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LEÇON.] MYOPIE SPASMODIQUE

« La crampe accommodative ne consiste pas dans une contracture tétanique du muscle ciliaire, mais bien dans une activité exagérée et spasmodique pendant l'acte visuel.

« Cette crampe disparaît pendant l'examen ophthalmoscopique et la réfraction naturelle vient au jour. Par conséquent, la détermination de la réfraction au moyen du miroir et à l'image droite est le seul moyen certain de diagnostic pour la myopie apparente. »

Nous acceptons la dernière de ces propositions, pour la généralité des cas; cependant il nous a été donné d'observer plus d'un cas où la crampe accommodative n'a cédé qu'à l'atropine ou aux courants continus.

L'auteur termine ainsi : « L'état réfractif naturel, ainsi que l'accommodation, peut se rétablir par l'usage énergique et longtemps prolongé de l'atropine. »

A ce travail, et sortant de la même école, a succédé un second mémoire plus complet de Schiess-Gemuseus (Bâle, 1873) sur le même sujet, et semblant avoir pour conclusion que toute myopie confirmée commence par un spasme de l'accommodation, en d'autres termes, que la myopie est seulement apparente avant de devenir réelle et anatomique. Nos observations, déjà assez longues, sur ce sujet, ne nous permettent pas de nous rencontrer pleinement avec cette école. Sans nier que bien des myopies n'aient que cette forme, à laquelle a été donnée depuis quelque temps la dénomination de « myopie de courbure, » nous croyons qu'il faut continuer à la distinguer de la myopie axile, nouveau nom que l'on vient d'infliger à la myopie vraie ou avec staphylôme, ou par ectasie des membranes profondes. Et cette distinction reposerait sur cette observation que la myopie de courbure ou spasmodique, se lie beaucoup moins nettement que l'autre à la présence d'un staphylôme; nous voulons dire qu'elle se rencontre plus souvent exempte qu'accompagnée de cette altération.

Nous ajouterons que les débuts de cette même espèce de myopie, coexistent, non sans fréquence relative, avec une conformation hypermétropique de l'organe; et que prise dans sa première phase, vaincue une première fois par l'atropine ou les courants continus, elle cède définitivement au traitement de l'asthénopic accommodative, c'est-à-dire à l'usage des verres convexes.

Dans ces circonstances, pas très rares, l'état spasmodique du

muscle dhaire se trouve donc démontré à la fois, par la nature du

traitement qui y met (in (atropine - courants de Remack, verres

convexes), et par la constatation objective faite à l'ophthalmo-

scope des caractères constitutionnels de la conformation hypermé. tropique. '

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C'est assurément à des cas de ce genre que se rapporte la remarque suivante, faite par M. lavai, à propos du môme sujet :

Parlant d'une certaine myopie qui se produirait dans des yeux qui s'allongent par le moindre effort (de la vue rapprochée), « chez ces myopes, dit M. Javal', j'ai pu arrêter immédiatement le progrès du mal, en prescrivant l'usage des ven-es convexes pendant le travail; et l'heureux résultat de cette pratique, absolument contraire à la routine, qui interdit l'usage des verres, ou à la demi-science, plus funeste encore, qui fait porter des verres concaves à des enfants, est une démonstration suffisante de l'exactitude des vues que je viens d'exposer. » (Em. Javal, Ann. d'oculistique sept.-oct. 1879.)

Ces dernières lignes, sous la plume d'un savant autorisé et pouvant, par sa situation officielle en ces matières, exercer sur l'hygiène de la myopie une grande : influence, nous obligent, quoi que nous en ayons, à consacrer quelques pages àl'examen critique des doctrines nouvelles de l'auteur sur ce point de pathologie. Elles • s'éloignent trop des données scientifiques les mieux démontrées, pour que nous puissions les laisser passer sans protestation. Nous le ferons dans le paragraphe suivant; pour le moment, il nous faut poursuivre notre sujet.

Revenant donc à la myopie de courbure, ou spasmodique, ou par i contracture ciliaire, nous conclurons qu'un chapitre spécial lui doit être ouvert dans l'histoire mécanique des conséquences de la vision i rapprochée et la genèse de la myopie.

Au point de vue de l'importance numérique, ce chapitre occupera, » à la vérité, un rang relativement secondaire : il ne peut entrer, en i effet, quant au pourcentage, en comparaison avec la myopie classique, . ou par ectasie progressive des membranes profondes. Mais les exemples propres à affirmer son existence comme espèce pathologique ne sont nullement rares, et l'étude qui ne peut manquer d'en être faite, en déterminera, avant qu'il soit bien longtemps, les véritables caractères.

A ce propos une différentiation devra être faite et nous a frappé déjà, entre deux aspects très nets de cette forme de myopie.

Dans une des formes, cette anomalie (confirmée et ne cédant plus ni à l'usage prolongé de l'atropine, ni aux courants continus) ne présente ni trace de staphylôme , ni manifestation d'insuffisance des droits internes. Dans la seconde elle offre, au contraire, ces symptômes.

Nous avons rencontré ces formes si parfaitement distinctes, et cette dernière, plus d'une fois, dès son début, avec la coexistence exceptionnelle des deux formes de l'asthénopic, à savoir : la conformation hypermétropique de l'organe et l'insuffisance des droits internesou prépondérance du système divergent, circonstance tout à fait contraire à la règle en cas de déficit de l'accommodation.

Ici nous n'avons pu méconnaître le concours simultané et sympathique des deux forces supplémentaires appelées à l'œuvre pour réaliser les conditions de la vision associée de près. Cet appel de deux

forces en excès légitime la production simultanée et de la contracture ciliaire et de l'excès de pression interne auquel est due l'ectasie staphylomateuse.

Cette seconde forme, rentrant ainsi dans la loi la plus générale, sera considérée par nous comme un cas particulier de la myopie classique, mais offrant certaines difficultés pratiques, quant à la thérapeutique ou à l'hygiène à adopter, car on est en présence de deux actions mécaniques en excès qui, communément, ne coexistent pas ensemble.

On s'inspirera, dans chaque cas, des principes généraux posés dans ces deux dernières leçons, en tenant compte du degré d'influence présente, soit du degré de l'anomalie de réfraction, soit de celui de l'insuffisance musculaire.

Quant à la forme purement spasmodique, ou par contracture ciliaire, nous l'avons rencontrée plus particulièrement dans les cas suivants :

Premièrement, à la suite de l'usage de verres concaves ou trop forts, ou tout à fait intempestifs. (Dans le nombre, nous citerons une petite épidémie d'insanité survenue dans une chambrée de grands collégiens, qui avaient trouvé gracieux de s'affubler de pince-nez ou de monocles concaves sans la plus légère indication.)

Secondement, dans des cas d'astigmatisme bypermétropique.

Troisièmement, sous l'influence d'une névropathie plus ou moins profonde.

Enfin sous la rubrique trop vaste des origines inconnues.

§ 279. — Hygiène et thérapeutique. — Principes généraux de traitement.

Si la véritable thérapeutique de tout état morbide est la suppression de sa cause, c'est dans la pathogénie de la myopie que nous devons aller rechercher les armes propres à la réduire.

D'après tout ce qui a été déjà dit à cet égard, il n'y a évidemment de traitement proprement dit à formuler qu'à l'endroit de la myopie progressive : celle-là seulement est une maladie active, la myopie stationnaire n'étant plus qu'un état fixe, une conséquence définitivement acquise, un processus arrêté clans sa marche.

L'élément causal de la myopie se décompose, comme nous l'avons démontré, en deux facteurs qui jouent à son égard le rôle de composantes, toutes les deux également nécessaires :

1° Une prédisposition, congénitale le plus souvent, el même héréditaire, à la divergence des axes visuels, un strabisme divergent à L'état latent, qui a reçu le nom d'insuffisance des muscles droits internes;

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2° La mise en jeu de cette insuffisance des muscles adducteurs par une application intempestive de Ja vue à des travaux soutenus de près.

Tout myope qui demeurera soumis à l'action continue de ces deux circonstances réunies, ne pourra échapper aux progrès de l'ectasie des membranes qui résultent du conflit de ces deux énergies contradictoires : l'attention de près, d'une part, et, de l'autre, l'excès d'énergie à développer par les adducteurs pour maintenir les deux axes visuels en convergence sur un point toujours trop rapproché pour eux (voyez pour le mécanisme même de ce conflit, et son action sur l'accroissement de la pression intra-oculaire, le § 268).

La cessation du conflit ne peut être amenée que par la suppression de l'une des causes composantes, à savoir : le travail rapproché, ou le strabisme latent.

L'observation journalière nous permet de surprendre la première de ces solutions sur le fait. Tous les jours nous constatons des myopies devenues stationnâmes. Or, dans quelles conditions les observonsnous? Toutes les fois qu'un changement radical a été introduit dans le genre de vie du sujet, et que ce changement a consisté dans le passage d'une vie de travail assis à une existence libre au grand air. La plupart des myopies stationnâmes , qu'il nous a été donné de mesurer, se sont arrêtées, par exemple, à la fin des études de l'université ou des hautes écoles, chez des sujets qui ont quitté les bancs pour la vie active.

Un second exemple du passage de la marche progressive de la myopie à l'état stationnaire s'offre encore à nous dans certains cas moins communs, sans être pourtant très rares. Nous voulons parler des cas dans lesquels l'effort musculaire en excès, appelé au secours du maintien des axes optiques en convergence rapprochée, cesse de fournir son concours, et où, par conséquence, l'un des yeux se place spontanément et franchement en strabisme divergent formel. Il arrive alors assez souvent, dans ces cas-là, que l'œil qui demeure seul en exercice voit sa myopie passer à l'état stationnai re.

On observe plus particulièrement cette solution dans les circonstances où ce strabisme divergent suit une incapacité absolue de fixer, survenue plus ou moins subitement dans l'œil dévié, et ayant dès lors déterminé cette déviation, comme les hémorrhagies centrales, les scotômes de la fovea, et notamment le décollement rétinien; et c'est» même par ce motif qu'on peut trouver, non une consolation, mais un adoucissement aux regrets causés par un tel accident, on voyant dans cette cruelle circonstance un sérieux motif d'espérer que la marche de la myopie pourra suspendre ses progrès dans l'œil demeuré sauf. En imposant alors au malade un repos absolu de la vue pendant six

mois ou un an, on peut espérer obtenir le passage à l'état permanent d'une myopie jusque-là progressive, et terriblement menaçante, puisqu'elle a déjà détruit un des organes de Ja vue.

Le premier conseil à donner est donc, s'il peut être suivi — ce qui est fort rare — de changer de genre de vie, de fuir toute occupation sédentaire appliquant la vue de près. L'existence au grand air, dans de vastes horizons, loin des livres ou des objets minutieux de la vie civilisée, tel est le premier fondement d'une guérison assurée.

Mais on comprend combien un changement aussi radical d'habitudes est le plus souvent difficile, la plupart de nos consultants étant, par la force de mille considérations toutes-puissantes, dans l'impossibilité d'abandonner une carrière qui est toute leur fortune.

Il n'y a dès lors, comme moyen radical, qu'une conduite à tenir, à : savoir : l'annulation du second facteur, l'insuffisance des droits internes ou strabisme divergent latent; le moyen consiste dans le recul du tendon de l'un des abducteurs, de 2 à 3 millimètres (voir Strabotomie, §§ 467-473).

Cette conduite est absolument indiquée dans toute myopie supérieure à 1/5 ou T, dans laquelle le strabisme latent est déjà presque du strabisme patent, et, particulièrement, si la région de la tache jaune se voit déjà menacée par l'extension du staphylôme, menace accusée par une diminution notable de l'acuité de la perception visuelle.

Dans de tels cas, l'un des yeux côtoie les plus graves accidents (voir Complications de la myopie) s'ils ne le font même tous les deux.

Telle est la conduite radicale à tenir, et c'est assurément la plus raisonnable dans toute myopie très élevée et où commencent à se montrer les désordres anatomiques des staphylômes étendus, ou bien dans lesquels la tension musculaire se manifeste avec intensité.

Mais les moyens radicaux ne sont pas toujours acceptés ou applicables, et l'on se voit souvent obligé, soit à un ajournement, soit à recourir à des méthodes moins sûres dans ces cas graves. Celle que l'on sera peut-être contraint de subir, au détriment possible du malade, et que l'on retrouvera exposée en détail dans le paragraphe suivant, c'est le traitement fonctionnel des myopies non immédiatement menaçantes, celles qui seront inférieures à 1/5 (7D).

Dans le cas cependant où le simple régime diététique laisserait trop de craintes au médecin, nous lui conseillerons d'y joindre l'exclusion aosolue et permanente de l'un des yeux de la vision associée. Un écran ou bandeau porté à demeure sur le même œil (le plus faible) y déterminerait une déviation en divergence qui pourrait devenir stable et préserver désormais l'œil de toute association funeste avec son congénère. Mais pour être efficace, ce moyen doit être appliqué d'une

DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE. ||RC

manière constante dans la vue de loin, comme dans celle qui s'exerce de près, et sans aucune interruption. On comprend, en effet, que si la vision associée trouve occasion de se reconstituer vingt fois par jour, l'harmonie synergique ne se voie pas assez longtemps suspendue pour se soustraire à l'empire de l'habitude.

§ 280. — Régime fonctionnel à imposer à toute myopie progressive, moindre que 1/5 et dépourvue de complications inflammatoires graves.

Ne pouvant demander que le travail de près s'accomplisse, comme la vue distante, dans les conditions du parallélisme des axes optiques, on se rapprochera le plus possible de cette formule, en fixant la distance de l'objet de façon à procurer le moindre degré possible de convergence de ces axes, en d'autres termes, en écartant l'objet le plus qu'il se pourra des yeux. Eu égard à l'outillage servant à la vie civilisée et à la longueur des bras, la distance de 12 à 14 pouces (35 à 40 centimètres) étant le maximum d'éloignement où l'on puisse communément tenir un objet maniable et de petite dimension, cette distance sera le minimum à fixer au myope, à moins de circonstances tout à fait particulières.

La première conséquence de cette prescription sera le conseil à donner au sujet de modifier ses habitudes calligraphiques, de réformer son écriture en lui donnant un type plus large et de plus grand format; il devra éliminer de son usage les livres à caractères trop menus, les instruments et les ouvrages trop minutieux. Nous n'ajou» terons pas qu'il devra corriger les vicieuses attitudes, adoptées par lui depuis longtemps, ne plus courber la tête sur sa poitrine, et celle-ci sur sa table de travail; cette réforme se trouve implicitement comprise dans l'exigence des occupations maintenues à 35 centimètres. Mais il ne suffit pas d'édicter un semblable conseil, il faut le rendre réalisable; un myope de 1/7, par exemple, ne peut de lui-même lire un caractère d'imprimerie, même de gros texte ou du gros romain, à une distance de 12 pouces. Puisqu'on ne peut rapprocher de lui l'objet, il faut donc en rapprocher l'image, c'est-à-dire armer ses yeux d'un verre concave de force suffisante, autrement dit mesurant au moins la quantité de réfraction qui correspond à la différence de distance entre 12 pouces ou 33 centimètres, position de l'objet, et 7 pouces ou 20 centimètres, lieu de L'image :

Soit, dans l'ancien système,

ou, en dioptries métriques,

en résumé, un verre de 0m,50 ou 18 pouces de longueur focale.

LEÇON.] MYOPIE; — THERAPEUTIQUE. 443

Cette nécessité a donné et donne naissance à la question suivante : S'il faut que le myope porte des verres concaves dans le travail de près, comme il lui est, d'autre part, nécessaire ou au moins agréable et utile d'en porter pour la vue à distance, ne convient-il pas de lui faire porter constamment les verres qui neutralisent sa myopie? Par ce moyen l'œU myope, pourvu comme tout autre d'un appareil accommodateur, se trouverait dans les conditions de l'emmétropie, et y verrait, comme ce dernier, à toute distance comprise entre l'horizon et le punctum proximum afférent à son âge. C'est une question qu'il importe, en effet, grandement d'examiner et dont la solution, débattue dans les écoles, domine tout le régime de la vision du myope.

§ 281. — Le myope doit-il, pour toute distance et constamment, porter le verre correcteur ou neutralisant de sa myopie.

Cette question ne ferait pas doute si l'œil myope se présentait à nous sortant tel tout formé de l'œuf utérin, et sans les longs antécédents qui l'ont graduellement amené à l'état actuel.

Or nous avons suffisamment établi que la myopie n'existe pas congénitalement, ni même dans la première enfance, mais que le sujet en apporte seulement avec lui la prédisposition qui, dans des circonstances définies, doit y donner naissance.

Malheureusement le cas n'est pas aussi simple. Un myope de degré plus ou moins élevé et qui n'a — suivant les préjugés universellement régnants — jamais employé les verres pour la vision de près, a pris l'habitude de relâcher son accommodation, autant que cela lui est possible, lors des applications rapprochées. Il y est contraint par la nature des choses. Un certain rapport primitivement établi existe, en effet, entre l'accommodation et la convergence normales. Et à tout effort instinctif ou volontaire de convergence des axes optiques, correspond physiologiquement un effort réflexe ou sympathique de l'accommodation.

Il suit de là que dès qu'un individu affecté d'insuffisance des droits internes doit amener ses axes optiques en convergence, il est obb>é pour produire l'effet voulu, à un effort plus grand que ne l'exi-e un appareil normalement équilibré. Cet effort supplémentaire dans les muscles adducteurs se reflète sur l'accommodation et celle-ci suit le mouvement. Le premier résultat de cette espèce de conflit est la rupure graduelle de l'équilibre physiologique établi entre ces deux forces. Sous peine d'obtenir, par l'excès du jeu accommodatif, une image située, pour chaque degré de convergence, en avant du plan rétinien, le myope est donc obligé de relâcher constamment son accommodation. D'où la proposition suivante •

*** DI0PTR1QDE PATHOLOGIQUE. jlg*

Pour un degré de convergence donné, le myope développe moins d'accommodation active que l'emmétrope et, a fortiori , que l'hyperope.

Cela posé, neutralisons subitement la myopie d'un sujet par les verres appropriés. Vu la longue accoutumance qu'il a de relâcher son accommodation quand il converge, le voilà tout d'un coup devem relativement hyperope, c'est-à-dire dans un état de déficit accommm datif pour une convergence donnée. Aussi, en pareil cas, reçoit-on bientôt la réclamation suivante : « Les verres dont vous m'avez prescrit l'emploi me fatiguent horriblement; ils me tirent les yeux ; je ne puis lire quelque temps avec eux sans éprouver des maux de tête. » Le malade, en un mot, tient le langage symptomatique de l'asthénopie accommodative.

Voilà pourquoi il nous faut avancer seulement pas à pas dans une réforme fonctionnelle, en réalité très nécessaire et qui serait ici souveraine, n'étaient les habitudes contractées depuis longtemps et qui sont devenues une seconde nature. Donders a, en effet, depuis longtemps observé ce fait que les myopes qui, dès le début de la manifestation de degrés moyens ou légers de myopie, avaient neutralisé leur excès de réfraction, avaient ipso facto arrêté les progrès de l'amétropie, et, à quarante ou cinquante ans, présentaient le même degré de myopie qu'à leur quinzième année ; observation que nous avons eu l'occasion de vérifier plus d'une fois depuis.

§ 282. — Conduite pratique à observer.

Dans une myopie établie, on ne peut donc songer à armer, dès le début, le malade des verres qui neutralisent son excès de réfraction, en lui conseillant ou en lui permettant de travailler à 33 centimètres ou 12 pouces de distance avec les mêmes verres qui lui servent dans la vue distante. On devra lui assigner des verres différents pour les deux usages, les uns neutralisant exactement l'excès de réfraction pour les rayons parallèles ou la vue à l'horizon, les seconds pour l'exercice de la vision à 35 ou 40 centimètres.

La formule suivie sera calquée sur l'exemple, que nous avons admis plus haut, d'une myopie de 1/7 (5D).

Dans cette supposition : m= 1/7, l'excès de la réfraction statique étant de 5 dioptries métriques, la vue, à distance seulement, sera corrigée par le verre neutralisant, c'est-à-dire qui mesure 5 dioptries- ( — 7 de l'ancien système), — S du nouveau.

Quant à la vue de près, c'est-à-dire à 12 pouces ou 33 centimètres, on a vu au § 280 comment il fallait procéder; entre 0m,20 et 0m,33 la distance comporte une différence de réfraction de (S — ■ 3) dioptries ou 2 dioptries, c'est-à-dire un verre de 0m,50ou 18". -

hEqW. MYOPIE; — THÉRAPEUTIQUE. 445

formule la plus simple de la correction sera donc la prescription de deux numéros distincts, l'un pour la vue de loin (n° 5 négatif de la ■ série métrique, ou — 7 de l'ancien système) ; le second, pour le travail de près, (—2) de la même série, ou — 18 de l'ancien système.

Telle est la méthode que le raisonnement le plus simple indique; mais elle comporte, comme on le voit, l'obligation pour le malade de changer de verres ou de lunettes chaque fois qu'il veut passer de la vision distante à la vision de près, ou réciproquement.

Cette obligation, le malade pourra s'y soustraire en tenant compte des circonstances suivantes :

C'est d'une manière constante, ou du moins très suivie, qu'est imposé au myope l'usage des verres concaves. Ces verres ont pour objet non de lui procurer une vision plus parfaite : l'image que ces verres dessinent au fond de l'œil est au contraire plus petite que celle dont le sujet pourrait jouir s'il évitait de s'en servir. Leur unique objet est de permettre la vision à une distance plus grande, et même de lui interdire le rapprochement exagéré. Il faut donc que ces lunettes soient constamment portées, parce que les occasions de regarder de près avec attention sont de tous les instants chez l'homme civilisé.

Quant à la vue distante, il en est autrement; sauf les nécessités se liant à l'exercice de la chasse, de la vue dans un musée ou au théâtre, du travail du peintre-paysagiste, les conditions d'une vision parfaite à distance ne sont que d'agrément et exclusivement momentanées.

Le myope doit donc porter constamment les verres nécessaires à la vision rapprochée , et par intervalles seulement les verres neutralisants. Eh bien! rien n'est plus simple pour lui que de remplir cette double condition. Il n'a qu'à ne jamais quitter les lunettes de la vision de près, sauf à les compléter par l'apposition momentanée devant elles des verres qui formeraient avec les premiers une somme égale au chiffre neutralisant.

Dans le cas que nous avons tout à l'heure spécifié, par exemple, le sujet affecté d'une myopie de 1/7 ou de o dioptries, et qui porte pour le travail des lunettes de — 18 pouces ou 2 dioptries négatives, n'aurai t, quand il lui plairait, et par instants, de voir très nettement au loin, qu'à amener temporairement au-devant de ses lunettes ( — 18), une face à main pendue à son cou, et armée de verres mesurant (5 — 2) = 3 dioptries métriques, c'est-à-dire des verres de 12 pouces ou 33 centimètres. Le malade, armé de ses lunettes — 18, absolument à demeure, peut être alors comparé à un myope de (—1/12) seulement pour la vue à distance, et qui corrigerait celle-ci seulement par instants, et quand il voudrait, pour un objet déterminé, y voir plus distinctement au loin.

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§ 283. - Des indications de l'emploi de l'atropine, comme adjuvant

du traitement.

Les premiers temps de l'usage des verres concaves dans les occupations rapprochées offrent une période délicate à traverser. Ce grand changement dans les habitudes est quelquefois difficile à conduire avec constance, et le sujet éprouve souvent le besoin de rapprocher de nouveau les objets et de reprendre les attitudes vicieuses.

Si l'on a quelque raison de redouter cet écueil, et pour assurer l'exécution des prescriptions précédentes, on fera bien de paralyser méthodiquement l'accommodation au moyen d'une instillation journalière d'une goutte de sulfate d'atropine au 1/120. Par là, verre et distance sont irrévocablement liés l'un à l'autre, et toute synergie de l'accommodation avec la convergence étant rompue, les habitudes anciennes ne viennent point se jeter à la traverse du plan à suivre.

Au bout de trois ou quatre mois, le collyre d'atropine est employé à doses de plus en plus éloignées, et enfin abandonné, le reste du traitement demeurant conforme aux règles que nous venons d'établir.

§ 284. — Reconstitution graduelle (optique) de l'œil emmétrope.

Au bout d'un temps suffisamment prolongé, six mois au moins et même une année, le verre employé à la vision rapprochée sera changé pour un verre un peu plus fort; on l'accroîtra, par exemple, de 1 dioptrie (1 mètre ou 36 pouces) (en valeur absolue); on passera, par exemple, du verre (— 18 ancien système) ou (0m,S0), mesurant 2 dioptries, à 3 dioptries représentées par le verre (— 12 ancien ou — 0m.33 nouveau).

Par contre, la face à main, destinée à compléter la correction pour la vue de loin, sera diminuée d'autant, c'est-à-dire d'une dioptrie, et passera de (— 12) à (— 18) ou de (0m,33 à 0m,50) de longueur focale.

Par cette manière de faire, en même temps qu'on laisse jour à la réapparition d'une portion de l'accommodation, on lui permet un peu de jeu dans l'intervalle des deux verres. L'objet de cette conduite est de ramener graduellement la reconstitution de la vision binoculaire orthodoxe, en conduisant progressivement le myope à l'usage permanent, et pour toute dislance, des verres neutralisants. De cette façon, on rétablit les rapports réguliers de l'accommodation et de la convergence, et on neutralise l'excès de réfraction : le sujet sera, en quelque sorte, redevenu emmétrope.

Ce résultat est aisément obtenu en trois ou quatre années; et le plan que nous traçons ici pour l'obtenir n'est point une simple affaire de théorie. Nous avons arrêté par son moyen nombre de myopies progressives et ne saurions trop le recommander à nos confrères.

DBÇON. |

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