‹ La virilite chretienneChapitre 12 sur 48 · FOI ET CRÉDULITÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

FOI ET CRÉDULITÉ RELIGIEUSE

Messieurs,

N'oubliez pas que nous en sommes à analyser les rapports de l'Idéal chrétien avec l'intelligence humaine, et à déterminer à quelles conditions cet Idéal peut être vraiment connu de nous. A coup sûr il ne suffit pas de le connaître spéculativement pour le réaliser, et marquer tous ses actes à son effigie. Mais encore ne pourrions-nous songer à l'aimer, ni à conformer notre conduite à ses exigences, s'il échappait totalement aux prises de notre intelligence. Sans doute aussi nous ne pouvons nous fîer^ pour en saisir la vérité, à nos propres lumières, mais bien à la parole de Dieu. Toutefois, nous ne sommes pas dispensés pour autant, de re-

chercher en nous ou en dehors de nous, des raisons de croire que Dieu a parlé, et que cet Idéal de vie qu'il nous propose est la vérité même, immuable à la fois et féconde. Je vais donc supposer que vous êtes en possession de sérieuses raisons de croire, et que. jusqu'à ce jour, les raisons actuelles de ne pas croire n'ont pas déteint sur votre esprit. Il est même assez probable qu'entre tous les chemins qui vous ont conduit au seuil de la Foi, vous avez surtout pris les chemins du cœur. A vingt ans, en effet, le cœur d'un jeune homme s'épanouit au soleil de la vérité plus facilement encore que son intelligence. Toutefois prenez-y bien garde, Messieurs, nous avons ordinairement les défauts de nos qualités. Si le cœur a des raisons de croire que la raison ne connaît pas, à cause de cela même, il lui arrive parfois de croire sans raison, ou de faire appel, pour ne plus croire, à des raisons qui n'en sont pas. La crédulité et l'incrédulité sont comme les deux écueils où sa Foi vient se briser, quand il ne se soucie pas préalablement d'éclairer sa route à la lumière de la raison. Nous avons déjà noté que les motifs d'incrédulité ne manquent pas de nos jours aux étudiants catholiques. J'ai maintenant à vous parler de la crédulité dans laquelle il leur arrive aussi

de tomber, et qui n'est bien souvent, hélas, qu'une ét-ape par où ils aboutissent à l'incrédulité.

Combien d'âmes efféminées — parmi les âmes chrétiennes d'aujourd'hui — ne croient-elles pas sans raison à des objets qui n'appartiennent pas à la Foi ; et combien aussi, en revanche, qui mettent en doute le véritable objet de la Foi, pour des semblants de raison !

J'aborde, je le sais, un sujet délicat, où les préjugés à' imagination, de cœur, et de sensibilité jouent un grand rôle. Si nous vivions dans des temps où la crédulité a pu quelquefois se greffer sur la Foi sans lui porter trop d'ombrage, il est probable que la pensée même ne me serait pas venue d'en parler. Mais nous vivons au vingtième siècle, à une époque d'ignorance religieuse, de scepticisme, de criticisme, où la Foi est volontairement assimilée par nos ennemis à la crédulité ; où l'on attaque nos véritables croj^ances, les plus fondées en raison, au nom des erreurs ou des légendes qui s'y sont fatalement mêlées, et les ont obscurcies, ou dénaturées.

Il importe donc de séparer nettement l'or de l'alliage, de distinguer la vraie foi de la crédulité, qui n'en est qu'une contrefaçon. C'est à

quoi je voudrais employer celle inslruclion, et je m'eslimerais heureux si, grâce à Dieu, je pouvais sur ce poinl projeter un peu plus de lumière dans vos esprits.

En quoi d'abord la Foi surnaturelle aux vérités révélées se distinguc-t-elle de la crédulité naturelle à l'égard des mêmes vérités? Nous verrons ensuite quelles sont de nos jours les causes qui combattent ou favorisent le plus celle crédulité, mais presque toujours aux dépens de la vraie Foi.

Croire surnaturellement, c'est donner son adhésion à certaines vérités que Dieu nous révèle, et que l'Eglise nous propose en son nom. Les garanties de la Foi surnaturelle sont donc de deux sortes : d'une part le témoignage infaillible de Dieu ; d'autre part la proposition officielle par l'Eglise des vérités à croire.

En ne tenant compte que du témoignage divin auquel nous nous appuyons, la certitude qui naît de la Foi est absolue, inébranlable, car Dieu ne peut se tromper, ni nous tromper.

Lorsqu'un enfant a faim et demande à sa mère un morceau de pain, il est sûr d'avance que sa mère ne le lui refusera pas, et qu'au lieu

de pain, elle ne lui donnera pas de poison. Dieu est pour nous plus qu'une Mère, et nous, ses enfants, nous avons faim de la vérité, car nous ne pouvons vivre sans elle. A priori nous sommes donc certains, en faisant appel au témoignage de Dieu, que Dieu ne nous trompera pas, et qu'il n'enveloppera pas sa parole des voiles du mensonge.

Mais comment entendre cette parole divine? A coup sûr, Dieu pouvait nous parler directement, comme fait une Mère à son enfant. Mais tant d'enfants comprennent si mal ce qu'on leur dit, qu'on ne peut prendre trop de précautions pour le leur dire. Et nous sommes tous de ces enfants par rapport à Dieu. Or, à moins d'exiger de Lui des miracles continuels, il ne peut se faire qu'il s'adresse ainsi à chacun de nous, directement, avec des sons de voix humaine, pour frapper nos oreilles humaines. Mais alors si Dieu ne nous parle pas ainsi, s'il garde, en s'adressant à nous, sa manière à Lui de parler, est-ce que nous n'allons pas nous tromper sur son langage? A quels signes reconnaîtrons-nous que c'est bien la voix de Dieu que nous avons entendue ? Car il y a des échos qui trompent, et notre cœur fourmille de pareils échos.

Si la vérité que Dieu révèle ne nous paraît pas en harmonie avec nos besoins intimes, réels ou factices, n'aurons-nous pas souvent la tentation même inconsciente de déformer sa voix, et de croire, lorsqu'il parlera, que c'est nou> qui avons mal entendu ? En passant par les mille détours de notre imagination, le dédale de nos affections, les coins et les recoins de notre sensibilité, le timbre de la parole divine n'aura-t-il pas chance cent fois d'être faussé?

Mieux valait donc trouver un interprète de cette parole qui la traduisît avec exactitude, et dont la traduction fût à la fois indiscutable, et à notre portée. Voilà pourquoi Dieu a créé l'Eglise. Il en a fait l'interprète authentique de la révélation. Quand l'Eglise parle, c'est encore Dieu qui parle, en la personne de ceux qui sont ses substituts officiels, tels que le Pape et les Evêques, lorsqu'ils s'adressent officiellement aux fidèles qui composent l'Eglise! Alors nous les comprenons, car ils sont de chair et d'os comme nous. Ils ont une voix comme la nôtre, et s'expriment dans notre dialecte ù nous.

Telle est la foi surnaturelle. Messieurs, dans toute sa beauté, et sa simphcité. L'Eglise m'affirme que Dieu parle, par la bouche du Pape, des Evêques, des prêtres, qui ont mission d'en-

seigner dans l'Eglise; je crois que Dieu parle, et me fie à sa parole infaillible, pour adhérer aux vérités qu'elle m'exprime.

Dès lors il n'est pas difficile de voir en quoi précisément diffère cette Foi surnaturelle aux vérités révélées, de la crédulité naturelle à ces mêmes vérités.

D'abord, au point de vue de la certitude, la Foi a des exigences infinies, tandis que la crédulité n'en a pour ainsi dire aucune. L'âme crédule, un peu comme les hannetons, va donner de la tcte contre la première affirmation venue qui revêt un caractère religieux.

La Foi est raisonnable dans ses attaches humaines, en ce cens qu'elle ne nous permet point de croire sans raisons sérieuses, d'ordre intellectuel ou moral. Aussi bien ne craint-elle pas, sur ce terrain, le contrôle de la science. Au contraire la crédulité ne naît dans une âme chrétienne, et ne s'y entretient, qu'à la faveur de l'ignorance, ou des ténèbres de la superstition.

L'imagination qui ne doit avoir aucune part dans l'acte de Foi, est pour une très large part dans la crédulité. Elle est même comme le rempart derrière lequel la crédulité s'abrite d'ordinaire.

Par la Foi, nous nous appuyons sur Dieu pour croire en Dieu, et aux vérités qu'il nous révèle. Par la crédulité, nous ne nous appuyons que sur nous pour y croire, et même nous cherchons noire point d'appui sur ce qu'il y a en nous de plus impalpable et de plus fugitif, comme nos préjugés de race, d'éducation, nos caprices de cœur, nos dispositions d'esprit, nos fantaisies d'imagination, et jusqu'à nos impressions nerveuses.

La Foi recourt à l'enseignement officiel de l'Eglise pour démêler, dans la vérité religieuse, le bon grain d'avec la paille sèche. L'àme crédule, loin de rejeter cet enseignement de l'Eglise, met l'Eglise au contraire partout. Elle se fie, les yeux fermés, au premier venu qui dogmatise en son nom; à la moindre petite brochure qui propage des naïvetés, sinon toujours des hérésies, sous des dehors de piété; ou simplement à ses manières de voir, à ses inspirations personnelles.

La Foi, renseignée officiellement par l'Eglise sur la teneur de la parole divine, nous fait adhérer aux vérités que Dieu révèle, simplement parce qu'il les révèle, quelle que soit d'ailleurs la nature des vérités révélées. La crédulité, d'apparence plus confiante, est cependant

en réalité moins soumise. Volontiers elle découpe, dans le bloc des vérités de Foi, la part qui lui convient, un peu au hasard des circonstances, ou au gré de ses fantaisies. Elle met souvent au premier plan ce qui devrait être au dernier, ou au dernier ce qui devrait être au premier. Elle rétrécit la vérité révélée, ou l'élire outre mesure. Elle ajoute ou retranche, sans ordre, au petit bonheur.

En dernière anatyse, il existe entre la Foi et la crédulité, sur le terrain religieux, cette énorme différence qui explique toutes les autres, c'est à savoir que la Foi tend à nous soumettre au service de la vérité révélée, alors que la crédulité s'efforce plutôt de mettre cette vérité à notre service.

Dans la Foi, nous nous conformons humblement à toutes les exigences de la vérité qu'elle nous apporte, quittes à briser en nous l'égoïsme, à y réprimer bien des besoins, à tailler même dans la chair vive de nos passions.

Par contre la crédulité s'emploie à conformer la vérité à nos exigences, à lui imposer notre mesure, à la mouler sur nos caprices, à lui faire subir en un mot toutes les déformations les plus conformes à nos goûts, en la rétrécissant au champ fort limité de notre vision, de notre myopie.

La Virilité chrétienne. g

Heureusement pour nous, nous ne nous rendons pas toujours un compte exact de cet état de choses. Notre inconscience nous excuse en partie. Mais cet état de clioses n'en existe pas moins, et il est regrettable.

Je mets en fait que la crédulité à l'égard des vérités religieuses joue, dans bien des âmes, le rôle qui devrait revenir à la vraie Foi. La preuve en est que si, m 'adressant au hasard à l'un ou l'autre d'entre vous, je vous interrogeais sur ce que vous devez croire de Foi surnaturelle, pour être chrétien, et sur ce que vous pouvez ne pas croire, sans cesser pour cela de l'être, vous hésiteriez probablement à me répondre.

Mais vous comprendrez mieux encore ma pensée, lorsque je vous aurai rappelé, en même temps que les formes principales que prend dans une âme de jeune homme la crédulité religieuse, les causes de toutes sortes qui, aujourd'hui surtout, en ne s'attaquant soi-disant qu'à cette crédulité, ou en la favorisant au contraire outre mesure, mettent presque toujours en péril la vraie Foi.

§ II

La crédulité religieuse se traduit très souvent, dans une âme de jeune homme, par un besoin exagéré du merveilleux. Vous avez l'imagination prompte et riche, Messieurs, c'est là une qualité qu'il ïaut reconnaître. Mais reconnaissez aussi que vous avez pour la plupart le défaut de cette qualité.

Si la Foi n'était qu'une question d'art, n'engageant pas la vie tout entière, corps et âme, vous pourriez donner libre cours à votre imagination, qui est la faculté artistique par excellence. Avec elle on crée son objet, on l'arrange à sa guise, on le retouche autant qu'on veut. Plus l'invagination est féconde, plus l'œuvre d'art a chance de devenir un chef-d'œuvre.

Mais la Foi n'est pas une question d'art, ni la vie religieuse une simple aventure. On n'est pas libre de s'y engager ou non, sans engager du même coup sa vie et son éternité. De plus la vérité révélée nous est donnée toute faite, en dépôt dont l'Eglise seule a la garde. Il nous faut l'accepter telle que Dieu l'a révélée, et telle que l'Eglise la propose, ni plus ni moins. Notre ima-

ginalion n'a presque rien à y voir, et surtout elle n'a pas à y retoucher.

Mais voilà précisément par où peut s'infiltrer en nous ce besoin du merveilleux dont je parlais à l'instant. Vous remarquerez en effet que l'inconnu a le don de nous séduire plus encore que la réalité qui est à notre portée. De sa nature le mystère est obsédant comme l'abîme. 11 nous fait tourner la tête. Moins nous y voyons, plus nous voulons y voir. Et comme notre raison n'y peut rien, notre imagination s'en mêle. Elle couvre l'abîme des fleurs, je veux dire qu'elle essaye de se représenter le mystère par besoin du merveilleux. Incapables de comprendre Dieu, nous nous l'imaginons. Nous nous en faisons une image de tous points conforme à nos goûts, et bien souvent c'est cette image que nous adorons. Elle s'interpose comme un voile entre Dieu et notre conscience. Qu'y at-il derrière le voile, cela ne nous intéresse pas toujours. Nous nous attachons surtout au portrait divin que nous y avons dessiné, en nous inspirant de nos préférences. Une fois sur la pente glissante de l'imagination, il n'y a plus de raison de nous arrêter. Notre besoin du merveilleux se creuse de plus en plus. Alors nous peuplons le Paradis de toutes nos créations à nous.

Nous y avons nos saints de choix, qui à leur tour nous masquent Dieu. Plus la légende est dorée, plus elle a le don de nous séduire.

Ce qu'il y a d'étrange — l'histoire nous le montre — c'est que souvent ce besoin de merveilleux est né de la vivacité même de la Foi, sans trop lui nuire. Il y a encore aujourd'hui beaucoup d'âmes simples, mais ardentes, dont la Foi n'est pas entamée par la crédulité. Ce parasite, qu'elles entretiennent et nourrissent aux frais de leur imagination, a le bon goût de laisser leur foi intacte. L'inconvénient pour elles est de mettre tout sur le même plan, ce qu'il faut croire, et ce qu'il vaudrait mieux ne pas croire. Mais enfin elles continuent de croire ce qu'il faut, en toute simplicité.

Malheureusement toutes les âmes d'aujourd'hui n'en sont pas là. Nous vivons dans un siècle où l'histoire se charge de fournir ses meilleures armes au scepticisme. Au nom de l'histoire, en effet, on fait disparaître peu à peu de l'horizon rehgieux les légendes mer\'eilleuses dont les siècles de foi l'ont surchargé. De là à s'attaquer aux vérités religieuses les mieux établies, à cause du caractère mystérieux qu'elles revêtent, il n'y a qu'un pas, et ce pas est vite franchi.

Le conlre-coup d'une pareille attaque ne peul manquer de se l'aire sentir dans des âmes crêdules; dont la Foi nest ni très vive, ni très éclairée. A force d'avoir mis Dieu et leurs saints ou saintes prél'érés sur le même piédestal, sil arrive qu'au nom de l'histoire on détruise la légende de ce bon saint, ou de celte bonne sainte, elles perdent la Foi en même temps que leur crédulité. Ce saint ou cette sainte entraînent Dieu dans leur chute.

Sans doute cela ne se l'ait pas toujours d'une manière brutale. Mais que de fois cependant n'ai-je pas entendu dire, à propos d'une dévotion séculaire dont l'histoire venait de démontrer le néant scientifique: « Si cela même n'est pas vrai, qu'est-ce donc qu'il faudra croire ? » Vous saisissez ici sur le vif, Messieurs, l'abus du merveilleux dans les questions de Foi. De la crédulité on peut passer 1res vile à Vincrédulilé. Je ne saurais donc trop vous recommander de mettre un peu d'ordre dans vos croyances, et d'imposer un frein à votre imagination. Voyez ce que l'Eglise enseigne, et n'acceptez le reste qu'avec une extrême réserve, et sous bénéfice d'inventaire.

Le besoin du merveilleux, où se complaît l'imaginalion, ap[)elle le besoin de jouir, oVi se

complaît, le cœur. Si l'amour de Dieu est comme la source où vient s'alimenter la Foi, l'amour de soi est celle où s'alimente la crédulité.

L'amour de Dieu tel qu'il est réglé par la Foi €st un amour austère. C'est, dans son fonds, un amour de volonté, qui s'accommode des plus grands sacrifices. Nous nous résignons à ne pas voir Dieu, et à l'aimer sans Le voir. Nous nous résignons même à ne pas éprouver le bienfait de sa présence. Il ne manque pas de saints qui ont continué d'aimer Dieu de charité aux heures les plus sombres où Dieu paraissait les avoir abandonnés, et s'être retiré d'eux.

Mais cet amour est héroïque. Toutes les âmes — en particulier les âmes sensibles comme les vôtres. Messieurs, — ne sauraient s'en contenter. Elles sont tentées de mêler de la passion à ce sentiment. Cela n'est pas défendu, aussi longtemps du moins que cette passion de l'amour reste sous le contrôle de la charité, et n'a d'autre effet que de lui communiquer de sa violence, et de sa ténacité. Mais combien ce jeu est dangereux, et combien il est difficile parfois à une âme ardente, passionnée, de discerner en elle ce qui revient à la passion, ou à la charité !

Une passion — surtout celle de l'amour — demande à se satisfaire dans l'objet aimé. Elle

jouit de sa présence, et souffre de son absence. Lors donc qu'il s'agit de reporter sur Dieu celle passion, 1 àme est impatiente de sentir la présence divine. Nous voulons en jouir. Nous voulons en quelque sorte toucher Dieu. Et c'est alors que facilement nous pouvons prendre le change, croire que certaines émolions de cœur, dans la prière, dans l'usage des sacrements, dans la célébration du culle, nous viennent de Dieu, alors qu'elles ne viennent que de nous. Le besoin de les avoir les a créées en nous. C'est à elles plus qu'à Dieu que nous nous attachons. Ce sont elles plus que Dieu, que nous recherchons. Il faut que notre cœur batte, que nos yeux distillent des larmes, que toute la gamme des émotions sensibles chante en nous, que tout notre être frémisse au contact divin.

Mais d'abord qui nous dil que toutes ces émotions viennent de Dieu ? La Foi ? Elle ne peut nous renseigner à ce sujet. La seule chose que puisse nous dire la Foi, c'est que la pratique volontaire et courageuse du devoir quotidien est un signe certain de la présence de Dieu en nous.

En dehors de cette acceptation surnaturelle du jouer divin, personne ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. Les émotions de cœur,

les larmes, les ivresses, les extases, ne sont pas des signes évidents de la présence de Dieu. La crédulité se nourrit de tout cela. La Foi vive peut parfaitement s'en passer.

Car voici le revers de la médaille. Aussi longtemps que ces émotions durent, cela va bien. Mais dès qu'elles ont cessé, tout s'évanouit. Nous sommes tentés de ne plus croire en Dieu, lorsque ce que nous regardions comme les signes avant-coureurs de sa présence a disparu, et que nous nous retrouvons aux prises avec le pur devoir, les yeux et le cœur à sec.

Cette mentalité encore un coup est déplorable, et plus générale qu'on ne le pense, dans le monde des étudiants. Notre besoin d'émotion a été, en effet, comme exaspéré de nos jours par la littérature, les romans, le théâtre. Nous voyons surtout la vie, — même la vie religieuse — sous l'angle de la jouissance. A force de vivre dans une atmosphère saturée de plaisirs, notre cœur est devenu un instrument d'une sensibilité extrême, qui vibre au moindre souffle de volupté. Si ce souffle ne passe pas, nous étouffons. La vie nous est à charge.

Je reprendrai un jour ce sujet plus en détail. Mais il était bon dès maintenant d'attirer sur lui toute votre attention. Prenez garde. Messieurs,

que votre Foi ne dégénère en crédulité, sous la double influence de votre imagination et de voire cœur. Ayez la Foi aux mystères, tels que l'Eglise vous les propose, sans rechercher tant le merveilleux. Voyez ce qui est de Foi ou ce qui ne l'est pas, et n'ayez point peur de la lumière. C'est elle au contraire qui vous délivrera.

Aimez Dieu, mais ne vous aimez pas trop en Dieu. Allez à Lui, même avec passion, mais prenez garde que cet amour passionné ne soit qu'une contrefaçon de votre amour-propre.

(( Cherchez Dieu d'abord, nous dit Xotre-Seigneur, et le reste vous sera donné par surcroît (1). » Ne cherchez donc pas d'abord ce surcroît dans les émotions sensibles, car il pourrait se faire (jne Dieu lui-même ne vous fût pas donné. En un mot, supprimez peu à peu en vous la crédulité d'oii qu'elle vienne, — de votre imagination ou de votre cœur, — pour laisser le champ libre à la vraie Foi, et vous n'aurez rien à craindre des efforts tentés de nos jours par les sceptiques et les jouisseurs, pour tarir en vous la source de la vie chrétienne.

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