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LEÇON.] CONSÉQUENCES POUR LA PHYSIOLOGIE

laquelle peut exister de la cécité. Pour le vert, par exemple, Holmgren a trouvé que, dans le cas de cécité complète pour cette couleur, l'intensité de la lumière verte qui, si elle était due à la seule lumière de cette couleur, eût dû s'abaisser à zéro, ne s'est abaissée qu'à 1/11, tandis que chez le sujet physiologique, elle est de 1/7 de l'unité. Il suit de là que :

1/7 étant l'intensité de la lumière verte pour le sujet physiologique, et 1/11 seulement celle de cette même région du spectre pour l'aveugle relativement au vert, ce dernier chiffre représente la quantité de lumière blanche qui, chez lui, fait encore distinguer les corps.

1/7 — 1/11 est donc la proportion d'effet due à la lumière verte seule, considérée comme telle, chez le sujet physiologique.

4/77 serait donc la part d'intensité à faire, dans le spectre, à l'action du vert considéré comme tel.

7/77 dans la même région, la part de la lumière blanche ou de l'éclairement incolore.

En prenant alors pour le chiffre représentant l'intensité lumineuse

totale du spectre, le nombre 1000

On aurait pour la région rouge, une intensité d'ensemble de ' m

Dans laquelle le rouge serait représenté par 61

Et l'éclairement par gQ

Soit ensemble. .... 111

Pour la région verte, ensemble 143

sur lequel l'intensité lumineuse du vert serait représentée par gg

et l'éclairement par 90

Ensemble 143

La considération de ce tableau des intensités proportionnelles des différentes régions du spectre, prises en elles-mêmes d'abord, et ensuite, eu égard à l'influence propre de la couleur proprement dite, sera fertile on enseignements.

Et d'abord, on y voit exprime en chiffres, un fait que l'on connaissait déjà sans doute, mais qui demeurait quelque peu vague, et donl cette détermination numérique montre immédiatement toute l'importance, à savoir que :

La région verte est douée d'une plus grande faculté d'éclairement que la région rouge.

Dans la première, la part à faire à l'éclairement comme bel est

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représentée par 50, tandis que dans le vert, elle est de 90; différence assez considérable. Mais si l'on compare les couleurs en elles-mêmes, on voit que la quantité rouge y serait représentée par 61 et la qualité verte par 53, différence relativement minime, comparée aux chiffres 50 et 90 qui représenteraient les éclairements correspondants. Cette différence est-elle un simple accident, ou se rattache-t-elle à la loi de Landolt et Charpentier qui témoigne d'une sorte de constance de l'influence lumineuse, en présence de la nécessité du concours d'un éclairement de plus en plus intense, à mesure que l'on s'éloigne du pôle oculaire, ou du point où le rouge a son maximum d'actif propre?

Ces chiffres, d'ailleurs, ne doivent être pris que comme des exemples fort distants probablement de l'exactitude, et qui réclament beaucoup plus qu'une vérification, c'est-à-dire une refonte totale. Ils ne sont donnés ici que comme des nombres sommaires destinés à mettre en évidence : 1° la part d'action de chaque région du spectre; 2° celle de l'élément lumière simple ; 3° enfin, celle de son facteur concomitant, l'élément couleur.

D'ailleurs, la même analyse expérimentale s'impose pour toutes les autres régions du spectre; nous ne doutons pas qu'une étude si bien commencée ne soit bientôt achevée et sorte complète des mains de son auteur, le savant professeur d'Upsal.

§ 349. — Analyse critique de la théorie Young-Helmholtz à la lumière de la pathologie du daltonisme.

La patiente analyse que nous avons tenté de faire des faits les plus avérés dans cette délicate étude de la cécité pour les couleurs, nous permet maintenant, sinon de prononcer un jugement, au moins -1 . n préparer les éléments relativement à la valeur positive tant au point de vue purement scientifique, que sous ses aspects pratiques, d'une théorie physiologique qui règne encore peut-être avec trop d'absolutisme dans la science; nous voulons parler de la théorie Young- Helmholtz.

Les théories n'ont de valeur scientifique que celle d'offrir, en une ou plusieurs formules définies, le résumé parfait de tous les faits observés (dans un même ordre de phénomènes, bien entendu).

Leur valeur pratique consiste, d'autre part, dans la simplification qu'elles apportent dans l'exposé et l'enchaînement du mécanisme desdits phénomènes.

Pesons donc à la lumière des faits résumés ci-dessus les qualités utiles de la théorie Young-Helmholtz.

Chacun sait comment, à la suite de sa découverte du phénomène ,ln la dispersion, Newton, pour simplifier la représentation du méca-

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iiisme de la décomposition de la lumière blanche et de sa recomposition, fit élection, clans toute l'étendue du spectre solaire, des sept couleurs les plus tranchées, par les combinaisons diverses desquelles il montra que l'on pouvait reproduire toutes les nuances dudit spectre. Les couleurs principales donnent, dans l'ordre décroissant de leurs réfrangibilités, la série suivante :

Violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge.

Ce nombre, dans la pratique, a été trouvé un peu grand, et, dans de certaines vues théoriques, Th. Young le réduisit à trois : violet, vert, rouge, dont la réunion simultanée sur le même point de la rétine, et au même instant, a pour effet de donner l'impression d'un blanc suffisamment pur.

Pour répondre à ces trois éléments chromatiques principaux , d'ordre physique, et les rattacher à l'anatomie, Young avait admis parallèlement à eux, l'existence, dans l'œil, de trois sortes de fibres nerveuses dont chacune serait expressément affectée aux ondulations respectives du rouge, du vert, du violet, et en procurerait exclusivement^ sensation spéciale. Les sensations intermédiaires s'expliquaient par l'ébranlement simultané, en proportions déterminées, de deux de ces fibres, ou de toutes les trois. La mathématique aussi bien que l'expérimentation directe, justifient à peu près suffisamment cette conclusion.

Mais tout en admettant le principe, Helmholtz fit voir que cette théorie n'était en somme qu'un postulat, ou une hypothèse contestable, car un fait qui n'était pas sans importance lui échappait :

« Ainsi, il avait remarqué que la couleur spectrale la plus pure correspondant à l'une quelconque de ces trois fibres, n'était pas la plus saturée que le sensorium pût accuser en fait, ce qui eût dû être dans la théorie. Pour réaliser le maximum de saturation, il faut avoir préalablement rendu l'œil insensible pour la couleur complémentaire. »

Helmholtz en conclut que lorsqu'une couleur spectrale pure ébranle la fibre qui lui correspond, elle étend en même temps son action sur les deux autres fibres fondamentales.

D'où son addition bien connue à la conception de Young, et la supposition d'un ébranlement commun imprimé par toute ondulation aux trois ordres de fibres dans des proportions inégales, suivant les sensations résultantes.

Cette action inégale et simultanée, Helmholtz l'a représentée dans Son rélèbre schéma des trois courbes représentes à la page 382 de son optique p/n/siologique, et que nous reproduisons ici (fig. 94).

A B (fig. 94) représentant la longueur du spectre, les ordonnées R, Ve, Vi, représentent le maximum d'intensité des énergies fougo, verte, violette; et une ordonnée quelconque, telle que L, les

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parts respectives des intensités partielles du rouge, du vert cl M violet en un point quelconque du spectre.

On voit par ce tableau que le maximum du rouge est produit à gauche de l'ordonnée R, région où cette ordonnée dépasse à elle seuls

R I Ve Vi

Fig. 94.

la somme de celles du vert et du violet; et ainsi pour les autres. Le blanc se trouverait dans la région de l'ordonnée Ve, au lieu où la somme des ordonnées du rouge et du violet serait égale à l'ordonnée correspondant au vert.

Cette représentation schématique, séduisante au premier abord, n'est pas sans soulever de nombreuses objections qui en rendent Futilité pratique bien problématique.

La première objection opposée à cette théorie est d'abord son caractère absolument hypothétique; et, comme l'a fait observer le premier, le professeur Wartmann (citation du professeur Dor, dans les Annales d'oculis tique, 1874, p. 104), aucune observation anatomique ne légitime l'hypothèse de l'existence des trois fibres fondamentales

Mais la plus sérieuse des oppositions est apportée par la pathologie.

La cécité pour les couleurs est naturellement expliquée, dans cette théorie, par une paralysie plus ou moins complète de l'une ou de plusieurs de ces fibres.

Or, le professeur Wartmann fait observer à cet égard que la conservation d'une acuité parfaite de la vision, même, dit-on, parfois $1 supériorité, chez bon nombre de daltoniens, est une circonstance incompatible avec une rétine anatomiqucment défectueuse.

Auxquelles objections, M. Dor, ajoute La suivante apportée par H. Muller :

Le spectre visible chez deux sujets confondant le rouge et le vert, était de longueur normale.

Dans la région correspondant au rouge et au vert, la lumière s'accusait donc encore; le facteur « couleur » seul, faisait défaut.

Mais l'analyse des sensations du daltonien apporte aussi son contingent de contradictions à cette hypothèse.

Le daltonien pour le rouge, le daltonien complet, c'est un fait très général et reconnu, distingue et dénomme très exactement le jaune

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et le bleu; absolument dans les mêmes circonstances que L'œil physiologique. Or, dans la théorie d'Helmholtz, l'atrophie de la fibre rouge ferait rapporter au vert l'ébranlement qui, dans l'état normal, correspond au jaune; et au violet, ce que le daltonien nomme bleu.

Pour échapper à cette difficulté, nous avons vu comment M. Helmholtz accusait d'erreur les désignations faites par le daltonien, dont la langue, dit-il, en cet ordre de sensations, ne peut être celle de tout le monde.

Nous avons fait ressortir au § 347 les motifs qui nous faisaient considérer cette argumentation comme défectueuse. M. Nuel, dans ses belles observations de daltonisme acquis (§ 336) a mis, de son côté, en lumière toutes les raisons que l'on avait, au contraire, de considérer comme parfaitement exactes les réponses de ces sujets dans leurs appréciations du jaune et du bleu, nuances que, toute leur vie, ils avaient désignées comme le fait la généralité.

Les enseignements apportés par l'analyse expérimentale sur l'aptitude de la rétine à percevoir les couleurs à sa périphérie, conduisent aux mêmes conclusions. Le daltonien pour le rouge, avonsnous vu plus haut, est, relativement à sa manière de sentir les couleurs au centre, dans le cas où se trouve l'oeil normal relativement aux seules zones extrêmes. Or, sur ces deux zones extrêmes, il sent, à l'intensité près, le jaune et le bleu de même façon que sur la région centrale.

D'ailleurs le rouge très vif est perçu normalement avec sa nuance propre, par le daltonien. Il est donc clair qu'il a la notion du rouge : seulement il ne le perçoit que s'il est très éclairé.

Et cette observation se trouve confirmée et expliquée dans son mécanisme par l'expérience de Landolt et Charpentier, qui parviennent à rappeler la sensation de toutes les couleurs, y compris le rouge, même à la périphérie de la rétine, sous la seule condition d'y apporter un éclat suffisant.

Les discussions critiques que nous venons de reproduire, nous autorisent, croyons-nous, à repousser à notre tour, la théorie de Young-Helmholtz comme étant par trop en contradiction avec certains faits bien démontrés. Fondée sur une première hypothèse toute gratuite, l'existence des trois fibres fondamentales, un premier fait d'observation dû à M. Hemholtz, obligea ce dernier à l'amender par l'adjonction d'une hypothèse nouvelle. Mais, pour justifier la nouvelle théorie combinée, une nouvelle observation contraignit bientôt l'autour à l'introduction d'une proposition nouvelle, à savoir : qu'un aveugle pour le rouge et le vcrl ne pouvait pas avoir du bleu et du jaune les mômes impressions que nous : proposition peu acceptable en elle-même et en contradiction avec l'observation. (Nuel.)

Do8 D10PTR1QUE PATHOLOGIQUE. [2&> !

Enfin un seul fait bien constant de cécité pour les trois couleurs fondamentales, ou même pour deux seulement d'entre elles, avec conservation d'une acuité générale suffisante, ruine d'un seul coup la théorie des trois fibres.

Si dans les quatre observations de cécité complète pour toutes les couleurs rapportées par M. Warlomont dans son article sur la chro- mato-pseudopsie 1 sont constantes, si même une seule est positive, c'en est fait de la théorie des trois fibres fondamentales pour donner : la raison des phénomènes visuels.

Il faudrait leur associer une quatrième fibre s'épanouissant ; comme elles dans le bâtonnet, et affectée à la seule sensation de l'éclairement.

Mais, depuis que ces lignes sont écrites, d'autres témoignages nous ; arrivent qui ne permettent plus le doute sur la réalité de la cécité complète pour les couleurs, avec persistance de la sensibilité lumineuse.

Ainsi, dans un tout récent travail inséré par M. Donders dan; le dernier numéro des Ann. d'oculistique pour 1880, l'éminent professetp confirme la réalité du fait de cécité complète pou?' les couleurs.

a La perception chromatique est, dans de rares cas, réduite à la vision du blanc, du noir, et des gradations intermédiaires du gris. Les cas que j'ai vus tombent plus encore dans le .domaine de la pathologie que ceux de cécité pour le violet. » (P. 212.)

En voici deux autres cas absolument concluants, recueillis par un jeune savant très méritant, M. Charpentier, auquel nous avons déjà fait plus d'un emprunt :

« J'ai cité dans ma thèse sur la vision avec les diverses parties de la rétine (Archives de physiologie, 1877), un cas concluant à cet égara Il s'agissait d'un jeune homme atteint d'une hémiopie uni-latérale parfaitement nette, affectant uniquement la sensibilité des couleurs, et laissant absolument intacte la sensibilité lumineuse et même la perception des formes. Le champ visuel général, du côté malade, était complet et d'étendue normale. On ne saurait imaginer d'exemple plus frappant de la séparation des deux genres de sensibilité. Du reste, il n'est pas douteux qu'on ait observé des cas de cécité complète pour les couleurs; j'ai, pour ma part, observé un malade de cette espèce avec M. Landolt, au laboratoire d oplithalmologie do la Sorbonne. » (Arc/uv. d'ophlk. n° 1).

Et assurément il en existe bien d'autres dans la science.

Ces faits nouveaux conduisent à des conclusions également nouvelles.

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