LEÇON. | RÉPONSE AUX OBJECTIONS
daires la propriété contingente que leur attribue notre proposition.
L'analyse du phénomène est, d'ailleurs, simple et répond à toutes les formes que peut prendre cette expérience.
Dans la vision physiologique binoculaire, nos deux lignes de regard se coupent au point de regard ou de visée, à l'horizon, ou à une distance finie. Prenons le cas le plus général, supposons que cette distance soit assez grande, de quelques mètres par exemple : cette supposition permettra au raisonnement de s'appliquer à tous les cas.
En de telles circonstances, nos deux axes optiques sont donc les côtés isocèles d'un triangle ayant pour base les deux points nodaux des yeux, et pour sommet, le point de mire, d'attention, celui qui fixe l'accommodation.
Yoilà une première condition géométrique qui impose ses lois à la physiologie : étant données les fonctions des trois sommets de ce triangle isocèle, à savoir : le point de regard, en avant, les deux pôles oculaires en arrière, aucun objet, situé dans l'intérieur de ce triangle, ne peut donner au sensorium la notion d'un corps situé entre le point de mire et l'observateur.
L'analyse de l'opération fonctionnelle en donne promptement la raison.
Cet objet, en effet, est ou très rapproché ou plus ou moins éloigné de celui qui, fixant l'attention, a déterminé le lieu et l'angle de croisement des axes principaux, ou lignes visuelles.
Prenons le premier cas : cet objet est voisin du point de mire ; cela veut dire qu'il est en état de donner lieu à des images d'une netteté comparable à celle du point de mire et des autres objets appartenant à la même région de l'espace.
Dès lors, conformément à la loi physiologique générale de la vision binoculaire, faisant partie du même tableau, il prendra sa place dans l'ensemble des objets corporels entourant le point de mire; il sera unifié et localisé au point d'entre-croisement des axes secondaires, en vertu de la loi de l'impénétrabilité des corps à la lumière, et à l'impossibilité où est la rétine de recevoir à la fois en un même point l'image de deux objets différents.
L'objet interposé près du point de mire, dans le triangle défini pins haut, sera donc englobé avec ses qualités, dans l'ensemble de la per Jpective de cette région centrale, et y présentera, comme ses voisins |s qualités de relief corporel; le cas rentre dans Le tableau delà fsion normale; l'objet ainsi introduit dans le champ visuel (ail comme tous les autres partie de la perspective générale ; en cette luahté il est unifié, il attire l'attention ô son tour, il cache telle ou
telle partie des objets constituant auparavant à eux seuls L'ensemble de cette région de l'espace.
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Tout cela est très simple.
Passons maintenant au cas où une distance plus grande sépare ledit objet du point de visée, ce qui est le cas de l'expérience des trois épingles.
Les circonstances changent alors étrangement.
Cette différence de distance, pour peu qu'elle soit appréciable, amène une différence de netteté et d'intensité lumineuse des plus notables entre les doubles images de l'objet interposé et celles des autres objets disposés à, droite et à gauche dans la perspective, et sur lesquelles elles se projetteront dans ces deux demi-champs de droite et de gauche.
Pour s'en rendre compte, on n'a qu'à suivre pas à pas la description de l'expérience par laquelle M. Helmholtz démontre la production de ces images doubles ; description qu'il suffît de méditer un peu pour apercevoir le côté faible de la conclusion de l'auteur.
Expérience proposée par M. Helmholtz. — Lorsque nous regardons un jardin à travers une fenêtre fermée, portant notre attention sur le feuillage, le montant du milieu de la fenêtre cache à l'œil droit une partie du feuillage autre que celle qu'il dissimule à l'œil gauche. Ainsi, lorsque nous promenons le regard sur les arbres, nous voyons, en deux endroits différents, le montant masquer le feuillage, d'une manière incomplète, il est vrai.
Ce montant, se présentant dans deux parties du champ visuel, nous paraît, par conséquent, double.
\. Or, si l'on répète cette facile expérience, on remarquera : D'abord, la confusion, le vaporeux de l'image (double) produite par le montant de la fenêtre, et qui témoigne du peu de netteté et dïntensité de cette image, comparée à celle du feuillage pour lequel l'accommodation est celle même du point de mire. On s'en rend aisément compte en considérant la différence des états de réfraction correspondant aux distances respectives du feuillage et du montant de la fenêtre.
Le feuillage apparaît même encore à travers la bande nébuleuse obscure constituée par le montant de la fenêtre, et plus nettement qu'elle.
L'image du montant est, pourrait-on dire, translucide. On le croirait constitué par un verre dépoli très mince laissant apercevoir le feuillage à travers son épaisseur.
On le comprend sans peine : pour que cet objet excentrique pût se confondre avec le tableau perspectif sur lequel il se projette, pour que la notion d'unité trouvât à s'exercer dans l'espèce, la première condition n'est-elle pas que son image y soit d'une puissance comparable à celle des autres objets qui en constituent l'ensemble.
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Or, il est visible que dès qu'une certaine distance est supposée entre le point de mire et lïobjet interposé, les quantités de réfraction nécessaires pour la production d'images nettes, y sont des plus dissemblables.
Aussi, dans l'expérience d'Helmboltz, éprouve-t-on la plus grande difficulté à reconnaître « la fois l'objet interposé et celui qui, dans le champ visuel latéral, correspond au même axe de projection, et même à les maintenir dans la même sphère d'attention. Quand on voit avec une apparence de précision le montant de la fenêtre, on s'aperçoit que le feuillage échappe; et réciproquement.
De plus, on a beau faire, si l'on ne s'éloigne pas fort notablement de la fenêtre, impossible est-il de voir simultanément les deux images de ce même montant.
Aussi peut-on conclure de ces expériences elles-mêmes que si, en effet, il y a bien doubles images produites en ces circonstances, il n'est pas tout à fait aussi exact de dire qu'il y ait doubles images senties ou vues. Il faut une véritable attention et des tâtonnements savamment dirigés pour les découvrir, et encore, l'une après l'autre.
Car s'il est difficile, comme le sait trop bien tout physiologiste familier avec les observations visuelles, de maintenir de façon assurée et même pour peu de temps, dans la même sphère d'attention et simultanément, le point de mire et un point quelque peu distant de lui, la difficulté s'accroît sensiblement, si l'on veut embrasser à la fois, avec la même attention, deux points séparés par le même intervalle et appartenant aux moitiés opposées du champ visuel.
A l'appui de cette opinion, nous pouvons citer le jugement de M. Helmholtz lui-même sur ces expériences :
« La circonstance la plus importante qui nous empêche de percevoir la différence de position des deux images doubles d'un seul et même objet, c'est la représentation que nous nous faisons de Vunité de cet objet. (Helmh., p. 917.) »
On reconnaîtra avec grande netteté l'exactitude des aperçus qui précèdent dans l'exemple suivant qui montre non pas un objet situé dans l'intérieur de l'angle des axes visuels et donnant des images doubles, mais deux objets qui, dans cette position même, ne donnent pas même, à eux deux, «me image sensible.
Cet exemple est emprunté à une circonstance bien commune et qu'ont pu remarquer tous les porteurs de lunettes, pour peu qu'ils soient observateurs.
Quiconque est armé d'une paire de ces précieux instruments, n'est pas longtemps sans observer que les deux ovales placés devant chaque œil, ne donnent qu'une image.
Nous ne voyons qu'un ovale à la monture, et s'il nous semble un
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peu plus étendu en diamètre que l'un des anneaux isolés, il nous parait cependant unique.
Que deviennent donc les impressions laissées par les deux moitiés i internes de chaque anneau de la monture sur les moitiés externes • respectives des rétines correspondantes ?
Elles deviennent ce que devient l'arc qui unit les deux anneaux et le nez qui soutient cet arc.
Tous ces objets représentent l'épingle antérieure de l'expérience précédente au maximum de distance réalisable du point de mire. Leur image est si excentrique et si différente comme netteté accom- • modative, qu'elles disparaissent comme de faibles nuages devant les objets réels du champ de la perspective et de l'attention ; et les seules • moitiés extérieures se réunissent entre elles pour former binoculairement un anneau unique.
Aussi, à proprement parler, l'expérience qui nous est opposée, ne saurait-elle être donnée comme une manifestation d'images doubles*
Cette dualité n'est jamais simultanée — à moins d'un très grand voisinage du point de mire; — et alors, comme nous le faisions observer, on voit l'objet prendre corps et donner lieu à fusion, comme tout autre objet de la perspective.
Mais pour peu qu'il y ait une différence sensible de distance entre l'objet en question et le point de mire, on ne peut réussir à voir les deux images, et encore plus ou moins confusément, que l'une après l'autre, et comme deux corps semblables interposés chacun dans des régions très différentes du champ visuel.
Aussi, pour la réussite de l'expérie.nce des épingles invoquée ci-dessus, a-t-on soin de réunir toutes les conditions propres à faciliter la lutte d'influence des images. On prend alors des corps minces et déliés, et on les place à des distances telles qu'ils ne se puissent recouvrir les uns les autres, tout en les laissant assez rapprochés pour fournir des images d'effet comparable.
Enfin on les fait se détacher sur un fond uniformément éclairé, et on les isole de l'ensemble de la perspective, de façon à éviter la pn sence de tout point de repère pour l'observateur.
Mais est-ce là la vision physiologique? Dans l'acte de la vision associée commune, régulière, il ne suffit pas, comme nous l'avons montre, que deux images analogues se rencontrent dans les deux yeux, ni même sur des régions rétiniennes voisines, pour qu'elles se fusionnent en une seule sensation. Il faut encore que, dans le sensorium, il y ait conscience de ['unité de l'objet comme figure, apparence et identité de rapports avec les objets voisins à droite et à gauche.
b) Deuxième objection tirée des notions inexactes, conçues en mainte circonstance, sur le point réel de concours des axes optiques principaux
leçon.] INFLUENCE DES NOTIONS ACQUISES. 591
ou polaires. — Les phénomènes de la stéréoscopie, à l'analyse desquels nous devons la loi qui représente le rôle géodésique joué physiologiquement par les directions visuelles secondaires des rétines dans la vision binoculaire, ont fourni aussi, par compensation, quelques arguments opposés — en apparence — à cette même loi, et de nature à l'infirmer.
Cette propriété des axes secondaires de porter au sensorium la notion du lieu de leur entre-croisement dans l'espace, et que nous venons de défendre contre une première objection de M. Helmholtz, a pour première base, pour premier élément de fixité, l'unité sensorielle et la localisation du point de concours des axes principaux ou polaires sur l'objet tenant lieu de point de mire ou d'attention. Ce point de mire est réel, objectif dans la vision physiologique, et, dans le fonctionnement régulier des yeux, rien nevientfaire obstacle àla loi ci-dessus, simple expression de ce qui se passe dans nos rapports avec le monde extérieur.
Mais, par certains artifices et aussi dans quelques états pathologiques, la notion même de ce point de concours des axes polaires peut être spontanément erronée ou artificiellement altérée. ■. Il est aisé, par exemple, de fausser les enseignements apportés par la conscience musculaire sur le degré mutuel d'inclinaison (convergence binoculaire) des axes optiques principaux, et, par suite, sur la position de l'objet servant de point de mire.
Au moyen des prismes, du stéréoscope, par la pseudoscopie, à la suite de certains états parétiques, ou, au contraire, spasmodiques des muscles (troubles de l'innervation musculaire), on voit se produire ces erreurs de jugement.
Ainsi, si nous prenons un stéréoscope, nous pouvons, après quelques exercices, nous passer deprismes, etmêmede loupes, pour obtenir la fusion des deux images. Ces images, placées en parallélisme devant nos yeux, et fusionnées, nous représentent alors uneperspective unique suspendue devant nous à une distance finie, mettons 40 à oO centimètres ; et cependant, nos axes optiques sont en parallélisme.
11 est clair qu'en ce cas notre sensorium suppose situé à 45 centimètres, plus ou moins, le point de croisement de nos axes, lesquels pourtant sont en parallélisme.
Et cependant nous voyons tout le tableau en relief et avec toutes es qualités merveilleuses de la stéréoscopie, et à la distance Fela Uvement rapprochée que nous avons dite!
Voilà certainement un fait en apparence paradoxal, un fait qoi détruirait la loi des axes secondaires, si nous avions présenté celte loi comme une propriété de tissu, une qualité anatomique indépendante aes conditions mêmes de l'exercice delà fonction, et comme survivanl
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à la disparition ou aux troubles de tous les autres facteurs de la vision associée.
Or, que sepasse-t-il en réalité, en ce cas, et dans tous les autres de même ordre offerts par la pseudoscopie : ce qu'a très justement reconnu Helmholtz dans les observations que nous allons reproduire : « La notion du lieu réel de l'entre-croisement de nos axes principaux se trouve diminuée, altérée, modifiée par celles apportées par les autres facteurs concomitants de la vision associée. »
Si, dans nos expériences stéréoscopiques, nous employons des figures uniquement géométriques, les lois géodésiques d'entre-croisement se manifestent seules : la pseudoscopie nous fournit exactement le contre-pied de la stéréoscopie directe. Mais prenons-nous des tableaux pbotographiques variés, empruntés au domaine du monde extérieur commun, nous ne pouvons nous affranchir des souvenirs apportés par l'expérience, des effets produits par les lois variées de l'éclairage, de l'ombre portée, de la perspective aérienne, de la formation et l'échelonnement des perspectives géométriques des différents coi-ps, de la notion acquise de la grandeur relative des hommes et des animaux, etc. «Ces notions, une fois acquises, ajoute Helmholtz, s'imposent ensuite à nos jugements comme par une force aveugle. »
Dans ces réflexions se trouve la clef du conflit apparent signalé plus haut entre la fusion de deux images stéréoscopiques placées sur des axes optiques parallèles, et la fausse notion d'une convergence de ces axes sur 40 à 50 centimètres.
Deux pressions physiologiques se trouvent alors en présence : d'une part, le besoin impérieux de Yunité dans la vision binoculaire de deux tableaux formant des perspectives quasi-identiques; d'autre part, la conscience d'un éloignement peu considérable des images, éloignement en rapport avec l'accommodation qui en permet la vision nette, en rapport avec la grandeur apparente des dessins et des détails qu'ils renferment.
Ces deux principes, tous deux fort puissants, pouvant trouver un accord, la notion résultante se déduit des termes de cet accord. Le sensorium imagine, admet, suppose inconsciemment, bien entendu, que les axes convergent sur 45 centimètres environ, distance habituelle de la vue de ces sortes d'objets : il se plie en cela à l'influence du souvenir, des habitudes, du sentiment du degré d'accommodation qui prime alors celui de la convergence même des axes optiques, et la notion finale est la résultante de cet ensemble des circonstances.
Mais sur cette base se vérifie, spontanément, la loi des axes secondaires. Dès que l'accord existe, ou est inconsciemment admis entre les axes polaires, aussitôt les axes secondaires nous donnent deux à deux