I. Évangile selon S. Mathieu ; ch. 22, v
pensez pas pouvoir aimer votre prochain, si vous ne commencez par vous aimer vous-même. Bien au contraire, je vous mets au défi d'aimer votre prochain, si vous ne vous aimez pas. L'amour de soi est la mesure de l'amour que l'on doit aux autres. Aimer son prochain, c'est l'aimer comme soi-même.
Cela ne vous paraît-il pas étrange, Messieurs, de mettre ainsi l'égoïsme à la base de la charité fraternelle, et de prétendre que sous peine de ne jamais aimer notre prochain, nous devons commencer par nous aimer nous-même ?
Oui, ce serait étrange, ce serait même tout à fait immoral, si ianwur de soi ne pouvait s'entendre de plusieurs façons ; s'il n'y avait qu'une manière pour nous d'être égoïstes.
Rappelez-vous ce que je vous ai dit au sujet de l'amour que Dieu se porte à Lui-même, Dieu, l'Etre éternel, infini, parfait, s'aime Luimême, et II aime tout pour Lui. Cet amour de Dieu pour Lui-même et par-dessus toutes choses, est donc à base d'égoïsme. On ne peut même pas comprendre que Dieu ne soit pas égoïste, c'est-à-dire qu'il aime les créatures autrement que pour Lui-même, car ce serait mettre les créatures à la place du Créateur, le néant à la place de l'Etre. Ce serait renverser les rôles, et
introduire l'anarchie dans le royaume de Dieu. Deux clioses dérivent de celte doctrine, dont la première est qu'il peut y avoir de la gloire à être égoïste, puisque Dieu Lui-même met sa gloire à l'être ; et la seconde que cet égoisme, bien loin d'être exclusif de l'amour des autres, en est plutôt la source toujours vive et jaillissante. Dieu ne nous a tant aimés que parce qu'il nous a aimés pour Lui. 11 fallait à son amour un mobile infini pour qu'il consentît à nous aimer infiniment. Il ne pouvait s'abaisser jusqu'à nous, qu'à la condition de nous élever jusqu'à Lui. Il ne pouvait mourir pour nous, qu'afin de nous faire vivre de sa propre vie.
L'égoisme divin, tel que je viens de l'expliquer, va nous servir à mieux comprendre la légitimité d'un certain égoisme humain. D'abord il est clair qu'il y a égoisme et égoisme. C'est là une pensée sur laquelle je reviens sansj cesse, Messieurs (l).Vous voudrez bien me le pardonner. iMais, à mon humble avis, si la charité fraternelle, comme d'ailleurs, la charité envers Dieu, sont souvent mal comprises, cela tient beaucoup aux formules équivoques dont on les