LEÇON.] SON MÉCANISME
et à droite, identique. L'unité sensorielle d'un objet déterminé, faisant partie d'une perspective unifiée elle-même, met en relief les. axes visuels mêmes qui lui correspondent, à lui et à ses limites comme corps, et l'attention ainsi unifiée de droite et de gauche, place l'objet au lieu de leur intersection, exactement comme la position du point de regard est rapportée au sensorium par les axes principaux.
Nous rappellerons les passages dont ces citations sont extraites pour montrer combien cette analyse a de rapports avec la notion de r influence des contours analogues signalée par Panum, mais employée par ce physiologiste à justifier la théorie des points presque correspondants.
Voici donc la série des faits, le développement des phases confondues sans doute entre elles par l'instantanéité du phénomène, mais distinctes pourtant dans leur mécanisme.
Les axes optiques étant fixés sur le point de regard, centre de la perspective, le sensorium ne fait qu'un des deux tableaux quelque peu différents qui sont imprimés sur les deux écrans chargés de l'informer. Il a la conscience d'une perspective extérieure une, composée des mêmes éléments se succédant dans le même ordre; mêmes surfaces, de même forme, offrant mêmes couleurs, mêmes dégradations de nuances, interrompues par les mêmes accidents, et en même succession non interrompue des mêmes objets, depuis les pôles optiques jusqu'à l'un quelconque de ces objets.
Or, puisque nous voyons que chacun de ces objets est localisé par le sensorium kV entre-croisement même des deux directions monoculaires qui lui correspondent, il est évident que cette unité, cette identification de i'objet éveille dans ces deux directions monoculaires dont le sensorium a conscience (vision monoculaire), la propriété dont jouissent les axes principaux, celle de révéler le lieu géométrique de leur intersection.
En résumé, si dans la vision exercée par un seul œil, chaque point de l'écran rétinien projette sa sensation propre, l'extériorise, en la plaçant hors du moi, et sur le diamètre même correspondant au point homologue de la perspective, cette notion, portée au sensorium n emp0rte pas d'autre qualité que celle de celle direction; elle ne précise point géométriquement la distance de l'objet vu, elle ne le localise Pas en un point déterminé de cette direction.
Les deux yeux viennent-ils à s'ouvrir ensemble, dirigeant leur menuon sur un même objet, en même temps que les deux axes opti-
-mêmP°lP ;relV?nnent C°nVe,'ger Gt 86 Cr°iser sur M> la di^ance h de cet objet eu égard à l'observateur, sa position.se voient ou ,| CoUp géométriquement fixées : il est localisé sur l'une et autre direction, c'est-à-dire à leur entrecroisement. Et, enmême temps
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que lui, tous les autres objets ou points du champ visuel réel sont également localisés à l'entre-croisement des axes ou lignes visuelles secondaires qui leur correspondent dans chaque œil.
De plus, ces directions individuelles se rencontrent sur le point objectif lui-même, grâce précisément à celle circonstance : qu'elles ne sont point géométriquement homologues, c'est-à-dire qu'elles n'ont point exactement mêmes longitude et latitude par rapport au point de mire. Dans un tel cas, en effet, tous ces points de rencontre deux à deux, se verraient localisés sur une surface continue, une pour chaque distance du point de mire, comme nous le verrons au paragraphe relatif à l'horoptère (§ 368).
Finalement, on peut donc dire que la vision binoculaire des deux images est procurée pour chaque point de la perspective, à la perfection près, par le même mécanisme que celle des deux point? de regard, unifiée au point de croisement des axes principaux : la notion d'unité créée en ce dernier point par l'attention, entraîne avec elle la sensation d'unité pour tous les autres mêmes objets des deux perspectives confondues; et de celle-ci naît à son tour, la notion du lieu de l'espace qu'ils occupent apportée par la notion du point de l'entrecroisement des axes secondaires qui correspondent à chacun d'eux.
S 361. — Résumé — Synthèse du mécanisme de la vision binoculaire
ou associée.
Le rôle de la vision binoculaire comme instrument géodésique est implicitement compris dans les propositions qui précèdent. Sans mus fourvoyer dans la recherche des causes premières, finales ou supérieures, nous étions donc bien autorisé à conclure, dès 1860, que, par le fait de l'exercice de la vision associée, chaque point de l'espace est I vu, non seulement dans sa direction réelle, mais au lieu même où il est; c'est-à-dire à l'entre-croisement de deux directions visuelles unioculaires. Et, ajoutions-nous, pour donner au sensorium cette notion les yeux jouent le rôle de deux cercles répétiteurs intelligents, faisant connaître des directions comme le théodolite relève des angles.
On remarquera que, dans cette analyse, nous nous sommes tenu exactement renfermé dans les limites de la question géométrique on géodésique. Nous avons absolument laissé de côté les considérations de couleurs et les éléments fournis par l'éducation, l'habitude ou les notions acquises. Ce n'est pas que nous prenions ces données pour non avenues dans l'accomplissement de la fonction. Les expériences pseudoscopiques auraient trop vite raison de cette opinion. Dans l'acte fonctionnel complet, il est clair, au contraire, que ces éléments jouent un rôle important.