PHYSIOLOGIE
g 357. — Le champ superficiel de la vision associée peut être divisé en trois parties distinctes : une centrale binoculaire ou commune, deux excentriques ou monolatérales.
Le territoire de la vision binoculaire ne résulte pas de la fusion entière des deux champs partiels de la vision. Dans chaque œil, existe une portion du champ qui n'a quoi que ce soit de commun avec ce que voit l'autre organe. Ces deux parties, sans rapport l'une avec l'autre, sont ces régions excentriques extrêmes de la perspective dont la région gauche n'atteint pas l'œil droit, dont la région droite n'atteint pas l'œil gauche.
Le territoire de la vision associée est, en effet, borné en dedans, de chaque côté, par le rempart formé par la partie moyenn e du squelette de la face, le nez particulièrement.
Le champ de vision monoculaire (la demi-sphère extérieure) est donc ébréché, restreint en dedans par la saillie des parties osseuses médianes de la face.
Du côté externe, au contraire, l'effacement de la région temporale de l'orbite tendrait à l'étendre au delà des 90°, qui en forment la mesure à peu près commune (voir le § 121, fig. 39, du champ de la vision uni-oculaire).
La fig. 95, comparée à celle du § 121 (fig. 39) montre, en regard du champ visuel superficiel de la vision uni-oculaire, le champ réel de la perspective clans la vision associée : comment ce champ visuel se compose de trois parties distinctes G, A, D dont la médiane seule (A) appartient aux deux yeux à la fois.
Dans le champ de vision d'ensemble, chaque œil possède donc une portion à lui propre et exclusive (variahle, d'ailleurs, avec les mouvements latéraux du regard), et une portion commune, intermédiaire, véritable territoire delà vision associée.
C'est ce dernier seulement, dont le centre est forme par le point de Hxation, qui va nous occuper dans les pages qui vont suivie
§ 358. — Intervention de la stéréoscopie.
Le rôle des deux yeux dans l'acte de la vision n'avait point eu de formule plus explicite que celle fournie par Malebranche (voir plus haut), quand une découverte, absolument inattendue, vint jeter sur la question une lumière nouvelle.
En 1833, Wheatstone inventait le stéréoscope.
Présentant par un artifice ingénieux, à chaque œil séparément, , l'image du même objet solide, telle qu'elle se dessine, quelque peu différemment, sur chaque rétine, Wheatstone obtint par l'association i binoculaire de ces deux images, des effets de relief, une représentation corporelle de l'objet, qui frappa au plus haut degré les observateurs.
Alors on se rappela un élément scientifique de la question jusque-là i presque absolument laissé dans l'oubli; on se rappela cette remarque judicieuse égarée dans les écrits d'Euclide, de Galien, de Léonard de .Vinci.
« Dans l'acte de la vision naturelle, binoculaire, disent ces auteurs, , quand notre attention est fixée sur un objet à trois dimensions, nos ■ deux yeux occupent, eu égard à cet objet, des positions différentes. Les images formées de cet objet sur les deux rétines sont donc ellesmêmes plus ou moins différentes, quoique, d'ailleurs, très comparables et analogues. (Celle de l'œil droit embrasse une portion plus étendue de l'objet sur la droite; l'œil gauche, de son côté, embrasse davantage sur la gauche.) Formées d'une très grande partie commune, elles ont pourtant sur leurs parties internes, correspondant aux bords externes de l'objet, chacune une partie indépendante et monoculaire. »
L'invention, la découverte, l'expérience de Wheatstone permettait de pénétrer plus avant dans le mécanisme du phénomène.
Dans cette expérience, on substitue à l'objet lui-même, et on offre isolément à chaque œil les traces que marqueraient sur le plan de la perspective les rayons qui, sans son interposition, se rendraient directement à cet œil; — ou bien encore, les images photographiques, positives de l'objet, propres à dessiner dans chaque œil des images renversées identiques à celles que cet objet donnerait lui-même dans cet œil; un prisme convergent d'angle détermine, placé devant chaque œil, dévie alors cet ensemble de rayons de manière à les diriger sur les régions centrales ou polaires.
Un effet saisissant instantané est alors produit : une sensalion unique s'impose au sensorium, et cette résultante est l'impression même corporelle, à trois dimensions, que procurerait l'objet lui-même,
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et l'illusion est telle que la main s'avance d'elle-même pour saisir l'objet offert à la vue.
Il est évident que dans cette opération, on a décomposé d'abord, puis reconstitué les éléments mêmes de la vision naturelle binoculaire, et il était permis d'espérer que l'analyse de ce mécanisme expérimental jetterait quelque jour sur celui même qui préside à l'association purement physiologique.
Cette attente n'a pas été trompée.
§ 359. — Analyse géométrique de ce phénomène. — Production du relief corporel. — Stéréoscopie. — Pseudoscopie.
Pour simplifier cette analyse, prenons pour objet un corps géométrique de forme simple, comme un prisme triangulaire (voy. fig. 96), par exemple, debout dans le plan médian ; en nous rapprochant le plus possible des conditions de la vision naturelle, observons sa représentation dans le stéréoscope simple, celui à réflexion ou le télestéréoscope d'Helmholtz.
A cet effet, au lieu du prisme ABC, debout devant le sujet (fig. 96), nous présentons à l'œil droit o, et à l'œil gauche o',les traces verticales laissées de chaque côté sur le plan de la perspective MN, parles arêtes verticales A C B du prisme droit.
Ces traces sont représentées • en projection sur la figure, pour l'œil droit, par a c b; pour l'œil gauche par a' c' b'. Et il est facile de remarquer que l'écartement a! c'
Zb'llÎbt™ 9rmd ladiStanCe aC[dr°itQ)> Ct ln~nt Cette disposition est reproduite en stéréoscopie par la nrésenHfinn
à chaque œil d'une de ces images, figurée na [rn^V ! T
«nv i ii , . , 8 weul(^ par it ois lignes verhrnlpq offrant cette même inégalité d'écartement. verticales
De chaque côté, l'écart est, comme dans nnii„ Plus grand en dehors et ByJtri^eT^/T^ ^ V'-r les figures 96 et 97.)' g&1 * dr°ltC et à Sauche-
VISION BINOCULAIRE.
Quel est l'effet résultant?
L'apparence même d'un prisme triangulaire droit transparent, dont l'arête moyenne est antérieure au plan des deux autres, comme serait le prisme ABC.
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Fig. 9".
Renversons maintenant les deux figures : offrons à l'œil droit l'image de gauche et inversement; l'écart le plus grand entre les lignes verticales est maintenant en dedans.
Fig. 88.
Effet produit instantanément : Un prisme triangulaire droit lr
ans-
LEÇON.] STÉRÉOSCOPIE. ;J7!I
parent dont l'arête moyenne est manifestement dans un plan postérieur à celui contenant les deux autres. (Pseudoscopie.)
(Voyez les analyses du phénomène géométrique, § 328, de notre Traité de la vision binoculaire, 1861).
-Dans les expériences que nous venons de retracer sommairement, se trouvent donc reproduits, de façon claire et précise, les éléments géométriques de la vision binoculaire, appliquée à un objet très simple de forme, un prisme triangulaire droit; et ce qui est décomposé et reconstitué dans le stéréoscope est le pur tableau de ce qui se passe dans l'acte naturel.
De part et d'autre, on trouve deux images semblables, mais dont les points homologues sont distribués à droite et à gauche, de manière symétriquement inverse; et pour résultat sensoriel, une image unique, non plus plane, mais corporelle, et campée, dans l'espace, comme l'objet qu'elle représente, et y occupant, ainsi que lui, i les plans différents qui caractérisent tout corps solide.
Deux circonstances des plus notables signalent cette observation et l'esprit s'attache invinciblement à leur simultanéité : I La première est Yinégalité des angles sous lesquels sont embrassés par l'œil droit et par l'œil gauche, l'intervalle séparant deux points donnés de l'objet (inégalité des parallaxes de ces points) ;
La seconde : l'invincible et instantané sentiment de relief corporel que donne l'image unique résultant de la fusion des deux composantes uni-oculaires.
Les deux circonstances : la géométrique et la sensorielle sont indissolublement liées.
Involontairement, à l'inégalité de ces parallaxes, l'esprit rattache la sensation du relief corporel : la notion de la troisième dimension de l'espace.
Nous allons reconnaître tout à l'heure que cette conclusion n'est aucunement téméraire, qu'elle est bien l'expression des faits.
§ 360. — Formule résumant le mécanisme de la vision binoculaire
ou stéréosoopique.
Commo nous l'exprimions en 1860, § 113, p. 186, de notre Traité , ' vwon binoculaire, si nous voulons représenter dans une seule P&rase les deux circonstances mises en si grande évidence par l'ëxpél^nce de Whcalstone, nous dirons :
Dam la vision associée naturelle, « le point «le départ extérieur des Rations lumineuses est localisé pour chacune d'elles à l'cnlre-croi- 2ent mô™ ^es directions virtuelles uni-oculaires correspondes. „ Nous bornant à la considération du fait, d'après l'analyse
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des exemples qui précèdent, nous voyons que la situation d'un point visible quelconque (d'un objet ou d'un ensemble d'objets), est rapportée, de fait (entendons bien : de fait) à l'entre-eroisement, à l'intersection même des directions correspondant à ce point, pour l'un et l'autre œil. De même que chaque œil a la sensation, le jugement innés de la direction du point visible, eu égard à l'individu, de même les deux yeux, agissant ensemble, fournissent une notion d'un nouvel ordre, la notion de l'intersection, du lieu de l'entre-eroisement, delà rencontre dans l'espace de ces deux directions. Voilà le fait; nous ne disons pas encore le principe.
Mais nous allons le rechercher.
Et d'abord, nous nous demanderons si tous ces axes secondaires qui peuvent se croiser ainsi deux à deux renferment en eux-mêmes et à priori, cette propriété d'identité de sensation qui se manifeste si i clairement dans la notion fournie au sensorium par les axes polaires • ou lignes de regard, et s'ils peuvent lui porter, comme ces derniers, . la notion du lieu de leur mutuel entre-croisement.
Un instant de réflexion montre qu'il ne peut en être ainsi, et que vu le nombre infini d'axes secondaires qui, dans une région de l'es- • pace, même étroite, se croisent deux à deux, le sensorium serait fort : embarrassé pour savoir auquel entendre, ou, plus précisément, lesquels adopter pour ces croisements mutuels.
Il faut donc que quelque circonstance, non en évidence jusquici, intervienne préalablement pour désigner au sensorium quels sont ces axes qui, deux à deux, doivent, par leur intersection, lui donner connaissance du lieu de l'espace occupé par le point ou l'objet dont les images sont sur ces axes.
Cette circonstance particulière dont la recherche a été pour nous quelque peu laborieuse, comme en témoignent les §§ 115 à 124 de notre Traité de lavision binoculaire, se résume dans le principe suivant :
« Si le sensorium savait,, entre toutes les directions dont les rétines ■ peuvent lui transmettre la notion (axes secondaires), celles qui correspondent à un certain point éclairé ou objet de l'espace (plus ou moins : excentrique par rapport au point de mire ou de regard), il ne serait! pas plus étonnant qu'il pût alors avoir connaissance du lieu de leunl croisement mutuel qu'il ne l'est qu'il reçoive des deux pôles oculaires; la notion expresse de l'intersection même des lignes polaires Ofl visuelles principales.
Or, cette notion préalable lui est effectivement apportée; il est mi; à même de distinguer entre ces directions, par le lieu des deux rétines où se manifeste la même interruption des teintes uniformes (continues), déterminées par des surfaces et des corps qui sont évidemment la mêmes, cl dont la succession, depuis les pôles optiques, a été, à gauclic