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LEÇON.] NOUVELLE THÉORIE DES POINTS CORRESPONDANTS

§ 371. — Les points de regard sont des points correspondants.

Telle est la première des propositions que nous avons à étudier.

Cette proposition ne diffère point en réalité de celle qui sert de base, dans les théories classiques, à la vision binoculaire. Elle exprime simplement, comme ces dernières, le fait qu'un même objet qui se peint sur les fossettes centrales, à droite et à gauche, apparaît toujours simple, qu'il emporte pour le sensorium l'idée d'unicité!

L'auteur cependant y comprend ou y ajoute un correctif, auquel nous adhérons d'autant plus volontiers que nous le posions nous-même, en 1860, à titre de desideratum. {Traité de la vision binoculaire, p. 214.)

Dans les développements de sa théorie, l'auteur repousse l'idée que ces points euxmêmes soient anafomiquement identiques, par loi innée ; il dit expressément :

«Nous les nommons correspondants parce que, dans l'usage ordinaire des yeux, les deux fovem reçoivent toujours l'image d'un objet unique, et dont l'unité est, où peut être, constatée par le toucher. » (Opt phys., p. 881.)

Il ne donne donc pas cette propriété comme absolue et de nature organique, malgré les particularités exclusives propres à la région de la fovea, parce que, 'dit-il, « sous l'influence de la direction anormale de leurs yeux, le rapport de correspondance des deux rétines peut se modifier, à la longue, chez les strabiques. »

Cette circonstance d'une vision associée simple, fondée sur le concours de l'axe principal d'un œil avec un axe secondaire de l'autre, se rencontre en effet dans leplus grand nombre des strabismes concomitants, et justifie pleinement ainsi la réserve de l'auteur, quoique le mécanisme même de cette association laisse encore certains points obscurs.

Ainsi que nous le rappelions à l'instant, nous avions dès longtemps signalé ce sujet d'analyse à titre de desideratum. M. Helmholtz, dans l'indication qu'il en fait à son tour, va plus loin et en tire, à l'avance, des indications, que nous allons reproduire brièvement, l'auteur se proposant d'en faire un assez large usage à l'appui de ses théories ultérieures, et en particulier, de sa nouvelle conception de l'horoptre dont elle forme l'assiette fondamentale.

La qualité de contingence attachée à la propriété d'unifier les sensations admise pour les axes polaires, n'en sera que plus facilement acceptable pour les axe's secondaires. Et c'est sur cette absence même de fixité que vont être établies toutes les théories de l'auteur en ces matières, se résumant dans la proposition générale suivante. °

« Les qualités fondamentales mêmes de la vision, ou les propriétés des rétines sont des acquisitions graduelles faites par l'individu; elles sont le fruit de l'éducation et de l'habitude, et nous n'y devons rien supposer d'organique ou d'inné »

« D'après notre opinion, ajoute M. Helmholtz, les points rétiniens correspondants TemenTXd0al '* P°8Ui°n rclalive a été lc pllls souvent comparée expérimenta-

« D'après l'hypothèse anal h , ce s roux qui présentai une connexion

naturelle dans leur localisation. Dans les deux hypothèses, on comprend également que la comparaison des images correspondantes - ou à peu près correspondantes - se forme plus facilement et avec plus de certitude que celle des images dispa-

En d'autres termes, correspondants exprimera désormais pour l'auteur unemia ht" présentée "<* P°ints quelconques (nécessairement „ „„,.,„ ^c oordon née

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6,0 VISION BINOCULAIRE. |24c

Ce temps résulte lui-même d'habitudes ou de notions acquises, soit trj anciennes, soit relativement récentes, quoique pourtant quelque peu prolongées Tel sera donc le point de vue nouveau auquel nous devrons nous mettre "pour apprécier sainement ces nouvelles théories qui ont, dès le début, le grave défaut d'employer les mêmes termes que les anciennes, quand elles expriment en réalité des choses très différentes.

La clef de ces difficultés est d'ailleurs à notre portée dans la dernière citation que nous venons d'emprunter à l'auteur : « S'il y met entrés parfaite opposition, la correspondance unifiante variable avec le temps, et celle qui résulterait d'une qualité anatomique (connexion appelée naturelle par M. Helmholtz), on voit, d'autre part, avant la fin de la phrase, poindre la tige de nouvelles confusions : « images correspondantes, ou, « peu près correspondantes! »

C'est pour nous faire prévoir que nous ne sortirons de là avec aucun résultat net et formel.

Et nous n'aurons pas à attendre longtemps cette conviction, qui va ressortir trop clairement de l'analyse de la suite des propositions cardinales de l'auteur.

§ 372. — Les horizons rétiniens des deux yeux se correspondent.

S'il n'existe point d'identité, même entre les deux points centraux de ces dits i horizons rétiniens, que peut bien signifier cette qualité de « correspondants » appliquée aux lignes elles-mêmes?...

Nous allons le voir : mais rappelons d'abord la définition donnée par l'auteur de • ce qu'il entend par « horizons rétiniens. » « Les horizons rétiniens sont, dans des ■ ijeux normaux, en position primaire, les deux méridiens compris dans le plan de • visée binoculaire. »

Nous soulignons binoculaire, et yeux normaux; on va voir que ce n'est pas sans • raison.

En comparant les termes de cette définition avec ceux donnés plus loin par r M. Donders des méridiens horizontaux apparents, on verra qu'ils concordent : entièrement (voir §§ 410 et 411) ; on y verra aussi en quoi ces méridiens appa- ■ rents diffèrent de ceux appelés réels par le même auteur; et enfin, que dans lai question dont nous nous occupons en ce moment, c'est à ces derniers, les méridiens • horizontaux dits (fort improprement) réels, que s'appliquent les propositions en discussion; mais n'anticipons pas.

Après avoir rappelé la définition antérieure, et qui paraissait complète, des hori- • zons rétiniens, M. Helmholtz ajoute en effet : « Mais cette définition ne regarde que les yeux normaux.

« Pour les yeux myopes, nous dit-il, il n'en est généralement pas ainsi, et j'ai i déjà proposé plus haut de considérer comme horizons rétiniens, les méridiens qui se trouvent dans le plan de visée, lorsque les yeux sont dirigés de telle façon qu'um série des parties correspondantes des deux rétines viennent se placer dans ce plan. » (p. 886, Opt. phys.)

Mais, sauf erreur de notre part, cette proposition constitue un pur « truisme. » Que dit-elle, en effet?

« Les horizons rétiniens des deux yeux se correspondent. » Et qu'appcllo-t-oii « horizons rétiniens? » L'auteur les définit ainsi :

« Je propose de considérer comme horizons rétiniens les méridiens qui se trouvant dans le plan de visée lorsque les yeux sont dirigés de telle façon qu'une série des parties correspondantes des deux rétiniens viennent se placer daiis ce plan. »

LEÇON.] NOUVELLE THÉORIE DES POINTS CORRESPONDANTS. 611 En d'autres termes :

Les horizons rétiniens se correspondent, puisque nous allons appeler horizons rétiniens les méridiens composés de parties correspondantes.

Pour qu'une semblable inattention ait échappé à un esprit aussi puissant, il faut bien qu'il y ait dans la question telle qu'elle a été posée d'abord, puis dévelopnée par l'auteur, une cause réelle de confusion. *

Pour la découvrir, il faut suivre l'auteur dans les observations et expériences servant de base à ces aperçus nouveaux : nous allons y voir ce que sont ces horizons rétiniens sur lesquels va travailler M. Helmholtz, aux lieu et place de ceux définis dans la formule précitée de la page 886. •' Voici le plan de ces expériences :

« Sur un mur plan, situé devant les yeux, deux disques, mobiles autour de leurs centres, furent disposés de telle sorte que leurs centres se trouvaient sur les axes optiques des deux yeux, lesquels étaient dirigés parallèlement. (L'auteur ne dit pas en cet endroit, mais cela se déduit des détails expérimentaux, que le disque de gauche n'était visible que par l'oeil gauche, et le droit par l'œil droit seul)

Alors, ajoute M.Helmholtz, les deux disques étant traversés par une lignehorizon taie, toutes les fois qu'on a voulu fusionner en une seule les deux images qui se forment isolément dans chaque œil, et en obtenir la sensation d'une liane objective horizontale unique, il a toujours fallu incliner la tête d'un certain de-ré ou bien faire tourner plus ou moins le diamètre de l'un des disques. Le sens "(mesuré) de cette inclinaison est tel que la partie externe de chaque horizon rétinien se trouve un peu plus bas que la partie interne. »

Lorsque la fusion a lieu, l'auteur dit qu'alors les points des deux rétines dan, ces deux méridiens, sont deux à deux correspondants

Plus brièvement, l'auteur, dans ces expériences, énonce ce fait : qu'après avoir fixe, successivement ou isolément, de chaque œil une ligne horizontal les imlZ consécutives de cette ligne, lorsqu'on veut les fusionne" binoculairem^nt « S pas la continuation l une de Vautre. ' nt

Pour obtenir ce fusionnement, cette continuité de l'horizontale il w retourner l'un des yeux autour de la ligne de regard. onzontale> * faut faire

11 suit de là que les méridiens qui correspondent à l'horizontale dans 1p* ! veux, diffèrent dans la vision binoculaire associée ou simple Tà^tZl cutée par chaque œil isolément. * ' la V1S10n exé"

Eti deux mots : les méridiens qui correspondent à l'horizontale ohi^H^ Pas .es mêmes dans la vision monoculaire et dans la visim! associée ' * °°Ut

outre, d'après les expériences, ces variations ne sont constn'nt^ ni i , «^Ps, ni dans l'individu, ni dans le degré! constantes ni dans le

Ainsi, le résultat des expériences varie avec chaque sujet cmant à i wi« . , 5«e lom les méridiens primaires horizontaux; il varie n 0^1 * avec un certain nombre de circonstances renées par Suteur'

*-n ce qui le concerne lui-même, M. Helmholtz nous dit • m!» ■ .

méridiens (composés de points u^on^^T^el 17 ^ ^

««ardé d'abord de loin, ou bi anS il a, pendant n e lol T T Wl U 8 '

^aintenu ses yeux en parallélisme; ou, au contra e s'i II u fP^ences, te>nps, de lire ou d'écrire, v,cnl> Pédant un certain

Dans le premier cas, les deux méridiens sont franche™™, i • ^ le second, il trouve la déviation signalée , X Z"*' "tt yeux myopes. 1 pai ^olkmann et propre

1 Les points qui correspondent d'un œil à l'autre ,,n «a,,, ,

es ^ux cas. Leur correspondance est donc co i 'c ÏÏÏ ■ !"* """ S "anS

uonian8ente, accidentelle ei dépendam

612 VISION BINOCULAIRE. (24*

de quelques facteurs variables. Ils ne sont non seulement pas un attribut anatomique, mais pas même un attribut de quelque constance!

Ces points correspondants sont, dit l'auteur, ceux sur lesquels tombent le plus habituellement les images d'une môme ligne horizontale dans la vision naturelle ou associée. Dans les yeux normaux qui viennent de regarder au loin, ces méridiens sont réellement horizontaux. Mais dans des yeux myopes ou qui viennent de se concentrer sur un travail de près, et en convergence inférieure, ces méridiens sont quelque peu inclinés en bas par leur région externe.

La longitude et la latitude des points correspondants de M. Helmholtz est donc une fonction des occupations immédiatement précédentes; puisque, comme dit l'auteur, les différentes positions antécédentes des yeux peuvent amener différents méridiens dans ces plans de visée.

Nous retrouverons plus loin la reproduction de ces résultats contingents et variables dans l'analyse du travail de M. Donders sur la génétique des mouvements oculaires. Par des expériences dont le plan est calqué sur celui suivi par M. Helmholtz dans le présent chapitre, et qui le conduisent à des résultats fort semblables, le savant physiologiste d'Utrecht définit très nettement le mécanisme producteur de ces différences qui apparaissent dans la direction des méridiens oculaires donnant l'estimation de l'horizontalité lors de la vision associée naturelle, ou lors de la vision monoculaire successive, indépendante à droite et à gauche.

Rendus indépendants, les yeux se placent dans une certaine position déterminée par l'équilibre des muscles moteurs qui les enveloppent, et règlent leur état statique! et qui n'est pas celle de la vision binoculaire.

Dans la vision normale et naturelle, dans le regard en parallélisme, nul effort anormal n'est exceptionnellement imposé à tel ou tel groupe musculaire. Les mou vements associés en parallélisme répondent à une loi constante et générale qui fait toujours coïncider l'activité des mêmes muscles avec le relâchement de leurs anta gonistes.

Or, il n'en est pas de même dans la vision rapprochée. La convergence mutuelle des lignes de regard amène, comme on le verra plus loin, des modifications impor tantes, anormales comme équilibre (voir la 28e leçon), dans la statique harmonique des yeux : Et suivant que les lignes de regard sont portées en haut ou en bas, en même temps qu'en convergence, certains groupes musculaires sont obligés de développer des suppléments d'activité absolument perturbateurs de l'équilibre indolent qui correspond au parallélisme des lignes de regard.

Or, pour peu que ces situations de convergence mutuelle soient prolongées — comme dans les travaux rapprochée de la vie civilisée — plus encore dans les cas d'insuffisance native des forces adductrices, cause prédisposante de la myopie — plus encore dans les yeux dont l'excessif écartement (races du Nord) accroit le difficultés de la convergence; dans tous ces cas, disons-nous, un tel changement d'équilibre statique détermine nécessairement une espèce de spasme, de contrac turc, de simple crampe, si l'on veut, dans les muscles surtendus.

Il est très concevable alors que si l'on applique isolément ces yeux-là avant la détente voulue — et chez des travailleurs assidus myopes, cette détente exigerai! peut-être des mois et des années avant de se produire — il est très concevable, disons-nous, que ces yeux, rendus indépendants, dissociés, ne reprennent point, oi ne reprennent que tardivement, les directions méridiennes qui correspondent a« parallélisme des lignes de regard.

II est très simple que leur situation dans ce cas se ressente de leur attitude habituelle, que leurs méridiens cardinaux demeurent en rotation négative à droite positive à gauche, comme elle se manifeste dans les résultats expérimentaux consignés dans les recherches de MM. Helmholtz et Donders.

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