‹ La virilite chretienneChapitre 27 sur 48 · LA MORTIFICATION DE LA CHAIR · texte numérisé non relu

LA MORTIFICATION DE LA CHAIR

Messieurs,

La mortification est donc une loi de !a vie. On vit dans la mesure où Von se morlilie. La peur de mourir au contraire développe la peur de vivre. « Si le grain de blé jeté en terre n'y meurt pas, a dit Notre-Seigneur, il ne produira pas de fruit. » Pareillement vous ne donnerez pas à votre vie chrétienne toute son intensité, vous n'acquerrez point par conséquent de lorce de caractère, si vous ne consentez à mourir à vous-même, à faire pousser l'homme spirituel sur les décombres de l'homme sensuel. Le bon sens proclame à lui seul cette vérité élémentaire; l'expérience la démontre à l'évidence ; la Foi en fait la loi fondamentale de la vie chrétienne.

La vie à laquelle aspire en effet le chrétien est une vie divine, une vie d'union à Dieu. Or, pour

vivre ainsi de Dieu, il faut se résigner à mourir à soi-même : pour s'atlacher à Lui, il est nécessaire de se détacher de soi ; pour accomplir sa volonté, il est requis de renoncer à sa volonté propre. Telle est la raison profonde de la mortification chrétienne qui n'est, après tout, qu'une mort continuelle, à petit feu, où tout ce qu'il y a de périssable en nous doit peu à peu disparaître, et laisser place à Celui qui seul ne meurt pas, parce qu'il est la vie même, Dieu. Comme c'est là un point capital de l'éducation chrétienne du caractère, j'y consacrerai plusieurs conférences. Aujourd'hui je vous parlerai de la mortilication de la chair ; la prochaine fois de la mortilication de l'esprit; et en dernier lieu, de la mortification de la volonté. Ces trois mortifications ont pour but d'intensifier en nous la vie divine,et de lui donner toute sa force d'expansion. Le monde n'en croit rien. Il reproche au contraire au catholicisme d'imposer aux hommes la pratique de vertus déprimantes, en soumettant sa chair, son esprit, et sa volonté, à la loi de mortification. D'après lui, l'éducation chrétienne du caractère est un leurre, puisqu'elle doit aboutir à une dépression totale de l'être humain, à une diminution prof?ressive de ses facultés. Ainsi la i»énitence sacrifie les droits légi-

times de la chair ; l'humilité abaisse l'esprit ; l'obéissance paralyse la volonté. Et cependant on ne peut être chrétien qu'à la condition de pratiquer ces trois vertus. Il n'y a donc pas moyen d'échapper à ce dilemme : ou le chrétien doit renoncer à la pratique de la pénitence, de l'humilité, de l'obéissance, s'il veut devenir un homme de caractère, mais, du même coup il cesse d'être chrétien ; ou bien il doit pratiquer ces vertus déprimantes, s'il veut rester chrétien ; mais par là-même il s'interdit de devenir jamais un homme de caractère, c'est-à-dire un homme qui n'impose aucune limite au développement de ses puissances, ni aucune digue aux multiples courants de vie qui le traversent et le fécondent.

Telle est la façon très superficielle dont le n^onde comprend la loi de mortification chrétienne. J'avoue que beaucoup de catholiques ne sont pas loin d'être du même avis. Pénitence, humilité, obéissance, ce sont là des vertus qui n'ont pas les sympathies du public. Il y a à cela beaucoup de raisons, dont la plus claire est que nous n'aimons pas beaucoup mourir, sous quelque forme que ce soit, fût-ce pour vivre davantage et mieux. Ce n'est pas encore un coup la peur de vivre qui nous hante, mais la peur de mourir. Toutefois, j'imagine que si ces

vertus chrétiennes soi-disant déprimantes étaient mieux comprises, elles inspireraient plus de confiance : si, au lieu de s'attacher à la lettre de la loi qui les commande, on essayait d'en pénétrer l'esprit, on leur rendrait justice. En réalité, la pénitence, l'humilité, l'obéissance, sont les seuls moyens de donner à notre vie morale toute son ampleur. Par la mortification de la chair, nous échappons aux exigences trop assujettissantes de la vie animale, et donnons plus d'essor à la vie de fâme. Par la mortification de l'esprit, c'est-à-dire par riiuinilité intellectuelle, nous nous mettons en communication directe avec la source même de la vérité qui est Dieu, d'une part, en n'usurpant pas ses droits sur nous, et d'autre part en nous soumettant à sa parole révélalrice, en consentant à croire que les limites de notre courte science ne sont pas celles de la \'érité infinie. Enfin par la mortification de la volonté, nous nous haussons jusqu'à la volonté divine: nous nous mettons si au-dessus des contingences humaines que rien ne peut plus nous atleindre, que la mort elle-même devient le chemin le plus court qui mène à la vie. 'Venons-en tout de suite à la mortification de la chair, et essayons d'en pénétrer le sens. Je prendrai cette mortification dans ce qu'elle pa-

raît avoir de plus arbitraire, les pénitences extérieures. Aux vagues objections que formule contre elles l'esprit du monde, j'opposerai les réponses précises qu'y fait l'esprit chrétien.

La meilleure manière d'attaquer une grande institution et de l'ébranler, c'est de ne la considérer que par ses petits côtés, les côtés extérieurs. Les mondains n'ont pas manqué d'user de cette tactique à l'égard de la mortification chrétienne. L'objection courante contre le carême par exemple est celle-ci: Cette institution n'est plus de notre temps. C'était bon autrefois, à une époque où les santés étaient robustes, les tempéraments vigoureux. Alors il n'en coûtait rien de se mortifier. Mais aujourd'hui que les santés se sont débilitées, que les tempéraments se sont épuisés, que les conditions du travail et de la vie ont changé, à quoi bon le carême? Il n'a plus de raison d'être.

Remarquez, Messieurs, qu'il y a beaucoup de vrai dans cette objection. Il est vrai que l'anémie et la neurasthénie font de terribles ravages dans nos rangs: il est vrai que la grande industrie en particulier impose aux ouvriers des con-

ditions de vie qui s'accommodent, mal du jeûne et de rabslinence. Et si l'on voulait dire par là que l'Eglise doit se relâcher de ses rigueurs, qu'elle doit apporter des adoucissements dans les pénitences qu'elle impose, rien de mieux. Mais l'objection va plus loin. C'est moins contre des pénitences passagères qu'elle s'insurge, que contre la loi elle-même de. la pénitence, de la mortification. Et pas n'est besoin d'être très perspicace pour s'en apercevoir. On parle en effet d'un temps où la mortification ne coûtait rien. Mais qu'est-ce qu'une mortification qui ne coûte pas? Qu'est-ce qu'un sacrifice qui ne meurtrit pas ? Y a-t-il du mérite à jeûner, quand on n'a pas de faim ? Y a-t-il à pratiquer l'abstinence, quand on y prend goût ?

Au fond nous reprochons à la souffrance de nous faire souffrir. Nous en voulons à la mortification, parce qu'elle va bien plus contre nos aises que contre nos besoins. Car la mortification corporelle s'arrête précisément où nos besoins réels commencent ; mais, par contre, elle commence où ces besoins finissent.

Le but de la mortification, en effet, n'est pas de tuer la santé du corps, ni de nous empêcher de satisfaire à nos devoirs d'état. La preuve en est que l'Eglise dispense du jeûne et de l'absti-

nence pour des raisons de sanlé et de travail. La première pratique de la mortification chrétienne consiste au contraire à accepter les peines de chaque jour. Sans cela, il n'y a rien de solide : et les macérations les plus extraordinaires qui viendraient se substituer à l'accomplissement du devoir quotidien, seraient de l'énergie, dépensée en pure perte.

Mais à côté de nos besoins réels, nous en avons tant d'imaginaires ! Nous ne vivons pas impunément dans un siècle où le bien-être est recherché avec passion. A force de vouloir échapper à la souffrance, à la gêne, nous nous créons des habitudes de luxe et de jouissance qui deviennent des tyrannies. Nous n'avons qu'une chose en vue, nos aises. Les aises, voilà les besoins imaginaires dont nous sommes inconsciemment les jouets, et dont nous subissons le joug humiliant. A une nature saine, franche, qui a des besoins réels, nous ajoutons une nature compliquée, sensible à l'excès, assoiffée du plaisir sous toutes ses formes, souffrant d'un pli de rose, et de la moindre piqiire. A une vie simple, qui se contente du nécessaire, nous substituons une vie factice, enfiévrée, à laquelle le superflu même ne suffit pas. Ces besoins imsiginaires engendrent des manies, et ces manies

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nous suivent partout, dans la façon de nous nourrir, de nous vêtir, de nous divertir, d'agir, et de nous reposer. Alors vous devinez l'accueil que reçoit l'Eglise quand elle vient nous rappeler la loi de la mortification corporelle, dont le but est précisément de nous faire rompre en visière à ces aises et à ces manies !

Cette prétention nous parait d'un autre âge, et voilà la raison de tout le tapage qu'on fait autour de celte institution séculaire du carême. La question de santé est la première mise en avant, mais derrière il y a autre chose. Il y a cette tyrannie du bien-être, dont nous nous sommes rendus les victimes. Il faudrait faire un effort pour secouer ce joug, et nous ne nous en sentons pas capables. L'esprit du monde proteste en nous contre les exigences de l'esprit humain.

Or. quel est l'esprit chrétien par rapport à la loi de la mortification chrétienne? Pour le comprendre, Messieurs, nous devons nous élever un peu, quitter ce terre-à-terre du bien-être où nous nous enlisons ; dépouiller notre intelligence de tous les sopliismes dont notre égoïsme l'obscurcit : et ne considérer les choses qu'à la pure lumière de la foi...

Quand donc l'Eglise nous prêche le jeûne et l'abstinence, ne croyez pas qu'elle tienne tant

à composer elle-même le menu de nos repas. Qu'est-ce que cela peut lui faire, au fond, que vous mangiez quelques onces de pain en moins le matin, et que vous vous priviez d'un plat le soir?

Mais elle sait que cela vous coûte beaucoup, à vous. Et de fait, cela coûte beaucoup. Le jeûne et l'abstinence supposent une énergie de caractère, un effort de volonté peu communs. Or voilà à quoi vise l'Eglise, en vous prêchant la mortification chrétienne. Elle vise à vous faire produire cet effort, accomplir ce sacrifice, par amour pour Dieu,et pour fortifier votre volonté. Laissés à vous-mêmes, vous n'auriez peut-être pas le courage de réagir contre vos aises, et perdriez peu à peu le goût du sacrifice, en prenant celui de la jouissance. A ce régime, la volonté s'anémie, le caractère se relâche. Aussi bien, lorsque le devoir réclame de notre part un effort assez sérieux, nous en sommes incapables ; nous nous sentons défaillir. L'Eglise, qui prévoit ces défaillances morales, et en a été le témoin durant de longs siècles, tient à les prévenir, en faisant appel à notre générosité. Voulant faire de nous des hommes de devoir, capables de le réaliser en toutes circonstances, même les plus difficiles, elle nous

y préparc à l'école de la pénitence. La pénitence, à ce point de vue, est comme la gymnastique de 1 àme, un spurt spirituel .

Eh ! quoi, Messieurs, lorsqu'il s'agit d'acquérir des forces ptiysiques, de se faire des muscles, ou simplement d'entretenir leur précieuse santé, nous voyons des hommes sérieux s'astreindre chaque jour, et pendant des années, à des exercices pénibles, extérieurement ridicules. L'idée alors ne nous vient même pas de nous moquer. Au contraire, nous trouvons cela très bien, très légitime. L'importance de la fin, qui est ici de se garantir contre la faiblesse ou la maladie, gaze à nos yeux la puérilité des moyens.

Mais lorsque c'est la santé de notre âme qui est en jeu ; lorsqu'il s'agit pour l'entretenir ou la développer, de nous faire des muscles spituels, d'acquérir de solides habitudes morales, une volonté énergique, alors nous savons nou'moquer des petits moyens que l'Eglise nous propose à cet effet. Le ridicule dont nous les couvrons nous dispense apparemment de les utiliser. Comme si la santé de l'àme n'obéissait pas, dans son acquisilion et son développement, aux mômes lois que la santé du corps!

Ce n'est pas du jour au lendemain, croyez-

moi, Messieurs, que vous deviendrez des héros ou des saints, mais petit à petit, en mourant un peu tous les jours à vos aises, à vos caprices, à vos imaginations, à voire sensualité, à votre égoïsme ; en faisant quelques exercices spiriluels, avec la même régularité que vous mettez à vous acquitter de tous vos exercices physiques ; en ayant une hygiène morale, appropriée à vos besoins individuels, à votre anémie, ou à votre exubérance d'âme.

Tel est le sens profondément vécu de la mortification chrétienne. Le côté extérieur, la matière du sacrifice, importent peu en soi ; ils n'importent que dans la mesure où ils nous mettent à môme de nous vaincre. La preuve en est, je le répète, que la mortification chrétienne se réduit souvent, et pour les trois quarts des fidèles, à la simple acceptation des souffrances quotidiennes, de celles qui sont liées indissolublement à l'accomplissement de nos devoirs d'état, et qu'il nous est impossible d'éviter.

Mais, dans ce cas, l'Eglise ne nous dispense pas de l'Esprit de pénitence. Elle nous demande de ne pas subir simplement ces petites misères de chaque jour, mais d'aller au-devant d'elles, de les accepter avec joie, en union avec Jésus- Christ.

Si elle ne mettait en avant, pour piquer notre générosité, que l'espérance de réaliser ainsi plus pleinement l'Idéal humain, ce serait déjà beaucoup. Mais il y a plus. Elle nous assure qu'après avoir ainsi suivi Jésus-Christ sur la terre, dans le sentier de la soulïrance, nous participerons à sa gloire, dans le ciel. Jésus-Christ a en effet marqué de son sang la voie où nous devons nous engager après Lui, et c'est à Le suivre généreusement dans cette voie que l'Eglise nous convie. Tant que le devoir s'imposera à l'activité humaine, et que la croix de Jésus-Christ restera debout sur le Calvaire, bon gré, mal gré, nous devrons nous résigner à souffrir. L'humanité aura beau évoluer, et croître en science et en sagesse, elle n'arrivera pas à supprimer la souffrance, parce que la souffrance reste attachée à deux choses qu'il ne dépend pas de nous d'abroger : V idéal de l'huinnic, et l' idéal du chrétien.

§ Il

On retourne la question, et l'on dit : A quoi bon cette mortification des sens? Qu'est-ce que cela peut faire en effet à Dieu que je jeûne pendant (juarante jours, et que je pratique l'rbsti-

nence tous les vendredis? C'est au contraire lui faire injure que de ramener la religion à ces mesquineries. Laissons cela aux barbares, aux fanatiques des Indes, et aux disciples de Mahomet. La religion de Jésus-Christ doit être une religion spirituelle : on y doit adorer Dieu en esprit et en vérité. En conséquence abandonnons cette forme ancienne et surannée de la mortification corporelle. Essayons de nous rapprocher de Dieu par un développement plus riche de notre esprit, par une connaissance plus profonde de ses attributs, par une foi plus ardente en sa divinité, par une charité plus intense envers le prochain. Substituons désormais à la loi de la mortification de la chair, celle de l'esprit. Car, dans un temps de science comme le nôtre, c'est par l'esprit que nous devons surtout vivre. Dans cette objection un peu vague, ^lessieurs, il y a aussi beaucoup de vrai. Il est vrai que la mortification corporelle n'est pas au premier plan de la morale chrétienne ; il est vrai qu'un acte sincère d'amour de Dieu surpasse en valeur morale toutes les macérations de la chair, et qu'il vaut encore mieux aimer le prochain que porter le cilice ; il est vrai, en un mot, que nous sommes tenus, avant tout, d'adorer Dieu en esprit et en vérité. Mais la question n'est pas là. La

question est seulement de savoir si la morlidcalion corporelle n'est pas parmi les meilleurs moyens de favoriser la vie spirituelle. Or, cela est incontestable. Il est très difficile de mener de front la vie du corps et la vie de l'esprit, sans sacrifier l'une à l'autre. Je poui-rais vous en apporter des exemples en ce qui concerne particulièrement la vie intellectuelle, et vous montrer que les plus intellip:enls parmi les hommes ont été les plus mortifiés. Mais cela m'entraînerait trop loin. X'enons-on r l'exercice de la vertu qui fait le fond de la leligion chrétienne, et sans laquelle il n'y a pas de vie chrétienne ; j'ai nommé la charité. La charité consiste à aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme. et de toutes ses forces. Or un pareil amour appelle nécessairement le sacrifice, le renoncement à soi-même sous toutes ses formes, la mortification.

Un cœur incapable de se sacrifier est en effet incapable d'aimer. Pourquoi ? Parce que l'amour implique le don de soi,et que se donner, c'est se sacrifier. Le véritable amour va même au devant des sacrifices. 11 s'en repaît. Le sacrifice est le seul témoignafije palpable que l'amour puisse se rendre à lui-même.

L'amitié la plus élémentaire en est là. Qu'est-

ce qu'une amitié qui ne se donne pas, qui ne se renonce pas? Or, croyez vous, Messieurs, qu'un ami véritable trace d'avance des limites à son renoncement, au don de soi ? Sous prétexte que l'amitié doit être avant tout une chose de Tâme, écartera-t-il de son domaine les sacrifices corporels ? Ne sont-ce pas au contraire ceux qui coûtent le moins, et se présentent le plus communément dans l'exercice de l'amitié ? Noire-Seigneur lui-même n'a-t-il pas déclaré qu'il n'existe pas d'ami vrai qui ne soit disposé à donner sa vie pour son ami ?

La mort est donc, dans ce sens, la plus haute manifestation de l'amitié. Pareillement la mortification, qui n'est après tout qu'une mort lente, progressive, un dépouillement continuel de soi, pour se revêtir en quelque sorte d'un autre soi-même, d'un amiA'ous comprendrez maintenant la place que peut et doit occuper la mortification dans l'économie de la religion chrétienne.

Aimer Dieu de charité, c'est L'aimer d'amitié. Aimer d'amitié, c'est se mortifier. L'exercice de la charité appelle donc celui de la mortification.

D'ailleurs la vie de l'Eglise, depuis Jésus- Christ jusqu'à nos jours, n'est qu'une illustration vivante de cette doctrine que je vous prêche.

Jésus-Chrisl,qui a été le grand ainanl des âmes, a été aussi le grand mortifié. Sa vie n'est qu'une mortification continuelle.

\'ous ne rencontrerez pas non plus de saints qui, pour témoigner à Dieu leur amour, n'aient inventé des moyens de mortification. Saint Paul se glorifie d'avoir tout enduré pour l'amour de Jésus-Chrisf, la faim et la soif, le froid et la chaleur, les privations de toutes sortes. Il y eut même dans ce sens des i)rodiges qui déroutent notre raison surperficielle, et nous semblent confiner à la folie. Mais c'était la folie de la croix, la folie de l'amour divin. Comme ce besoin de sacrifice jure à côté de notre passion de jouir ! comme cet héroïsme des saints condamne notre lâcheté ! comme ces élans de charité font ressortir notre froideur!

L'Eglise ne nous demande presque rien, de petites pénitences, de minuscules privations, et nous trouvons encore le moyen d'y échapper, de les condamner. \h ! Messieurs, c'est que nous manquons de cet amour divin qui brûle, qui consume tout ce qui s'oppose à son expansion. L'égoïsme en nous remplace la charité. Nous nous installons en maître à la place de Dieu. Nous aimons nous reprendre au lieu de nous donner. Nous trouvons que le don de nous-môme coûte

trop cher. L'esprit du monde se substitue en nous à l'esprit chrétien, rapetissant les choses, au lieu de les agrandir ; les mesurant à notre taille, au lieu de les étendre à celle de Dieu. Supposez un instant que l'amour qui a poussé les martyrs au supplice vienne à s'emparer de nous, quel ne sera pas le changement ! Non contents de ne point trouver trop dures les pénitences que l'EgHse nous impose, nous courrons au-devant d'elles ; non contents de consacrer quarante jours au jeûne et à l'abstinence, notre vie sera un carême continuel. Et nous ne prendrons pas pour cela des airs tristes, car celui qui aime trouve la joie dans le sacrifice, et cette joie transpire au dehors.

Rappelez-vous donc sans cesse, Messieurs, que, pour rapporter au centuple, le grain de blé semé en terre doit mourir, et qu'à ce point de vue la mortification est comme la loi fondamentale de notre vie chrétienne. Je crois cette pensée féconde, et de nature à vous réconforter aux heures du sacrifice.

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