LEÇON. J ACUITÉ VISUELLE DANS LA MYOPIE
la beaucoup plus courte distance à laquelle l'objet est rapproché de l'œil. L'image en est d'autant agrandie, de sorte qu'à une acuité réellement moindre, peut correspondre une perception apparente supérieure, un plus petit minimum visibile. Ce qui est effectivement le cas très général. Chez l'immense quantité des myopes au-dessus de 1/8, l'acuité ne dépasse pas 1/2. Loin d'être supérieure au taux normal, elle est, au contraire, dans la généralité des cas, notablement moindre (voir le tableau ci-dessous, fig. 89).
2° La faculté de lire ou travailler au crépuscule ou au clair de lune est-elle un signe d'une plus grande valeur de la supériorité de l'oeil myope? Aucunement.
Joignez au grand rapprochement de l'objet par le myope, et à l'agrandissement proportionnel de l'image rétinienne qui s'ensuit, la qualité particulière propre aux myopes de posséder de larges pupilles, notablement plus grandes que celles des autres yeux du même âge, et vous comprendrez suffisamment qu'il réclame, tout étant égal d'ailleurs, moins de lumière.
3° L'excellence de l'œil myope est-elle démontrée par l'absence de la nécessité des lunettes (convexes) pour les occupations rapprochées, à l'âge où le commun des hommes les requiert? Pas davantage. Dans les conditions moyennes, cette circonstance peut être un avantage; mais elle ne préjuge rien quant à l'état même de l'œil. Elle signifie simplement que l'œil en question n'éprouve point les inconvénients de la presbytie pratique.
Expliquons-nous :
Il n'est personne qui ne devienne presbyte, puisque cette disposition de l'œil ne consiste que dans le recul du punctum proximum avec les années et proportionnellement à leur nombre (§ 151). Seulement cette diminution graduelle du pouvoir dynamique de l'accommodation ne dépasse naturellement pas la position du punctum remotum. Pour peu que ce dernier ne soit pas à plus de 12 à 14 pouces (myopie de 1/12 à 1/14), la presbytie du sujet ne saurait s'étendre au delà de ci lle limite; ce dernier pourra donc lire sans lunettes à ladite distance jusqu'à la fin de ses jours. Mais son acuité visuelle, ni la portée de sa vue, n'en sont aucunement affectées.
4° La faculté de distinguer de loin, à cinquante ans, par exemple, fies objets qu'on n'aurait point pu qualifier à distance, lorsqu'on était de vingt années plus jeune, l'obligation de reculer le livre pendant l'a lecture, plus loin qu'on ne le faisait jadis, sont-elles, comme il le semblerait, en effet, des marques de la diminution, de la régression 'le h myopie?
Pas davantage; le recul physiologique et régulier du punctum proximum explique amplement la lecture m peu plus distante a l'épo-
430 DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE. [igc
que normale de la presbytie; et d'autre part, la réduction graduelle, avec les années, de l'ouverture de la pupille, diminuant les cercles de diffusion inhérents à toute image empreinte d'aberration focale, rend non moins aisément compte de l'amélioration relative de la perception des objets situés au delà du punctum remotum. Mais aucun de ci avantages n'est à rapporter à la diminution de la myopie, celle-ci ne pouvant pas rétrograder en réalité, plus que ne le saurait faire le staphylôme postérieur dont elle est le symptôme. Une seule exception très bien définie, mais aussi très limitée, peut être opposée à cette conclusion. Après soixante-douze ans, on note assez régulièrement le recul (de près d'un vingt-quatrième) du punctum remotum lui-même (c'est l'hypermétropie acquise de Donders §151). Une myopie stationnaire bénéficie donc de ce résultat de V évolution sénile, et diminue d'autant, relativement au degré qu'elle mesurait pendant la maturité de l'âge.
Telles sont les circonstances qui ont donné naissance à cette opinion générale que la myopie s'améliore ou diminue avec les années. La vérité est que nulle myopie ne rétrograde à proprement parler; mais en revanche, il est constant qu'une myopie stationnaire, c'està-dire dont les causes mécaniques ont été détournées par un changement apporté dans l'exercice de la vision, peut éprouver, par le fait de l'âge, certaines transformations plutôt avantageuses.
Mais, si l'on considère en quoi consiste anatomiquement la myopie (choroïdite séreuse à marche atrophique), ses caractères désastreusement progressifs continuent à régner tant que les causes qui l'ont fait naître; si l'on jette les yeux sur le tableau des conséquences régulières du staphylôme postérieur, on est promptement obligé à porter sur l'œil myope un jugement directement opposé au préjugé régnant. Le ramollissement du vitré, la disparition de la choroïde, couche par couche, dans le district et jusqu'au centre de la macula hitea (centre de perfection des images), les scotômes plus ou moins centraux par hémorrhagies choroïdiennes, les opacités de la fossette hyaioïdienne et des couches postérieures de la lentille; enfin, ie terrible décollement de la rétine, voilà notre réponse aux opinions encore généralement répandues sur les qualités de l'œil myope.
Tout ce qu'on a pu en dire de favorable ne peut s'appliquer aved les réserves indiquées, qu'à la seule myopie stationnaire de degré léger, c'est-à-dire la myopie qui a succédé à la période progressive depuis longtemps éteinte par le fait de la suspension des causes qui l'ont produite et plus ou moins développée.
Mais si l'on veut connaître exactement l'influence exercée sur le degré de l'acuité visuelle par le degré de la myopie, nous pensons satisfaire le lecteur en mettant sous ses yeux le tableau suivant, tableau présenté par nous à l'Académie de médecine le 15 juin 1875j
LEÇON