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VINGT-DEUXIÈME LEÇON

DALTONISME (suite).

§ 347. — De la valeur à accorder à la dénomination des couleurs par un daltonien.

L'exposé qui précède des diverses méthodes de diagnostic et de détermination des aberrations du sens chromatique adoptées par les phthalmologistes, nous montrent qu'elles peuvent être classées en deux catégories qui reposent sur deux principes distincts.

La première se fonde sur la désignation nominale des couleurs présentées aux sujets suspects ; la seconde, sur la comparaison chromatique d'objets de nuances plus ou moins similaires, et sur le groupement des plus analogues entre elles.

Sous l'empire de certaines vues théoriques, on a supposé que l'un de ces principes, le second, présentait une base beaucoup plus assuée que l'autre, et la faveur s'est attachée plutôt aux enseignements apportés par le groupement des nuances similaires, qu'à ceux fournis par le langage parlé.

Que nous représentent, s'est-on demandé, les noms par lesquels un daltonien nous désigne les sensations colorées qu'il constate? répondent-ils bien aux sensations que nous éprouvons nous-mêmes? M. Helmholtz en doute : « Examinant les méthodes pouvant servir de base u diagnostic et à la mesure des altérations du Sens chromatique, )n n'arrivera évidemment qu'à des résultats négatifs, nous dit-il, si on se borne à demander aux personnes à examiner, sous quel nom

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elles désignent telle couleur ou telle autre ; leur état les oblige à appliquer à leurs propres sensations, auxquelles elle ne convient pas, la nomenclature qui a été établie pour les yeux normaux. Il est plus que douteux que ce qu'ils appellent bleu et jaune, réponde à notre bleu et à notre jaitne, » réponse que nous voyons l'auteur repousser particulièrement comme erronée, lorsqu'il s'agit d'un aveugle pour le rouge.

Il n'est donc pas hors de propos de déterminer expressément les limites de la confiance que nous pourrons accorder sous ce rapport aux déclarations d'un examiné.

La nomenclature des couleurs n'a d'autres bases certaines que les suivantes : 1° la constance de l'impression colorée faite sur nous et sur la grande généralité des hommes, par un même objet; 2° la dénomination commune, conséquence de cette constance chez chacun de nous, de l'impression produite, et de Y accord qui résulte de cette constance entre nous et tous nos semblables dans les mêmes circonstances. Le daltonisme n'a pris droit de cité scientifique que lorsqu'il a été constaté, reconnu, que ce mot tous est trop étendu, et qu'il y a un certain nombre de nos semblables (5 0/0 peut-être?) dont la seS sation, dans certains cas donnés, est assez vague, assez analogue à celle déterminée par une autre nuance, ou enfin assez affaiblie, pour être jamais en accord avec celles de la généralité dans les mêmes circonstances.

Mais la langue a été faite par et pour la généralité ; et une sensation uniquement individuelle ne peut s'exprimer que par une périphrase, une comparaison, ou donner lieu à un malentendu; personnelle, exclusive, elle n'a point de nom dans la langue commune. Un sujet qui, pour une ou plusieurs couleurs données, éprouve une sensation vague, affaiblie ou inconstante, ne possède naturellement pour exprimer sa sensation, ni langue constante, ni même de langue aucune. S'il a cependant dessein de se faire entendre, ou bien il varie considérablement pour une même nuance, ondes temps différents, ou pour des nuances approchées, dans un même moment : ou bien encore, il fera, comme le dit M. Helmholtz, appel à quelque autre attribut om caractère constant de l'objet qui emporte avec lui, dans les ci^! constances les plus ordinaires, une certaine qualification de couleur; Tous les arbres, par exemple, pourront être appelés « verts » par un individu n'ayant point la notion du vert et méconnaissant, cette colM leur dans toute autre circonstance, uniquement parce qu'il est habitué à entendre un chacun qualifier ainsi le feuillage des arbres.

Mais quand ce même daltonien se retrouve devant des objets pour lesquels les sensations colorées son! COnStantBS chez lui. il rentre dans la loi commune, et leur donne la désignation que leur donne la géné-

leçon. 1 DALTONISME (DIAGNOSTIC). Sol

ralité ; et l'on ne comprendrait pas qu'il en fût autrement. Si le jaune, ou le bleu, par exemple, détermine constamment chez un sujet les mêmes sensations respectives; si toutes les fois que cette nuance, dont il apprécie parfaitement la constance d'effet, lui apparaît, il constate en même temps la constance de la dénomination que lui appliquent ses voisins, quelle circonstance pourrait l'inciter à lui donner un autre nom ?

Lors donc que nous avons vu, dans toute cette étude, tous les observateurs s'accorder à reconnaître chez une certaine classe de daltoniens, la constance unanime à désigner le jaune et le bleu sous les mêmes noms que nous; lorsque nous les avons vus, dans l'achromatopsie acquise, les reconnaître sous les mêmes tons, dans les régions excentriques de là rétine; comment pourrions-nous admettre qu'ils sentent ces nuances différemment de nous-mêmes?

Tout en rendant justice à la supériorité comme exactitude des méthodes de diagnose par comparaison actuelle des couleurs offertes à la vue, sur la désignation nominale de ces couleurs, nous dirons cependant que tant qu'il n'y a pas lieu à suspicion sur la sincérité des déclarations, une grande confiance peut être accordée à ces désignations, sous la réserve de la constance et de V absence d'hésitation dans les réponses du sujet.

Nous ne nous rallierons donc pas à l'opinion qui repousse à priori, comme manquant de base assurée, la qualification d'une impression colorée par le nom de la couleur , La constance de la dénomination adoptée par le sujet examiné quand il s'agit d'une même nuance, son accord avec nos propres désignations nous semblent un caractère hors de toute contestation.

Nous rappellerons ici les remarquables observations de M. le professeur Nuel, de deux cas de daltonisme acquis, suite d'intoxication alcoolique, rapportés au § 336, et les conséquences absolument logiques qu'il en tire sur la confiance à prêter aux déclarations des daltoniens de naissance. Nous prions le lecteur de les relire.

Elles ont, dans la question spéciale qui nous occupe ici, une importance considérable.

g 348. - Méthode par le contraste des ombres colorées. - Conséquences

pour la physiologie.

Revenons maintenant sur nos pas : nous avons, comme dernière méthode (par ordre de date) de diagnostic, ou plutôt de détermination des anomalies du sens chromatique, exposé la manière de procéder du professeur Holmgren, dans la comparaison de l'intensité des ombres colorées (§ 347).

Mais pour peu que l'on ait porté attention aux résultats concomi-

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tants apportés par cette application des phénomènes de contraste, on a dû être frappé des enseignements sans nombre qu'ils procurent à la physiologie.

Au premier rang, nous placerons la mise en évidence du rôle distinct joué, dans la production de la sensation lumineuse colorée, d'une part, par l'élément éclairement ou lumineux simple; del'autre', par les qualités spécifiques de l'élément couleur.

Nous nous rappellerons donc, qu'appliquant sa méthode nouvelle, dans deux cas de cécité monochromatique complète, l'une pour le rouge, l'autre pour le vert, M. Holmgren avait trouvé : dans le premier cas (cécité pour le rouge) ;

Que, pour cette dernière couleur (le rouge), au moment où, sans distinguer la nuance rouge de l'ombre, le sujet accusait pourtant l'égalité d'intensité de cette ombre, considérée comme teinte obscure, avec sa congénère, la distance du miroir réflecteur répondait à un abaissement de l'intensité lumineuse égal à 0,048 ou 1/20 de l'intensité totale du spectre.

Premier fait bien intéressant par ses conséquences. Ne nous apprend-il pas que, tandis que la région rouge du sceptre impressionne une rétine normale d'une quantité égale au 1/9 de l'intensité totale du spectre, la même région, chez l'aveugle pour le rouge, ne développe plus que le 1/20 de la sensation lumineuse propre au spectre total.

Or, si la lumière rouge devait ses facultés d'éclairement à la seule existence de cette couleur comme cause impressionnante, l'abaissement de la quantité de lumière devrait être total, c est-à-dire qu'il ne devrait pas exister deux ombres sensibles pour le sujet proposé, maisç une seulement, celle produite par la lumière blanche.

Mais il en existe deux, et on ne peut attribuer l'une d'elles, celle répondant au verre rouge, qu'à la présence dans la lumière rouge d'une faculté d'éclairement absolument indépendante de ladite couleur rouge. Et cette faculté, comparée à celle de la lumière totale du spectre, est représentée par 1/20.

Chez le sujet normal, cette même quantité de lumière incolore ou? simplement éclairante, se trouve donc mêlée à la couleur rouge, et leurs intensités réunies donnent une proportion de 1/9 eu égard à celle du spectre entier.

Dans cette quantité de 1/9, il faudra donc faire une part de 1/20 à J'éclairement considéré isolément, et ce qui restera sera la part do la lumière rouge; savoir :

1/9 — 1/20=- 20/180 — 9/180 ou, 11/180 pour la lumière rouge, et 9/180 pour la lumière incolore.

Le même raisonnement peut s'appliquer à toute autre couleur pour

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