ORIGINALITE DE L'IDEAL CHRETIEN OPTIMISME ET PESSIMISME
Messieurs,
Nous croyons donc que l'homme, créé par Dieu clans un état de grâce et d'innocence qui le soustrayait aux misères physiques et morales dont nous sommes aujourd'hui les victimes, a déchu, par sa faute, de sa grandeur première. Nous croyons qu'en désobéissant à Dieu, il a non seulement perdu les privilèges de toutes sortes dont il était comblé, mais encore que sa nature a été comme secouée par une aussi lourde chute, et qu'elle en est demeurée affaiblie, débilitée. De là cependant à soutenir que le péché ait corrompu cette nature, il y a loin ! Nous prétendons, au contraire, qu'après la déchéance originelle comme avant, le même idéal de vie humaine s'impose à notre activité, et que les moyens essentiels de le réaliser restent tou-
jours à notre disposilion. Seul l'emploi de ces moyens est devenu plus difficile. Quant à l'idéal de vie divine qui se superpose à l'idéal humain, nous avons la grâce pour y atteindre. Or, la grâce, qu'est-ce donc, sinon Dieu lui-même nous tendant amicalement la main pour nous aider à marcher, sans trop de fatigue, dans la voie escarpée et obscure qui aboutit à Lui? Qu'est-ce encore, sinon ce même Dieu d'amour contribuant, sans violenter en rien notre liberté, à faire de nous d'abord des hommes, puis des surhommes, et enfin des dieux ?
L'originalité du Christianisme, je ne crains pas de le dire, lui vient de cet harmonieux mélange d'optimisme et de pessimisme. D'un côté nous sommes appelés à vivre en dieux; d'un autre, nous sommes incapables par nous-mêmes de vivre en hommes. C'est alors que Dieu intervient en personne, ou mieux en la personne de son Fils. Le Fils de Dieu fait homme permet ainsi aux fils de l'homme de devenir comme Dieu. Essayons en quelques mots de voir ce qui se cache d'ineffablement beau sous un pareil mystère.
De nos jours, quelques hommes smcères, mais incrédules, qui avaient étudié de très près le problème du mal moral, et que ce problème avait jetés longtemps dans des angoisses terribles, ont finalement trouvé, dans le dogme du péché originel, une sorte d'apaisement à leurs inquiétudes, et une solution à leur doute. Voilà un fait indéniable. Je pourrais citer des noms, mais ils sont assez connus pour que vous me dispensiez de le faire.
Le problème s'était posé à leurs yeux en ces termes. Naturellement, l'homme doit avoir de quoi vivre selon la raison, puisque telle est la loi de son activité. Autrement la nature serait prise en défaut, ce qui est incompréhensible. Cette lumière de la raison n'a pu être mise là, ironiquement, comme un phare destiné à nous montrer le port, si, par ailleurs, nous n'avons pas les énergies nécessaires pour atterrir. Or, de fait, les volontés les plus résistantes, les bras les mieux musclés, laissent souvent tomber les rames de lassitude au milieu de leur course, et finissent par s'abandonner au large de leurs instincts dépravés. Pourquoi ce phénomène?