LEÇON.] CARACTERES EXTERIEURS DE LA MYOPIE
allez prononcer sur la portée de leur vue. On a tant répété et écrit lique chez le myope, la cornée était plus fortement courbe que dans les
autres yeux que, dans l'opinion du monde, cette particularité de nstructure doit immédiatement frapper tout médecin expérimenté.
Nous avons exposé tout à l'heure (§ 253) le peu de fondement de tcette supposition et l'identité générale de courbure de la cornée dans
la presque totalité des yeux, ainsi d'ailleurs que des autres éléments ['■de l'appareil dioptrique. S'il est vrai que dans les myopies élevées, Icomme nous venons de le dire, la cornée paraisse présenter un accroissement de courbure, c'est uniquement parce que faisant, dans un içlobe oculaire distendu, suite, sans interruption de surface géométrique, avec la sclérotique, elle paraît, par cela même, plus pointue, iplus saillante, et, qu'en outre, le volume acquis par le globe lui fait
davantage déborder l'ouverture palpébrale. Bornons-nous donc aux symptômes d'avertissement qui doivent
qous conduire à rechercher les caractères positifs de la myopie.
Dans la myopie, observation fort ancienne et due à Porterfield, le Mobe est généralement plus dur qu'à l'état normal; il résiste davantage sous la pression du doigt. On ne saurait s'en étonner sachant Jmaintenant que la myopie est le symptôme optique d'une des formes Jde la choroïdite séreuse, affection de l'ordre des maladies glaucoma-
teuses. Dans les phases aiguës de cette maladie, l'œil est, en outre, Ile plus souvent humide et le malade y accuse de la chaleur et de
l'irritation.
L'œil myope offre, relativement à l'âge du sujet, une pupille dilatée. lOn a généralement plus de facilité à l'explorer à l'ophthalmoscope
[que les autres yeux du même âge.
La cause de cette dilatation relative est-elle due à la suspension (habituelle, dans cette sorte de vue, des efforts accommodatifs, ou bien pe rattache-t-elle à la prépondérance, innée chez le myope, du système moteur de la divergence (voir § 263 et suiv.) ; c'est ce que nous ne nous permettrons pas de décider.
Attitudes particulières au myope. — Le myope a, disent les auteurs, une attitude qui lui est propre : voyant fort confusément à distance, son regard demeure vague et indécis; sa démarche est embarrassée, ses allures, celles de la timidité.
Pour d'autres, au contraire, peu préoccupé de ce qui l'entoure — distinguant fort peu les assistants — il offrirait les caractères opposés : ceux de l'assurance.
Nous avons rencontré des uns et des autres et craindrions de nous avancer en tranchant une question qui dépend plutôt du Caractère individuel que de l'organe visuel. Si nous nous bornions à dire que le myope est généralement maladroit, nous serions plutôt dans la
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vérité logique, au moins en ce qui concerne les mouvements généraux « car pour l'exécution de très petits ouvrages, les myopes sont, au contraire, plutôt favorisés. On remarque, en effet, qu'ils ont en général une écriture fine (pattes de mouches), qu'ils écrivent sur des papiers de petite dimension, etc. On a même inféré de ces divers désavantages visuels que la faculté d'observation constante des mille incidents de la vie manquant au myope, son éducation expérimentale devail ei souffrir et qu'il manquait en général des qualités diplomatiques néci P saires clans tous les rapports humains. Nous laissons la décision M ce point à la sagacité des Labruyères futurs.
§ 260. — Diagnostic clinique sommaire de la myopie.
a) Épreuve par la lecture de près. — Plaçant un livre entre les mains du sujet , on remarque qu'il le rapproche immédiatement très près de son visage, ou qu'il incline au même degré sa face vers le livre. Il lit alors, je suppose, à une distance de 4 à 5 pouces (10 à 13 centimètres), de très petits caractères et couramment; mais éloignez-vous le livre de 2 à 3 pouces de plus (6 à 8 centimètres), il n'en lit plus même le titre. Cette première épreuve est concluante au moins quant à la myopie apparente, et elle a même pour résultat de vous renseigner approximativement sur le degré de la ri myopie, en vous indiquant que le punctum remotum du sujet est situé entre la première et la seconde des positions du livre.
Cette première épreuve vous impose immédiatement l'obligation i de procéder au diagnostic précis et scientifique de la myopie et à la t détermination de son degré, tels qu'ils sont exposés aux §§ 201 et 204 i de la leçon 13° et 219 et suivants de la 15°, par la recherche du i punctum remotum, après constatation préalable de l'acuité visuelle.
g 261. — Doute6 pouvant naître sur l'exactitude de la mesure du degré de la myopie. — Myopie spasmodique.
Ces analyses terminées, sei'a-t-on absolument en droit d'affirmer la myopie? Pas encore, quoique dans l'immense majorité des cas le résultat ainsi obtenu soit absolu. Mais quelques cas peuvent induire à erreur.
llappelons-nous que la myopie proprement dite est un simple excès de la réfraction statique. Les chiffres obtenus dans les épreuve* précédentes ne sont donc positif? que soUs la condition que l'on se sera mis à l'abri de toute intervention de la part de l'accommodation ou réfraction dynamique*
Le doute, dans toute circonstance où il sera légitime, sera tranché au moyen de la paralysie artificielle de l'accommodation. Dans ces
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cas, une goutte de la solution d'atropine au centième ou cent' .vingtième, après deux heures d'instillation, aura généralement suspendu le pouvoir accommodatif. Après ce laps de temps, recommençant l'épreuve de Donders, on devra trouver le-même chiffre pour le degré de myopie, ou du moins un chiffre extrêmement peu différent.
C'est, disons-le en passant, ce résultat presque constant des expériences faites sur les myopes qui a détruit l'hypothèse de l'existence d'une accommodation négative. Pas plus chez le vrai myope que chez l'emmétrope, l'atropine n'éloigne sensiblement le punctum remotum (voir le § 151).
S'il en était autrement, si l'atropine faisait apparaître un punctum remotum notablement plus distant, c'est-à-dire différent des 2/3 ou d'une demi-dioptrie, on serait en présence d'une affection spasmodique du muscle ciliaire, d'une anomalie, non plus de la réfraction statique, mais de la réfraction dynamique.
On devra soupçonner qu'il peut en être ainsi, et recourir à l'emploi de l'atropine, dans les cas offrant quelques contradictions apparentes.
La plus frappante de ces contradictions serait celle apportée par le témoignage de l'ophthalmoscope ; et c'est ici que se placerait naturellement Vexposé de la méthode clinique ophthalmoscopique de diagnostic et de mesure de la myopie. Mais comme cette méthode a été déjà donnée avec tous les détails qu'elle comporte (§ 219), nous y renvoyons le lecteur.
Lorsque les signes objectifs (tirés de l'ophthalmoscopie) paraissent en désaccord soit avec le degré, mesuré subjectivement, de la myopie, soit même avec la supposition de cette amétropie (l'absence d'un staphylôme postérieur, par exemple), la détermination du punctum proximum (voir § 114) devient aussi nécessaire que celle du puncmm remotum lui-même. A moins que le sujet ne soit déjà relativement âgé et que son pouvoir accommodatif n'ait disparu par l'atrophie exnon usu des fibres ciliaires (Ivanhoff), l'amplitude accommodative, approximativement la même chez tous les hommes du même âge, conserve intacte la position oula distance relatives de son punctum proximum. Seule peut se trouver influencée, par un spasme musculaire qui p rapproché du punctum proximum, la position du point distant. En mesurant directement l'une etl'autre, clans les cas douteux, onrecon-paît immédiatement si-leurs positions respectives sont telles que l'amplitude accommodative repondant à l'âge du sujet s,. il conservée.
Ainsi que nous le rappelions dans une polémique récente (Ann. Moculistiquei mars-avril 1880), cette forme se différencie de la myopie Massique (ou axile) :
1° Par les effets de l'atropine, qui, en quelques jours, ou parfois en quelques semaines, réduit le degré de la myopie du la fait disparaître;
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2° Par l'emploi des courants continus qui constituent un de- p]ufi précieux moyens de triompher de ce spasme; 3° Par la position du punctum. proximum ;
4° Enfin, par la mesure objective (ophhtalmoscopique) de la réfraction de l'œil. Schnebel a pu vérifier, dans cet état même de contraction ciliaire, la constance de la loi de Donders, que, sous la lumière de l'ophthahnoscope, se manifeste objectivement l'état réel de la réfraction statique.
§ 262. — De quelques autres caractères extérieurs symptomatiques ou concomitants de la myopie. — Du clignement.
Parmi les circonstances qui frappent l'observateur mis en présence d'un myope et qui conduisent le praticien à l'application des méthodes précédentes, nous rencontrons la suivante : l'attention du sujet estelle appelée vers un objet plus ou moins distant, des plis se forment à la racine du nez, en même temps que ses paupières se rapprochent; il rétrécit, réduit à une fente horizontale l'ouverture palpébrale, il i cligne, d'où son nom même de myope (p5stv, cligner). Cette pratique a pour effet de lui faire percevoir immédiatement, avec une certaine netteté relative, des objets qui, sans cette intervention de l'instinct, demeureraient confus et formant seulement des masses plus ou moins indistinctes.
Les auteurs qui se sont occupés de ce petit procédé mécanique d'amélioration fonctionnelle de la vue ont généralement dit (et nous après eux) que son effet était ou devait être de réduire l'appareil réfringent sphérique de l'œil à un seul méridien — ce qui est clair — et par là de diminuer l'influence perturbatrice des cercles de diffusion, ou bien encore de corriger l'astigmatisme plus prononcé dans une anomalie de réfraction que dans l'état physiologique.
Le véritable effet de cette pratique est plus complexe dans ses causes : il avait été, dès le dix-septième siècle, mis en lumière par Dechâles, savant jésuite.
Dechâles avait observé que le cercle de diffusion de l'appareil lenticulaire de l'œil ne saurait être de tout point assimilé au cercle de diffusion constaté, lors de l'aberration focale, dans les lentilles homogènes ou inorganiques.
Le cercle de diffusion rétinien n'est pas, à proprement parler, un cercle ni une ellipse, ni une autre figure simple. Il est remplacé par un groupe de plusieurs images (Dechâles les attribuait à l'intervention des cils) disposées à côté les unes des autres et empiétant même plus ou moins les unes sur les autres, et dont l'une est plus notable que ses voisines, et attire par là plus particulièrement l'attention.
Le mécanisme qui préside à ce dernier phénomène est aujourd'hui