DES ATTRIBUTS SPÉCIAUX DE LA VISION BINOCULAIRE OU ASSOCIÉE
§ 354. — Comparaison sommaire des qualités de la vision s'exerçant avec un ou deux yeux.
Le fonctionnement de l'appareil de la vision, étudié dans un de ses organes considéré isolément, a fait l'objet de la première partie de ce travail. Or, vu l'entière similitude des deux yeux, on a longtemps considéré le résultat de leur concours comme devant se déduire immédiatement de cette première étude, par la seule opération de l'addition des effets de deux facteurs égaux, ou le doublement de l'un d'eux. Cette manière de voir qui a longtemps régné doit être aujourd'hui abandonnée.
Comparons d'abord le fonctionnement isolé ou associé, sous le rapport de l'intensité lumineuse de l'impression produite, dans les deux cas, sur le sensorium.
La réunion des deux yeux rend évidemment l'apparence des objets plus nette et plus distincte, et l'on est au premier abord tout naturellement porté à penser que leur association, considérée sous le seul rapport de l'éclairement, produit un effet double de celui réalisé par un seul œil. Or sur ce premier point, on serait déjà dans l'erreur. Des expériences fort anciennes de Jurin, rapportées in extenso par Porterfield, établissent que sous le rapport du seul éclatement, l'effet produit par le concours du second œil n'est à celui afférent à l'un quelconque des organes opérant seul, que dans la proportion approchée de 11 à 10. (Porterfield, Traité de ï 'œil et des phénomènes de la vision Édimbourg, 1759.)
Ainsi, premier point et premier sujet d'étonnement, il n'existe entre les deux formes de la fonction (uni-oculaire et binoculaire) qu'une faible différence au point de vue de la seule impression lumineuse quantitative.
a72 VISION BINOCULAIRE.
Mais où éclate la supériorité de la seconde sur la première, c'est quand on analyse les autres attributs ou qualités résultant de l'asso- • ciation des deux organes. Ces qualités, comme nous allons le faire i voir, sont les notions nouvelles qui en dérivent sur la position des • objets dans l'espace relativement au sujet, et par conséquent sur leurs • distances à lui et entre eux, et, finalement, sur lanotion de leur grandeur relative; enfin la connaissance des différents plans de la perspective et du relief des corps.
§ 355. — Supériorité absolue de la vision associée sur la vision uni-oculaire au point de vue de la localisation des objets dans l'espace.
Si l'on se reporte aux paragraphes consacrés précédemment au fonctionnement de l'œil considéré isolément, on se rappellera :
Que la vision uni-oculaire ne nous indique immédiatement que des directions visuelles, et non des localisations précises.
A quelque distance qu'un point visible soit placé sur une même ligne de direction, son image sera toujours formée sur le même point de l'écran (rétine).
Pour nous procurer plus ou moins exactement la notion de la distance de ce point visible sur ladite ligne, nous n'avons à notre service d'autres éléments que ceux-ci :
1° La conscience Y effort accommodatif, résultant de l'expérience acquise.
2° Les données fournies par la mémoire, l'éducation, nos connaissances acquises sur la forme et la grandeur des objets : en un mot, l'expérience. Sous ce chef nous devrons comprendre encore la perspective géométrique ou de forme et de position , la perspective aérienne (voir leçon 10° § 166).
Tous éléments dépourvus de précision et qui laissent le problème géodésique sans solution décisive.
On peut, en effet, par des expériences très simples, constater aiséj ment, en ce qui concerne ces attributs de la vue, la différence saisis santé du fonctionnement de l'appareil, suivant qu'il repose sur un seul des organes ou sur leur association.
Voici le moule creux d'une médaille que l'on présente à nos deux yeux : nul n'hésite, même une seconde, à reconnaître le creux, la gravure intaglio. On ferme alors l'un des yeux : grand est l'étonnement, quand, après quelques secondes, et, malgré le souvenir récent, malgré lanotion formelle, à l'instant recueillie, la sensation est renversés le creux apparaît en relief, c'est la médaille même que nous croyons voir.
La réouverture de l'œil fermé fait immédiatement cesser l'illusion. Même résultat, mais inverse, produit par une miniature, une photo-