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NOUVELLE THÉORIE DE L'HOROPTRE

§ 369. — Nouvelle forme donnée à la conception de l'horoptère.

Après avoir écrit (en 1860) la conclusion formellement géométrique qui termine le paragraphe précédent, nous n'imaginions pas devoir rencontrer de nouveau sur notre chemin une théorie si parfaitement en contradiction avec les faits. Et cependant, elle nous attendait encore embusquée entre les conclusions données par l'illustre auteur de VOptiqice phisiologique à son exposition du fonctionnement binoculaire.

Notre etonnement fut grand ! Quelle base pouvait donc trouver pour cette imagination, un auteur qui n'admet pas plus que nous l'existence de points anatomiquement identiques dans les rétines ?

M. Helmholtz n'avait-il pas écrit lui-même comme une des propositions finales de la dernière partie de son bel ouvrage :

« Je conclus delà que toute hypothèse anatomique qui admet une fusion complète entre les sensations des deux côtés, en supposant, par exemple, que les fibres venant de parties rétiniennes correspondantes, se réunissent, deux à deux, en fibres qui transmettraient chacune au cerveau une sensation unique, doit être abandonnée, comme étant en désaccord avec les faits. » (Helmholtz, Opt.phys., p. 407.)

Et cependant, pour nous amener à cette juste conclusion, l'auteur avait dû nous faire traverser une nouvelle et longue discussion sur l'horoptère, basée elle-même sur une définition bien peu différente de celle due à Millier. Qu'on en juge :

« Après avoir déterminé la position des points correspondants dans les deux champs visuels, nous pouvons chercher la position des points de l'espace qui se présentent sur des parties correspondantes des deux rétines, et qui paraissent par conséquent simples. »

« L'ensemble de ces points porte le nom d'horoptère. » (P. 901.)

En présence d'une telle personnalité scientifique, plus disposé à nous défier de nous-même qu"à l'accuser, elle, d'illogisme, nous allons, malgré notre conscience de l'évidence, avidement nous mettre à la recherche des causes d'une contradiction qui frappe invinciblement nos yeux.

Et d'abord cette contradiction éclaterait trop visiblement si, dans la définition de Millier et dans celle de M. Helmholtz, le terme « correspondant « exprimait identiquement la même idée. Il faut, de toute évidence,.que Ce qualificatif correspondant ait, dans la nouvelle exposition de l'auteur, un sens nouveau et différent du selis classique ; ce que peut d'ailleurs nous faire supposer l'introduction de correctifs anticipés, et peu voyants, apportés à l'avance, aux anciennes définitions ; par exemple :

La substitution aux termes précis et nets de « points identiques » des expressions de points en partie correspondants; et, dans d'autres endroits, l'adjonction d'un pens vague et mal défini à une formule nette et exclusive. Ce que nous allons faire reconnaître dans le paragraphe prochain.

S ')70. — Points correspondants. — Nouvelle définition (Helmholtz).

Différence introduite dans lé sens de ces expressions par la qualification de position apparente desdits points correspondants.

Le point de départ d'une théorie de l'horoptre est, de toute nécessité, dans une première définition du sens précis qui doit être attabhéè aux termes : points coi* respondants, homologues oai'dentiques ; l'expression qui sera adopté doit désigner

formel! nt 1rs points qui, deux à deux, dans 1rs rétines, donneront lieu à une

Sensation simple ou unique.

608 VISION BINOCULAIRE. [24*

Voici celle que nous donne M. Helmholtz :

>< Nous avons à examiner maintenant plus en détail, dit en commençant M. Helmholtz, quels sont les points des deux champs visuels qui possèdent la même position apparente par rapport au point de fixation, et qui, par conséquent, coïncident i dans le champ visuel commun. Nous leur donnerons le nom de points coïncidents ou correspondants; on les a encore nommés points identiques, en faveur d'une théorie particulière. »

« Gomme à chaque point de chaque champ visuel (monoculaire) répond un certain point rétinien, on peut également parler de points coïncidents, correspondants, ou identiques des deux rétines. »

A l'exemple de Fechner, j'appellerai disparates les points qui ne se correspondent pas. « {Opt. phys., p. 880.)

En aucun endroit de cette exposition n'est indiquée la circonstance ou condition qui supposerait un attribut de fixité à cette propriété d'unicité de la sensation portée au sensorium par ces deux points.

C'est qu'en effet, comme nous allons le reconnaître, cette propriété de correspondance est, dans la pensée même de l'auteur, absolument contingente et variable.

C'est avec cette réserve qu'il faut lire les cinq propositions générales suivantes qui forment les conclusions finales sur lesquelles reposera la nouvelle théorie de rhoroptre.

1" Les points de regard (pôles oculaires ou de fixation) dans les yeux normaux, sont des points correspondants.

2° Les horizons rétiniens des deux yeux se correspondent.

3° Les méridiens apparemment perpendiculaires à l'horizon rétinien coïncident entre eux.

4° Sur les lignes verticales apparentes qui concordent, les points qui se trouvent à la même distance des horizons rétiniens sont concordants.

5° Les points qui, dans les horizons rétiniens, sont à égale distance des points de fixation, sont des points correspondants. {Opt. phys., pp. 881 et suivantes).

Propositions qui, pour la détermination mathématique que se propose ultérieurement l'auteur, se fondront dans la proposition suivante, unique :

« Les points identiques dans les deux champs visuels, so?it ceux qui ont même hauteur et même largeur angulaires. » (Opt. phys., p. 898.)

Remarque à pi-opos de cette définition ; différence introduite dans le sens de ces expressions par la qualification de positions apparentes. En lisant ce résumé, on ne peut que croire tout d'abord à la simple répétition delà théorie classique des points correspondants telle qu'on la reproduisait machinalement partout d'après .Miiller, jusqu'au moment où les physiologistes ont été tout d'un coup réveillés par la déc m verte de Wheatstone.

Mais M. Helmholtz repoussant la supposition de l'identité anatomique des points géométriquement correspondants, il faut bien admettre qu'il existe entre l'ancienne théorie et la nouvelle quelque différence radicale.

Or, dans le paragraphe définissant que nous venons de reproduire, nous ne trouvons qu'un mot qui puisse contenir en lui ce caractère différentiateur ; c'est 11 suivant:

«... Points qui dans les deux champs visuels possèdent la même position apparente ». Hicjacet lepus.

Quelle est donc la portée, quel est le sens précis attachés par l'auteur à ce qualificatif nouveau venu dans la question : position apparente?

C'est ce que va nous apprendre la suite de cette analyse.

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