‹ La virilite chretienneChapitre 34 sur 48 · IT · texte numérisé non relu

IT

La raison d'être de la religion est sans contre-

dit d'unir l'âme à son Dieu, de resserrer, par des liens étroits, cette union. Mais de quelle façon ? Atteignons-nous Dieu directement par la religion, comme nous l'atteignons par la Foi, ou par la Charité? Non, la religion ne nous fait atteindre Dieu que par l'intermédiaire du culte, et c'est précisément ce qui donne aux exercices cultuels leur valeur morale. Pour saisir cette doctrine dans toute sa profondeur, il est nécessaire de vous rappeler, Messieurs, que Dieu est notre Maître à tous, que son Etre infini surpasse en excellence tous les êtres créés, que les créatures sont devant Lui comme si elles n'étaient pas, puisqu'elles ne sont que par Lui. La plus grande injure que nous pussions faire à Dieu consisterait à contester cette maîtrise absolue fju'Il a sur nous, ainsi que la suprême excellence de son être divin. Par contre, le plus bel hommage que nous sommes à même de Lui rendre consiste à reconnaître qu'il est tout sans nous, alors que nous ne sommes rien sans Lui, et d'agir en conséquence. Au fond il y a là une question de justice. Mais qui la réglera cette question? Qui déterminera jusque dans les moindres détails la façon dont pratiquement nous devons faire à Dieu l'hommage de tout nous-même, s'il est hors de doute que nous som-

mes entièrement sous sa dépendance ? La religion. Messieurs, et rien qu'elle. Sous ce rapport, cette vertu n'apparaît point comme une sui)erfélation, dans l'ordre moral, mais bien plutôt, comme le suprême épanouissement de la moralité. L'idéal moral de Ihomme, avons-nous observé, consiste à accomplir en tout la volonté de Dieu. Même d'un point de vue purement rationnel, c'est la seule manière de devenir semblable à Lui. Or, la vertu de religion nous met naturellement à même de réaliser cet idéal dans toute son ampleur. Elle est en quelque sorte située aux confins de deux mondes, celui d»' la nature qu'elle achève, en nous mettant corp> et àme en contact avec Dieu, et celui de la grâce qui commence précisément là où elle finit. S'il est vrai que par la Foi, l'Espérance et la Charité, nous atteignons Dieu directement et efficacement, en passant par dessus les forces de la nature, par la Religion nous nous rapprochons de Lui le plus possible, en mettant tout noire être à sa disposition, en ne réglant notre activité que sur l'excellence de son être infini, en imprimant à tous nos actes, intérieurs et extérieurs, le sceau de la divinité. On donne le nom de culte à l'ensemble des actes par lesquels nous rendons à Dieu l'honneur qni Lui est dû

on sa qualité de Maître et Seigneur de toutes -choses. C'est vous indiquer du même coup la -raison d'être des exercices cultuels auxquels nous astreint la Religion catholique.

Il est vrai, sous l'empire de la Religion, nous pouvons et devons faire à Dieu l'hommage des actes de vertu les plus variés, comme nous le faisons sous les poussées de la Charité. Mais t«la n'empêche pas la Religion d'avoir un objet 'propre, et de nous imposer des exercices proprement religieux, tels que la prière, l'adoration, le sacrifice. C'est en se plaçant à ce point de vue que l'Eglise a organisé le culte catholique, el nous a imposé les exercices cultuels que vous savez. Il ne faudrait donc pas vous imaginer que le culte est chose accessoire en religion, et •que nos exercices cultuels sont de toutes pièces une invention arbitraire de l'Eglise. Le culte catholique est au contraire dans son fonds une question de justice. Nous accomplissons tout juste notre devoir en nous soumettant à ses exi- ^nces. Dieu a un droit strict à nos pauvres hommages, et nous devons nous estimer heureux que, pouvant s'en passer. Il veuille bien malgré cela s'en contenter. Le Christ et, après Lui, l'Eglise ont jugé bon d'organiser la prière, le sacrifice, d'instituer les sacrements. Oui ose-

rait leur contester ce droit? En cela ils n'ont pas changé la question religieuse, mais simplement précisée. Ils ont donné tout son lus- Ire à une Religion surnaturelle — comme la Religion catholique — où l'âme est en contact intime, perpétuel, avec Dieu, au point de vivre de sa vie, et de se nourrir de sa substance.

Que nous voilà loin, Messieurs,, du dilettantisme et du mercantilisme cultuels ! A nos yeux, le culte catholique répond à un besoin profond de justice inhérent à la nature humaine. U nesl que la mise en valeur de ce besoin, et pour ainsi dire l'effort par lequel notre âme tend à se rapprocher de Dieu, à Lui rendre, sous forme de prières, de sacrifices, d'adoration, tout ce <iu'Il nous a donné, et qui Lui appartient.

Les actes extérieurs qui servent d'expression sensible à cet effort n'ont de valeur que par lui, mais encore lui empruntent-ils de sa valeur, et, par une sorte de choc en retour, lui serventils d'excitant, de stimulant.

Pour nier un fait aussi évident, il faudrait bien mal connaître les exigences de notre nature sensible. Partout et toujours nos sensations senent de support à nos idées. Elles sont comme le socle qui soutient la statue, et plus la statue est belle, plus le socle doit être en harmonie avec elle. Les exercices cultuels nr

sont si iiiiportaiils, dans la religion catholique, que parce qu'ils sont l'expression du seninnenl de la grandeur et de la majesté de Dieu. L'Eglise pari de ce principe, pour organiser son culle extérieur, que tant que nous fassions, nous ne parviendrons jamais à garder la mesure dans cette voie. Et peut-être est-ce par là que le sentiment esthétique aurait surtout droit de cité en religion.

L'Eglise catholique l'a compris, et voilà pourquoi elle a tant de prise sur la nature humaine. De là {( ses institutions majestueuses et com- 1) plexes, dont les parties forment une belle )) hiérai'chie, où l'autorité descend de degrés en » degrés, depuis la divinité qui est au sommet » du système jusqu'aux étages inférieurs où )) brille encore un reflet de son mystérieux » éclat. On se sent en présence d'un beau mo- » nument couvert d'ornements précieux : on » entend résonner les accents harmonieux des » chants liturgiques ; toute l'église rend gloire V à Dieu. A côté de cette magnific{ue complexi- » té, où la vie circule dans tous les sens sans » nuire à la stabilité de l'ensemble, où les pe- » tits détails ont leur valeur, combien pâle ap- » paraît le protestantisme évangélicjue (1) ! »

Page 1