LEÇON.] DÉROGATIONS APPARENTES A LA FORMULE
la notion de leur entre-croisement, tel qu'il aurait lieu si les axes principaux étaient dans la convergence oh les suppose Vensemble de nos notions acquises.
Ces remarques donnent également la clef des doutes exprimés par Helmholtz, sur le degré de valeur comme renseignement sur la distance réelle des objets, de la convergence des axes polaires. Si dans les conditions habituelles et physiologiques, le seusorium est réellement informé delà distance d'un objet par le sentiment de cette convergence, la grande différence des appréciations émises par différentes personnes, ou par la même personne dans des circonstances en apparence peu différentes, montre que « le jugement porté sur la distance, d'après la seule convergence des lignes visuelles (axes polaires), n'est à peu près exact que s'il nest pas dérangé par des circonstances accessoires. » (Helmholtz, p. 827.)
Il en est de même dans les troubles ou anomalies de l'innervation : la conscience musculaire apportant des renseignements infidèles sur le degré de convergence des axes polaires, les axes secondaires localisent les objets, non au lieu même de leur entre-croisement réel, mais aux points où 'ùss'entre-croiseraient relativement au point de concours supposé de ces axes polaires.
Malgré la bizarrerie fréquente des effets produits, il est facile, dans ' chaque exception apparente à la loi, de reconnaître le mécanisme producteur de l'illusion et la justification du principe fondamental.
En résumé, dans la proposition en discussion ici, nous demanderons qu'on veuille bien ne pas lire en elle plus que nous ne prétendons lui faire contenir; qu"on ne nous accuse pas, d'investir les axes secondaires, ou les bâtonnets qui leur correspondent matériellement, de propriétés de tissu antérieures et supérieures aux conditions mêmes de l'exercice de la fonction, et telles qu'elles survivent à la disparition ou au trouble des autres facteurs de la vision associée.
Naissant de la coalescence même des points de fixation, exclusivement fondée sur l'unité, antérieurement conçue, du double tableau de a perspective, cette propriété des axes secondaires a donc pour base 'unité sensorielle préalable résultant de la notion réelle ou supposée du point de concours des axes polaires.
Notion réelle, exacte, dans les cas exactement physiologiques; notion qui peut être faussée par toutes les circonstances concomitantes énumérées plus haut, suivant leur degré de valeur ou d'imporance momentanée
VISION BINOCULAIRE.
§ 363. — Opinion critique de M. Donders.
Cette argumentation nous permettra de nous relever d'une exécution quelque peu sommaire prononcée en 1867 sur cette dernière proposition par le chef éminent de l'école d'Utrecht.
Traitant ce même sujet, M. Donders écrivait à ladite époque : « L'opinion, en admettant qu'elle eût des partisans, que les points vus indirectement apparaissent là où les lignes de direction des deux images rétiniennes se croisent, semblait à pe'memériter d'être réfutée1.»
Or, en formulant un fait aussi incontestable, indépendant de toute idée théorique, en représentant par des termes géométriques ce qui se passe, ce que l'on observe, ce que l'on constate purement et simplement dans la vision physiologique, nous ne nous croyions pas coupable, disions-nous en 1868, d'une témérité méritant la férule2.
Aujourd'hui, après plusieurs années données à d'autres préoccupations, revenant sur ces questions, nous nous devons à nous-mème d'avouer que nous ne sommes pas moins convaincu qu'en 1860 , de l'exactitude, que de la prudente réserve de nos premières conclusions.
Nous oserions même opposer à la décision quelque peu sommaire de M. Donders des formules à lui personnelles et moins éloignées des nôtres qu'il ne semble le supposer.
Celle-ci, par exemple, qui suit immédiatement la critique plus autoritaire qu'autorisée que nous venons de rappeler :
« Insistant sur la nécessité de conserver le mot de ((projection» (ou d'extériorisation de l'impression), M. Donders ajoute immédiatement : « Comme je l'ai fait observer jadis à Wolkmann, qui voulait exclure toute projection, nous projetons le champ visuel total dans une direction déterminée par l'action musculaire (convergence de& axes polaires, définissant la position du point de fixation ou centre de la perspective) , puis les divers points de la rétine, conformément à leur position relative).»
Mais en quoi cette proposition diffère- t-elle donc de la nôtre, si ce n'est par V incomplet? Qu'est-ce que celte projection des divers points d. la rétine conformément à leur position, relative, sinon celle que nou: venons d'exposer? 11 n'y manque qu'une détermination pour les rendr au fond identiques : à savoir la localisation de cette projection. Or l'auteur a beau ne la point spécifier dans sa formule, il faut pourtan qu'il la conçoive d'une ou d'autre façon dans sa pensée; il faut qui regarde cette projection de l'ensemble de la perspective soit commi plane, soit comme révélant trois dimensions, il faut qu'elle soit ou ur simple dessin, ou une perspective corporelle.