LEÇON.] MYOPIE; COMPLICATIONS INFLAMMATOIRES
centrales atténuée par l'atrophie staphylomateuse lente et progressive qui envahit la région polaire, réduisant la qualité du point central au degré de celle des parties immédiatement voisines et bientôt au-dessous de celle des régions excentriques, L'ophthalmoscope apporte simultanément le même renseignement. Cette région de l'œil, au lieu de sa netteté habituelle, se montre tomenteuse et rappelle le flou des photographies mal venues; on y voit de petites agglomérations, comme floconneuses, de pigment dissocié. Bjentôt cet état et ses apparences objectives s'aggravent comme les symptômes subjectifs; l'œil n'a plus du tout d'acuité, de loin, au trou d'épingle, ni même avec aucun verre concave. Et cependant, mettant un livre entre les mains du sujet, ce dernier lit très passablement. L'ophthalmoscope montre alors toute la région polaire éraillée, chagrinée, rappelant cette apparence des étoffes chinées. C'est un degré plus élevé d'atrophie. Le point le plus central est mort; mais tout autour de lui il en reste de plus ou moins vivants, et en assez grand nombre pour établir la continuité des impressions en surface, au moyen de laquelle la lecture peut avoir lieu.
Bientôt pourtant cette faculté elle-même s'émousse ou graduellement, ou tout d'un coup; dans le premier cas, les mots ne peuvent plus se voir dans leur éntier; des lettres ou des syllabes complètes ne sont plus perçues ; dans le second, la fixation est tout à fait abolie, un scotôme central s'est déclaré, après la formation duquel le malade ne jouit plus que de la vision périphérique ou d'avertissement. La diminution de l'acuité, l'extension graduelle du nombre et de l'étendue des érosions disséminées dans la région de la tache jaune et de celle du staphylôme principal, imposent au médecin l'obligation de mesurer fréquemment les degrés de la myopie, de l'acuité de la vue et de l'étendue du champ en surface. L'examen ophthalmoscopique donne bien à la vérité des notions comparatives sur le caractère stationnaire ou progressif de la choroïdite atrophique ; mais ces notions, même pour la mémoire la plus fidèle, ne sauraient équivaloir à l'enseignement fourni par les chiffres conservés d'une époque à l'autre.
3° Les mouches volantes, fréquentes causes de tourment (voir leur description, § 163, Myiodopsie) ; elles suivent en général la marche des phases aiguës ou congestives de la choroïdite séreuse dont elles sont, en réalité, le premier symptôme révélateur. Nul état de l'œil' n'y est plus soumis que la myopie progressive.
4° A des degrés plus élevés, ces mouches ou scotômes mobiles sont remplacés par de véritables opacités, des corps flottants, des membranules reconnaissables dans le corps vitré au moyen de l'ophthalmoscope; l'hyaloïde perd sa transparence rompue par un fin poin-
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tillé qui la remplit; enfin, la région polaire de la capsule postérieure se montre tachée et l'on assiste au début de la cataracte postérieure corticale. Toutes ces obscurités, matériellement interposées devant l'observateur, sont dues à la lésion de nutrition du vitré, "consécutive aux altérations éprouvées par la choroïde qui préside physiologiquement à cette nutrition. IL n'est pas sans exemple que la fin de lu scène se montre nettement glaucomateuse.
5° Une des formes les plus tristes que prenne l'atrophie progressive de la choroïde dans la myopie, c'est la cécité subite par épanchement sanguin dans les membranes et donnant lieu à un ou plusieurs • scotômes étendus. Plus grave encore est l'épanchement séreux, non moins fréquent, qui s'observe entre la rétine et la choroïde, en d'autres termes, le décollement de la rétine; terrible accident, dont la fréquence si regrettable est la meilleure réponse à faire au préjugé qui fait de l'œil myope un organe enviable !
§ 275. — Influence de l'état myopique sur la fonction visuelle. — Des caractères de la vision chez le myope; des préjugés régnants à cet endroit.
La myopie est considérée dans le public, même médical, comme J un simple état optique, et même comme une vue avantageuse : l'œil myope est un bon œil.
Cette opinion est un déplorable préjugé; l'histoire anatomique de i la myopie vient de démontrer que cette condition de la vue n'est pas ■ simplement une condition optique, mais bien une maladie, une mala- • die grave tant que sa cause continue d'agir, et il est de la plus haute importance que le sentiment général change du tout au tout à cet endroit.
Il n'est point de jour où nous n'entendions quelque chose comme ce qui suit :
« J'ai des yeux excellents; je lis des caractères que la plupart des • personnes de mon âge ne peuvent distinguer : au crépuscule ou au clair de lune, cette supériorité de mes yeux se manifeste de façon plus étonnante encore ; j'ai plus de soixante ans, et n'ai jamais éprouvé . le besoin de lunettes ; je vois positivement aujourd'hui à distance I des objets qu'assurément je n'aurais pas distingués il y a vingt ans. J L'œil myope est donc meilleur que l'œil commun, et de plus, il esl évident qu'il s'améliore avec les années. ».
Ces observations, considérées en elles-mêmes, sont exactes; et cependant leur conclusion est absolument fausse; c'est ce que nous allons faire voir.
Premièrement, l'œil myope distingue des caractères minutieux que ne saurait voir un œil commun du même âge. La chose est simple : la supériorité dont il jouit en cette circonstance tient uniquement a