CONCLUSIONS PHYSIOLOGIQUES
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g 350. — Conchisions physiologiques (Théorie des couleurs).
Dans les théories courantes, la lumière proprement dite, ou blanche ou incolore, est considérée comme l'effet exclusif de la réunion simultanée sur un même point de la rétine de toutes les lumières monochromatiques qui composent le spectre solaire.
Mais la réunion de toutes les couleurs composant le spectre, si elle produit la plus belle et la plus intense lumière blanche ou incolore, n'est pourtant pas la seule manière d'obtenir cette lumière comme telle.
Les expériences au moyen des disques rotatifs ou de la toupie de Maxwell, démontrent que, par un certain choix de régions définies du spectre, et sans le comprendre tout entier, on peut, en composant entre elles deux ou plusieurs de ces régions, reconstituer encore la lumière blanche ou un gris bleuâtre s'en rapprochant beaucoup.
Ces groupes se complétant, deux à deux, pour former de la lumière blanche, sont nommés, comme on sait, des associations binaires, complémentaires l'une de l'autre.
Les principales de ces combinaisons sont les suivantes :
Le rouge et le vert bleuâtre.
L'orangé et le bleu vert.
Le jaune et le bleu d'outremer.
Le jaune vert et le violet.
Le vert seul n'a pas de complément simple : pour sa neutralisation, il réclame le pourpre qui est composé de rouge et de violet.
Dans ce dernier cas la combinaison n'est point binaire, mais ternaire.
Cette exception crée une situation particulière et remarquable.
Elle est en effet la seule qui, au moyen de trois couleurs fondamentales associées, soit apte à produire la sensation de blanc ou de lumière sans couleur.
Mais ce n'est pas tout; le blanc ou le clair n'est pas l'effet de la seule combinaison mutuelle de deux éléments chromatiques. A côté de ce mode de production du clair et du blanc, il en est un autre qui de prime abord n'en paraît pas séparé, quoique au fond son influence propre puisse être très nettement et différenciée et mesurée.
Nous voulons parler de l'effet de simple eclairement qui caractérise non moins essentiellement la lumière en elle-même, indépendamment de toute sensation chromatique. Le rôle de ce facteur simplement lumineux a été mis en évidence par Landolt, Charpentier et "Woinow, et même un premier essai de détermination numérique en a été fait par Holmgrcn (voir les § 337-346 de la leçon précédente).
Il résulte, comme on l'a vu, de ces recherches précieuses, que, lors d'une apparition colorée, la sensation chromatique ne figure que pour une fraction de l'intensité totale, qui varie avec la couleur : le fait capital et prédominant étant l'impression lumineuse, du blanc, ou du clair. De telle sorte que si l'estimation approximative qui a été faite par Holmgren, pour le rouge et pour le vert, de la part respective à attribuer à l'élément éclairement et à l'élément chromatique, dans l'intensité lumineuse totale d'une région du spectre, était exactement déterminée pour toutes les régions, l'onde lumineuse proprement dite, en une région donnée du spectre, pourrait être représentée par une quantité linéaire, fraction déterminée de l'intensité lumineuse totale du spectre prise pour unité; quantité divisée elle-même en deux parties, l'une afférente à la lumière incolore, ou au simple éclairement, l'autre au facteur chromatique en lui-même : et si la loi de Landolt et Charpentier est vérifiée, ce dernier élément (chromatique) aurait; une valeur sensiblement constante pour toutes les couleurs.
Si nous Voulons maintenant synthétiser ces données, divisons, pour ■ nous tenir à égale distance des hypothèses de Newton et d'Young, le spectre en cinq couleurs principales (nous ne disons pas cinq fibre? :
Violet, bleu, vert, jaune, rouge.
Sous cette rubrique, nous aurions quatre manières principales, j pratiquement vérifiées par nombre dexpériences, de concevoir la formation de l'impression blanche ou incolore :
1° La combinaison naturelle des cinq couleurs (ou plus généralement de toutes les couleurs du spectre).
2° Une seule combinaison ternaire formée du violet, vert et rouge.
3° Une combinaison binaire principale formée du jaune et du bled
4° Pour mémoire, des combinaisons binaires de seconde maira composées, comme on l'a vu plus haut, du rouge clair et du vert bleuâtre.
De l'orangé et du bleu vert.
Du jaune vert et du violet, mais que nous pouvons négliger n'étant pas exclusivement formées des couleurs fondamentales.
N. B. Toutes ces combinaisons ayant pour première condition d'existence la présence, sous-jacente, de l'élément éclairement ou lumière fondamentale incolore.
5° Enfin l'absence de tous les facteurs colorés, et la seule présence dé l'unique facteur éclairement.
La dernière conclusion que nous venons de formuler trouve un supplément de preuves dans un travail récent de M. le docteur Charpentier, professeur à la Faculté de médecine de Nancy :
« La théorie qui considère le blanc comme le résultai exclusif de la composition des couleurs spectrales (Young-Helmholtz et même Newton) est fausse de tous
points : Le blanc n'est pas une couleur, et agit sur notre œil d'une tout autre façon que les couleurs. Les expériences et les observations suivantes montreront cette différence et prouveront, en outre, qu'il y a lieu de distinguer, dans la sensibilité de l'œil pour les rayons lumineux, deux modes absolument différents l'un de I l'autre, tous ces rayons produisant sur notre œil une action double, l'une purement lumineuse, l'autre que j'appellerai chromatique. Résumant ces expériences et la méthode qui les a permises, M. Charpentier continue :
« Quand on explore, à l'aide de cette méthode, différents points de la rétine, on constate que toutes les parties de cette membrane sont également impressionnables par la lumière blanche, ou, d'une façon plus précise, par la lumière incolore; seule la fovea centrahs est, à un très faible degré, moins excitable que le reste de la rétine.
* Que se passe-t-il, au contraire, quand on présente à l'œil des lumières colorées, couleurs spectrales ou couleurs de transmission, et qu'on lui demande de reconnaître la couleur présentée? C'est que l'œil la reconnaît de plus en plus imparfaitement a mesure que l'on explore une partie rétinienne plus excentrique ; la sensibilité chromatique diminue donc graduellement du centre à la périphérie, et cela si rapidement, qu'une zone périphérique assez large paraît tout à fait aveugle pour I les couleurs, a moins que ces couleurs ne soient très intenses
Si cependant le blanc était une couleur composée, elle devrait se comporter comme toutes les couleurs quelconques, et agir de moins en moins sur la rétine en I s éloignant du centre.
lalumièrPhhf 'h6' aPrè.S ^f; de "epaS distin^r l'une de l'autre, la sensibilité à a lumie.e blanche que j'appellerai sensibilité lumineuse, et la sensibilité aux cou- I leurs ou sensibilité chromatique. »
deir^inré1?'1'810"5'1"3?",111' C6Ue P™fl"a'e ^e l'indépendance entière de la sensibilité lumineuse et de la sensibilité chromatique porte le dernier coud à
Reconlv "S" t elmh°UZ' 61 eff°m 'eS P1US él^s Vuiseront sa la sauve" « Reconna ssant que cette théorie présente « quelques difficultés » celles Zv exemple, de la non-saturation, dans le spectre, du rouge et d vtol pr Isolé
LpLT.OUtPOrteàCOnSidérerleblanCCOmme *™ production simultanée dans le s nsonum, avec toute autre couleur; et cette production pourrait se S là où e blanc est produit par le concours de plusieurs impulsions c'est à dii ^?, t
i&mie ae la renne. . (Ann. d'ocul., novembre-décembre 1880.)
Si nous ne nous trompons, l'érainent auteur ne pouvant expliquer la production de la lumière blanehe concurremmem avec l'ab enc
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elle dYoung, renvoie pour la solution à un district un peu plus hconnu encore que la rétine, la sphère optique des couches cor-
' ^ll0U^dTani0',S.Vainementi'l)l'°il»iPe"tservirce «report
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tout à fait inconnu comme mécanisme.: la seule chose que nous sachions analomiquement, c'est que le premier chaînon de cette transmission, tant pour les couleurs que pour la clarté, c'est tunique bâtonnet.
Et tout ce que nous pouvons conclure, c'est que si on s'est cru permis de diviser par la pensée ce bâtonnet en trois fibres pour justifier la théorie d'Young-Helmholtz, la distinction très nette que l'on est obligé d'admettre aujourd'hui de l'action lumineuse indépendante, impliquerait la nécessité d'y voir quatre fibres composantes et non pas trois : car il n'y a bien certainement, au point de départ ou d'impression, qu'un élément anatomiquement séparable, le bâtonnet.
Il faut donc que tout passe par là.
§ 351. — Conclusions pour la pathologie. — Nature du daltonisme.
Résumant sommairement les données expérimentales apportées par l'étude analytique du daltonisme, nous recueillons les renseignements suivants.
D'après ces nouvelles données physiologiques, l'aveugle pour les couleurs ne serait donc privé que du sens chromatique et non du sens visuel lui-même. Il se trouve dans la situation où nous serions vis-avis d'un spectre solaire dans lequel eussent ensuite été supprimés tous les facteurs chromatiques ; il distinguerait le clair de l'obscur, et, par leur opposition, l'individualité des objets (acuité visuelle); il aurait en un mot les mêmes sensations que les nûti'es quand nulle couleur particulière n'intervient. A même sensation commune et constante dans les mêmes circonstances, correspondrait la même appellation : le blanc et le noir. Toutes choses égales d'ailleurs, l*intensité de l'impression serait moindre chez lui.
Nous nous mettons ici au point de vue de la neutralisation l'une par l'autre des deux couleurs d'un même groupe, en tant qu'elles se composent pour former du blanc ou du clair, qu'elles sont ce que l'on appelle communément complémentaires.
S'il fallait au contraire, admettre avec Hering et comme semble y incliner Charpentier, cette neutralisation comme se faisant dans une résultante obscure ou noire, chez l'aveugle pour les couleurs, la sensation du blanc devrait, toutes choses égales d'ailleurs, être plus intense.
Une analyse plus exacte de ce point douteux conduira probablement avant longtemps à résoudre cette question de savoir >i les couleurs complémentaires se composent en clair ou, au contraire, en obscur.
Un point très important encore à considérer dans cette étude, au
LEÇON.] DALTONISME (SA NATURE). o63
point de vue de l'observation, c'est le soin à prendre, en chaque cas de daltonisme, de mesurer exactement la longueur totale du spectre du malade, et de relever avec précision la mesure de la sensibilité lumineuse proprement dite.
Il est clair, en effet, que nombre de cécités chromatiques ne sont que des manifestations d'une diminution de la sensibilité lumineuse. Celle-ci n'est-elle pas un élément indispensable de la production de la sensation colorée.
Il existe encore d'autres desiderata sur des points de pure observation qui, par cette raison, ne devraient guère en comporter. En sus du peu de place donnée dans les observations premières à l'influence du facteur exclusivement lumineux, qui, ainsi qu'on vient de le voir, joue un rôle des plus sérieux dans ces phénomènes, une autre cause encore a pu troubler la netteté des résultats recueillis par les meilleurs observateurs : nous voulons parler de l'influence exercée sur la direction des recherches par la théorie Young-Helmholtz, et du désir inconscient de la plupart des observateurs de relever des faits en concordance avec les idées créées par cette théorie. Prémunis dorénavant par ces discussions, les observateurs n'auront se préoccuper que de la sûreté des réponses ou des témoignages apportés parles examinés ; l'une de leurs premières obligations sera de assurer de la réalité objective des cécités isolées pour le rouge ou pour le vert, sans oublier le violet. Ce qui simplifiera singulièremenl leur tâche, et pourra conduire en peu de temps à des résultats définitifs sur ces questions controversées.
Il n'y a qu'un fait absolument évident qui ressorte de ces observations, c'est moins Vabsence de la sensation du rouge ou du vert en eux-même ou isolément, que la confusion de Vun avec Vautre et en outre avec le gris; en d'autres termes, leur commun amoindrissement, sous l'influence d'une même cause.
L'analyse attentive d'un grand nombre d'observations rapportées par les auteurs nous laisse cette conviction que les cécités séparées pour le rouge et le vert sont au moins très rares. El que celles relatées comme positives ne sont peut-être que le ésultat d'une incorrection dans les épreuves ou les déclarations des examines. Car dire que l'on confond le rouge avec le vert, et tous Les deux avec le gris, nous semble n'être qu'une variante de la confusion ème du vert avec le rouge.
L'opinion du professeur Nuel, de Louvain, celle du professeur Dor, e Berne, sont en concordance avec celle que nous venons d'exposer'. Et parmi les autres assertions, celle de l'école de Suède (Holmgren), m l'excès du nombre relatif des cécités isolées pour le vert, qu'elle •ccuse, nous parait bien sujette à discussion.
Les proportions y sont plus que directement contraires à celles de la généralité : n'y trouvons-nous pas rapportés par M. Holmgren sur 10 cécités complètes pour une seule couleur, 6 daltoniens pour le rouge, contre 4 pour le vert ; et chez M. Krohn, sur 29 cécités complètes univoques, contre 4 pour le rouge, 25 pour le vert! Nous ne saurions nous défendre ici de la crainte que quelque erreur ne se soit glissée dans l'application de la méthode de M. Holmgren; à moins qu'il ne s'agisse ici d'une question de race.
La cécité simultanée pour le rouge et pour le vert implique en outre un affaiblissement concomitant du violet. S'il n'en était ainsi, l'aveugle pour le rouge et le vert verrait le spectre entier avec une nuance violette, qu'il appellerait le blanc ou le clair. Mais alors la même objection serait ici encore à sa place, que nous avons faite pour la cécité isolée, soit du vert, soit du rouge : le résultat de la composition du jaune et du bleu par les disques de Maxwell ne pourrait plus être appelé par lui « du blanc, » car il serait différent de la teinte dénommée ainsi par le sujet lui-même dans la généralité des circonstances.
Cet affaiblissement du violet dans la cécité pour le rouge est parfois signalé dans les observations ; cependant non d'une manière constante. Il se peut qu'il échappe souvent eu égard à la faible intensité lumineuse qui accompagne cette couleur.
Nous trouvons cependant que le Dr Rahlmann, de Halle, a reconnu que lorsque l'extrémité rouge du spectre est réduite, celle du violet l'est également.
Ces remarques nous conduisent à faire grand cas de la division introduite dans l'étude analytique du sens chromatique et de ses anomalies, par la manière de voir du Dr Stilling de Gassel :
« Ce savant se base, dans sa classification, sur l'hypothèse d'Hering qui n'admet l'existence que de quatre couleurs primitives complémentaires deux à deux. D'après lui, il n'y aurait que deux espèces de cécité pour les couleurs, celle du groupe rouge vert (auquel pour notre compte nous associerons le violet), et celle du groupe jaune bleu incomparablement moins fréquente.
En résumé, si comme il semble résulter des recherches de Landolt et Charpentier d'un côté, de Holmgren de l'autre, le daltonisme doit être considéré comme un affaiblissement du sens chromatique dû à une insuffisance ou une faiblesse relatives de l'action lumineuse, ft véritable théâtre de son élude doit être dans la pathologie, au chapitre de l'amblyopie proprement dite, considérée comme telle, cestà-dire indépendamment de sa cause.
Un exemple très intéressant de l'application de cette méthode nous a été donné par Nuel,de Louvain, dans le daltonisme par intoxication alcoolique (§ 336).
Le plan des recherches, à ce point de vue, est tracé déjà par les recherches physiologiques de Landolt et Charpentier d'une part; et de l'autre par la méthode de Holmgren, fondée sur ï intensité des ombres colorées, méthodes qui ont déjà procuré de précieux enseignements.
Une des lacunes qu'il importerait le plus de combler, comme on vient de le voir dans la discussion qui précède, ce serait le rôle joué, dans le spectre, par la combinaison ternaire du rouge, du vert et du violet. Ainsi dans la seule exposition de la série décroissante des nuances spectrales accusées par la rétine, de son centre à sa périphérie, régnent encore une véritable incertitude, les témoignages d'un conflit non encore tranché.
Suivant Dobrowolski, l'ordre de diminution serait le suivant : La limite extrême de la zone sensible la plus rapprochée du centre est celle du rouge, vient ensuite celle du vert, puis celle du bleu, qui est la plus distante.
Or, d'après Landolt, aussi bien dans les cas physiologiques, que dans son travail sur l'hystéro-épilepsie, l'ordre est autre, et la sensibilité aux couleurs disparaît dans l'ordre suivant : Le vert d'abord, puis le rouge, le jaune ensuite, enfin le bleu. Si cette dernière succession était la véritable, la question du daltonisme en recevrait une vraie lumière.
Le sens chromatique suivrait alors, dans sa dégradation, la marche même de l'affaiblissement de l'acuité visuelle proprement dite, du centre à la circonférence.
Le sens chromatique ayant pour premier facteur l'élément lumière, dans le sens d'éclairement, toute amblyopie soumise à la loi de diminution partant du centre, aurait pour conséquence un abaissement plus ou moins régulier de la perceptibilité du groupe vert rouge, ou rouge vert ; le groupe jaune blanc ne serait atteint que dans les dernières phases de cette amblyopie progressive : mais il resterait encore a élucider la portée numérique ou proportionnelle du violet. Nous avons en ce moment même sous les yeux un cas de ce genre. Une dame atteinte de tabès darsalis depuis un certain nombre d'années, et dont, entre autres symptômes, l'acuité visuelle diminue depuis plusieurs mois d'une façon marquée, confond depuis ce temps le rouge «le vert. Or, dans ses plus mauvais moments, lors des exàcerbations, eUe perd aussi la notion du bleu.
Terminons cette longue étude par cette conclusion suspensive ^histoire du fonctionnement physiologique du sens chromatique, e '•onsequemment celle de ses anomalies, n'es, encore qu'ébauchée, ' ouverte Nous avons essayé de réunir ici, le plus brièvement posî^e; ^s éléments d'une étude préparée seulement encore pour les ' ""ns de nos successeurs.
et
Quant à vouloir pénétrer dans le mécanisme intime présidant à ces effets, nous craindrions de faire un acte téméraire. Les nouvelles données apportées dans cette étude par la découverte du travail photochimique qui se passe dans la couche des bâtonnets de la rétine (Boll), sont encore trop peu connues dans leurs processus, pour permettre à l'induction de devancer les enseignements de l'expérience.
Nous rappellerons seulement ici les simples conclusions auxquelles ■ nous paraissait conduire cette remarquable découverte de Boll :
« Une lumière quelconque monochromatique ou composée, altère chimiquement I d'une manière constante et identique le pourpre rétinien qu'elle vient rencontrer. Or le bâtonnet, cet élément nerveux visuel primitif, plonge par son tiers extérieur dans le bain formé par cette substance. Toute l'hypothèse à formuler se borne donc à admettre dans cet élément nerveux la faculté de sentir de manières différentes le contact intime de milieux chimiquement différents, exactement comme les papilles de tous les nerfs de sensibilité générale ou spéciales réagissent différemment contre l'excitation directe apportée par les corps différents qui viennent les toucher ou i seulement les effleurer. Les nerfs gustatifs ou olfactifs, par exemple, n'ont-ils que trois goûts ou trois odeurs fondamentaux? Ne portent-ils pas au sensorium d indications aussi multipliées qu'est la nature des liquides ou des effluves qui viennent caresser leurs épanouissements! Pourquoi en serait-il autrement dans le cas particulier que nous considérons ici (§ 191).
La sensation des couleurs, comme celle des objets sapides, comme celle des • odeurs, a pour première base un phénomène chimique dont les éléments sont déplus variables. A-t-on dans les départements du goût et de l'odorat un nombre restreint et limité de sensations fondamentales exclusives? Nous renfermant dans la i pure observation, nous pouvons affirmer que non : Dans ces deux départements, les • sensations sont des plus multipliées, et chacune suppose un acte chimique plus ou i moins différent.
La même observation nous convainc que la diversité des nuances colorées • n'est guère moins multipliée, et l'analogie ne nous permet guère, la base étant pour toutes un phénomène du même ordre (chimique), de leur supposer dos pro- • cessus très différents.
§ — Remarques sur la signification de certaines qualités accessoires des couleurs exprimées par les termes de clarté, intensité, saturation.
Un second aspect, et très délicat, de la nomenclature physiologique des couleurs, et plus particulièrement des nuance? nombreuses • qui forment ce que l'on a appelé « la gamme ebromatique » s'offre à • nous dans l'estimation de certaines qualités, quelque peu vagues • encore, des couleurs, et qui reviennent à chaque instant dans les obser- ■ valions physiologiques.
Nous voulons parler des complications apportées dans l'appréciation d'une couleur donnée par deux attributs assez mal définis jus- qu'ici, Y intensité on clarté de la couleur présentée et par sa saturation.
Si nous demandons aux maîtres de l'optique physiologique la défi-
nition de ces mots, nous trouvons chacune d'elles à peu près semblable, il est vrai, chez tous, mais semblable surtout, par le vague de la définition et par l'étendue des explications consécutives apportées à l'appui de chacune d'elles. Ce qui est un symptôme d'embarras et de confusion dans l'idée même que l'on se fait de ces qualités.
Exemples : Saturation. — JJne couleur est dite saturée, lorsqu'elle se présente à nous avec un caractère spécifique qui ne peut être dépassé.
Clarté. — Nous mesurons la clarté d'une couleur par l'énergie de la sensation produite sur nous.
Intensité. — Lorsqu'une couleur est à la fois saturée et claire, nous admettons qu'elle est intense.
Telles sont les définitions données par Brûcke, les plus simples assurément qu'on puisse offrir; mais ne sommes-nous pas autorisés à dire qu'elles satisfont plus aux délicatesses de l'art qu'à la précision scientifique.
La confusion s'accroît encore quand on accolle à ces premières notions une nouvelle donnée quantitative « le ton;» expression dont il faut aller demander le sens à l'échelle des sons musicaux.
Or, les recherches que nous avons ci-dessus résumées, en particulier, celles de Woinow, Reich, Landolt et Charpentier, Holmgren, dégageant plus expressément qu'il n'avait été fait jusqu'à eux, le rôle concomitant et individuel de l'élément tout physique, l'éclairement, résolvent, d'une manière très complète, ces obscurités.
Dès que l'impression rétinienne est l'effet cumulé de deux facteurs distincts, la couleur et la lumière incolore, ces expressions deviennent absolument simples.
Le terme clarté, appliqué à une couleur, indique l'influence proportionnelle du facteur éclairement dans son action totale.
Comme celui de saturation, celle de l'élément spécifique.
L'intensité représenterait alors plutôt la somme des deux facteurs. Ces considérations sans doute ne sont pas entièrement nouvelles, et nous nous empressons de reconnaître que déjà, dans son optique physiologique, Helmholtz avait bien consigné plus d'une proposition renfermant implicitement les précédentes : ainsi, il faut noter, dit-il (page 399), que l'on ne peut reconnaître les couleurs que lorsqu'elles recouvrent un champ d'une certaine étendue (propriété qui est la base de la méthode de Donders) (§ 341), et qu'elles lui envoient une certaine quantité de lumière. Plus le champ coloré est voisin dos limites du champ visuel de la rétine, plus il doit ri re étendu pour qu'on puisse en reconnaître la couleur. Purkinje avait égalemenl reconnu jadis, dans la comparaison de différentes sortes de lumières chromatiques, que l'intensité de sensation est une fonction de L'intensité lumineuse qui diffère suivant l'espèce de lumière (p. 420).
Nous croyons cependant que les recherches dont nous venons de résumer les conséquences, contribueront puissamment à la clarté des interprétations à donner aux manifestations si complexes du sens chromatique.
Nous en rencontrons une première marque dans le jour qu'elles jettent sur une observation du plus haut intérêt pratique, et qui laissait après elle certains doutes théoriques dans l'esprit. Nous voulons parler de la faculté dont jouit, on n'en peut douter, un aveugle pour le rouge ou pour le vert, de distinguer, par exemple, les signaux rouges ou verts sur les chemins de fer ou dans la navigation. Cette explication vague qui nous était donnée « ils (parlant des daltoniens) les reconnaissent avec l'habitude, à leur différence d'intensité» , peu concluante au premier abord, nous devient claire après les expériences d'Holmgren et celles de Landolt et Charpentier.
Les régions rouge et verte du spectre présentent des intensités respectives d'ensemble, de 111 et de 143 sur 1000; or, perdant à la fois leur valeur chromatique (car l'aveugle pour le rouge, l'est généralement aussi pour le vert), à savoir : 60 pour le rouge et 53 pour le vert, elles n'agissent plus que par leur éclairement neutre qui est de 50 pour le rouge, et de 90 (presque le double) pour le vert.
Cette différence est assez sensible pour que l'on comprenne comment la perte de l'élément coloré, dans les deux signaux, peut être suppléée par l'accroissement relatif de clarté qu'en reçoit le vert.
§ 353. — Du daltonisme au point de vue administratif : Service des signaux sur mer et sur les voies terrées.
Plus d'une conséquence pratique ressort encore des pages qui précèdent.
Et d'abord, l'évidente convenance d'une détermination diagnostique et numérique même, du degré des aberrations du sens chromatique, en un mot, la recherche des daltoniens, chez les employés préposés, à titres divers, à l'observation des signaux colorés dans la marine et les chemins de fer. A cet égard, tout le monde est d'accord.
Secondement, l'indication précieuse apportée par les statistiques, à savoir : que si les aveugles pour le rouge et le vert, ou tous les deux, offrent une proportion assez grande (5 0/0 en moyenne), pour justifier notre précédente proposition, par contre, le daltonisme qui porteraitsur le j aime et le bleu est particulièrement rare;Ql qu'en particulier, ces deux couleurs sont parfaitement reconnues et avec leurs qualités propres, par la classe nombreuse des daltoniens relativement communs de la rubrique rouge et vert.
Troisièmement, qu'à ces causes, ilseraitinfinimentsage, dès que les
conditions de l'exécution pratique le permettront, de substituer aux
couleurs rouge et vert, dans les signaux, le jaune et le bleu, couleurs qui ne trouvent guère de daltoniens, et dont l'intensité occupe le premier rang dans le spectre.
Nous devons expliquer ici les réserves qus nous sommes obligés de faire, quant à l'exécution immédiate d'une réforme qui, théoriquement, s'imposerait sans conteste. Cette réserve tient à la composition delà lumière artificielle, imparfait succédané de la lumière naturelle. Cette lumière (fournie soit par l'huile végétale ou minérale, soit par celle du gaz) est aussi riche en rayons jaunes que pauvre en rayons bleus. Obligée de traverser des verres bleus, son intensité serait tout à fait insuffisante. Et il en est de même pour l'indigo et le violet.
Il faut donc attendre à cet égard que de nouveaux progrès de la chimie nous apportent de la lumière vraiment blanche à bon marché.
Une remarque importante à faire au sujet de la supériorité que présenteraient en fait de signaux colorés, les couleurs jaune et bleue, c'est que leur emploi, dès qu'il sera pratiquement réalisable, résoudrait presque ipso facto la question administrative du daltonisme. Leur adoption rendrait pour ainsi dire superflu l'examen des proposés aux signaux, la cécité jaune bleu étant quasi problématique. Or être contrainte à une élimination préalable de 5 0/0 des sujets propres d'autre part à ces emplois, et obligée d'en renvoyer un grand nombre après un certain temps d'exercice, c'est là une dure nécessité pour une administration quelconque. Cette seule considération doit appeler tous les efforts vers la préparation d'une lumière blanche très pure et d'un prix, peu élevé, qui puisse être employée par transparence à travers des verres jaunes et bleus.
D'ici là, deux partis seulement se présentent :
Le premier est celui qui consisterait à substituer au langage télégraphique par signaux colorés un système fondé :
Soit sur une intensité très différente à donner à des lumières incolores, soit sur l'emploi de feux à éclipses.
Soit sur le .nombre des feux employés; soit, enfin, sur des signaux fig^s, c est-a-dire offrant des formes ou des mouvements détcr-
A ce propos, cependant, nous devons reproduire les conclusions du f Joy Jeffnes qui s'est, au point de vue qui nous occupe, le plu, sérieusement dévoué à cette question : P ' P
3emtiônrémmnnttei;danCe ^ 06 ^P^ence et l'ob-
Uue 1 P1^^ convaincu qu'il est impraticable de subdans la 1 T ? SlgnaUX ' l6Ur C°UleUr dans les voie* forées et dons la manne. Je me suis encore convaincu que (jusqu'à présent)
o70 DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE. 1 23«=
les meilleures couleurs à adopter sont le rouge pour la nuit, sa com- -\ plémentaire la verte en opposition avec elle.
« Pour le jour, on devrait s'en tenir au blanc sur noir et inversement.
Cette conclusion, si elle doit être reçue, nous obligerait à ajourner I jusqu'au jour de la substitution pratique du groupe jaune bleu aux couleurs actuellement en usage, les espérances que l'on pouvait for- • mer de rayer prochainement le daltonisme des questions administratives. Pour le présent, ne pouvant nous reposer sur la faculté évidem- ment insuffisante, au point de vue quantitatif, qu'ont les daltoniende distinguer le rouge du vert, à leur intensité, faculté quele moindre ' brouillard peut rendre illusoire, nous en sommes toujours réduits à i instituer des épreuves sérieuses du sens chromatique chez les employés \ ou candidats au service des signaux, pour en éliminer les daltoniens, .
L'analyse que nous avons faite des différentes méthodes de dia- gnostic proposées ou en usage actuel, la discussion des deux principes: : 1° de la désignation nominale des couleurs; 2° de leur comparaison, , la connaissance de la valeur du facteur éclairement dans la distinction 1 des couleurs, tous ces éléments permettront à chacun de tirer de ces ; méthodes tout le parti désirable.
A cet égard, nous appellerons particulièrement avec M. .\uel l'attention sur un point : la nécessité d'appliquer ces vérifications bien i moins sur les sujets soupçonnés de daltonisme congénital, que suri ceux qui présenteraient des symptômes d'amblyopie commune, chezi lesquels l'acuité visuelle générale diminuerait, chez les sujets soup- çonnés d'alcoolisme surtout, ou même encore trop adonnés au tabac.
Notre confrère de Louvain a fait voir combien les individus atteints « de scotôme central par intoxication alcoolique sont plus dangereux i dans certains services publics que les daltoniens de 7iaissance!
L'individu atteint d'amblyopie alcoolique, si l'acuité visuelle n'ai pas encore beaucoup souffert, comme cela paraît être le cas au début de l'affection , ne se doute pas le moins du monde de l'état de sa vision I chromatique. Il voit du blanc avec son scotôme central, et il ne lui I vient pas à l'idée que cela pourrait bien être du rouge.
Enfin il serait assurément sage de déterminer par des applications étendues et prolongées, la proportionnalité de l'efficacité d'une .< cilucation thérapeutique » du sens chromatique, telle que la pratiquent et l'exposent MM. les Drs Favre et Féris. Il importe d'établir la valeur .! du facteur «exercice» dans la reconnaissance des couleurs, ctlel coefficient de la proportion des inexercés dans les différentes classes 4 sociales. Au point de vue des services publics, non moins que dans i l'intérêt de l'art, ou de l'industrie, des recherches, puis un enseigne- j ment régulier dans les écoles primaires, comme il existe déjà aux I Étdts-Unis d'Amérique, ne pourraient qu'être infiniment profitables.
LEÇON