenus des instruments d’oppression, des caricatures de la justice et du franc jeu. Il faut les supprimer ou les améliorer.

» Les hommes veulent être libres, même s'ils sont employés de chemins de fer. Ils ne consentiront. pas à rester plus longtemps des parias. Ce qu'ils veulent, c'est la justice et le franc jeu; les mêmes possibilités de coalition effective que les autres travailleurs; la même voie large ouverte pour négocier; le même droit de choisir ceux qui parleront en leur nom; la même facilité d’avoir leurs salaires et leurs heures de travail fixés par un accord avec leurs Unions, comme les autres travailleurs.

» [ls sont décidés à ne pas se contenter à moins. Un accord imposé n’est pas obligatoire. Un Conseil de conciliation forcé, où tout l'avantage est du côté des Compagnies, tout le désavantage du côté des employés, n’est pas digne d'hommes libres.

» Le Comité central a parlé. L'occasion présente voit réalisée l’unité des employés. Aux hommes de répondre. « Ceux qui veulent se libérer doivent frapper un grand coup ». Finissons-en une fois pour toutes. Un assentiment du bout des lèvres, un arrêt sectionnel ou local, ne signifieraient rien. Un grand effort solidaire, et nous vaincrons. Le sort en est jeté. Finissons-en pour toujours avec notre intolérable situation actuelle. »

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Board of Trade un arrangement entre les compagnies et leurs employés #, Cet arrangement, valable pour sept ans, établissait dans chaque compagnie des conseils de concilialion et d'arbitrage, chargés de solutionner les difficultés relatives aux salaires et aux heures de travail, et dans lesquels les agents étaient représentés par des délégués élus. Si l'accord ne pouvait se faire, on recourait à un arbitre désigné par les parties, ou, à défaut d'entente, par le président de la Chambre des communes et le Master of the Rolls. La procédure, déterminée par l'arrangement, était très lente et très compliquée. Enfin les compagnies ne reconnaissaient pas les Unions : elles n'avaient affaire qu'aux délégués élus par tous les employés, et qui devaient être des employés 4.

Dès l'abord, l'arrangement mécontenta les agents : Fuchard Bell, secrétaire général de l'Amalgamated Society of Railway Servants, el type du leader du vieil unionisme # (dont la redingote, le chapeau haut-de-forme, la mentalité bourgeoise, et le manque de « virilité combalive » commencent à lasser les travailleurs anglais) fut congédié peu de temps après l'avoir signé #. Le mécontentement ne fit que s’accroître, quand l’on vit fonctionner le rouage créé par l'accord de 1907. Le numéro de Mai 1911 de l'Industrial Syndicalist, adressé aux « railwaymen », el rédigé par Charles Watkins, résume très nellement les griefs des employés # : il montre que l'arrangement de 1907 a abouti

40. Sur Lloyd George, voir Jacques BARDOUX, Süithouelles &'Outre-Manche, P. 58-81.

41. Voir l'exposé détaillé du système dans la Revue Politique el Parlementaire du 10 Mars 1912. — Za Concilialion et l'Arbitrage dans Les Chemins de Fer anglais, par G. BERTIN, p. 510-584. — Voir aussi WATNEY and LITTLE, Industriat Warjare, p. 57-58.

A2, Jacques BARDOUX, Silthouetles d'Outre-Manche, p. 285-298.

43. The English Review, March 1912, p. 693. — WATNEY and LETTLR, 02: cit p. 59. — Revue d'Economie polilique, Janvier 1912, p. 86.

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