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LA CHARITE FRATERNELLE ET SES CONTREFAÇONS

Messieurs,

Deux vertus surtout nous mettent en relation avec Dieu : la charité et la iustice. Par la charité, nous aimons Dieu pour Lui-même et p;ar-dessus toutes choses. La justice nous met à même de Lui rendre le culte qui Lui est dû comme à notre Maître. Lorsque nous n'avons avec Dieu que des rapports de justice, nous considérons principalement la distance qui nous en sépare. Nous voyons en Lui un autre que nous, qui a des droits sur nous, et envers qui nous n'avons que des devoirs. Au contraire, lorsque nous L'aimons de charité, nous ne faisons attention qu'à ce qui nous rapproche de Lui. Nous voyons en Lui un autre nous-même. Cependant si différentes qu'elles soient d'allure, ces deux vertus sont appelées à se compéné-

irer, à s'actionner l'une l'autre. La justice envers Dieu doit s'exercer sous l'influence de la charité, et la charité à son tour se laisser influencer par la justice. On est d'ordinaire plus respectueux des droits des autres lorsqu'on les aime ; et on les aime davantage, ou en tous cas plus librement, avec plus de spontanéité, quand on s'est acquitté à leur égard de tous ses devoirs. Voilà pourquoi une Religion sans amour n'est qu'une domi-vertu. Elle est au contraire la plus haute des vertus morales, lorsqu'elle s'exerce sous l'empire de la charité.

Ainsi en doit-i) être de nos rapports avec le prochain. D'abord, soyons justes envers les autres. Puis, aimons-les comme d'autres nousmêmes. En soutenant que nous avons d'abord des devoirs de justice à remplir envers le prochain, je ne prétends pas que la justice soit une vertu supérieure à la charité fraternelle. Du moins ma pensée est que la charité fraternelle a pour première fonction d'assurer envers les autres l'exercice de la justice. Ce n'est l.'i, d'ailleurs, qu'une simple ap^plication du principe posé au début de nos entretiens : Avant d'être (hrétien, et pour l'être, il faut être un honnête Jiomtne.

Aujourd'hui, Messieurs, j'ai l'intention de

vous rappeler en quoi consiste au juste la charité fraternelle, et de vous signaler quelquesunes de ses conlrefaçons. La prochaine fois nous éudierons les rapports de la justice et de la charité, et nous tâcherons de voir dans quelle mesure les « œuvres » dites de charité peuvent contribuer à l'éducation chrétienne du caractère. De cette façon notre tâche sera accomplie, et nous saurons à quoi nous en tenir désormais sur cet ensemble de vertus personnelles et sociales, dont le groupement intelligent autour de la volonté surnaturalisée par la charité, constitue à proprement parler le caractère chrétien.

Un joîir, un docteur de la loi vint trouver Notre-Seigneur, et lui fît cette question, pour l'éprouver : « Maître, quel est le plus grand commiandement de la loi ? » Jésus lui répondit : i( Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée?. C'est là le premier et le grand commandement. Mais le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les pro-

phètes (1). » Voici donc deux commandements tellement semblables, tellement liés l'un à l'autre, qu'en réalité ils ne font plus qu'un. Personne ne peut se flatter d'aimer son prochain comme soi-même, s'il n'aime Dieu, et personne non plus ne peut prétendre à aimer Dieu, s'il n'aime son prochain comme soi-même. Par contre, il suffit à un chrétien d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, et de toute sa pensée, pour envelopper du même coup l'humanité entière de cet amour.

Que notre premier devoir soit d'aimer Dieu pour Lui-même et par-dessus toutes choses, c'est là un point de doctrine sur lequel je ne reviens pas. Vous venez d'entendre Notre-Seigneur le signifier en termes clairs et catégoriques au docteur de la Loi. Etant donné que nous aimons Dieu ainsi, qui devons-nous aimer ensuite, et en premier lieu, de nous-même ou du prochain ? Nous-même assurément. L'Eglise l'affirme sans ambages : Chanté bien ordonnée commence par soi-même. Notre-Seigneur n'est pas moins explicite lorsqu'il déclare que la charité fraternelle consiste à aimer son prochain comme soi-même. C'est comme s'il disait : Ne

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